Vesper – Vincent Crouzet (421 pages)

Vesper, c’est une plongée brute dans l’histoire des vingt dernières années du vingtième siècle en Afrique, territoire instable et sanglant. Vous sortez du boulot, vous ouvrez le livre, et vous êtes dans la moiteur de l’Afrique australe. Si vous y êtes déjà allé, vous retrouverez cette chaleur qui vous assaille à la sortie de l’avion, comme si vous entriez dans un four, l’humidité qui vous fait dégouliner, et aussi cette odeur si particulière. Quand mon père ou mon grand-père m’envoyaient des cartes postales, dans les enveloppes légères striées de bleu et rouge “par avion”, elles “sentaient” encore l’Afrique quand elles arrivaient jusqu’à moi.

Vesper raconte l’Afrique quand il y avait encore des animaux sauvages, et on est avec Victor qui repasse ses années de services au sein de la DGSE au travers de ses souvenirs les plus forts, ses amitiés surprenantes avec des chefs de guerre, ses trafics, ses peurs, ses voyages épiques et presque plus dangereux que les scènes de guerre. Il y a les images, les sons, les odeurs, les sensations, les émotions. On y est vraiment.

Vesper est le pseudo de cette femme superbe qui va bientôt devenir la directrice de la DGSE. Au café du musée Beaubourg, elle a donné rendez-vous à Victor, son agent depuis vingt-cinq ans. Comme toujours, ils se retrouvent comme des amants. Mais cette fois, elle l’a convoqué pour le virer. Bizarrement, il s’y attend, et ne cherche pas vraiment à se défendre. Comme des amants qui vont se séparer, ils évoquent leur longue collaboration.

On n’aime pas trop Vesper, parce qu’on sent qu’elle a manipulé Victor pendant toutes ces années. Elle a fait de lui ce qu’elle voulait, l’a envoyé sur tous les fronts, au propre comme au figuré, et ses notes toujours parfaites ont largement contribué à son ascension. On l’admire et la jalouse, surtout, parce qu’elle est sublime, redoutablement intelligente, que tous les hommes en sont amoureux, et qu’on ne lui arrive pas à la cheville.

On n’aime pas trop Victor non plus, transi amoureux, macho, désabusé, cynique, un peu voyou, un peu trafiquant de tout, un peu louvoyant. Que cache-t-il encore? Il nous fascine quand même, car il a beaucoup bourlingué pour les yeux de Vesper. For her eyes only. Par amour. Parce qu’il a eu une chance insolente. Il a un côté touchant, car on le sent profondément humain, sincère dans ses amitiés, touché par la grâce de paysages époustouflants, démoralisé par les défaites de ses amis, trahis par leurs proches et abandonnés par la France, secoué de sanglots lorsqu’il tient un enfant mourant dans ses bras.

On est happé par ce livre au romanesque échevelé, mais quand on connaît un peu Vincent, quand on a eu la chance d’échanger un peu avec lui, de boire un verre (ou bien était-ce deux?) de Crozes-Hermitage dans un lieu empreint d’histoire, parce que tout compte, y compris la mise en scène, on sait que ce sont les images qu’il a vues, les émotions qu’il a éprouvées et que c’est bien lui qui parle dans son dernier roman. Plongez-vous à vif dans le napalm et le piment, le tout enrobé de romanesque et d’amours contrariées. Il sort aujourd’hui, foncez.

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