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La carte postale – Anne Berest (512 pages)

Il m’est difficile de chroniquer ce livre car les similitudes avec l’histoire de ma famille et, par conséquent, ma propre histoire, se télescopent de manière surprenante.

Si Annes Berest évoque à l’origine ses arrière-grands-parents, tandis que mon histoire commence avec celle de mes grands-parents maternels, la famille de l’arrière-grand-mère de Anne est de Lodz, comme mes grands-parents. Comme elle j’ai un nom de jeune fille bien français qui ne laisse rien soupçonner de mes origines. Comme elle, je porte un deuxième prénom lourd de sens, dont le poids m’a été transmis dès ma plus tendre enfance. Comme elle, mon grand-père a rejeté la religion pour être communiste. Comme Vincente le grand-père, mon grand-père a fait la bataille de Narvik. Comme Myriam la grand-mère, ma grand-mère a fini Alzheimer, et comme elle, elle a oublié le français pour ne plus parler que polonais (russe pour Myriam) à la fin de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait oublié la compétence de s’exprimer. J’arrête là, mais il y a encore beaucoup de rapprochements possibles.

Il m’est donc difficile d’avoir un point de vue objectif sur cet ouvrage qui m’a amené à m’interroger sur certains choix dans ma vie, et m’a apporté un certain nombre d’éclairages aussi.

Anne a décidé d’entreprendre des recherches sur une carte postale arrivée mystérieusement chez ses parents en 2003, portant les prénoms de la famille de Myriam, ses parents, son frère et sa sœur, tous les quatre morts en déportation en 1942. Elle s’est beaucoup appuyée sur les recherches de sa mère (incroyable travail de fourmi !) et a essayé de restituer l’histoire de cette famille qui a plané comme une ombre, car à l’instar de beaucoup de familles, tout le monde voulait oublier et Myriam comme tant d’autres, n’a jamais parlé de rien. J’ai préféré la deuxième partie, plus concrète, car ancrée dans la réalité et le présent, qui vient adoucir l’ensemble, avec des dialogues entre Anne et sa mère, sa fille, sa sœur, son amoureux. J’imagine à quel point, pour la fille réservée qu’elle est, tous ses messages d’amour ont été difficiles à exprimer.

Pour tous ceux qui douteraient de l’empressement de Pétain et de son administration à éradiquer les juifs de France, à l’époque, et les relents négationnistes de certains politiques aujourd’hui, ce livre est pour le moins un bon rappel. Anne Berest a effectué des recherches colossales sur des sujets assez mal connus, notamment sur le camp de Pithiviers, et sur le retour des survivants des camps au Lutetia.

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