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Dernier avis avant démolition – Fabien Maréchal (122 pages)

Cette année sera celle des nouvelles. Ce tout petit opus est un bijou de concentré d’écriture.

Les nouvelles n’ont pas la côte en France, et je suis la première à dire que ce n’est pas mon format de prédilection. Pourtant, à chaque fois que je me plonge dans un recueil de nouvelles, je suis enchantée. Une nouvelle ne souffre aucune approximation, aucune erreur. Celles-ci sont drôles, touchantes, absurdes, tristes un peu aussi, complètement décalées, et pourtant, elles s’ancrent dans un réel bien pragmatique et chaque histoire, chaque tranche de vie pourrait se dérouler autour de nous. Entre le maçon communiste qui envisage sa place au cimetière grâce à de savants calculs, le syndicaliste qui revendique des augmentations de salaires auxquelles personne ne croit, le photographe misanthrope qui devient fou, cette colonie de vacances très spéciale et l’homme qui ne veut pas aller au mariage de sa belle-sœur dont il est secrètement amoureux, vous trouverez forcément votre bonheur.

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Jack l’éventreur démasqué – Sophie Herrefort (278 pages)

Sophie Herrefort est LA spécialiste de cette série de crimes à la fin du 19ème siècle jamais élucidés. Un homme s’est attaqué à quatre femmes, en augmentant au fur et à mesure la sauvagerie avec laquelle il a massacré les malheureuses. L’autrice nous décrit tout d’abord le contexte historique, politique, économique et géographique de ce Londres de fin de siècle. Elle a travaillé pendant une quinzaine d’années sur le sujet, obtenant parfois l’accès à des documents qu’elle n’aurait normalement pas pu voir. Son étude est fouillée, précise, et elle démonte point par point chacun des suspects qui a été envisagé pour donner sa version des faits. Elle s’appuie aussi sur des témoignages qui montrent que vraisemblablement la vérité était au fond connue ou tout du moins fortement soupçonnée par des proches, et même par certains membres de la police elle-même. Aujourd’hui, ce type ne ferait pas dix pas dans la rue sans être confondu. A l’époque, beaucoup de paramètres n’étaient pas accessibles et trop d’enjeux auraient nui à la bonne société anglaise. Un cas très intéressant pour ceux qui sont en quête de vérité.

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Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable – Romain Gary (248 pages)

Ça y est ! Un de mes objectifs de l’année atteint : J’ai enfin lu Romain Gary. C’est ma chère Naomi qui m’a gentiment proposé ce titre. Expérience étrange, je ne m’attendais pas à ça. Ce roman, un des romans des dernières années met en lumière un personnage qui pourrait ressembler à l’auteur en plus vieux (le héros a presque soixante ans, quand le romancier a environ 45 ans en 1975). Il a, comme Romain Gary, une maîtresse beaucoup plus jeune que lui (Relation houleuse avec Jean Seberg), et il s’applique à la décrire à l’opposé de sa compagne. Laura est brune aux cheveux longs et brésilienne quand l’actrice qui partage sa vie est blonde aux cheveux courts. Tout le long du roman, il s’interroge sur sa capacité à satisfaire sexuellement sa compagne, tandis que l’âge et ses problèmes de prostate se font de plus en plus présents. Le type est tout à la fois pathétique et irritant. Et on ne peut se défaire de l’idée que Gary écrit là une sorte de supplique à l’égard de son amoureuse. C’est touchant, drôle, cynique et absurde, et en même temps un peu agaçant. Cet homme qui a traversé la deuxième guerre mondiale, qui a été résistant a comme principal souci d’être amoureux d’une femme beaucoup plus jeune que lui dont il craint l’abandon s’il ne peut pas lui faire l’amour tous les jours. Mais son angoisse ne viendrait-elle pas plutôt de son entreprise prise à la gorge à cause des hausses et de l’inflation ? Bref, on sent Gary se débattre avec ses propres démons qu’il expose sans pudeur dans ce roman qui ne fait pas écran avec sa propre vie, avec, déjà apparent en filigrane, sa tendance suicidaire. J’ai hâte de poursuivre ma quête Gary, avec ses autres écrits.

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Histoire du fils – Marie-Hélène Lafon (331 pages)

Lancée sur Marie-Hélène Lafon, on ne m’arrête plus. Les fans m’ont conseillé cet ouvrage, même si beaucoup d’autres semblent remporter les suffrages.

Ici, l’histoire est racontée à différentes époques, qui ne sont pas chronologiques. Chaque chapitre donne un éclairage de l’histoire, comme un tableau impressionniste, qui, par touches successives finit par donner un ensemble cohérent et homogène. On y retrouve le style âpre et ciselé de l’autrice où se détachent de vraies trouvailles de langage. J’ai particulièrement aimé : « Cela sentait l’encaustique, le miel et le beurre frais. » Elle nous raconte encore une fois des histoires entendues dans son coin reculé de la France, car, ainsi qu’elle le dit elle-même, si on laisse traîner ses oreilles, le matériau est inépuisable.

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Quatuor d’automne – Barbara Pym traduit de l’anglais par Martine Béquié et Anne-Marie Agustyniak

Quatre collègues de bureau célibataires à Londres sont racontés avec un humour anglais bien acéré. Petites manies, et vicissitudes, tristesse, désœuvrement, leurs vies ne sont pas très gaies et peu de choses pour les agrémenter. Lorsque les deux femmes partent à la retraite, ça n’arrange rien. Qu’y a-t-il entre eux ? Quels sont nos secrets espoirs ? Sommes-nous obligés de répondre aux injonctions de la société pour être heureux ? Barbara Pym nous délecte et nous fait réfléchir. Dans cette période où tout le monde veut arrêter de travailler le plus tôt possible, il serait judicieux de s’interroger sur toutes ces choses merveilleuses que l’on fera une fois qu’on sera à la retraite.

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Mon mari – Maud Ventura (350 pages)

J’ai bien sûr une pensée pour Sophie de Sivry qui nous avait présenté ce roman en avant-première, nous expliquant le côté drôle et décalé de l’ouvrage. Ensuite, j’ai vu beaucoup de chroniques très divergentes sur ce roman, feel good or not feel good ? Premier ou second degré ? Personnellement, je n’ai fait aucun effort pour le lire en mode second degré. Mais enfin ! TOUS les romans racontent 1 – soit des débuts d’histoires d’amour (ils se rencontrent, généralement, ils sont attirés mais ils se détestent, ou ils ne se remarquent pas, et il faut tout le roman ou presque pour qu’ils arrivent à la conclusion que leur vie ne vaut d’être vécue séparés) 2 – des chagrins d’amour (Adultère, décès, séparation…avec reconquête, ou nouvelle conquête. Surtout quand il y a mort du conjoint. Peu de romans nécrophiles, il faut bien le reconnaître, ce n’est pas tendance). Ici, Maud Ventura nous prend à contre-pied. Des nuages depuis quinze ans dans la vie de ce couple ? Aucun. Des trahisons ? Pas plus. Qu’est-ce qui cloche ? Rien. Sauf que cette femme, éprise comme au premier jour, angoisse et souffre d’une hypothétique altération de cet amour. Elle en devient insupportable, terrifiante même. J’ai beaucoup ri de ses manigances pour démasquer son mari fidèle, de ses interprétations tirées par les cheveux à cause de ses sentiments exacerbés. Si je dois mettre un bémol, c’est sur l’épilogue qui est pour ma part de trop, mais le reste est une véritable réussite.

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Les oiseaux des marais – Lisa Sandlin (368 pages)

Xavier Bell est le nouveau client étrange de l’agence Phelan. Phelan vient de sortir Delpha d’un mauvais pas, à peine cinq mois après sa sortie de prison conditionnelle. Au-delà de l’histoire policière, Lisa Sandlin nous dépeint très bien le contexte des années 70 à la frontière entre le Texas et la Louisiane, et elle s’interroge sur ce que cela signifie d’être libre. Le travail de fourmi de l’agence de détective, les autres enquêtes qui se superposent à l’enquête principale, tout semble très vraisemblable et réaliste. Même la petite touche d’imaginaire ne nuit pas à l’ensemble. J’ai vraiment bien aimé.

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Les enfants d’Ulysse – Carole Declerq (210 pages)

Deux mineurs syriens migrants en Grèce échappent à la surveillance des autorités, tandis qu’une vieille dame qui ne voit plus d’un œil confectionne des biscuits pour l’épicerie bar tabac du village. Une jolie histoire avec des personnages attachants pour lesquels rien n’est facile. Je me suis laissé embarquer malgré le sujet casse-gueule et un final improbable. Mais on a le droit de rêver un peu de temps en temps.

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Une conquête d’indépendance : Lettres sur l’éducation et un monde nouveau – Maria Montessori, Simone Lanza traduit de l’italien par Delphine Ménage (64 pages)

Maria Montessori est connue en France pour les écoles auxquelles elle a donné son nom. Des écoles où les enfants expérimentent l’autonomie, et où l’apprentissage n’a pas le même modèle pour chacun. On oublie que Maria Montessori a été une des premières femmes médecins en Italie à la fin du 19ème siècle, contemporaine de Ghandi avec lequel elle s’entretiendra longuement sur leur vision respective de l’être humain et qu’au-delà de son modèle d’éducation, elle avait un modèle de communauté utopique assez élaboré. En quelques lettres et discours minutieusement choisis, on découvre cette féministe engagée, catholique croyante et pratiquante qui a laissé sa trace dans l’histoire.