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André-la-poisse – André Siniavski traduit du russe par Louis Martinez (150 pages)

Que dire de ce court roman écrit en France à la fin des années 70 par un homme qui aura déclenché la dissidence en URSS, été chassé de sa terre natale après avoir passé six ans au goulag et été fustigé en France par les « russes blancs », la diaspora russe et toute une population intellectuelle française bien-pensante ? André s’imagine lui-même maudit dans son roman où l’anti-héros porte son nom. La langue caustique et désinvolte à la fois, tel qu’on peut imaginer le vrai André Siniavski, vous transportera dans un monde absurde où le destin et le hasard vous sont imputés et, de ce fait, reprochés dans un même élan.

Réédité par les éditions du Typhon et re-traduit, ce court roman est préfacé par son fils, Iegor Gran, lui-même écrivain. Il nous apporte son éclairage sur cette histoire d’homme persécuté : le père et le personnage.

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Âme stram gran – Christiane Legris-Desportes (142 pages)

La sœur de François est mourante, mais il lui écrit une lettre pleine de haine pour expliquer
pourquoi il n’ira pas la voir, ni même ira à son enterrement. Non-dits, malentendus, secrets,
culpabilité, dans ce court roman, la rancune est tenace, mais une explication aurait dissipé
des certitudes fondées sur des mythes inexistants.
Nous le savons tous : les mots peuvent autant blesser qu’apaiser et Christiane Legris￾Desportes nous en fait en quelques pages une brillante démonstration. Et si la vie, l’amitié et
l’amour sont des soutiens de taille, seuls les mots peuvent vraiment délivrer.

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Betty – Tiffany Mac Daniel traduit de l’anglais américain par François Happe (716 pages)

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques.

Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman. Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques. Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

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Mauvaises herbes – Dima Abdallah (236 pages)

Liban années 80, la guerre, les bombardements. Une petite fille a bien compris que lorsque les bombardements s’intensifient, son papa, son géant, son idole vient la récupérer à l’école. Alors elle est contente quand elle entend les bombes se rapprocher, et elle ne comprend pas pourquoi les autres enfants pleurent.

Les deux premiers chapitres sont juste parfaits, ils allient la douceur et l’amour entre un père et sa fille, une admiration mêlée de peur. Comment se construit-on lorsqu’on est un enfant né dans un pays en guerre, comment protège-t-on ses enfants lorsqu’on est parent dans un pays en guerre, le tout avec beaucoup de pudeur, juste en parlant de leurs mains respectives.

Ce livre aurait dû s’arrêter là, ça aurait fait une nouvelle, et ça aurait été sublime. Pour ma part, la suite n’apporte rien de plus, le style (à la mode) de la répétition à outrance engendre des longueurs d’un ennui à périr, et on tourne rapidement en rond.

Dommage, le début était vraiment prometteur. Comme c’est un premier roman, on lui attribue ses lettres de maladresse et on se dit que le deuxième confirmera la beauté des deux premiers chapitres.

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Salammbô – Gustave Flaubert (353 pages)

Salammbô est le livre préféré d’un ami. À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Flaubert, Rouen, sa ville natale, organise une exposition sur Salammbô. Avant d’aller voir cette expo, je me devais de l’avoir lu !
J’ai toujours aimé les classiques, Balzac, Zola entre autres. Mais j’avoue être complètement passée à côté de Madame Bovary. Cette insatisfaite chronique, son ennui de la vie, m’ont profondément agacée. Flaubert a par ailleurs essuyé de nombreuses critiques sur ce livre scandaleux (une femme adultère, mais où allons-nous ?). Ainsi, il avait décidé d’écrire un livre complètement différent et c’est de ce rejet qu’est venue l’idée de ce roman.


Salammbô est une pure merveille, un vrai joyau de lecture, ciselé à l’or fin et incrusté de pierreries.
Salammbô, c’est le pendant de l’Iliade et l’Odyssée. C’est l’art de la guerre, ce sont des hommes qui ont marqué l’histoire, au point qu’on en parle encore plus de 2000 ans plus tard. C’est une profusion de richesses, et des descriptions de stratégies qui forcent l’admiration. C’est aussi l’horreur de batailles sanglantes, de sacrifices humains.
Entre suspens et effusions de sang, vous dévorerez ce péplum remarquable.

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Les simples – Yannick Grannec (440 pages)

Parenthèse en préambule : Quand un livre de la rentrée littéraire est bon, il est toujours bon plusieurs années plus tard. J’avais repéré ce livre à sa sortie en 2019. Ainsi, ne me demandez aucun conseil pour démêler le grain de l’ivraie des 520 livres publiés cet automne. On en reparle dans quelques années.

J’aime particulièrement cette période de l’histoire entre le moyen âge et la renaissance où les hommes se sont peu à peu ouverts à l’étude des sciences pour laisser une place plus grande à ce que nous enseignait la nature. Sortir de l’obscurantisme religieux où des hommes se prenaient pour Dieu et imposaient à d’autres hommes leur pensée dictatoriale sous couvert de châtiment divin. Admettre que l’homme pouvait soigner ses semblables grâce à des pratiques et des plantes. Que Dieu seul n’y pourvoyait pas.

L’histoire fictive de ce couvent de femmes, dédiées à la charité grâce à un hôpital consacré aux indigents, et à la fabrication de produits concoctés par une doyenne au savoir pharmaceutique colossal est un pur chef d’œuvre. Et il a des résonnances actuelles très fortes. En effet, le peuple est prompt à ériger des bûchers pour brûler de prétendues sorcières. Sait-on vraiment ce qu’il y a dans les potions de sœur Clémence ? Ne serait-elle pas une sorcière qui tuerait des enfants pour prélever leur sang au lieu de les sauver ?

Les intrigues politiques, les complots, la soif de connaissance, la place de la femme dans la société, tout y est. Ce roman est foisonnant d’informations sur la société de la fin du 16ème siècle, sur les simples et certaines applications comestibles ou thérapeutiques (et une résonance personnelle sur ce professeur de botanique en pharmacie à l’université de Caen à qui je rends hommage, merci M. Rioux pour la passion que vous transmettez à vos élèves) et l’histoire du roman en tant que tel est particulièrement réussie, bien écrite et captivante.

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Lolita – Vladimir Nabokov traduit de l’anglais par Maurice Couturier (516 pages)

Mon rendez-vous avec Lolita aura été une amère déception. Je croyais lire l’histoire d’une jeune fille un peu délurée qui aurait rendu fou d’amour un homme mûr. Je ne crois pas beaucoup me tromper en affirmant que c’est un peu ce qui est  entré dans l’imaginaire collectif. Toutes les couvertures le sous-entendent. Quand on dit d’une jeune fille qu’elle est une lolita, on pense allumeuse. Jamais on ne pense victime. Jamais on ne dit petite fille violée.

Ce livre est la confession d’un pédophile assumé, qui sait parfaitement que ses pulsions sexuelles sont interdites et malsaines. C’est de surcroît un assassin, ce qui nous est dévoilé très rapidement. Ce livre a fait scandale à l’époque, on se demande même si quelqu’un oserait le publier de nos jours, mais ce scandale a eu lieu pour de mauvaises raisons selon moi. En 1955, ce qui a prévalu, c’est à la fois le caractère pornographique de l’œuvre (or ce n’est en aucun cas pornographique) et l’absence finalement de pornographie (ceux qui attendaient, comme l’a lui-même dit Nabokov, une escalade de scènes de plus en plus sexuelles ont été déçus). Ce livre était donc inclassable, et c’est ce qui a déclenché le scandale.

Nous n’avons que le point de vue de cet homme, empli d’une morgue dédaigneuse, imbu de lui-même, qui justifie tous ses comportements hideux en mettant de côté le ressenti de cette pauvre enfant. On sent qu’elle fait ce qu’elle peut pour éviter, contourner, vivre avec cette dépendance infâme. Il la menace, lui ment, lui fait du chantage pour la forcer.

C’est par ailleurs assez monotone et si on trouve quelques belles pages littéraires, on s’ennuie plutôt ferme durant les 500 et quelques pages du roman

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Il y a un bon Dieu pour les anarchistes – Marie Bellando Mitjans (148 pages)

Rosa est une sorcière. Elle vit et meurt et renaît, et fait passer les morts dans l’autre monde. On la suit en tant qu’homme, en tant que femme, selon ses réincarnations, on la suit en poilu de la première guerre ou esclave noire aux Etats-Unis. Mais en filigrane, Rosa est amoureuse et elle qui lit généralement à livre ouvert les humains, elle se heurte cette fois à un esprit au moins aussi fort que le sien. Un joli petit ouvrage qui parle de vie, de mort, de racisme, de tolérance, d’histoire… et d’amour.

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse (334 pages)

Encore un livre qui a été encensé par la critique, les prix et nombre de lecteurs auquel je n’ai pas adhéré… Il semblerait que le public soit fan du côté vierge blonde pure qui est violée et torturée pour racheter nos péchés en quelque sorte.

Alors, l’histoire horrible et peu crédible (les filles de ferme qui savent lire et écrire de mère en fille, vraiment ?), le côté franchement malsain et voyeur, la couche glauque du pédophile qui est un bon gars parce que lui, au moins, il est sincère dans ses sentiments (la fille a 14 ans !!!), la fin, bâclée, et le style de plus en plus confus, tout ici me laisse perplexe. 

Comme dans le sketch des Inconnus, il y a le mauvais pédophile, celui qui prend la fille de force devant sa mère, pour bien enfoncer le clou du côté glauque, et le bon pédophile, celui qui prend la fille de 14 ans, mais c’est euh… non ce n’est pas beau, c’est moche. Par ailleurs, Rose finit à l’asile, mais ça, tout le monde s’en moque, apparemment. Navrée pour tous ceux qui ont adoré.