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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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La petite voleuse – Michael Cho (90 pages)

Une BD pour changer ! Corrina déprime dans son agence de pub. Elle a fait des études de lettres pour être romancière et elle se demande si elle n’est pas en train de passer à côté de sa vie. Alors pour avoir l’impression d’exister et sentir l’adrénaline monter, elle pique des magazines, l’air de rien, dans le supermarché où elle fait ses courses.

Elle est mal à l’aise dans sa peau parce qu’elle est mal à l’aise dans sa vie. Le trait à la fois simple et précis de Michael Cho nous plonge dans l’ambiance juste du mal être de Corrina. Les scènes sont séparées par des plans larges des paysages de la ville, qui mettent ce début de vie un peu raté en perspective. Peu de couleurs dans cette BD proche du comics pour mettre en exergue le côté terne de sa vie. Un très joli livre.

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Ensemble, on aboie en silence – Gringe (170 pages)

Gringe est un artiste complet, rappeur, acteur qui apporte une pierre supplémentaire à son parcours avec ce livre. Un livre écrit en partie avec son frère, schizophrène. Il s’agit à la fois d’un livre sur la schizophrénie, sur l’amour fraternel, sur la culpabilité.

Il y a déjà eu des écrits sur des différences, l’autisme, la bipolarité, mais à ma connaissance, jamais on a donné la parole à une personne qui le vit de l’intérieur. Les photos de Thibault, sont incroyablement fortes, poétiques et belles. Sa plume est magnifique, ses textes écrits en hôpital psychiatrique sont poignants. La déclaration d’amour de Gringe pour son frère est comme une lettre d’excuses où il évoque sa culpabilité.

Car au moment où Guillaume devenait célèbre, Thibault sombrait dans une vie pour toujours compliquée et ils ont appréhendé ces deux facettes (célébrité / hôpitaux psychiatriques) comme ils ont pu. Parce que tout le monde fait comme il peut, tout le temps. L’énergie déployée par les malades, mais aussi leurs proches. Chacun avance comme un funambule sur le même fil déstabilisant qui bouge tout le temps. C’est épuisant pour tous et en continu. On croit par moment trouver des pistes pour stabiliser le cours des choses, mais c’est toujours temporaire et jamais acquis. Un texte qui se lit vite et d’une traite et qui laisse une trace.

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La grande roue – Diane Peylin (248 pages)

J’ai enfin réussi à me procurer le dernier livre de la sélection Cezam 2019. 

La grande roue, c’est quatre personnages dont on suit le parcours tour à tour. Aucun lien entre les 4. On se doute que tout va se rejoindre à un moment, comme lorsqu’on est dans une grande roue et qu’on voit le paysage de points de vue différents. Ce côté-là est plutôt réussi, et bien malin qui comprendrait qui sont David, Nathan et Tess, et leur lien avec Emma. On découvre assez tard les liens entre les différents personnages. On se doute aussi qu’il y a plusieurs époques et il n’y a pas d’indice qui nous éclaire. Le sujet est d’actualité, la maltraitance féminine.

Plusieurs ingrédients favorables à une bonne histoire donc. Pourtant, à mon sens, un certain nombre d’incohérences et d’invraisemblances viennent gâcher un peu le plaisir. Et pour le coup, on tourne un peu en rond au milieu, et on a l’impression de lire plusieurs fois des chapitres similaires. Comme dans une grande roue. C’est peut-être volontaire, mais moi, ça m’a un peu ennuyée. Pour autant, ça se lit bien, et la fin est assez inattendue.

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Debout-Payé – Gauz (204 pages)

Après cette incroyable rencontre VLEEL (varions les éditions en live, rencontres avec des éditeurs et des auteurs) avec les éditions le nouvel Attila et Gauz, j’ai immédiatement couru chez mon libraire pour me procurer la prose de cet érudit si humble. 

Gauz est un homme au discours fabuleusement simple et à la plume acérée. Sous l’apparente simplicité de son écriture, il avoue lui-même avoir énormément travaillé. Rien n’est acquis dit-il. Le talent n’existe pas, seul le travail compte. Il retrace dans ce roman l’histoire de plusieurs générations d’immigrés Ivoiriens en France, et l’évolution de la politique qui a façonné l’image populaire qui en a découlé. Ce récit est émaillé de réflexions sur la condition de vigile. Théorèmes, corollaires, sophismes, on est fasciné par le métier de ces hommes transparents, invisibles. On rit beaucoup aussi, des petits ou des gros travers des clients, mais parfois, on est soufflé par la poésie ou la tendresse qui se dégage de ce texte.

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Mon chien stupide – John Fante Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Brice Matthieussent (188 pages)

Brice Matthieussent n’a pas son pareil pour révéler l’humour des ouvrages qu’il traduit. Mon chien Stupide n’échappe pas à la règle. 

Molise est un écrivain en berne qui survit grâce à des scénarii de télévision. Sa vie le déprime énormément, les signes extérieurs de richesse qu’il essaye tant bien que mal de maintenir ne le rendent pas heureux et il aimerait assez se débarrasser de ses quatre enfants, tous adultes, qu’il considère comme des parasites encombrants et ingrats. 

Un soir de forte pluie, un chien élit domicile chez lui, au grand dam de son épouse. Ce chien est tellement bête que tout le monde s’accorde à l’appeler Stupide. Sous une apparente placidité, ce chien va se révéler être un obsédé homosexuel, prêt à s’attaquer à tout ce qui bouge, et devenir agressif si on essaye de le contrer.

John Fante s’attaque à des mythes du rêve américain : belle maison, belle voiture, mais surtout une bonne couche de vernis pour masquer la misère de l’ensemble. Doit-on continuer à sauver les apparences, ou bien vivre ses rêves et ses envies d’ailleurs ? Cru et désabusé.

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Faux-Semblant  – Witi Ihimaera (103 pages) Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Mireille Vignol

Faux sang blanc. En anglais, White Lies, qui est le titre original du livre. Un petit bouquin étonnant, découvert grâce à “Varions les éditions en live” (VLEEL) sur les docteurs Maoris, sur fond de colonisation et de destruction de l’île par les colons. Paraiti parcourt les villages pour soigner les gens, lorsqu’elle reçoit une étrange demande d’une blanche. Elle qui donne et rend la vie, doit la prendre.

En quelques pages, l’auteur nous fait passer un grand nombre de messages sur cette époque où il ne faisait pas bon avoir le teint un peu trop foncé et sur des pratiques ancestrales qui ont été traquées et punies par les blancs.. En cette période estivale où nous cherchons tous à bronzer, mais où la couleur de peau pose encore problème à trop de monde, je vous invite à découvrir une littérature de l’autre bout du monde, qui s’achève par quelques explications de l’auteur sur les thèmes qui l’ont inspiré.

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(Re) Vivre – Laurent Grima (151 pages)

Un accident de la route laisse Thomas dans le coma un long moment. Lorsqu’il reprend connaissance, il doit réapprendre à marcher, comme un enfant, il redémarre à zéro. Dans le centre où il fait sa rééducation, il rencontre d’autres éclopés de la vie. Ils l’aideront à reprendre goût à la sienne.

J’ai récemment lu “Les trois vies de l’homme qui n’existait pas” de ce même auteur avec un grand plaisir, et du coup, j’étais très enthousiaste pour découvrir son premier roman. Déjà, il décline un thème cher à son coeur : la place qu’on occupe dans notre propre vie, quelles sont les choses essentielles, à côté de quoi ne doit-on pas passer, que nous reste-t-il quand on a tout perdu. Déjà on trouve son style, sûr, drôle et émouvant à la fois. Laurent Grima est pétillant tout en nous amenant à nous interroger. Une plume à découvrir.

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L’invention d’Adélaïde Fouchon – Natacha Diem (204 pages)

Adélaïde est une petite fille comme les autres, ou presque puisqu’elle a une maman et deux papas et cette singularité l’empêche d’être vraiment bien dans sa peau. Alors elle se réinvente tant qu’elle peut. Lorsqu’elle devient adulte, elle cherche à comprendre si cette enfance si particulière l’empêche encore de vivre normalement.

Le premier livre de Natacha Diem est à la fois poétique et cru, drôle et émouvant. Adélaïde parle tour à tour de ses souvenirs en tant qu’enfant et de ses réflexions de femme. Son style est moderne et sans concession. Certaines phrases sont de vraies pépites de style, des trouvailles ingénieuses qui ne sonnent jamais faux et qui font toute la beauté de l’ouvrage. Une vraie découverte.

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Sankhara – Frédérique Deghelt (384 pages)

Après une très violente dispute avec son mari, Hélène est partie brutalement juste avant la rentrée des classes de ses jumeaux faire un stage spirituel où elle est coupée du monde. Elle n’a prévenu qu’une amie, qu’elle a chargé d’envoyer chaque jour une lettre à ses enfants pendant les dix jours de son absence. Sébastien est encore plus en colère après elle, mais aussi désemparé. Vu tour à tour de chacun de leur point de vue, Frédérique Deghelt dissèque ce qui fonde un couple, ce qui l’érode au fur et à mesure que le temps passe. Elle explore  les choix que l’on fait, ceux que l’on n’a pas faits, et comment on peut se poser pour prendre suffisamment de recul pour réfléchir au sens qu’on veut donner à son existence. 

Comme toujours la plume de l’autrice est à la fois fine et acérée. Elle sait comme personne décrypter les relations entre les hommes et les femmes, les places que les uns et les autres tiennent dans la société. Ce livre vous fera à votre tour réfléchir et vous poser des questions sur vous et votre vie. Le rythme lent des chapitres de méditation d’Hélène alternent avec le rythme fou des chapitres où Sébastien se débat comme il peut dans son quotidien.