Dès les premières pages, l’ambiance de ce roman est lourde et poisseuse. On sent que ça va mal finir. Les habitants de cette petite ville sont fascinés par l’arrivée de l’ambassadeur et de sa femme. La boulangère s’en entiche d’autant plus que son mari la délaisse. Elle passe ses journées chez cette femme qui la manipule, entre malaise et climat malsain. L’effet pour déranger le lecteur est très réussi, mais ne lisez pas ça en période de déprime.
Julien vend des saucissons à la halle de Marrec. Un jour, il s’est présenté avec son CV, et Patrick, le gérant de plusieurs magasins l’a affecté aux saucissons. Comme dit Patrick M, plus t’en vends, mieux tu gagnes. Il a des préceptes simples Patrick M. Et puis, il y a Avi, le jeune roumain lettré qui philosophe en faisant des cafés parce qu’avec ses cheveux bruns, il ressemble à un Italien. Il y a aussi Sacha, le Tzigane et Alma la libraire, les plus belles jambes de La halle, de Marrec et du monde sur lesquelles tous les hommes fantasment. Ce petit monde tourne comme une ruche ou une fourmilière, tout est à sa place, tout roule. Mais la nouvelle vient de tomber, la galerie d’art au premier étage va être remplacée par un supermarché végétarien. Le rez-de-chaussée s’insurge et Fouad, le gardien de la galerie prévient : ça ne va pas se passer comme ça. Entre humour, philosophie, poésie et tendresse, Julien Syrac décrit les amitiés et les inimitiés, les hypocrisies et les petites lâchetés pour ce roman plein de vie. Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter Isa se livre n° 28 sur http://www.radio-toucaen.fr Isa se livre #28 | RadioTouCaen https://share.google/iiRirt5IIJkksxHLA
Trois décennies, une pour expliquer la haine, une pour expliquer l’origine de la haine, une pour terminer l’histoire démarrée il y a vingt ans. Rémi David nous entraîne dans un thriller écologique où l’enjeu est l’eau potable sur fond de crise climatique. Un magnat de l’eau, qui se présente comme un philanthrope humaniste, est un vrai salaud. Mais salaud à quel point ? Samira lui voue une haine tenace qui dure depuis longtemps. Que s’est-il passé, il y a dix ans pour qu’elle veuille sa peau à ce point ? Haletant et bien mené, ce roman très touchant exploite les ressorts de la misère humaine, des petits qui se battent contre les grands. Un très beau roman au final magistral.
Une jeune fille rejoint un maître Samouraï pour se former à le devenir aussi. Un roman doux et délicat entre thé et épée où une jeune fille déguisée en garçon et un vieil homme à l’âme blessée s’apprivoisent dans la douceur de vivre. Il fera tout pour la sauver de la folie des hommes et de la guerre. J’ai bien aimé le style délicat et l’histoire ciselée.
Motl est un petit garçon espiègle et joyeux qu’aucun malheur ne peut abattre. Des malheurs, pourtant, sa vie en est truffée, à commencer par la mort de son père et les entreprises désastreuses de son frère pour sortir de leur pauvreté crasse. Dans l’Ukraine antisémite des années 1920 où les pogroms ont fait rage, la famille décide d’émigrer aux Etats-Unis. Mais pour passer l’immigration, il faut avoir des yeux en bonne santé et la maman de Motl pleure tout le temps, abîmant inexorablement ses yeux. Motl déplore tous les évènements avec l’insouciance de l’enfance. Sholem Alekheim disait : la vie est horrible, alors il faut impérativement en rire, car on ne changera pas la folie des hommes ; sa vision des choses se reflète merveilleusement dans ce roman et m’a donné très envie de lire la suite.
Raoul va se faire casser la figure, parce qu’il est bouc émissaire des gars plus costauds que lui dans la classe. Raoul n’est premier qu’en rédaction, et il veut être écrivain. Chez lui, sa mère craint pour sa santé et son père voudrait le voir devenir commerçant. Incompris et coincé entre sa famille et son rejet à l’école, il décide de faire l’école buissonnière. La traversée de Paris par ce jeune juif dans les années soixante est drôle et touchante à la fois. Il sortira grandi et mûr de toutes les expériences et rencontres qu’il va faire. Dans une France d’après-guerre où l’antisémitisme est encore bien présent, cette journée lui ouvrira les yeux sur sa vie, sa famille, et les gens qu’il côtoie au quotidien. Un joli roman sur l’adolescence qui s’éveille.
Sur le moment j’ai pensé : Tiens ! Un inédit de Tolstoï ! Sauf que, si vous faites attention, vous verrez qu’il s’agit d’un homonyme, puisque le Tolstoï qu’on connaît le mieux, c’est Léon. D’ailleurs, Alexeï est mort en 1945, c’est ce qui m’a alertée, les dates ne collaient pas.
Ce Tolstoï nous décrit une Russie pendant la révolution, au travers du road trip de ce personnage qui va endosser différentes identités et fonctions au fur et à mesure des évènements qu’il va vivre avec comme toile de fond, la prédiction d’une Tsigane sur un avenir bien plus radieux que la destinée qu’il peut a priori imaginer. L’opportunisme se teint d’absurde dans une Russie folle où tout se délite et se disperse dans la plus grande confusion. Humour noir et cynisme pour ce petit roman déniché par l’Arbre vengeur.
Quand trois pieds nickelés découvrent plus de 4 millions de dollars dans un avion qui s’est écrasé en forêt, le plan est simple : garder l’argent pendant 6 mois pour être sûr que personne ne le cherche, puis se le partager et disparaître pour toujours. Sauf que les plans simples deviennent parfois bien compliqués. Un humour caustique et déjanté qui a inspiré les frères Cohen pour leur film Fargo qui utilise aussi les mêmes paysages enneigés comme décor pour un roman sur le rêve américain dévoyé.
Pour continuer dans le thème de l’aberration nazie, j’ai enchaîné avec cette biographie romancée du champion de boxe Tsigane allemand dans les années 30. Je ne vous fais pas de dessin, son destin est tragique, à l’instar des 300 000 autres Tsiganes et des 6 millions de juifs assassinés dans des camps d’extermination. Considérés comme inférieurs, associaux, dégénérés, le gouvernement du troisième Reich les a aussi stérilisés et contraints au travail forcé. Mais Rukeli était un grand champion de boxe et il a gagné le championnat d’Allemagne. Impensable qu’un singe dégénéré, qui semblait danser autour de ses adversaires obtienne le titre. Il en sera déchu pour avoir boxé de façon non conforme.
Ce roman s’appuie sur l’histoire vraie d’une tuerie gratuite. Sept juifs raflés par la milice française en juillet 1944 et assassinés en représailles de la mort de Philippe Henriot. Sept personnes avec un bristol mentionnant leur patronyme sur le corps, sauf un homme, anonyme. Un homme qui, la nuit précédant sa mort, a chanté Tosca dans le placard où il était enfermé avec les autres, pour se donner du courage, pour donner du courage à ses codétenus, pour mettre de la beauté là où il n’y en a pas. Deux résistants sont enfermés avec eux. Au procès de Touvier, Louis Guiraud, dit P’tit Louis se rappelle cet homme inconnu à la voix magnétique. Un roman bouleversant d’humanité dans la cruauté. On ne dit jamais assez à quel point la milice française a fait de dégâts humains en France. Des. Français. Alors, prétendre que Pétain a protégé les Juifs pendant la deuxième guerre mondiale est une hérésie historique qu’il ne faut jamais laisser passer.