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Le gang de la clé à molette – Edward Abbey Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Jacques Mailhos (552 pages)

Quatre personnes que rien ne prédisposait à se rencontrer, décident de protester contre l’urbanisation et la destruction de l’environnement du désert entre le Colorado, l’Utah, le Nevada et l’Arizona, ainsi que de son majestueux fleuve par des sabotages de bulldozers sur les chantiers de construction des routes et des ponts. 

Parfois c’est très drôle, on éclate franchement de rire. Par moment, on se perd un peu dans les descriptions techniques des engins de chantiers. 

Ce livre est l’histoire d’une longue cavale et d’une longue traque. L’histoire est politiquement incorrecte, crue, parfois absurde. Mais on comprend que cet écrivain, qui s’est fait enterrer dans un lieu secret de ce même désert, ait tenté avec son arme, l’écriture, de s’opposer aux aberrations écologiques créées par les hommes dans cette partie sauvage du monde. Un Panthéon de la littérature américaine qu’il faut absolument avoir lu.

Les trois vies de l’homme qui n’existait pas – Laurent Grima (306 pages)

En cette période particulière et inédite de nos vies, je trouve que chaque livre prend une dimension spéciale. Celui de Laurent Grima n’échappe pas à la règle, et le sien a même une résonance vraiment singulière. 

Road trip en Europe, pamphlet sur les diktats des apparences, la consommation compulsive, les dérives du marketing, ce livre nous interroge sur les questions essentielles de ce qui nous fonde et nous construit. Quand on n’a rien, même pas une identité, une histoire, sur quelles bases se développer ? Quelles valeurs, quel héritage voulons-nous transmettre à notre descendance ? Qu’est-ce que l’amour, l’amitié, la filiation, l’entraide ?

L’auteur nous en fait une proposition originale et drôle, tendre et mélancolique à la fois. Un livre qui marque. Attendrissant.

Le nouveau western – Marc Fernandez (188 pages)

A l’instar de Pyongyang 1071, Marc Fernandez, lui, est parti à la rencontre du Cid, en parcourant à vélo les 961 kilomètres du trajet entre Burgos et Valence.

Un voyage sublime dans la diagonale du vide espagnol (l’équivalent de notre diagonale qui relie Nevers à Limoges), mais un calvaire pour quelqu’un qui s’est entraîné mais qui n’est pas non plus un sportif accompli. Si le voyage fait très envie, le parcours à vélo semble quand même compliqué pour des novices.

On redécouvre aussi l’histoire du Cid, personnage ayant vraiment existé, une légende vivante du 11ème siècle et cette petite escapade historique fait un bien fou. Ce guide de voyage est un bol d’air vivifiant.

Pyongyang 1071 – Jacky Schwartzmann (185 pages)

Paulsen, éditeur spécialisé dans les voyages et le sport a eu l’idée saugrenue d’envoyer des écrivains réaliser des épreuves sportives un peu extrêmes dans des situations inhabituelles.

Ainsi a vu le jour le périple de Jacky Schwartzmann en Corée du Nord pour y effectuer un Marathon.

Jacky Schwartzmann a un don particulier : celui de vous donner l’impression d’être avec lui pendant qu’il vit son épreuve, son entraînement, son voyage. On a envie d’être pote avec lui, parce qu’on se reconnaît dans ses réactions, et qu’on se dit qu’on se serait marré avec lui, qu’on aurait eu peur en même temps, qu’on aurait souffert de la même manière. Avec l’humour qui le caractérise, et qu’on retrouve dans ses autres romans, on le suit dans cette épopée Nord Coréenne en se disant, comme lui, qu’on n’y retournera jamais. Dépaysant.

Vagabonde – Hervé Jubert (507 pages)

A l’instar de Guillaume le Cornec et ses Jaxon, qui revisitent le concept des héros de notre enfance, le Club des Cinq, Hervé Jubert, lui, s’attaque plutôt au mythe de Fantômette, avec Vagabonde, une petite ado haute en couleurs qui part à la recherche de son père qui a disparu. La différence, de taille, je vous l’accorde, c’est que Vagabonde, est la fille d’un voleur, et qu’elle rêve de suivre les traces de son père. Avec cette disparition plus qu’inquiétante, elle se jette de fait dans le grand bain… et dans la gueule du loup, bien sûr.

Très moderne, très drôle, on est tout de suite absorbé par l’histoire de cette famille atypique et les quêtes haletantes qu’ils poursuivent. C’est frais, c’est léger, malgré les personnages inquiétants et le fond de l’histoire, bien triste. Pour autant, un vrai vent de légèreté souffle tout au long de ce roman.

Hervé Jubert nous entraîne dans le road trip que suit la jeune fille et son petit frère, ses amis, un drôle d’étudiant, un grand-père fantasque, un parrain qui ne l’est pas moins, une chatte siamoise sournoise et un combi Vévé qui leur permet de parcourir l’Europe de long en large et en travers.

Amusez-vous beaucoup et passez-le à vos gamins ensuite, ils vont adorer. Rafraîchissant !

Et que celui qui a soif vienne, Un roman de Pirates – Sylvain Pattieu (470 pages).

Sylvain Pattieu - et que celui qui a soif vienne, un roman de pirates

Un roman de pirates? Vraiment? A priori pas trop ma tasse de thé, mais bon, il fait partie de la sélection, on se lance dans ce livre d’aventures, d’amour de philosophie et de réflexion sur la lutte des classes.

Un bateau, des esclaves nègres, un guerrier géant, une belle esclave que le capitaine s’approprie, une vieille sorcière, un pauvre gosse, devenu mousse, violé par les marins, un bosco qui fait tourner la boutique… Puis un autre bateau, d’autres personnages hauts en couleurs, un vitrier et un charpentier ennemis, un prêtre qui a des discours plus philosophiques que religieux, une femme qui fait tourner les têtes, un noblieau idiot. Un autre bateau encore, une femme déguisée en homme, son frère, illuminé. Des pirates qui attaquent tous ces bateaux…

Une foison de personnages (je ne les cite pas tous) qui ont chacun une importance, des allusions actuelles, des anachronismes voulus, une touche d’humour… On a l’impression de faire partie de la famille. Un hommage à la mère de l’auteur aussi, la description pudique et touchante de sa fin de vie, chacun ayant perdu un parent d’un cancer se retrouvera dans ses mots: c’est magnifique, c’est merveilleux. Tout est beau, tout est juste. C’est violent comme la vie au XVIIème ou XVIIIème siècle, ça pue la sueur et la merde de ceux qui vont mourir, on vit sur les bateaux, on a chaud, on a peur, on est exaltés.