Rien n’est noir – Claire Berest (282 pages)

Est-ce que j’aime Frida Khalo? Voyez la photo qui accompagne cette chronique, j’ai même un tee-shirt à son effigie! Alors quand j’ai vu cette couverture magnifique lors de la rentrée de septembre, je me suis dit que si je n’achetais qu’un livre, c’était celui-là. 

Vous découvrirez la vie de Frida Khalo, personnage fantasque et brisé, probablement bipolaire, à une époque où on ne le disait pas, amoureuse d’un homme effroyablement laid qui avait pourtant un succès fou. Diego Rivera, le plus grand peintre d’Amérique dans les années 1920, fut son mari et sa tourmente.

Si vous connaissez l’histoire de cette femme à part, libre d’agir comme bon lui semblait, multipliant les conquêtes à l’instar de son mari, peintre reconnue, communiste, diva, et emprisonnée dans ce corps si douloureux, vous n’apprendrez pas tellement plus d’elle. Mais le style de Claire Berest ajoute une touche colorée (rouge, bleu, jaune, noir) essentielle à cette biographie. Un style qui à mon sens ne trahit ni la femme ni l’artiste.

Alors que vous aimiez Frida comme moi à la folie, ou que vous ne la connaissiez pas, il faut absolument découvrir cette peintre étonnante qui a révolutionné la peinture moderne en peignant comme personne n’avait jamais peint avant. Épatant.

Une chic fille – Collectif Inculte (150 pages)

Ne cherchez pas, dans la liste de la dizaine d’auteurs qui a participé à ce roman, qui a écrit quoi, eux-mêmes ne se rappellent plus bien.

Icône pop, tragique et vulgaire, Anna Nicole Smith, cette gentille fille du Texas, n’a eu de cesse de sortir de sa condition modeste, pour devenir une nouvelle Marylin. En épousant un vieillard milliardaire, elle a hérité de quoi finir ses jours dans les excès en tout genre… Jusqu’à en mourir.

Pourquoi le collectif inculte s’est intéressé à cette fille, morte à 39 ans, présentant un intérêt culturel et littéraire plutôt pauvre ? C’est là qu’ils montrent tout leur art, se moquant d’eux-mêmes dans des traductions déjantées et hilarantes des passages en anglais, et en racontant dans un roman choral l’histoire finalement romanesque de cette bergère moderne. Dopant.

Lawrence d’Arabie – Olivier et Patrick Poivre d’Arvor (344 pages)

Dans dix jours nous célébrerons le 84ème anniversaire du décès de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie en pleine force de l’âge à 47 ans (mon âge, un jeune, quoi !!!). On connaît tous la légende, amplifiée par un film où le héros fut interprété par Peter O’Toole, qui lança Omar Sharif, qui gagna sept Oscars et 5 Golden Globes.

Cet homme est devenu bien malgré lui une légende de son vivant. Il a vécu mille vies sous plusieurs noms, car la pression de la presse notamment a été tellement forte à un moment, qu’il a préféré se cacher comme simple soldat dans la RAF, plutôt que vivre sa vie de colonel de l’armée.

Instigateur de la révolte arabe, il a été ensuite accusé de fomenter des révoltes partout dans le monde, à tort. En réalité, son but était de supprimer le colonialisme tout en incitant les pays libérés à adhérer de manière consentie à une communauté Britannique. Mais ils se sentira traître vis-à-vis de tous.

Mal aimé par sa mère, complètement fracassé par son expérience de la guerre, dont une nuit de tortures à Deera, probablement homosexuel refoulé, refusant le contact physique en général, il vivra sa vie à 100 à l’heure, littéralement, notamment sur la moto avec laquelle il aura son accident fatal.

Il n’aura jamais admis sa condition de bâtard, car il découvrit à 10 ans que son père était déjà marié, avec 4 filles, lorsqu’il tomba amoureux de sa mère à qui il fit 5 fils. Il finira par expier ses fautes supposées en se faisant flageller par un ami chaque semaine.

Franchement, le livre est compliqué : il bouge tout le temps, on ne comprend pas bien les manœuvres, ni physiques, ni diplomatiques, c’est un peu le bazar, mais c’est aussi sûrement sa vie qui l’a voulu. J’ai eu parfois l’impression qu’il y avait des allers-retours dans le récit, peut-être qu’il était difficile de raconter sa vie de façon linéaire.

En revanche, beaucoup de photos, très intéressantes, puisque c’est une édition avec images, et ça vaut le coup. En fait, pour être très honnête, je pense que pour se plonger dans l’histoire de cet homme extrêmement complexe, il faut directement se plonger dans les livres écrits par Lawrence lui-même : les 7 piliers de la sagesse, qui raconte l’épopée arabe, la plus intéressante, et aussi la Matrice, relatant de son expérience dans la RAF. Le reste, je l’ai résumé plus haut. Ebouriffant !

Alabama Song – Gilles Leroy (214 pages)

Prix Goncourt 2007, Alabama Song est une petite fable savoureuse brodée autour de la vie de Zelda Sayre, qui épousa plutôt malheureusement Francis Scott Fitzgerald. Gilles Leroy nous prévient : ceci est un roman, tout ou presque est faux.

Il décrit ce grand écrivain comme un alcoolique à l’homosexualité refoulée et sa femme, fantasque et libre à une époque où les filles de juge, petites filles de sénateur ne pouvaient pas l’être.

La vérité est qu’ils ont tous les deux eu un destin tragique, morts trop tôt l’un et l’autre, lui d’une crise cardiaque à 40 ans, et elle dans l’incendie de l’hôpital où elle était internée à 47 et leur vie passionnée et passionnelle fut tour à tour un amour infini et un déchirement récurrent.

L’auteur nous entraîne néanmoins dans cette période un peu folle de l’entre deux guerres où le champagne coule à flot et les voitures frôlent les corniches de la Côte d’Azur comme on frôle la mort pour se donner des coups d’adrénaline. On a presque l’impression de lire une version un peu crue de Gatsby le magnifique qui, au fond raconte sensiblement une histoire similaire. Tourbillonnant.

Vie de David Hockney – Catherine Cusset (180 pages)

Catherine Cusset est très forte pour écrire des histoires de vie. Inventés ou réels, ses personnages traversent le cours de l’histoire avec leurs joies, leurs peines, leurs amours, leurs inimitiés, leurs parcours.

Biographie romancée, le livre de Catherine Cusset nous retrace la vie d’une personne qui est toujours vivante, peintre célèbre, David Hockney. J’ai un peu honte parce que je prétends m’intéresser un peu à la peinture, et je ne me rappelais pas avoir jamais entendu parler de ce peintre qui a pourtant une carrière de 60 ans derrière lui!

David Hockney a défié toutes les époques et tous les genres : à une époque où plus personne ne faisait de figuratif, lui s’y est consacré, il a même redonné vie aux portraits et en particulier aux portraits de couple. Il est aussi célèbre pour ses montages photographiques, si vous avez 5 minutes supplémentaires, allez jeter un coup d’oeil à ses oeuvres sur internet, indescriptibles, mais fascinantes. Il a fait un travail considérable sur la couleur et la perspective.

David Hockney, c’est aussi l’homme qui a assumé son homosexualité à une époque où il était encore difficile de le faire, et qui a traversé la période épidémique du sida des années 80-90, sans l’attraper, et en voyant mourir un à un une bonne partie de ses amis dans les années 90.

C’est écrit sans concession mais avec une grande tendresse et beaucoup d’amour pour l’artiste. Instructif.