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La Trilogie du Mal – Michel Montheillet / Maxime Chattam (156 pages)

Je découvre Maxime Chattam par les dessins de Michel Montheillet. Comment découvrir mieux un auteur que par des dessins aussi sublimes ? Car Michel Montheillet a ce don incroyable de faire passer toutes les émotions au travers des personnages. Ces dessins sont vivants et vibrants. 

Je sais de source sûre (dans la préface rédigée par Maxime Chattam, pour être précise) que le dessinateur est allé sur place pour prendre en photo les plans et les perspectives de la ville de Portland qui apparaît sous son apparence véritable, un incroyable travail. Les images de paysages et de la ville sont époustouflants.

Cela dit, visuellement, il s’agit également d’une BD qui met en scène les crimes d’un tueur en série particulièrement violent. Certains dessins ne conviennent donc pas aux âmes sensibles.

Les amateurs du genre en revanche seront servis, je conseille d’ailleurs à tous les fans de Maxime Chattam de passer par la case Michel Montheillet. Personnellement, j’ai eu du mal à lâcher les aventures du bel inspecteur Brolin.

Dernière escale – Sandra Martineau (299 pages)

Roman policier mais pas que, telle est la devise des éditions Lajouanie. Ce thriller original se déroule pendant une croisière sur un bateau. Richard, footballeur déchu tente ce voyage de la dernière chance pour sauver son couple. Mais la menace plane.

Sauvera-t-il sa famille du désastre? Gardera-t-il la tête froide quant à ces résurgences du passé? La tension monte inexorablement, et les tentatives maladroites et désespérées de ce père de famille ont un côté pathétique et affligeant.

On est happé par ce livre qui se lit d’une traite, et on a hâte d’en connaître le dénouement.

Requiem pour un fou – Stanislas Petrosky (222 pages)

Cet opus est le quatrième tome de l’histoire de Requiem, ce prêtre exorciste, membre des services secrets du Vatican,amoureux des femmes, de la bière et du whisky, un peu branleur, un peu hâbleur, un peu menteur, mais c’est un vrai pur au fond. Un véritable humaniste, un justicier, un homme de coeur qui a ses petits arrangements avec l’éternel lorsqu’il dérape. Cette fois, un fou s’en prend à des SDF pour les assassiner en les mettant en scène  de façon macabre et mystique.

Avec des dialogues à la Audiard et des clins d’oeil à son éditrice, à ses potes (moi aussi j’adore Jacques Saussey), à ses bons plans restos, à ses coups de coeur dans la vie, à sa propre publicité (c’est comme ça que j’ai su qu’il me manquait les trois premiers tomes), à son public, on se marre et on se prend au jeu de son roman interactif, où on est sans cesse pris à partie. On est happé par l’histoire, et le suspens nous tient en haleine jusqu’au dénouement.

Ambre – Sylvie Grignon (222 pages)

Rencontrée lors du Salon du livre éphémère, Sylvie m’a fait l’honneur de sa confiance en me confiant son dernier né : Ambre. Après Rouge, Blanc, Bleu, Noir et Pourpre elle signe là un nouveau polar au style agréable et fluide qui nous entraîne sans qu’on puisse s’arrêter.

Qui donc a eu l’idée morbide de placer les corps de sept vieillards nus dans les catacombes? Comment et pourquoi? L’équipe aux personnages forts est sympathique et humaine, et ils déplorent tous l’absence de leur patron, dans le coma depuis qu’il a été blessé. Cette enquête aurait été pour lui. D’ailleurs, les messages ne lui sont-ils pas directement adressés?

Dans la crise sanitaire internationale actuelle, où l’on peut douter de ce que les médias nous rabâchent en continu à la télé, remettre complètement en cause la véracité des infos fournies par les Chinois, et par ricochet, de celles que notre propre gouvernement nous distille au milieu de ce chaos, cette histoire s’inscrit complètement dans le contexte délétère du moment.

HS7244 – Lorraine Letournel Laloue (285 pages)

On a tous entendu parler de ce scandale en Tchétchénie où on a identifié des camps de concentration, avec un fonctionnement semblable à ceux de toutes les dictatures, des camps d’Hitler en passant par les goulags sibériens de Staline et ceux de Pol Pot et tous leurs compagnons de folie. Le président tchétchène ne déroge pas à la règle : “Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie, notre race est pure, nous n’avons donc pas besoin de les traquer”. 

En s’inspirant de cette horreur qui continue, et dont seules quelques associations se préoccupent en sauvant par l’exil quelques malheureux persécutés, en danger de mort parfois au sein même de leur famille, Lorraine Letournel Laloue nous livre l’histoire d’amour poignante, terrible et désespérée de Marius, parti avec sa moitié en voyage en Russie et qui se retrouve blessé un matin après une soirée dans un bar tchétchène dans une cellule froide et puante. Mais que fait-il là? Et pourquoi l’accuse-t-on d’être un terroriste? Et où est Camille, sa moitié?

J’ai eu la gorge serrée pendant toute la lecture du livre, en pensant à tous les couples d’amis homos que je connais, et qui ne demandent rien d’autre à la vie que de partager la leur avec celui qu’ils aiment. Jamais en France le mariage pour tous n’a autant soulevé des foules indignées qui ne seront jamais concernées par le sujet. Mais qu’est-ce que ça leur enlève à tous ces gens que des personnes qu’ils ne connaissent pas s’aiment et se marient si ça leur chante? Un thriller poignant.

Joueuse – Benoît Philippon (356 pages)

Après son Mamie Luger qui a raflé tous les prix, dont celui, dernier en date, de Bloody Fleury 2020, Benoît Philippon repart en croisade pour défendre les cabossés de la vie. Comme il est dans un roman, il peut se permettre de contourner, détourner, se dédouaner de la loi. Les gentils sauvent d’autres gentils en cassant la gueule des méchants, et basta. Et on est bien content, parce que la morale est pour eux. Pour nous aussi. Avec son ton léger, il nous entraîne dans l’enfer de la maltraitance infantile en général et du viol en particulier. Heureusement qu’il prend un ton de bande dessinée pour nous asséner toute cette violence avec autant de crudité, sinon, ce serait insoutenable. 

Baloo et  Zack se vengent de leur enfance brisée en jouant au poker; ce sont les meilleurs. Leur amitié les soutient comme elle peut dans cette chienne de vie. Finalement, ils ne sont pas heureux, et ils ont chacun leur expédient pour évacuer leur passif. Jusqu’au jour où Maxine entre dans le jeu. Elle aussi, a besoin de se venger de son enfance brisée. Et cette rencontre va tout bouleverser. Bluffant!

Le coffre – Jacky Schwartzmann / Lucian-Dragos Bogdan (153 pages)

A l’instar de Pension Complète que Jacky Schwartzmann a écrit tout seul, ce roman noir est un roman noir et drôle. Un cadavre retrouvé dans un coffre de toit de voiture, une enquête que se partagent deux flics : un Roumain, un Français, un choc culturel. Deux auteurs, un Roumain, un Français, qui ont eu les mêmes difficultés de communication que leurs flics respectifs. Une enquête urgente, un livre urgent, une commande pour quais du polar, 4 mois pour sortir un bouquin entre deux auteurs qui ne se connaissent pas, trois mois avant la retraite du gendarme français. 

Exercice littéraire réussi, deux auteurs bien choisis pour le réaliser. La conversation téléphonique entre les deux représentants de l’ordre est à mourir de rire. On apprend plein de choses sur l’histoire de la Roumanie, sur ses chocs culturels internes (La Moldavie / La Transylvanie). Les clichés sont abordés de part et d’autre et font la saveur de ce petit roman bien marrant.

Asymptote – David Hue – auteur (206 pages)

En pleine affaire Griveaux, je trouve amusant de parler d’Asymptote, le premier roman de David Hue sur la manipulation des politiques et de la déliquescence de notre système démocratique.
Rien à voir bien sûr, Asymptote est carrément plus sombre qu’une pauvre histoire de vidéo turgescente, mais on a un fond qui pourrait y ressembler. Cette dystopie décrit le monde tel qu’il pourrait évoluer dans le pire des cas : Fond politique inexistant, mais communication des partis très au point, système d’éducation appauvri, fécondité quasi inexistante, désordres climatiques très importants sans aucune volonté réelle de les améliorer, monde noir, gris sombre, déprimant.

Parfois, au milieu de ce chaos, une conscience essaye de faire un monde plus juste, plus beau. C’est le cas de ce policier qui enquête sur le meurtre d’un juge très aimé, très consciencieux, très droit. Deux skinheads ont été vus proches du lieu du crime et une croix gammée a été entaillée sur le torse de la victime. L’extrême-droite serait-elle derrière ce crime odieux, ou bien la ficelle est trop grosse, trop visible pour être vraie ? On a tendance à ne plus croire en grand-chose dans ce monde décadent.

Donbass – Benoît Vitkine (282 pages)

Benoît Vitkine a couvert depuis 2014 le conflit Ukrainien pour le Monde. Il a obtenu le prestigieux prix Albert Londres pour ses articles. Sa plume est très belle, son analyse est fine, c’est mérité. Dans ce roman policier, il nous interpelle sur une mort particulière (un assassinat) dans un monde où la mort est quotidienne (la guerre). En Europe, on se moque de ce conflit, qui est pourtant à nos portes. Le Donbass, c’est cette région à l’est de l’Ukraine  déchirée entre une Ukraine ayant des visées sur l’Europe, et une Russie qui a soutenu les séparatistes.

Il nous en explique les grandes lignes au travers des populations qui vivent sur la ligne de front. Il explique la misère, l’alcool, les usines de coke, les gens qui restent, les aéroports, les gares et les routes coupés. Il raconte l’absurdité des conflits, des clans qui sont flous, des gens qui ont choisi un camp, mais qui ont besoin de manger, et qui s’adaptent, des trafics qui poussent sur le terreau du chaos. Il place l’histoire dans un moment du conflit où tout est à peu près statique : les deux camps se tirent l’un sur l’autre, mais évitent les victimes. Les gens s’habituent aux explosions permanentes, l’homme s’habitue à tout. Il parle des traumatismes de la guerre d’Afghanistan, toujours pas vraiment digérés.

Bref, on apprend beaucoup de choses, les personnages sont troublés et troubles, le suspense, pour couronner le tout, est parfaitement maîtrisé. Rien à jeter là-dedans, la petite histoire dans la grande Histoire, le style. Quand on a en plus la chance d’avoir rencontré l’homme, à l’écoute de tous, qui connaît son sujet sur le bout des doigts, on n’est pas étonné qu’il en ait sorti un livre aussi passionnant.

Vesper – Vincent Crouzet (421 pages)

Vesper, c’est une plongée brute dans l’histoire des vingt dernières années du vingtième siècle en Afrique, territoire instable et sanglant. Vous sortez du boulot, vous ouvrez le livre, et vous êtes dans la moiteur de l’Afrique australe. Si vous y êtes déjà allé, vous retrouverez cette chaleur qui vous assaille à la sortie de l’avion, comme si vous entriez dans un four, l’humidité qui vous fait dégouliner, et aussi cette odeur si particulière. Quand mon père ou mon grand-père m’envoyaient des cartes postales, dans les enveloppes légères striées de bleu et rouge “par avion”, elles “sentaient” encore l’Afrique quand elles arrivaient jusqu’à moi.

Vesper raconte l’Afrique quand il y avait encore des animaux sauvages, et on est avec Victor qui repasse ses années de services au sein de la DGSE au travers de ses souvenirs les plus forts, ses amitiés surprenantes avec des chefs de guerre, ses trafics, ses peurs, ses voyages épiques et presque plus dangereux que les scènes de guerre. Il y a les images, les sons, les odeurs, les sensations, les émotions. On y est vraiment.

Vesper est le pseudo de cette femme superbe qui va bientôt devenir la directrice de la DGSE. Au café du musée Beaubourg, elle a donné rendez-vous à Victor, son agent depuis vingt-cinq ans. Comme toujours, ils se retrouvent comme des amants. Mais cette fois, elle l’a convoqué pour le virer. Bizarrement, il s’y attend, et ne cherche pas vraiment à se défendre. Comme des amants qui vont se séparer, ils évoquent leur longue collaboration.

On n’aime pas trop Vesper, parce qu’on sent qu’elle a manipulé Victor pendant toutes ces années. Elle a fait de lui ce qu’elle voulait, l’a envoyé sur tous les fronts, au propre comme au figuré, et ses notes toujours parfaites ont largement contribué à son ascension. On l’admire et la jalouse, surtout, parce qu’elle est sublime, redoutablement intelligente, que tous les hommes en sont amoureux, et qu’on ne lui arrive pas à la cheville.

On n’aime pas trop Victor non plus, transi amoureux, macho, désabusé, cynique, un peu voyou, un peu trafiquant de tout, un peu louvoyant. Que cache-t-il encore? Il nous fascine quand même, car il a beaucoup bourlingué pour les yeux de Vesper. For her eyes only. Par amour. Parce qu’il a eu une chance insolente. Il a un côté touchant, car on le sent profondément humain, sincère dans ses amitiés, touché par la grâce de paysages époustouflants, démoralisé par les défaites de ses amis, trahis par leurs proches et abandonnés par la France, secoué de sanglots lorsqu’il tient un enfant mourant dans ses bras.

On est happé par ce livre au romanesque échevelé, mais quand on connaît un peu Vincent, quand on a eu la chance d’échanger un peu avec lui, de boire un verre (ou bien était-ce deux?) de Crozes-Hermitage dans un lieu empreint d’histoire, parce que tout compte, y compris la mise en scène, on sait que ce sont les images qu’il a vues, les émotions qu’il a éprouvées et que c’est bien lui qui parle dans son dernier roman. Plongez-vous à vif dans le napalm et le piment, le tout enrobé de romanesque et d’amours contrariées. Il sort aujourd’hui, foncez.