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Une vérité changeante – Gianrico Carofiglio traduit de l’italien par Elsa Damien (150 pages)

Un homme est trouvé chez lui la gorge tranchée et un témoin inespéré va permettre de conclure rapidement l’enquête. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Un petit polar italien qui se lit d’une traite. L’histoire est assez prévisible, mais les personnages sont vrais, et l’enquête ressemble à ce que l’auteur, ancien procureur italien, a dû connaître dans sa carrière, avec des détails pleins de vérité.

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Les chevaliers du tintamarre – Raphael Bardas (263 pages)

Un polar dans un monde plein de gobelins, de sirènes et autres créatures. Un roman un peu
drôle, un peu barré, mais finalement plutôt bien construit. Je déplore pour ma part un peu
trop de fantasy dans l’histoire, et donc, une fin un peu ratée, mais c’est évidemment une
question de goûts. Trois amis, gais lurons, enquêtent sur la disparition d’une jeune fille. En
parallèle, la police enquête sur des sirènes venues s’échouer sur la plage. Rapidement, les
deux enquêtes vont converger et nos trois amis vont être fait chevaliers pour avancer dans
leurs recherches sans entraves.

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Mauvaise graine – Danielle Thiéry (344 pages)

Une femme terne et seule rencontre un « drôle de jeune » aux yeux terriblement bleus qui lui dit qu’elle est sa mère. Or elle n’a jamais eu d’enfant. Elle le repousse, mais de plus en plus mollement car elle n’a rien d’autre dans la vie, rien qui la fasse vibrer, rien qui la rattache à la vie. Et puis, il y a ces vieilles dames qu’on assassine, et dont la mise en scène de veillée funèbre fait tourner la police en bourrique. Qui est ce deuxième Thierry Paulin ?
L’autrice ne cache pas beaucoup la dualité de ce jeune homme en quête de reconnaissance et d’amour maternel, rejeté par sa mère. Ce qui est intéressant, c’est son cheminement intellectuel et celui de Madeleine. Très minutieusement écrit, vous serez subjugués par la séduction morbide que ce garçon opère sur vous, comme sur cette femme sans espoir.
C’est tragique, c’est triste, c’est très bien écrit.

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Les Loups – Benoît Vitkine (314 pages)

En 2019, j’avais vaguement entendu parler du Donbass et de la guerre qui s’y déroulait depuis déjà cinq ans. Cette partie du monde, aux bords de l’Europe, à peine située à 3500 km de chez moi était peu médiatisée. Benoît Vitkine, prix Albert Londres a couvert le conflit depuis le début et son premier roman, « Donbass », utilisait le prétexte d’un roman policier pour expliquer une situation locale complexe. Le hasard du calendrier a voulu que son deuxième roman, « Les loups », sorte juste avant l’agression de l’Ukraine par Poutine. Chacun réagit comme il peut à ce conflit dont à peu près tout le monde s’accorde à dire qu’il est absurde. Les drapeaux bleu et jaune fleurissent sur les frontons des mairies et des maisons, on débaptise à tout va, de manière inconsidérée (En quoi les pauvres Soljenitsyne, Tolstoï, Tchekhov, Les frères Morozov, la vodka ou les chats, dits « chats russes » auraient la moindre responsabilité dans ce qui arrive ?). Pour ma contribution, j’ai lu « les Loups ». Je crois que nous avons une vision du monde manichéenne depuis la deuxième guerre mondiale. On doit être dans un camp, celui des gentils ou celui des méchants, des résistants ou des collabos, aucune nuance n’est tolérée. Peut-être les gens ont-ils eu besoin de cette division du monde lorsque l’horreur a été révélée. Or la vie n’est jamais simple, encore moins simpliste. Benoît Vitkine nous décrit une Ukraine moins angélique que celle qui nous est livrée. Comme toujours, avec un sens rare de la pédagogie, en quelques pages superbement écrites, il nous retrace l’histoire de la construction chaotique de ce pays, au travers d’une fiction réaliste. Avec beaucoup d’humanité, il nous décrit un monde qui s’est écroulé, un autre qui a émergé de ses cendres, où les peuples font comme ils peuvent pour vivre, survivre, tirer leur épingle du jeu et parfois, trouver le moyen de sortir de sa condition pour devenir quelqu’un d’important. Cela implique de savoir saisir des opportunités, des chances, sans compromis mais avec compromissions, sans états d’âme et avec beaucoup de sang-froid, sans lois mais avec des règles. Un roman subtil, au style impeccable, dont l’histoire robuste est finement construite.

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19500 dollars la tonne – Jean-Hugues Oppel (283 pages)

Un roman d’espionnage en forme de pamphlet sur les aberrations de notre système capitaliste, étayé par de vrais chiffres. Lucie Chan, l’employée modèle de la CIA est missionnée sur trois enquêtes différentes qui ont toutes pour toile de fond la réalité du terrain confrontée aux évolutions des marchés et ses traders blasés. Des marchés qui en amènent certains à tuer. Alors quand un petit plaisantin envoie des lettres sur des milliers de boîtes mail pour dénoncer des trucs et astuces de traders, il semble bien inoffensif. L’est-il vraiment ?

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Sang chaud – Kim Un-Su (469 pages)

Vous avez aimé le film « Parasite », palme d’or à Cannes ? Si sang chaud n’a rien à voir avec l’histoire de Parasite, je trouve que dans le cinéma coréen, comme dans sa littérature, on retrouve une touche qui l’identifie immédiatement. Matin Calme, la maison d’édition qui s’est spécialisée dans la littérature noire coréenne, nous livre ici un roman à mi-chemin entre le roman social et le roman noir. On suit des guerres de successions dans la mafia coréenne, et on découvre la société coréenne au travers de ses bas-fonds. Corruption, pouvoirs d’influences, protections. Même dans un milieu pourri, le caractère des protagonistes peut faire basculer l’histoire dans le chaos ou dans la paix. Huisu, le héros, anti-héros, est un voyou amoureux, gentil au fond, fidèle en amitié comme en amour, un bon gars s’il avait eu un père. Il se le répète comme un mantra tout au long de l’histoire, comme pour se persuader que s’il a mal tourné, c’est à cause de cette figure paternelle manquante. Mais Huisu n’est pas un tendre et quand son boss et père spirituel lui demande d’exécuter de basses besognes, il s’y colle sans hésitation. Bref, on se plonge avec délices dans le stupre et la luxure dans ce roman à part. Lisez du coréen, regardez du coréen, ça ne ressemble à rien d’autre.

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Service Action – Cible Sierra – Victor K. (333 pages)

Le Service Action, c’est la branche armée des services secrets français. Leurs missions : Assurer la sécurité de la France, en particulier de son chef d’Etat. J’imagine que les trente dernières années ont tout vu changer dans ces métiers. L’apparition des téléphones portables, des réseaux sociaux, ont considérablement amplifié les phénomènes d’entraînement des populations. Ce n’est aujourd’hui plus un secret pour personne : Facebook a influencé les élections aux Etats-Unis, les personnes qui prêtent allégeance à Daech sont en partie recrutées sur les réseaux également. Au travers de l’évolution d’une femme militaire, Victor K. raconte une mission, la cible c’est Sierra. Le but est de l’éliminer. Victor K. aime ses personnages qu’il élabore avec beaucoup de soin. C’est un très bon roman d’espionnage ultra moderne, et redoutablement efficace, jusqu’à la dernière ligne.

Merci à Victor et aux éditions Robert Laffont pour leur confiance.

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Le cas Van Noorden – Raphaël Passerin (144 pages)

Quatre corps dont trois salement amochés sont retrouvés chez un paisible professeur. Le reste du livre raconte l’histoire en la reprenant du début pour en expliquer la chronologie macabre. Un roman sur les rancœurs, les faux semblants y compris l’amitié, qui peut n’être qu’une façade, l’expression d’egos surdimensionnés. Un faux roman policier, car on ne saura rien de l’enquête.

Vous ne lâcherez pas le livre avant de l’avoir terminé et vous reprendrez le premier chapitre qui est la dernière étape de l’histoire, pour vous remémorer les détails de ce qui aura été découvert par les policiers.

Un livre malin et bien écrit, une forme d’hommage à Agatha Christie, selon moi.

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Une hirondelle dans la tête – Patrick Agostini (310 pages)

Un gourou de l’altermondialisme est terrassé par une crise cardiaque lors d’une conférence dans un théâtre obscur. Mais le corps disparaît. Que se cache t-il derrière cette étrange disparition ? Cela aurait-il un lien avec les anciennes activités de cet as de l’informatique ?
Patrick Agostini a ce don du langage, il a son univers de mots bien à lui, il les manie et s’en délecte avec poésie et précision, et son style magnifique et exigeant a un air de Pierre Combescot.
Ça peut dérouter sur les premières pages, mais vous serez rapidement happés par l’histoire et vous ne lâcherez pas ce livre avant d’en avoir décousu. Un très bon roman au style unique. Un ouvrage à ne pas manquer.

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Tuer le fils – Benoît Severac (280 pages)

Matthieu va être mis en examen pour le meurtre de son père, alors qu’il vient de sortir de prison pour un crime odieux. Pourtant il clame son innocence. Avec Benoît Séverac, même lorsque la vérité éclate, elle éclabousse tout et tout le monde et personne n’en sort indemne. Cette fois, avec tuer le fils, vous serez traînés dans la boue, à l’instar des suspects, des flics qui mènent l’enquête et de leur entourage. Aucun personnage n’est complètement blanc et peu sont totalement noirs, à l’instar de la vraie vie.

C’est ce que j’aime dans ses romans (Rendez-vous au 10 avril, Les Chevelues ) à la fois l’amour du métier pour les flics, et à la fois leur côté désabusé. A la fois leur volonté d’en découdre et à la fois l’envie de découvrir la vérité. Et leur vie, banale et emplie de réalités du quotidien, la famille, les difficultés du couple dans de tels métiers, leurs travers et leurs qualités. Il les peaufine avec beaucoup de douceur et beaucoup de brutalité. Bref tout cela est terriblement humain.