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Un jour d’été au garde meuble de la couronne – Agnès Walch et Gatien Wierez (159 pages)

Ce livre est un documentaire qui éclaire un bâtiment qu’on connaît plutôt comme l’Hôtel de la Marine. Sur une journée d’été (parce qu’elles sont plus longues), on y évoque tous les aspects de la vie de l’époque (milieu et fin 18ème, donc les cinquante dernières années avant la révolution et un peu au-delà, pour expliquer notamment comme il a été difficile d’éviter des pillages, et raconter aussi la fameuse histoire du vol des bijoux de la couronne)  : métiers, objets, logistique, arts, histoire. Avec des papiers de couleur différentes pour représenter les différentes périodes de la journée, ce livre est un beau livre qui est un petit bijou original dans un format pratique et peu encombrant.

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Passage de témoin – Jean Palénas (377 pages)

En 1940, la France subissait une débâcle inattendue compte tenu de la propagande qui laissait sous-entendre qu’elle était la plus grande puissance militaire mondiale. En réalité, la France s’était endormie sur ses lauriers après la première guerre mondiale et n’avait ni innové, ni renouvelé, ni amélioré son armement. L’Allemagne, au contraire, humiliée, avait dû se démilitariser. Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, il passe les premières années à reconstituer son armée et son armement, avec du matériel dernier cri.

Jean Palénas nous propose ici une vision probablement très juste de ce que les gens ressentaient à cette époque. Aujourd’hui, il nous est facile d’être manichéen. Or, la réalité, c’est qu’il y avait peu de résistants et peu de collabos. Les gens étaient souvent plutôt opportunistes par rapport à ce à quoi ils devaient faire face : la faim, la tranquillité pour exercer sa profession (surtout lorsqu’on était agriculteur en zone libre !). Et Pétain, héros de la précédente guerre, semblait être une bonne alternative.

Puis la zone libre a été envahie à son tour et il a fallu faire face à une pression de plus en plus forte. Comment ne pas déplaire à l’ennemi tout en gardant sa dignité, comment continuer à subvenir aux besoins de sa famille ? Comment échapper au STO et survivre sans tickets de rationnement ? Les résistants n’étaient pas tout blancs et les exactions commises à partir de 1945, où la France a frôlé la guerre civile étaient plus souvent liées à des règlements de compte personnels par des personnes qui s’autopromouvaient justiciers.

Au travers du prisme de la jeunesse actuelle, il met en parallèle la question du patriotisme de l’époque et celui de nos jours. Après 80 ans de paix sur notre territoire, certaines questions ne s’abordent plus du tout de la même façon. Un autre regard sur cette période, plus nuancé que celui qu’on lui porte habituellement.

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La carte postale – Anne Berest (512 pages)

Il m’est difficile de chroniquer ce livre car les similitudes avec l’histoire de ma famille et, par conséquent, ma propre histoire, se télescopent de manière surprenante.

Si Annes Berest évoque à l’origine ses arrière-grands-parents, tandis que mon histoire commence avec celle de mes grands-parents maternels, la famille de l’arrière-grand-mère de Anne est de Lodz, comme mes grands-parents. Comme elle j’ai un nom de jeune fille bien français qui ne laisse rien soupçonner de mes origines. Comme elle, je porte un deuxième prénom lourd de sens, dont le poids m’a été transmis dès ma plus tendre enfance. Comme elle, mon grand-père a rejeté la religion pour être communiste. Comme Vincente le grand-père, mon grand-père a fait la bataille de Narvik. Comme Myriam la grand-mère, ma grand-mère a fini Alzheimer, et comme elle, elle a oublié le français pour ne plus parler que polonais (russe pour Myriam) à la fin de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait oublié la compétence de s’exprimer. J’arrête là, mais il y a encore beaucoup de rapprochements possibles.

Il m’est donc difficile d’avoir un point de vue objectif sur cet ouvrage qui m’a amené à m’interroger sur certains choix dans ma vie, et m’a apporté un certain nombre d’éclairages aussi.

Anne a décidé d’entreprendre des recherches sur une carte postale arrivée mystérieusement chez ses parents en 2003, portant les prénoms de la famille de Myriam, ses parents, son frère et sa sœur, tous les quatre morts en déportation en 1942. Elle s’est beaucoup appuyée sur les recherches de sa mère (incroyable travail de fourmi !) et a essayé de restituer l’histoire de cette famille qui a plané comme une ombre, car à l’instar de beaucoup de familles, tout le monde voulait oublier et Myriam comme tant d’autres, n’a jamais parlé de rien. J’ai préféré la deuxième partie, plus concrète, car ancrée dans la réalité et le présent, qui vient adoucir l’ensemble, avec des dialogues entre Anne et sa mère, sa fille, sa sœur, son amoureux. J’imagine à quel point, pour la fille réservée qu’elle est, tous ses messages d’amour ont été difficiles à exprimer.

Pour tous ceux qui douteraient de l’empressement de Pétain et de son administration à éradiquer les juifs de France, à l’époque, et les relents négationnistes de certains politiques aujourd’hui, ce livre est pour le moins un bon rappel. Anne Berest a effectué des recherches colossales sur des sujets assez mal connus, notamment sur le camp de Pithiviers, et sur le retour des survivants des camps au Lutetia.

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Courtet Tome 2 – Le cri de l’ogre – Bertrand Garnier-Laroche (555 pages)

Hamon, Baron de Courtet est un héros chevaleresque, le plus habile à l’épée, fort et résistant, et aux qualités humaines colossales.

A la fin du 17ème siècle, il devient le collaborateur précieux du commis du Roi. Mais quelqu’un veut attenter à sa vie, au point de vouloir aussi s’en prendre à sa famille. Cette saga enchantera les amoureux de romans historiques, bien écrit, avec des personnages très attachants. C’est parfois un peu cousu de fil blanc, avec ses héros invincibles, mais ce livre fait du bien, et on se réjouit que les gentils triomphent du mal.

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La lionne – Anne-Caroline Pandolfo, Terkel Risbjerg (195 pages)

Toujours dans le cadre du festival des Boréales qui approche à grands pas, l’illustrateur Terkel Risbjerg a collaboré avec Anne-Caroline Pandolfo sur plusieurs projets de romans graphiques. Ils se sont attaqués à des mythes comme Perceval, mais ont aussi adapté des romans (L’astragale, Serena…) ou des biographies. Ici, il s’agit de Karen Blixen, Danoise éprise d’aventure et de liberté. Cette femme hors du commun, née à la fin du 19ème siècle dans une famille où les femmes étaient d’un puritanisme absolu, mais dont le père a insufflé à cette petite fille rebelle son goût de l’aventure, des voyages et de l’écriture.

Vous avez peut-être entendu parler de « Out of Africa » le film un peu suranné avec la sublime Meryl Streep qui s’intéressait déjà à ce destin hors du commun, dont le titre est celui du récit que Karen Blixen elle-même a écrit au sujet de son expérience de plantation de café en Afrique (qui porte en français le terne titre de « La ferme africaine »).

Pour aborder toute la complexité de la personnalité de Karen Blixen, le sujet est ici traité avec un scénario empreint de poésie et de surnaturel. Vous adorerez rencontrer cette femme, fragile et forte à la fois.

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Le brûleur de Loups – Brigitte Allegre (166 pages)

Une histoire dans la grande Histoire. La guerre civile d’Espagne, puis la deuxième guerre
mondiale vues sous un angle à la fois lourd et léger. Inspiré par un évènement réel, la
coopérative de fabrication de confiseries, ce roman plein d’humanité, de joie et
d’enthousiasme est bien écrit, très documenté et l’aspect doux et joyeux qui s’en dégage
compense le côté tragique de cette période funeste.

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Les simples – Yannick Grannec (440 pages)

Parenthèse en préambule : Quand un livre de la rentrée littéraire est bon, il est toujours bon plusieurs années plus tard. J’avais repéré ce livre à sa sortie en 2019. Ainsi, ne me demandez aucun conseil pour démêler le grain de l’ivraie des 520 livres publiés cet automne. On en reparle dans quelques années.

J’aime particulièrement cette période de l’histoire entre le moyen âge et la renaissance où les hommes se sont peu à peu ouverts à l’étude des sciences pour laisser une place plus grande à ce que nous enseignait la nature. Sortir de l’obscurantisme religieux où des hommes se prenaient pour Dieu et imposaient à d’autres hommes leur pensée dictatoriale sous couvert de châtiment divin. Admettre que l’homme pouvait soigner ses semblables grâce à des pratiques et des plantes. Que Dieu seul n’y pourvoyait pas.

L’histoire fictive de ce couvent de femmes, dédiées à la charité grâce à un hôpital consacré aux indigents, et à la fabrication de produits concoctés par une doyenne au savoir pharmaceutique colossal est un pur chef d’œuvre. Et il a des résonnances actuelles très fortes. En effet, le peuple est prompt à ériger des bûchers pour brûler de prétendues sorcières. Sait-on vraiment ce qu’il y a dans les potions de sœur Clémence ? Ne serait-elle pas une sorcière qui tuerait des enfants pour prélever leur sang au lieu de les sauver ?

Les intrigues politiques, les complots, la soif de connaissance, la place de la femme dans la société, tout y est. Ce roman est foisonnant d’informations sur la société de la fin du 16ème siècle, sur les simples et certaines applications comestibles ou thérapeutiques (et une résonance personnelle sur ce professeur de botanique en pharmacie à l’université de Caen à qui je rends hommage, merci M. Rioult pour la passion que vous transmettez à vos élèves) et l’histoire du roman en tant que tel est particulièrement réussie, bien écrite et captivante.

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Il y a un bon Dieu pour les anarchistes – Marie Bellando Mitjans (148 pages)

Rosa est une sorcière. Elle vit et meurt et renaît, et fait passer les morts dans l’autre monde. On la suit en tant qu’homme, en tant que femme, selon ses réincarnations, on la suit en poilu de la première guerre ou esclave noire aux Etats-Unis. Mais en filigrane, Rosa est amoureuse et elle qui lit généralement à livre ouvert les humains, elle se heurte cette fois à un esprit au moins aussi fort que le sien. Un joli petit ouvrage qui parle de vie, de mort, de racisme, de tolérance, d’histoire… et d’amour.

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Puisque le soleil brille encore – Sarah Barukh (478 pages)

Sarah Barukh a ce don déjà repéré dans « Envole-moi » de créer des personnages tellement vrais qu’ils ne vous quittent pas et qu’on s’imprègne de leur vie et de leur histoire sans arriver à décrocher. Dans la famille de Sophie, trente-sept ans, il y a toujours eu deux clans : celui qu’elle formait avec son père et celui formé par sa mère et sa sœur. Alors, quand son père tombe très malade, son univers déjà fragile s’écroule complètement. Et elle va découvrir qu’on lui a menti toute sa vie.

Vous pourriez penser que je viens de tout vous dévoiler. Or il n’en est rien, car vous ferez très rapidement le lien entre Sophie et Abril, le bébé que Sol a eu, il y a trente-sept ans et qu’elle n’a pas élevé, à cause des terribles évènements qui se sont déroulés en Argentine de 1976 à 1983, où la junte militaire était au pouvoir. On sait qu’elle a souffert, qu’elle a été torturée et qu’on lui a enlevé son bébé. Mais pendant tout le livre, vous chercherez le fil, le lien, de l’histoire dramatique qui s’est déroulée à l’époque.

Toutes les dictatures, beaucoup de civilisations ont trouvé juste de voler des bébés à leurs ennemis pour les implanter dans des familles plus dignes. Marc Fernandez traitait le cas des bébés volés sous Franco en Espagne (voir «Mala vida»).

Ici, la grande Histoire n’est qu’un prétexte pour évoquer les thèmes de la construction des personnes dont la vie s’est bâtie sur des mensonges, les relations mère/enfant réelles et fantasmées de part et d’autre, la somatisation des enfants qui savent les secrets sans qu’on leur ait raconté, la reconstruction bancale et la vie en temps de paix des personnes qui ont été torturées.

En prévision de la rencontre avec l’autrice et son éditrice, très complices, nous avons décidé de faire lecture commune avec d’autres lectrices. Cette lecture bouleversante nous a amenées chacune à nous dévoiler sur des pans intimes de nos vies. Nous avons constaté que ce roman entre forcément en résonnance avec votre vécu, d’une manière ou d’une autre. Ce diapason nous a d’autant mieux accordé que nous sommes toutes mamans.