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Debout-Payé – Gauz (204 pages)

Après cette incroyable rencontre VLEEL (varions les éditions en live, rencontres avec des éditeurs et des auteurs) avec les éditions le nouvel Attila et Gauz, j’ai immédiatement couru chez mon libraire pour me procurer la prose de cet érudit si humble. 

Gauz est un homme au discours fabuleusement simple et à la plume acérée. Sous l’apparente simplicité de son écriture, il avoue lui-même avoir énormément travaillé. Rien n’est acquis dit-il. Le talent n’existe pas, seul le travail compte. Il retrace dans ce roman l’histoire de plusieurs générations d’immigrés Ivoiriens en France, et l’évolution de la politique qui a façonné l’image populaire qui en a découlé. Ce récit est émaillé de réflexions sur la condition de vigile. Théorèmes, corollaires, sophismes, on est fasciné par le métier de ces hommes transparents, invisibles. On rit beaucoup aussi, des petits ou des gros travers des clients, mais parfois, on est soufflé par la poésie ou la tendresse qui se dégage de ce texte.

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Circé – Madeline Miller Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché (549 pages)

Qui était Circé ? Une vilaine sorcière qui transforma les marins d’Ulysse en pourceaux ? Assurément. Mais ce fut aussi une femme amoureuse, blessée, et libre. La mythologie revisitée par Madeline Miller est une pure merveille, car elle l’aborde sous l’angle terrible de la modernité. Les héros sont surtout d’affreux guerriers sanguinaires et les Dieux d’inconstants jaloux injustes. Parmi eux, Circé, donc, féministe à sa façon, et humaine dans sa déité. On révise l’histoire de la Grèce antique, de l’Odyssée, des écrits d’Eurypide dans cette longue épopée qui nous tient mieux en haleine qu’une série à rallonge.

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Les chevelues – Benoît Séverac (232 pages)

Au pied des Pyrénées, les Romains ont vaincu les Convènes et se sont installés peu à peu à Lugdunum Convenarum, où il règne un équilibre d’autant plus stable que le quatuorvirat qui dirige la cité est composé de trois Romains et un Convène. Mais cet équilibre se révèle fragile, lorsqu’il vole en éclats avec l’assassinat du fils de la famille la plus riche de la ville, un glaive gaulois planté dans le bas du dos. Qui donc a bien pu commettre un crime aussi odieux ? Et pour quelle raison ? 

Le centurion Valerius Falco va devoir mener sa délicate enquête compte tenu des enjeux politiques.

Premier roman de Benoît Séverac, réédité aux éditions 10/18, cette plongée dans la civilisation gallo romaine est très intéressante, truffée d’indications sur l’organisation et les modes de vie de l’époque. Au demeurant, l’intrigue est bien ficelée et nous tient en haleine de bout en bout. Un petit polar historique original qui vaut le détour.

Le cartographe des Indes Boréales – Olivier Truc (627 pages)

Vous aimez les sagas historiques? Vous aimez les grands voyages? Ce livre est fait pour vous. De Saint-Jean de Luz à la Laponie en passant par Stockholm et Amsterdam, vous suivrez les pérégrinations d’Izko. A l’époque, les cartes sont un grand pouvoir, elles permettent aux Etats d’asseoir leur hégémonie sur des territoires encore peu connus.

Alors qu’il était destiné à devenir baleinier, comme son père, Izko est confié à un juge de Bordeaux, pour une raison qu’il ignore et qui changera son destin. Pensant qu’une sorcière lui a peut-être jeté un sort alors qu’il sauvait son bébé qui venait de naître, il n’aura de cesse de retrouver cette femme pour connaître la vérité.

On côtoie dans ce roman très dense la reine Kristina de Suède, l’inquisition et l’intolérance religieuse en général. Olivier Truc nous montre la façon dont on traitait les Lapons, comment les hommes aveuglés par le pouvoir et l’argent ont détruit leur équilibre et les trésors de leur culture sous couvert d’un obscurantisme religieux sans bornes. Âmes sensibles s’abstenir.

Partir, c’est mourir un peu – Alexandre Page (770 pages)

Ce roman est une merveille pour qui aime l’histoire. Pas de scoop, les derniers Romanov sont assassinés à la fin. Mais pendant tout le long du livre, on sent la tension monter inexorablement, et la Russie se déliter par l’incompétence, la paresse et la traîtrise des proches de la famille impériale, jusqu’à l’amener dans le chaos le plus indescriptible. 

“En 1917, […] le tsar abdiquait pour sauver la Russie, et trois ans plus tard, cette grande puissance en devenir n’était plus qu’une  […] terre ravagée où l’on mourait d”épidémies jamais vues depuis le Moyen-âge, de la faim ou sous les balles d’assassins criant “révolution” pour excuser leurs crimes. Il n’y avait plus d’industrie, plus d’agriculture, plus de bon sens et plus de pitié, juste un immense champ de bataille.[…] »

Le style est parfaitement adapté au roman, et on sent le travail considérable de recherches que cet ouvrage représente. On y découvre les dix dernières années de la Russie tsariste, auprès d’une famille somme toute simple, aimable, et qui n’a eu de cesse de tout donner pour son pays la plupart du temps avec une gentillesse et un dévouement qu’on rencontre rarement et dont les membres n’ont été que les pantins de l’Histoire qui les a broyés. Cela nous montre aussi comment l’Histoire peut basculer dans l’horreur, et à quel point des individus sans scrupules peuvent s’emparer du pouvoir sous couvert d’égalité à rétablir, alors qu’en réalité ils ne pensent qu’à eux-mêmes. Toute ressemblance avec des faits plus récents n’est pas si fortuite que ça. Eblouissant.

Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena (190 pages)

Le ghetto intérieur n’est pas dans les finalistes du Goncourt, et je pense qu’il y aurait eu sa place. Cependant, contrairement à beaucoup d’avis dithyrambiques sur ce roman, inspiré de l’histoire de la vie du grand-père de l’auteur, je suis plus modérée.

L’histoire, donc, est celle de ce grand-père juif qui a fui l’Europe à la fin des années vingt. Il a fui la vieille Europe, gangrénée par la misère, par l’antisémitisme grandissant, écoeuré par la non reconnaissance de ses faits d’armes pour libérer son pays, la Pologne. Il a vogué vers ce nouveau continent, plein de promesses, avec son ami d’enfance. Il a aussi fui sa mère, un peu encombrante, un peu envahissante, comme toutes les mères juives. Et puis, quand l’indicible s’est produit, il a culpabilisé d’avoir fui, d’avoir laissé sa mère, son frère et sa soeur, de ne pas avoir mis plus de moyens en place pour les convaincre de le rejoindre, ou carrément, d’être allé les chercher.

Ce livre, donc, est celui d’une culpabilité atroce, écrasante, qui a bouffé sa vie et celle des siens, jusqu’à l’anéantissement, le silence, et l’oubli dans le jeu. Moi ce que je trouve intéressant, c’est que la famille de l’auteur a dû faire le chemin retour vers la vieille Europe, au moment de la dictature en Argentine. J’aurais aimé plus de parallèles, plus de symétrie entre les deux fuites. J’aime que l’auteur, lui, n’ait jamais ressenti cette culpabilité de la fuite.

Chez moi, les survivants ont toujours été considérés comme des héros, comme des chanceux, et les descendants de ces survivants, ont forcément la baraka vissée dans les gènes. Ceux qui sont morts, sont morts en vain, comme pour toutes les familles qui ont été décimées, mais ceux qui ont survécu ont eu de la chance. Et ce manque de reconnaissance sur ce que lui a donné la vie, ça m’a dérangé. C’est complètement subjectif et personnel, et je reste quand même persuadée que ce livre avait sa place parmi les finalistes, avec l’histoire de ce destin accablant.

L’entreprise des Indes – Erik Orsenna (385 pages)

Encore un livre sauvé de la destruction par ma copine Nadine. Le style est magnifique et drôle. L’époque me fascine, une époque à la fois marquée par la soif des découvertes et l’Inquisition, quel paradoxe ! Le sujet me passionne, Christophe Colomb et son entreprise des Indes, raconté par son frère Bartolomé. Le roman retrace toute la période de l’enfance des deux frères au départ de Christophe, cela a fait 527 ans le 3 août dernier.

Il y explique les débuts de l’imprimerie et l’importance de la cartographie à une époque où on n’avait pas dépassé « la bosse de l’ouest africain » au sud, ni les Açores à l’ouest. Il y met des extraits des récits de Marco Polo et de l’Ymago Mundi, les premiers livres qui parlent de voyages.

Les cartes de navigation étaient des œuvres d’art, autant que des mines d’or, au point que les rois les gardaient comme des trésors secrets. Les ports étaient des lieux de retrouvailles, de savoirs, de rêves et de départs vers l’aventure, la découverte de nouveaux mondes. Passionnant.

Jeudi noir – Michaël Mention (185 pages)

Demi-finale de la coupe du monde 1982… Tous les gens nés avant 1975 s’en souviennent. Des millions de Français devant leur poste de télé pour regarder ce match historique. J’avais 11 ans, et je ne m’intéressais pas au foot. J’avais même peut-être école le lendemain, à l’époque, les vacances démarraient le 14 juillet. Donc j’étais à l’étage, dans ma chambre, les fenêtres ouvertes à cause de la canicule, et j’entendais les clameurs venant de toutes les maisons alentours, en même temps qu’elle venait du salon, en bas. L’espoir, l’angoisse, le but marqué, la joie, et puis, le cri, et la colère, après l’agression de Battiston par Schumacher. La haine des Allemands ravivée pour un temps après ce geste détestable.

Depuis, j’aime le foot, on a gagné deux coupes du monde, qui ont réuni à chaque fois les Français dans un même élan patriotique, fraternel et fédérateur. Des moments de grâce, qui font momentanément oublier les guerres et les attentats. A minima, je suis le classement de la ligue 1, et vu comme c’est parti, peut-être la ligue 2, l’année prochaine, compte tenu des résultats de l’équipe de ma ville (Caen, et le premier qui rigole, il sort !)

Alors vous l’aurez compris, si vous n’aimez pas du tout le foot, ne lisez pas ce livre, qui retrace cette nuit fatidique du 8 juillet 1982 qui a meurtri le cœur des Français. Et pourtant…

Comme toujours, Michaël Mention n’est pas là où on l’attend, il se renouvelle à chaque histoire. On est happé par le suspense qu’il nous fait vivre tout au long de ses 90 minutes + 30 minutes de prolongation + les tirs au but. On connaît la fin, mais on espère quand même qu’on va gagner (gros spoiler, désolée), il arrive à nous faire vivre ce match comme si c’était la première fois qu’on le voyait, ce qui est une belle performance, tout de même ! Agrémenté de faits historiques, saupoudrés ici et là, on se passionne pour ce match raconté comme un thriller, où les Français sont petits et agiles, face à des monstres blonds. David contre Goliath. Tétanisant.

Lawrence d’Arabie – Olivier et Patrick Poivre d’Arvor (344 pages)

Dans dix jours nous célébrerons le 84ème anniversaire du décès de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie en pleine force de l’âge à 47 ans (mon âge, un jeune, quoi !!!). On connaît tous la légende, amplifiée par un film où le héros fut interprété par Peter O’Toole, qui lança Omar Sharif, qui gagna sept Oscars et 5 Golden Globes.

Cet homme est devenu bien malgré lui une légende de son vivant. Il a vécu mille vies sous plusieurs noms, car la pression de la presse notamment a été tellement forte à un moment, qu’il a préféré se cacher comme simple soldat dans la RAF, plutôt que vivre sa vie de colonel de l’armée.

Instigateur de la révolte arabe, il a été ensuite accusé de fomenter des révoltes partout dans le monde, à tort. En réalité, son but était de supprimer le colonialisme tout en incitant les pays libérés à adhérer de manière consentie à une communauté Britannique. Mais ils se sentira traître vis-à-vis de tous.

Mal aimé par sa mère, complètement fracassé par son expérience de la guerre, dont une nuit de tortures à Deera, probablement homosexuel refoulé, refusant le contact physique en général, il vivra sa vie à 100 à l’heure, littéralement, notamment sur la moto avec laquelle il aura son accident fatal.

Il n’aura jamais admis sa condition de bâtard, car il découvrit à 10 ans que son père était déjà marié, avec 4 filles, lorsqu’il tomba amoureux de sa mère à qui il fit 5 fils. Il finira par expier ses fautes supposées en se faisant flageller par un ami chaque semaine.

Franchement, le livre est compliqué : il bouge tout le temps, on ne comprend pas bien les manœuvres, ni physiques, ni diplomatiques, c’est un peu le bazar, mais c’est aussi sûrement sa vie qui l’a voulu. J’ai eu parfois l’impression qu’il y avait des allers-retours dans le récit, peut-être qu’il était difficile de raconter sa vie de façon linéaire.

En revanche, beaucoup de photos, très intéressantes, puisque c’est une édition avec images, et ça vaut le coup. En fait, pour être très honnête, je pense que pour se plonger dans l’histoire de cet homme extrêmement complexe, il faut directement se plonger dans les livres écrits par Lawrence lui-même : les 7 piliers de la sagesse, qui raconte l’épopée arabe, la plus intéressante, et aussi la Matrice, relatant de son expérience dans la RAF. Le reste, je l’ai résumé plus haut. Ebouriffant !

Manhattan Chaos – Michaël Mention (211 pages)

Alors là ! Quel OVNI ce bouquin ! Dans un road movie complètement
déjanté, on suit un Miles Davis génial mais défoncé d’un bout à l’autre de New York, tant géographiquement qu’historiquement.

Partant du black out du 13 juillet 1977, Michaël Mention nous retrace au
travers de quelques événements qui ont marqué l’histoire des Etats-Unis, cette
nuit de folie à une époque où le taux de criminalité était colossal au point
d’en faire la ville la plus dangereuse du pays.

Miles Davis, au plus bas de sa créativité entre 1975 et 1980 ne produisit
rien du tout, et l’auteur le décrit insupportable, paranoïaque, agoraphobe,
mais tellement en manque qu’il décide de sortir se chercher de la drogue. 
Il va tomber sur un personnage étrange qui l’emmène dans le passé et le malmène
physiquement et moralement pour l’inciter à reprendre la musique.

Un livre haletant, dense, où on n’est pas épargné un seul instant. Ce petit
bouquin vous laissera sonné comme un shoot d’héro dans le mollet.
Epoustouflant!