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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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Du miel sous les galettes – Roukiata Ouedraogo (268 pages)

Vous connaissez peut-être Roukiata Ouedraogo au travers de ses chroniques sur France Inter ou de son one woman show ? Elle nous livre dans ce premier roman une description de son Burkina Faso natal plein de fraîcheur et d’amour de la vie. Si vous lisez le livre en ayant sa voix et son joli accent chantant dans la tête, franchement, c’est un plus. Elle nous raconte les traditions, la culture et sa mère, cette femme forte qui a élevé sept enfants pendant plusieurs années toute seule, suite à une aberration du système judiciaire. Elle fait des parallèles amusants entre la culture française et la culture burkinabé, pleins d’humour, de dérision et de tendresse. un moment dépaysant, gai et touchant, à son image.

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Debout-Payé – Gauz (204 pages)

Après cette incroyable rencontre VLEEL (varions les éditions en live, rencontres avec des éditeurs et des auteurs) avec les éditions le nouvel Attila et Gauz, j’ai immédiatement couru chez mon libraire pour me procurer la prose de cet érudit si humble. 

Gauz est un homme au discours fabuleusement simple et à la plume acérée. Sous l’apparente simplicité de son écriture, il avoue lui-même avoir énormément travaillé. Rien n’est acquis dit-il. Le talent n’existe pas, seul le travail compte. Il retrace dans ce roman l’histoire de plusieurs générations d’immigrés Ivoiriens en France, et l’évolution de la politique qui a façonné l’image populaire qui en a découlé. Ce récit est émaillé de réflexions sur la condition de vigile. Théorèmes, corollaires, sophismes, on est fasciné par le métier de ces hommes transparents, invisibles. On rit beaucoup aussi, des petits ou des gros travers des clients, mais parfois, on est soufflé par la poésie ou la tendresse qui se dégage de ce texte.

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Faux-Semblant  – Witi Ihimaera (103 pages) Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Mireille Vignol

Faux sang blanc. En anglais, White Lies, qui est le titre original du livre. Un petit bouquin étonnant, découvert grâce à “Varions les éditions en live” (VLEEL) sur les docteurs Maoris, sur fond de colonisation et de destruction de l’île par les colons. Paraiti parcourt les villages pour soigner les gens, lorsqu’elle reçoit une étrange demande d’une blanche. Elle qui donne et rend la vie, doit la prendre.

En quelques pages, l’auteur nous fait passer un grand nombre de messages sur cette époque où il ne faisait pas bon avoir le teint un peu trop foncé et sur des pratiques ancestrales qui ont été traquées et punies par les blancs.. En cette période estivale où nous cherchons tous à bronzer, mais où la couleur de peau pose encore problème à trop de monde, je vous invite à découvrir une littérature de l’autre bout du monde, qui s’achève par quelques explications de l’auteur sur les thèmes qui l’ont inspiré.

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Le gang de la clé à molette – Edward Abbey Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Jacques Mailhos (552 pages)

Quatre personnes que rien ne prédisposait à se rencontrer, décident de protester contre l’urbanisation et la destruction de l’environnement du désert entre le Colorado, l’Utah, le Nevada et l’Arizona, ainsi que de son majestueux fleuve par des sabotages de bulldozers sur les chantiers de construction des routes et des ponts. 

Parfois c’est très drôle, on éclate franchement de rire. Par moment, on se perd un peu dans les descriptions techniques des engins de chantiers. 

Ce livre est l’histoire d’une longue cavale et d’une longue traque. L’histoire est politiquement incorrecte, crue, parfois absurde. Mais on comprend que cet écrivain, qui s’est fait enterrer dans un lieu secret de ce même désert, ait tenté avec son arme, l’écriture, de s’opposer aux aberrations écologiques créées par les hommes dans cette partie sauvage du monde. Un Panthéon de la littérature américaine qu’il faut absolument avoir lu.

HS7244 – Lorraine Letournel Laloue (285 pages)

On a tous entendu parler de ce scandale en Tchétchénie où on a identifié des camps de concentration, avec un fonctionnement semblable à ceux de toutes les dictatures, des camps d’Hitler en passant par les goulags sibériens de Staline et ceux de Pol Pot et tous leurs compagnons de folie. Le président tchétchène ne déroge pas à la règle : “Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie, notre race est pure, nous n’avons donc pas besoin de les traquer”. 

En s’inspirant de cette horreur qui continue, et dont seules quelques associations se préoccupent en sauvant par l’exil quelques malheureux persécutés, en danger de mort parfois au sein même de leur famille, Lorraine Letournel Laloue nous livre l’histoire d’amour poignante, terrible et désespérée de Marius, parti avec sa moitié en voyage en Russie et qui se retrouve blessé un matin après une soirée dans un bar tchétchène dans une cellule froide et puante. Mais que fait-il là? Et pourquoi l’accuse-t-on d’être un terroriste? Et où est Camille, sa moitié?

J’ai eu la gorge serrée pendant toute la lecture du livre, en pensant à tous les couples d’amis homos que je connais, et qui ne demandent rien d’autre à la vie que de partager la leur avec celui qu’ils aiment. Jamais en France le mariage pour tous n’a autant soulevé des foules indignées qui ne seront jamais concernées par le sujet. Mais qu’est-ce que ça leur enlève à tous ces gens que des personnes qu’ils ne connaissent pas s’aiment et se marient si ça leur chante? Un thriller poignant.

Le nouveau western – Marc Fernandez (188 pages)

A l’instar de Pyongyang 1071, Marc Fernandez, lui, est parti à la rencontre du Cid, en parcourant à vélo les 961 kilomètres du trajet entre Burgos et Valence.

Un voyage sublime dans la diagonale du vide espagnol (l’équivalent de notre diagonale qui relie Nevers à Limoges), mais un calvaire pour quelqu’un qui s’est entraîné mais qui n’est pas non plus un sportif accompli. Si le voyage fait très envie, le parcours à vélo semble quand même compliqué pour des novices.

On redécouvre aussi l’histoire du Cid, personnage ayant vraiment existé, une légende vivante du 11ème siècle et cette petite escapade historique fait un bien fou. Ce guide de voyage est un bol d’air vivifiant.

Pyongyang 1071 – Jacky Schwartzmann (185 pages)

Paulsen, éditeur spécialisé dans les voyages et le sport a eu l’idée saugrenue d’envoyer des écrivains réaliser des épreuves sportives un peu extrêmes dans des situations inhabituelles.

Ainsi a vu le jour le périple de Jacky Schwartzmann en Corée du Nord pour y effectuer un Marathon.

Jacky Schwartzmann a un don particulier : celui de vous donner l’impression d’être avec lui pendant qu’il vit son épreuve, son entraînement, son voyage. On a envie d’être pote avec lui, parce qu’on se reconnaît dans ses réactions, et qu’on se dit qu’on se serait marré avec lui, qu’on aurait eu peur en même temps, qu’on aurait souffert de la même manière. Avec l’humour qui le caractérise, et qu’on retrouve dans ses autres romans, on le suit dans cette épopée Nord Coréenne en se disant, comme lui, qu’on n’y retournera jamais. Dépaysant.

Miss Islande – Audur Ava Olafsdottir (262 pages)

J’aime Audur Ava Olafsdottir. J’aime son style, léger comme une plume, cette dentelle ciselée et poétique qui me parle. 

J’ai donc aimé Miss Islande, cette jeune fille dans les années soixante, très belle, qui veut devenir écrivain. Le meilleur ami d’Hekla est homosexuel. L’un et l’autre cachent leur secret au reste du monde, car on n’écrit pas quand on est une femme islandaise dans les années soixante et il est difficile de vivre sa vie d’homosexuel à cette époque-là, et d’aimer la couture, plus que les bateaux de pêche.

Audur Ava raconte leurs subterfuges, leur capacité de résilience, leurs échecs, leurs difficultés. Leurs moments de grâce aussi. Elle raconte les ciels d’Islande, et tout ce qu’elle a encore à dire sur les paysages de son pays, sur les gens qui y vivent, sur l’exaltation tranquille que cela lui procure. Délicatement.

Donbass – Benoît Vitkine (282 pages)

Benoît Vitkine a couvert depuis 2014 le conflit Ukrainien pour le Monde. Il a obtenu le prestigieux prix Albert Londres pour ses articles. Sa plume est très belle, son analyse est fine, c’est mérité. Dans ce roman policier, il nous interpelle sur une mort particulière (un assassinat) dans un monde où la mort est quotidienne (la guerre). En Europe, on se moque de ce conflit, qui est pourtant à nos portes. Le Donbass, c’est cette région à l’est de l’Ukraine  déchirée entre une Ukraine ayant des visées sur l’Europe, et une Russie qui a soutenu les séparatistes.

Il nous en explique les grandes lignes au travers des populations qui vivent sur la ligne de front. Il explique la misère, l’alcool, les usines de coke, les gens qui restent, les aéroports, les gares et les routes coupés. Il raconte l’absurdité des conflits, des clans qui sont flous, des gens qui ont choisi un camp, mais qui ont besoin de manger, et qui s’adaptent, des trafics qui poussent sur le terreau du chaos. Il place l’histoire dans un moment du conflit où tout est à peu près statique : les deux camps se tirent l’un sur l’autre, mais évitent les victimes. Les gens s’habituent aux explosions permanentes, l’homme s’habitue à tout. Il parle des traumatismes de la guerre d’Afghanistan, toujours pas vraiment digérés.

Bref, on apprend beaucoup de choses, les personnages sont troublés et troubles, le suspense, pour couronner le tout, est parfaitement maîtrisé. Rien à jeter là-dedans, la petite histoire dans la grande Histoire, le style. Quand on a en plus la chance d’avoir rencontré l’homme, à l’écoute de tous, qui connaît son sujet sur le bout des doigts, on n’est pas étonné qu’il en ait sorti un livre aussi passionnant.