Galerie

Âme brisée – Akira Mizubayashi (256 pages)

Quand on parle du Japon pour évoquer la deuxième guerre mondiale, on parle de Pearl Harbour et ses Kamikazes ou d’Hiroshima. On ne parle jamais des souffrances de la population persécutée comme d’autres populations par des gouvernements et / ou des militaires inflexibles. Le roman de Akira Mizubayashi dévoile un pan méconnu de l’Histoire dans cette partie du monde. L’arrestation abusive du père de Rei, musicien amateur de haut niveau, et de ses compagnons de quatuor, Chinois, laisse Rei seul dans une armoire où son père a réussi à le cacher avant l’arrivée des militaires. L’amitié avec des Chinois déclenche chez un soldat obtus une suspicion de trahison et il détruit le violon du père, y compris l’âme, cette petite pièce qui éloigne les cordes de la caisse.

On apprend beaucoup de choses sur le métier de luthier également.

Ce livre est donc très instructif, mais je l’ai trouvé pour ma part un tout petit peu trop : Trop de coïncidences, trop de pathos. Cela reste une belle histoire et vous vous y laisserez entraîner avec plaisir.

Galerie

Les impatientes – Djaili Amal Amadou (240 pages)

Les lycéens ont décidément bon goût. Avec ce Goncourt, ils le démontrent une nouvelle fois. Rencontrée lors d’un VLEEL, Djaili Amal Amadou est la joie de vivre incarnée. Pourtant, dans son roman, elle nous explique que les filles n’ont pas voix au chapitre. Ce que pense une fille n’a aucune importance. Munyal munyal… Patience ma fille, patience. Voilà ce qu’on répète inlassablement aux filles Peules. Le poids de leur culture est terriblement pesant. La religion est venue ajouter sa couche. On brandit le Coran à tout bout de champ pour imposer la volonté des pères, des oncles, des frères sous couvert de la volonté d’Allah.Pour éviter à leurs mères d’être répudiées avec leurs enfants les plus petits, les filles se laissent marier à des hommes qu’elles n’ont pas choisi. L’hypocrisie et la trahison règnent en maître dans ces concessions. Les femmes attendent que leurs rivales tombent, elles ne se gênent pas pour leur faire des croche-pieds pour se mettre en avant et être la préférée de l’époux qu’on leur a choisi.

Au travers de trois destins bien différents (Ramla, la jolie adolescente qui veut devenir pharmacienne, Hindou, sa demi-soeur mariée le même jour à un cousin violent, bon à rien et buveur et Safira, la première épouse de l’homme qui a décidé de prendre Ramla en secondes noces), on verra que la patience a parfois des failles.

Personnellement, j’ai trouvé ce livre indispensable et terrifiant, même si son autrice a une telle foi en l’avenir et dans le rôle que les femmes ont à jouer qu’on doit l’aider à mettre en œuvre cette lueur d’espoir.

Galerie

Black Manoo – Gauz (170 pages)

La quatrième de couverture est exceptionnellement bien rédigée, alors je demande par avance pardon aux éditions Le nouvel Attila de ne pas faire mieux en termes de résumé. Black Manoo est un jeune Abidjanais junkie qui arrive en France dans les années 90. S’ensuit un long parcours du combattant, qui est le lot de tous les sans-papiers qui débarquent en France. L’auteur décortique les mécanismes absurdes d’un monde que les mis de côté réussissent à contourner avec débrouillardise. Jouer avec les codes de ce système devient une seconde nature. 

Avec son style unique, poétique, décalé, merveilleux et pourtant toujours renouvelé, Gauz nous raconte la vie de cet homme hors norme, et en même temps si banal. Après Debout-Payé et Camarade Papa, encore un excellent cru de cet auteur incontournable.

Galerie

Abyssinia I – Alexandre Page (500 pages)

Partez à l’aventure avec une délégation russe à la toute fin du 19ème siècle qui voyage de Saint-Pétersbourg jusqu’en Abyssinie pour aider les Ethiopiens à conquérir leur territoire ! Avec son style qui se cale complètement sur l’époque et l’histoire, Alexandre Page nous fait prendre le train jusqu’à Odessa, puis le bateau jusqu’au Caire et pour descendre le Nil et traverse ensuite déserts, montagnes et plaines pour aller au lac Rudolph, lieu de toutes les convoitises. Vous marcherez dans les pas des tout premiers explorateurs de cette région aux paysages, à la faune et la flore superbes.

Dans une civilisation où nous passons notre temps à courir après le temps, apprenons à nouveau à déambuler sur des mules qui marchent au pas, et à découvrir des civilisations et des cultures inconnues. Le roman est comme toujours truffé de photos et de croquis du véritable voyage qui illustrent d’autant mieux le propos. Un voyage pour le moins dense, intense et dépaysant.

Galerie

Au coeur de la fougère – Ian Borthwick et Vincent Fernandel (183 pages)

Quand on m’a proposé de découvrir ce livre sur le rugby, je sortais d’une expérience inédite avec la boxe. Et ça m’avait plu. La différence, c’est que j’avais déjà vu des matchs de rugby, que je me suis même passionnée pour ceux que j’ai vus, que j’ai eu l’occasion de rencontrer des rugbymen, des types durs au mal, costauds et bons vivants. Je connais même le nom de l’équipe de Nouvelle-Zélande, mythique, des All Blacks. A part ça et leur fameux Haka, je m’y connais à peu près autant en rugby qu’en boxe.

Ce qui est intéressant, c’est que l’un des deux auteurs, en l’occurrence Vincent Fernandel, n’est lui-même pas un spécialiste. Il guide donc les gens comme moi sur les terres de Nouvelle-Zélande pour y découvrir ce sport qui est un pilier (oh oh jeu de mots !)  du pays.

Entre des photos absolument magnifiques et un texte à la fois touchant et drôle, on ne rêve que de partir sur cette terre qui a une âme et où les habitants ont tous l’air charmants et accueillants. On parcourt les deux îles du sud au nord au travers de ces expériences humaines jalonnées de quelques-uns des hommes qui ont construit cette équipe.

Galerie

Camarade Papa – Gauz (252 pages)

Depuis la rencontre avec Gauz dans “Varions les éditions en live”, où j’ai découvert sa verve poétique, je ne cesse d’en faire l’éloge. Camarade Papa ne fait pas exception à la règle. Un peu comme Giono, Gauz est un auteur difficile à chroniquer. Comment faire ressortir toute la magie de son langage sans le déflorer ? Il est impossible à catégoriser, c’est un auteur vraiment à part.

Nous suivons ici en parallèle Maxime Dabilly, jeune homme de la fin du 19ème siècle qui part à l’aventure de la conquête de l’Afrique et un petit garçon du vingtième siècle, dont le père communiste lui en inculque des théories. Gauz réinvente la langue française en utilisant des artifices poétiques et drôles pour traduire la parole de l’enfant. Il évoque la condition des blancs en Afrique, les maladies, le climat qui les tuent, le découpage des territoires signé avec des croix, bétonnés par des commerces qui sont des doubles jeux de dupes, les amitiés, les inimitiés entre les Français et les Anglais. 

Quel travail d’écriture incroyable ! Quelle richesse dans le vocabulaire !  Quel boulot d’historien ! Tout ce travail amène une fluidité absolue et l’ensemble se déguste comme un bonbon pour enfants. 

Et je ne résiste pas à vous faire partager ma phrase préférée : “Accrochée au ventre des nuages, la lune en croissant est couchée sur le dos dans un hamac d’étoiles” Si avec ça, vous ne faites pas de beaux rêves…Gnianh zigbo !

Galerie

Même les cow-girls ont du vague à l’âme – Tom Robbins Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Philippe Mikriammos (442 pages)

Sissy est magnifique, elle ressemble un peu à Grace Kelly. Mais elle est née avec des pouces immenses. Tout le monde veut lui faire comprendre que c’est une difformité, mais elle décide, dès l’enfance d’en faire son principal atout.

Un ovni littéraire. Un objet curieux qu’on regarde avec défiance comme on regarde les pouces de Sissy, étranges, démesurés, hors norme. Ce livre est une ode à la différence, et au droit de réaliser ses rêves. Ce livre est un hommage aux femmes. Ce livre trouve de la beauté là où elle n’est pas évidente à voir. Ce livre est un livre LGBT écrit à une époque où cet acronyme n’existait pas. Ce livre est un livre à forte connotation sexuelle. Ce livre est complètement barré. Ce livre s’adresse à vous directement, comme si vous étiez au-dessus de l’épaule de l’auteur et qu’il vous adressait directement ses remarques pendant qu’il écrit.

C’est drôle, c’est philosophique, c’est dense. Quand vous le lisez, vous menez un combat contre l’auteur, contre le livre objet, contre vous-même. Et au bout de tous ces uppercuts que vous n’avez pas pu éviter, et qui vous laissent pantelants, vous refermez le bouquin en vous disant : wouah !

Galerie

De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

Galerie

Du miel sous les galettes – Roukiata Ouedraogo (268 pages)

Vous connaissez peut-être Roukiata Ouedraogo au travers de ses chroniques sur France Inter ou de son one woman show ? Elle nous livre dans ce premier roman une description de son Burkina Faso natal plein de fraîcheur et d’amour de la vie. Si vous lisez le livre en ayant sa voix et son joli accent chantant dans la tête, franchement, c’est un plus. Elle nous raconte les traditions, la culture et sa mère, cette femme forte qui a élevé sept enfants pendant plusieurs années toute seule, suite à une aberration du système judiciaire. Elle fait des parallèles amusants entre la culture française et la culture burkinabé, pleins d’humour, de dérision et de tendresse. un moment dépaysant, gai et touchant, à son image.

Galerie

Debout-Payé – Gauz (204 pages)

Après cette incroyable rencontre VLEEL (varions les éditions en live, rencontres avec des éditeurs et des auteurs) avec les éditions le nouvel Attila et Gauz, j’ai immédiatement couru chez mon libraire pour me procurer la prose de cet érudit si humble. 

Gauz est un homme au discours fabuleusement simple et à la plume acérée. Sous l’apparente simplicité de son écriture, il avoue lui-même avoir énormément travaillé. Rien n’est acquis dit-il. Le talent n’existe pas, seul le travail compte. Il retrace dans ce roman l’histoire de plusieurs générations d’immigrés Ivoiriens en France, et l’évolution de la politique qui a façonné l’image populaire qui en a découlé. Ce récit est émaillé de réflexions sur la condition de vigile. Théorèmes, corollaires, sophismes, on est fasciné par le métier de ces hommes transparents, invisibles. On rit beaucoup aussi, des petits ou des gros travers des clients, mais parfois, on est soufflé par la poésie ou la tendresse qui se dégage de ce texte.