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Qaanaaq – Mo Malo (495 pages)

Voilà quelques années que je vois régulièrement passer les ouvrages de Mo Malo sur les réseaux, polars polaires qui ont l’air tentants, mais la vie passe, les livres s’accumulent et on met de côté dans nos Pal monstrueuses certains ouvrages dont on sait pourtant que le rendez-vous sera de qualité. L’année dernière, je devais accompagner l’auteur lors de sa visite aux Boréales, festival nordique en région caennaise mais sa visite a été malheureusement annulée.

Son premier opus est revenu sur le dessus de la pile et entre mes mains de façon tout à fait inattendue et fortuite, mais je n’ai pas été déçue. Qaanaaq, flic danois, revient sur la terre qui l’a vu naître pour une enquête sur des meurtres qui ressemblent à des attaques d’ours. Rapidement, son enquête va devenir aussi l’enquête de ses origines. Il y a ce qu’il faut de suspens, d’humour, d’écologie, d’histoire du Groenland et de culture locale pour plaire aux amateurs du genre. J’ai personnellement été totalement embarquée.

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Les vilaines – Camila Sosa Villada (204 pages)

Un livre à mettre entre toutes les mains des ados qui cherchent leur identité. Un livre sur un monde qu’on connaît mal, celui des trans. C’est bien que notre monde évolue pour laisser la possibilité aux personnes qui se sentent mal dans leur corps de vivre leur personnalité comme ils le souhaitent. Mais c’est bien aussi de remettre les choses dans leur contexte.

Camila écrit un roman où elle décrit cette période de sa vie dans une communauté chaleureuse et soudée, mais aussi difficile et pleine de mensonges, où masquer son identité profonde est une nécessité de survie. Où la notion de genre est très importante pour ces filles qui se revendiquent très genrées. C’est cru, c’est moche parfois, c’est triste, c’est difficile. Elles défoncent leurs corps et leurs âmes à coup d’alcool, de drogue et d’huile de moteur d’avion qu’elles s’injectent comme substitut au silicone. Le Sida, les clients malhonnêtes, les clients violents, les amours déçues les maltraitent.

Et parfois, comme une fleur pousse au milieu du bitume, un moment de joie, une beauté, un bonheur. En insérant quelques touches fantastiques qui ajoute ce petit supplément d’âme au roman, L’autrice signe un beau premier roman très réussi.

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Les Arpenteuses – Christiane Brunel (228 pages)

Quelle synchronicité ! Finir ce livre qui parle du coup d’état de Pinochet un 11 septembre, date anniversaire de ce jour funeste était un symbole fort, surtout que je n’avais aucune idée du thème avant de l’ouvrir.

Maria élève seule sa fille, Alma, vive et passionnée d’astronomie. Son père ? Mort. Maria enveloppe de mystère cette mort et tait à sa fille son histoire. Des couches de secrets enrobées de couches d’autres secrets, le livre raconte une période de l’histoire du Chili douloureuse. Et l’ensemble est plutôt réussi. On accroche à ces personnages réalistes et leurs histoires tragiques, malgré un style un tout petit peu trop scolaire. Un premier roman attachant et très bien documenté.

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La dame d’Alexandrie – Yasmine Khlat (116 pages)

Je suppose que ceux qui auront aimé auront trouvé ce texte beau, éthéré et poétique. Je dois avouer être passée à côté du côté beau, éthéré et poétique. Le scénario est digne d’une série télévisée française, pas vraiment crédible, à l’ambiance lourde de non dits et de sous entendus qui m’ont mise mal à l’aise. Et le style rose poudré m’a semblé trop rose et pas assez poudré.
Cela dit, si je reconnais que ce n’est pas pour moi, je peux comprendre ceux qui se seront laissés bercer par ce court roman.

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Mahmoud ou la montée des eaux – Antoine Wauters (130 pages)

Mahmoud le Syrien raconte son histoire par petites touches poétiques et l’histoire de sa ville qui a été engloutie sous les eaux par une décision de Hafez el-Assad, le père de Bachar. Il raconte ses amours, ses peines, en évoquant de façon sibylline – voire avec des notes de bas de page – la situation de son pays en ruines. En vers libres, ce livre a obtenu le prix du livre Inter. Il n’a pas vraiment besoin de moi, donc, pour en faire l’éloge.

J’aime habituellement les petites histoires dans la grande. Cette fois, je suis restée sur ma faim sur la grande et restée sur ma faim sur la petite. Le style qui se veut exigeant au début se délite à mon sens au fur et à mesure. Finalement, ce livre me laisse plutôt perplexe sur ses tenants et aboutissants.

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Etica y estetica de una existencia – Esther Diaz – Pedro Luis Sotolongo (147 pages)

Ouh la la ! Il y avait bien longtemps que je n’avais pas lu en espagnol ! Pour prolonger ma rencontre avec Ernesto Guevara, dit « Che », je me suis dit que cet essai philosophique sur la vie du révolutionnaire argentin était le moment opportun de sortir ce livre qui traînait dans ma PAL depuis un moment. C’est intéressant le contraste avec « Voyage à motocyclette latinoamericana ». Ernesto, à vingt-trois ans, ne se voyait pas comme un révolutionnaire. Dans son écrit, il le dit : ce qui l’a animé pendant ces neuf mois de tribulations, c’est le taux de remplissage de son estomac. Alors, aujourd’hui, on peut bien sûr voir dans sa jeunesse les prémisses de son engagement futur, ses parents étaient déjà des bourgeois à part, le laissant jouer avec des enfants de toute condition, son père l’emmenait démasquer les nazis qui essayaient de fomenter des complots en Argentine, ils protégeaient les républicains espagnols ayant fui l’Espagne castriste. Il est montré comme la légende qu’il est devenue, c’est pratique un mort pour le transformer en légende. Cet essai est évidemment très parti pris et nous montre un homme asthmatique, certes, mais doté d’une telle force mentale et morale, d’une telle abnégation, que même si les anecdotes sont vraies, on peut soupçonner les auteurs de les avoir légèrement enjolivées. Et j’ai été étonnée de pouvoir me remettre aussi facilement à une langue que je n’ai pas pratiquée depuis un moment. En tout cas, les deux livres se faisaient admirablement résonnance, et c’était le parfait timing pour ce troisième duo de la saison, après les deux livres sur Rimbaud et ceux de, ou sur Edmonde Charles-Roux.

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Voyage à motocyclette latino-americana – Ernesto Guevara (224 pages)

En 1951, Ernesto Guevara partait sillonner l’Amérique du Sud à moto avec son ami Alberto Granada, avec la vague idée de rejoindre l’Amérique du Nord. Pas d’idée pré conçue à l’époque, pas d’idéalisme politique, contrairement à ce que certains feront croire par la suite. Juste un gamin un peu irresponsable et inconséquent qui voulait voir du pays. Profitant de leurs connaissances en médecine (Guevara était étudiant, il ne lui restait qu’une année pour terminer son cursus, qu’il terminera plus tard et Granada, un peu plus âgé, pouvait déjà exercer), il nous raconte les anecdotes de leur voyage et les avaries, nombreuses, de leur fameuse moto.

Mais il savait écrire, le bougre. Grand lecteur de romans d’aventures et de poésie, son écriture est belle et poétique aussi… Lorsqu’il ne raconte pas ses problèmes intestinaux.

Ernesto par lui-même, cela casse un peu le mythe, tout en le faisant naître en même temps.

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Blackwater 6 – Pluie – Michael Mac dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (238 pages)

Ça y est, j’ai terminé la magnifique série Blackwater avec ce 6eme tome.
Le clan Caskey s’est agrandi avec des naissances, d’autres membres sont morts. Des années 20 aux années 70, cette saga se dévore comme un pauvre bougre tombé dans les eaux troubles de la Perdido.

Je réfute toutes les tiédeurs sur la facilité, le style de l’écriture. J’aime absolument et en bloc. La liberté, le féminisme, le racisme, l’homosexualité sont des thèmes importants abordés très simplement et pourtant avec une subtilité touchante. Les couvertures de Pedro Oyarbide sont sublimes (je l’ai déjà dit ?).
Il faut savoir que je n’aime pas les sagas, je n’aime pas spécialement le fantastique. Bravo encore à Dominique Bordes pour son coup de poker réussi.

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Blackwater 4 – La guerre – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (252 pages)

La saga continue, toujours aussi prenante. La couverture, signée Pedro Oyarbide, à l’instar de la série entière est pour moi la plus belle de toutes. J’ai avalé ce quatrième volume en une journée, autant vous dire que le rythme s’accélère dans cette série qu’on ne lâche pas ! Décidément une belle réussite !

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Delicious foods – James Hannaham, traduit de l’anglais américain par Cécile Deniard (392 pages)

J’ai acheté ce livre à la rentrée 2020, et il traînait dans ma Pal en me faisant de l’œil chaque semaine. J’ai acheté ce livre pour sa couverture hallucinante de beauté, pour son début terrifiant, parce que la drogue est un personnage, parce que j’avais rencontré les éditions Globe lors d’une rencontre « Varions les éditions en live » et que ma libraire me l’avait conseillée. En effet, ce livre est incroyable. Il décrit la descente aux enfers d’une femme. Scotty, son « mec » est la drogue et ses effets. L’histoire est racontée par trois protagonistes, Scotty, donc, Darlene, la mère et Eddie, le fils. Un roman terrible, terrifiant, sur l’esclavage moderne, l’addiction et la condition des noirs aux Etats-Unis. Je souligne tout particulièrement le travail démentiel de la traductrice pour retranscrire sans cliché le parlé populaire américain. Un roman fort.