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Alfie – Christopher Bouix (440 pages)

Un appareil de domotique, une intelligence artificielle bouleverse le quotidien d’une famille lambda.
Alfie est cette aide précieuse plutôt sympathique qui fait les courses, vous réveille en douceur, aide les enfants à faire leurs devoirs. Comme il a un module de deep learning (apprentissage profond), ses algorithmes gèrent les évènements et il s’ajuste au fur et à mesure pour fournir un service de plus en plus précis et adapté.

Mais peut -on faire complètement confiance à une machine ? C’est très drôle, car Alfie tâtonne et s’interroge sur l’humanité. C’est aussi glaçant, car le livre aborde des questions essentielles et philosophiques. Quelle est la définition de l’humanité ? Du libre arbitre ? De la liberté ? Il nous rappelle aussi que nous ne sommes pas loin de ce type de situation. En Chine, l’état pousse le curseur très loin avec des caméras partout et des « points » qui donnent ou enlèvent des droits aux citoyens.

Raconté du point de vue de l’intelligence artificielle, truffé d’ « œufs de Pâques », ces références qui sont disséminées dans le récit, ce roman addictif drôle et flippant vous embarquera dans le futur 2.0

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Le ventre de la péniche – Fabrice Capizzano (502 pages)

Un road trip déjanté avec une bande de fous pour emmener les cendres d’une morte à l’autre bout du monde. Voilà le pitch de ce roman à la langue incroyablement foisonnante, riche, poétique, extraordinaire. Moi qui ne gribouille, ne surligne, n’annote pas les livres, j’avais envie de conserver chaque phrase comme un joyau, comme un trésor. C’est drôle, c’est passionné, c’est tragique, c’est grandiose. Et très bien écrit. C’est dramatique et instructif dans une même phrase, l’auteur passant d’une réflexion triviale à une pensée philosophique, humaniste, écologique, poétique avec une grâce infinie. Une très belle découverte.

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Crédit illimité – Nicolas Rey (207 pages)

Quand on rencontre Nicolas Rey, même au travers d’un écran pour une rencontre Zoom, on est instantanément touché en plein cœur par son esprit gentil vif et drôle. Et par son charme. On a envie de lui dire qu’on l’aime. Le rapport avec mon retour de lecture ? Je fais ce que je veux, d’abord, si j’ai envie de dire à Nicolas Rey que je l’aime je le fais. Surtout que je lui dois un soupçon d’excuses, car si l’homme m’a toujours emballée (en tout bien tout honneur, il est fou amoureux, cœur inaccessible), son précédent ouvrage, en revanche m’avait laissée perplexe. Bien sûr, j’avais adoré son style faussement simple et fluide, son humour, mais l’histoire s’était dispersée pour me perdre en pleine forêt, dans une cabane, attachée, après m’être pris un bon coup sur la tête destiné à m’assassiner. Cette fois, tout est parfait. Nicolas Rey se met en scène sous les traits de Diego, fils à papa drogué, alcoolique et passablement fauché. Amoureux de sa psy, très déprimé, il va aller voir son père pour lui soutirer de l’argent. Ce dernier, chef d’entreprise richissime et implacable va lui proposer une grosse somme s’il prend la direction des ressources humaines d’une de ses usines pour licencier dix-sept personnes. Mais Diego, s’il a besoin de ce revenu, va écouter une à une les histoires de ces personnes qui vivent dans une région sinistrée, et il va imaginer un autre scénario. Comme toujours, l’écriture de Nicolas Rey est parfaite. Et cette fois, j’ai été embarquée de A à Z avec Diego. L’histoire est bourrée d’humour et de tendresse et le passage où il décrit des moments touchants avec son père est un retournement inattendu et merveilleux. Un très bon cru qui se dévore.

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Titre – Ami inintéressant (110 pages)

Si vous aimez l’humour absurde, vous aimerez Titre. Découvert sur les réseaux sociaux, ces dessins bâtons me font sourire, voire rire franchement. Alors dans ma volonté de soutenir des talents inconnus, je me suis procuré son ouvrage. C’est actuel, cinglant et barré. Je peux citer la 4ème de couv’ :
« Pas mal tes BD ! J’aime bien le côté fait à l’arrache ! Ce petit côté « je ne sais pas dessiner », ce côté « Je suis une sombre merde sans talent qui mérite la mort ».
On sent le gars qui a une confiance démesurée en lui. Ce doute en filigrane fait aussi le charme de ce petit opus.

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O.N.G ! – Iegor Gran (192 pages)

Un jeune homme bègue et mal dans sa peau reçoit la consécration le jour où il est embauché comme stagiaire dans une ONG écologiste. Mais s’il est aux anges, leur organisation va vite déchanter lorsqu’une autre ONG, dédiée à protéger les enfants dans le monde s’installe aux étages supérieurs de l’immeuble où ils sont implantés. La guerre va rapidement éclater entre les deux groupes.

OMG ! Ce livre burlesque est jubilatoire ! Iegor Gran est le digne fils de son père Andrei Siniavski, il en a hérité le cynisme et le ton ironique. Ce monsieur qui est arrivé en France à dix ans a fait des études d’ingénieur prestigieuses, et hop, en toute simplicité a écrit quelques romans. Quand on le voit, il est la douceur incarnée et ses yeux respirent la gentillesse. Mais son écriture, elle, est une morsure dont le venin s’instille peu à peu. Je crois que j’aurais du mal à me remettre de l’expression « les gratuits » pour parler des bénévoles.

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Le mode avion – Laurent Nunez (214 pages)

Deux savants en linguistique éminents professeurs à la Sorbonne, décident de s’isoler dans un manoir en Provence pour trouver chacun une théorie nouvelle qui les rendra célèbres. Sortir du carcan des écrits centenaires ou millénaires leur paraît la seule façon d’avoir l’esprit totalement libre.

Un petit livre frais et léger malgré une histoire au fond assez tragique dans un style délicieux et des chapitres qui font subtilement référence à notre récente actualité.

Se confiner pour réfléchir ? Quelle drôle d’idée !

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Le sang des bêtes – Thomas Gunzig (223 pages)

J’ai lu d’une traite cet ovni littéraire. Un homme qui approche la cinquantaine s’interroge sans cesse sur le sens de sa vie jusqu’au jour où la possibilité de défendre une jeune femme opprimée s’offre à lui. Entre son père rescapé de la Shoah qui culpabilise, son couple qui s’étiole, son fils qu’il ne comprend pas et sa copine vindicative, son corps, façonné patiemment pendant trente ans, commence à donner des signes de faiblesse et l’arrivée de cette jeune fille étrange et perturbée dans cette famille va faire voler le fragile équilibre en éclats. Sous des aspects légers et des ressorts comiques, c’est aussi l’occasion de se demander d’où nous venons vraiment, ce qui nous construit et comment on se construit, quelle image on veut renvoyer au miroir et aux autres, et, au fond, où nous allons, en tant qu’individus et dans la société dans laquelle nous vivons. J’ose le dire : j’ai vachement bien aimé.

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Le secret d’Atoll Véranda – Nathalie Larpent (247 pages)

J’ai adoré les personnages attachants et la mise en lumière d’un métier méconnu : celui d’aide soignant à domicile. Un livre au style enlevé plein de générosité, de chaleur et d’amour des autres et une touche d’humour. J’ai notamment adhéré à l’exacerbation des noms en fonction des personnages, comme la collection des livres « Monsieur » et « Madame » (Madame Perverse, Madame Poivrote, Madame Gentille, exemples de noms de patientes) Un livre qui fait du bien, comme un baume apaisant ou une pastille au miel. Rien de bien profond dans cette petite histoire, mais ça fonctionne.

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Le répondeur – Luc Blanvillain (253 pages)

Il y a longtemps que je n’avais pas ri autant grâce à un roman. Les éditions Quidam, spécialisées dans l’originalité, ne dérogent pas à leur ligne avec ce roman. L’histoire est en effet inédite. Un imitateur excellent, mais peu connu, consacre son art à des personnages essentiellement morts ou oubliés. Qui se rappelle la voix d’André Gide, qu’il imite pourtant à la perfection ? Lorsque son écrivain préféré vient le voir dans sa loge, un soir après le spectacle pour lui proposer un étrange marché, celui de prendre son téléphone, se faire passer pour lui grâce à ses talents d’imitateur et devenir, donc, son répondeur, la vie de Baptiste bascule.

L’auteur nous interroge sur l’absurdité du monde, au travers d’une satire des nouveaux médias et de la célébrité, dans une langue à la fois fluide et érudite. Le roman de Luc Blanvillain est remarquablement bien écrit. On se régale autant de ses mots, de ses belles tournures de phrases que des situations cocasses qu’il sait parfaitement mettre en scène.

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La marge d’erreur – Nicolas Rey (293 pages)

Nicolas Rey est un auteur sensible, désabusé et à l’humour désespéré qu’on aime immédiatement lorsqu’on lui parle. Ses livres parlent d’écrivains sensibles, désabusés et à l’humour désespéré, mais comme il a eu la présence d’esprit de faire marquer “Roman” sur les couvertures, et même si ça ne nous évite pas de faire l’amalgame, il peut toujours prétendre qu’une partie du livre n’est pas autobiographique, contrairement à son double Gabriel.

Ça démarre plutôt pas mal, l’homme apprend qu’il a un cancer en stade terminal, alors qu’il ne vit que dans l’espoir que la femme de sa vie l’aime à nouveau, malgré la très faible probabilité que cela arrive. Il écorne au passage quelques présentateurs télé, actrices, influenceuses, écrivains et c’est drôle. Et puis il a une nouvelle voisine qui emménage. Une sorte de fantasme sur pattes, belle, intelligente, drôle, bien foutue, sexy en diable, coquine comme tous les hommes en rêvent, dévouée à son métier d’enseignante, la femme parfaite.

Malheureusement, Gabriel est un déchet insensible à ses charmes, puisqu’il attend que la femme qui l’a quitté revienne et qu’il ne ressent de toutes façons plus rien à cause de la tonne de médicaments qu’il ingurgite. Malgré tout, Diane s’acharne à le séduire (il a du bol, cette femme possédant autant de qualités aime les marginaux drogués dépressifs anciens alcooliques, impuissants qui passent leur vie à comater devant des séries).

Et c’est là que ça part en couille, parce que c’est trop, vraiment. Il arrête d’un coup tous les médocs, son cancer, on n’en parle plus, et tout l’enjeu se trouve dans des parties de jambes en l’air plus ou moins glauques, puisqu’il a retrouvé toutes ses capacités. Quand je pense qu’il nous a avoué avoir enlevé 6 pages entières de scènes érotiques ! Alors, oui, bien sûr, si on est là, c’est qu’un jour un homme et une femme ont fait l’amour. Mais on n’est pas obligé de boire la pisse de l’autre, hein non plus. Bref, un livre dont le style badin nous enchante et puis, comme lorsqu’on a trop abusé de substances plus ou moins licites, on finit la soirée en allant vite se coucher car on se sent vaguement nauséeux, inutile et vain.