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Bienvenue Mister Chance – Jerzy N. Kosinski traduit de l’anglais par Sarah Londin (132 pages)

Mister Chance est un être hybride entre Forest Gump et Bernie. Un peu simple d’esprit, il a été élevé loin du monde, dans une maison où il a été caché aux yeux de tous, nourri par une bonne qui était son seul contact pour s’occuper du jardin. Sa seule distraction est la télévision qu’il regarde en boucle quand il ne jardine pas.

Mais le propriétaire de la maison décède et il est mis dehors. Ce monde dangereux pour un être aussi faible va l’adopter comme un génie politique. Sa simplicité et son physique avantageux vont lui ouvrir toutes les portes.

D’une ironie et d’un cynisme absolu, Bienvenue Mister Chance dénonce l’absurdité et la mégalomanie qui se révèlent inefficaces devant ce genre de personnes. Ce roman drôle et complètement déjanté est à découvrir.

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La halle – Julien Syrac (200 pages)

Julien vend des saucissons à la halle de Marrec. Un jour, il s’est présenté avec son CV, et Patrick, le gérant de plusieurs magasins l’a affecté aux saucissons. Comme dit Patrick M, plus t’en vends, mieux tu gagnes. Il a des préceptes simples Patrick M. Et puis, il y a Avi, le jeune roumain lettré qui philosophe en faisant des cafés parce qu’avec ses cheveux bruns, il ressemble à un Italien. Il y a aussi Sacha, le Tzigane et Alma la libraire, les plus belles jambes de La halle, de Marrec et du monde sur lesquelles tous les hommes fantasment. Ce petit monde tourne comme une ruche ou une fourmilière, tout est à sa place, tout roule. Mais la nouvelle vient de tomber, la galerie d’art au premier étage va être remplacée par un supermarché végétarien. Le rez-de-chaussée s’insurge et Fouad, le gardien de la galerie prévient : ça ne va pas se passer comme ça. Entre humour, philosophie, poésie et tendresse, Julien Syrac décrit les amitiés et les inimitiés, les hypocrisies et les petites lâchetés pour ce roman plein de vie.
Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter Isa se livre n° 28 sur http://www.radio-toucaen.fr
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La baleine tatouée – Witi Ihimaera traduit de l’anglais néo-zélandais par Mireille Vignol (157 pages)

Witi Ihimaera a écrit ce roman en 1987, et il dégage pourtant une furieuse modernité par son engagement féministe, écologique et protecteur de la culture maorie de Nouvelle Zélande. Entre légende fondatrice et histoire familiale perpétuant au mieux les traditions, cette histoire courte ne manque ni d’humour, ni de passages poignants.
Et pour prolonger l’expérience, je vous invite à écouter l’émission Isa se livre n°27 en Replay sur Radio Tou’Caen
Isa se livre #27 | RadioTouCaen https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre-27/

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Motl, fils du chantre – Sholem Aleikhem, traduit du Russe par Nadia Dehan-Rotschild et Evelyne Grumberg (281 pages)

Motl est un petit garçon espiègle et joyeux qu’aucun malheur ne peut abattre. Des malheurs, pourtant, sa vie en est truffée, à commencer par la mort de son père et les entreprises désastreuses de son frère pour sortir de leur pauvreté crasse. Dans l’Ukraine antisémite des années 1920 où les pogroms ont fait rage, la famille décide d’émigrer aux Etats-Unis. Mais pour passer l’immigration, il faut avoir des yeux en bonne santé et la maman de Motl pleure tout le temps, abîmant inexorablement ses yeux. Motl déplore tous les évènements avec l’insouciance de l’enfance. Sholem Alekheim disait : la vie est horrible, alors il faut impérativement en rire, car on ne changera pas la folie des hommes ; sa vision des choses se reflète merveilleusement dans ce roman et m’a donné très envie de lire la suite.

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L’étrange journée de Raoul Sévilla – Jean-Pierre Gattégno (232 pages)

Raoul va se faire casser la figure, parce qu’il est bouc émissaire des gars plus costauds que lui dans la classe. Raoul n’est premier qu’en rédaction, et il veut être écrivain. Chez lui, sa mère craint pour sa santé et son père voudrait le voir devenir commerçant. Incompris et coincé entre sa famille et son rejet à l’école, il décide de faire l’école buissonnière. La traversée de Paris par ce jeune juif dans les années soixante est drôle et touchante à la fois. Il sortira grandi et mûr de toutes les expériences et rencontres qu’il va faire. Dans une France d’après-guerre où l’antisémitisme est encore bien présent, cette journée lui ouvrira les yeux sur sa vie, sa famille, et les gens qu’il côtoie au quotidien. Un joli roman sur l’adolescence qui s’éveille.

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Un plan simple – Scott Smith, traduit de l’anglais par Éric Chédaille (465 pages)

Quand trois pieds nickelés découvrent plus de 4 millions de dollars dans un avion qui s’est écrasé en forêt, le plan est simple : garder l’argent pendant 6 mois pour être sûr que personne ne le cherche, puis se le partager et disparaître pour toujours. Sauf que les plans simples deviennent parfois bien compliqués. Un humour caustique et déjanté qui a inspiré les frères Cohen pour leur film Fargo qui utilise aussi les mêmes paysages enneigés comme décor pour un roman sur le rêve américain dévoyé.

Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter l’émission Isa se livre https://share.google/ujvSRJJg6bNptNyX4

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La villa Ruby – Mika Mundsen (637 pages)

En 1864, sous le second empire, une bande de notables achète pour une bouchée de pain des terrains marécageux en contrebas de Trouville. L’objectif : créer une ville luxueuse de toutes pièces qui concurrencera son illustre rivale perchée.

Deauville naît de cette idée un peu folle. Elle aura le succès qu’on lui connaît, et conserve encore aujourd’hui ce côté un peu snob et surfait. L’auteur raconte des moments marquants de l’histoire au travers d’une villa abandonnée jusqu’à nos jours où le descendant du premier propriétaire de la maison réapparaît mystérieusement comme un vestige du passé ressuscité. Les personnages sont attachants, laissez-vous entraîner dans le tourbillon de cette histoire foisonnante qui mêle habilement le suranné aux sujets d’une grande actualité. Mika Mundsen prouve encore une fois qu’il n’a aucun genre de prédilection et qu’on ne peut pas l’enfermer dans l’une des malles qu’il nous incite à ouvrir dans le grenier. Fouillez-les pour trouver des histoires parallèles à l’intrigue principale.

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DJ Bambi – Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’Islandais par Éric Boury (198 pages)

J’aime l’écriture douce-amère de Auður Ava Ólafsdóttir. J’ai lu la plupart de ses romans qui agissent sur moi comme un plaid en plein hiver, réconfortant. Elle s’attaque à des sujets de société, avec des histoires de gens ordinaires dont les vies sont banales. Elle a l’art subtil de ne pas raconter grand-chose, tout en nous tenant en haleine. Elle possède la faculté rare de faire sourire en taillant ses congénères en pièces, tout en ayant l’air de ne pas y toucher.
Bambi est une femme née dans un corps d’homme. Elle raconte son parcours triste, partagé entre le silence du camouflage, jusqu’au déni de ce que l’on est au plus profond de soi, et l’assomption de ce qu’elle est vraiment, au point d’être rejetée par tous ses proches. Elle raconte l’attente d’une opération qui tarde à venir. Elle raconte le Logn, cet état qui n’a pas de traduction pour dire l’absence totale de vent. Comme toujours, le traducteur parvient à nous transmettre ces mots intraduisibles, une connivence qui s’affirme au fil de leur collaboration. Une réussite.

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Alice marche sur Fabrice – Rosalie Roy-Boucher (170 pages)

Alice a 26 ans. Elle est triste et en colère contre son chum qui l’a quittée pour cette Laure aux gros seins. Alors Alice décide d’aller évacuer sa peine sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Elle va sillonner la France du Puy à Saint-Jacques, et son parcours sera semé d’ampoules, de rencontres, plus ou moins agréables, de bonheurs et de désillusions. La marche permet de réfléchir, de s’oublier. Par petites touches, elle décortique sa relation avortée et remue le couteau dans sa plaie qui ne se referme pas. Dans un français québécois à l’accent charmant, même si, parfois, le vocabulaire est vraiment propre au Canada, l’autrice nous fait beaucoup rire avec sa jeune marcheuse. J’ai adoré me promener avec Alice, l’accompagner dans sa souffrance et l’entendre râler contre ce salaud de Fabrice Picard.