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Le Club des cinq arrête le gluten – Enid Blyton – Bruno Vincent (127 pages)

Claude, François, Mick, Annie ont grandi et Dagobert a vieilli.  Cet opus parodique vous rappellera votre enfance, mais vous fera sentir comme le monde du club des cinq tel qu’on l’a connu a évolué. Du coup, entre les formules candides et enthousiastes qui caractérisent nos souvenirs, les dessins qui illustrent de manière décalée les phrases mises en exergue, et le décalage du thème abordé, vous rirez franchement. Un vrai bon moment de détente.

Pyongyang 1071 – Jacky Schwartzmann (185 pages)

Paulsen, éditeur spécialisé dans les voyages et le sport a eu l’idée saugrenue d’envoyer des écrivains réaliser des épreuves sportives un peu extrêmes dans des situations inhabituelles.

Ainsi a vu le jour le périple de Jacky Schwartzmann en Corée du Nord pour y effectuer un Marathon.

Jacky Schwartzmann a un don particulier : celui de vous donner l’impression d’être avec lui pendant qu’il vit son épreuve, son entraînement, son voyage. On a envie d’être pote avec lui, parce qu’on se reconnaît dans ses réactions, et qu’on se dit qu’on se serait marré avec lui, qu’on aurait eu peur en même temps, qu’on aurait souffert de la même manière. Avec l’humour qui le caractérise, et qu’on retrouve dans ses autres romans, on le suit dans cette épopée Nord Coréenne en se disant, comme lui, qu’on n’y retournera jamais. Dépaysant.

Le coffre – Jacky Schwartzmann / Lucian-Dragos Bogdan (153 pages)

A l’instar de Pension Complète que Jacky Schwartzmann a écrit tout seul, ce roman noir est un roman noir et drôle. Un cadavre retrouvé dans un coffre de toit de voiture, une enquête que se partagent deux flics : un Roumain, un Français, un choc culturel. Deux auteurs, un Roumain, un Français, qui ont eu les mêmes difficultés de communication que leurs flics respectifs. Une enquête urgente, un livre urgent, une commande pour quais du polar, 4 mois pour sortir un bouquin entre deux auteurs qui ne se connaissent pas, trois mois avant la retraite du gendarme français. 

Exercice littéraire réussi, deux auteurs bien choisis pour le réaliser. La conversation téléphonique entre les deux représentants de l’ordre est à mourir de rire. On apprend plein de choses sur l’histoire de la Roumanie, sur ses chocs culturels internes (La Moldavie / La Transylvanie). Les clichés sont abordés de part et d’autre et font la saveur de ce petit roman bien marrant.

Pension complète – Jacky Schwartzmann (184 pages)

Dino est issu d’une banlieue pauvre de Lyon, mais il vit depuis vingt ans au Luxembourg avec Lucienne, multimilliardaire de trente-deux ans son aînée. Il n’est pas gigolo, Dino, parce qu’il l’aime vraiment, Lucienne. Pourtant, à un moment, elle lui demande de prendre le large et d’aller un moment à Saint-Tropez. Et là, tout dérape.

Dans ce polar déjanté, deuxième de la sélection du prix des lecteurs de Bloody Fleury 2020, on rit beaucoup. A l’instar de l’excellent Mamie Luger, de Benoît Philippon, le style sert énormément le livre. Comme c’est assez court, je ne veux pas déflorer plus, mais foncez pour une vraie tranche de rigolade. ça pourrait sembler incongru de qualifier un roman noir ainsi, mais c’est vraiment désopilant.

Mamie Luger – Benoît Philippon (447 pages)

Un polar, ça ? Non, ce n’est pas un polar, ça. C’est un livre qui encense les femmes dans leurs formes et leur intelligence.. C’est une ode au féminisme, un hommage à Audiard, un pamphlet contre la bêtise et l’intolérance, une anthologie de l’amour. C’est une leçon de courage, celui qu’on devrait tous avoir, face aux oppresseurs, aux agresseurs, aux cons.

Benoît Philippon concentre toutes ces qualités dans Berthe, une mamie de cent deux ans, qui accueille la police à coup de pétoire. Ah oui, elle a quand même un défaut, Berthe, elle tue un peu des gens. Elle est gentille, Berthe, pleine d’humour et d’amour, mais faut pas l’embêter, elle s’énerve assez vite. L’auteur enrobe toute l’histoire dans un style et des dialogues fleuris. Ce livre est un ovni explosif, jubilatoire, même si Berthe arrive à nous tirer aussi des larmes. A la fois truculent et touchant.

Cette nuit – Joachim Schnerf (145 pages)

Comment se comporter après la déportation ? Certains se renferment à jamais, certains au contraire témoignent au maximum, Salomon, lui, choisit, l’humour noir pour évacuer.

Chaque année, pour Pessah, la Pâque juive, la famille se réunit chez Salomon et Sarah, mais cette année, Sarah n’est plus là, elle est décédée il y a deux mois. Salomon retrace la vie de la famille au travers de ces célébrations successives, son amour immense et intact pour sa femme qui n’est plus là, le manque qu’elle lui inflige, les travers des uns et des autres et ses blagues d’un goût douteux (mais qui m’ont fait hurler de rire). On passe du rire aux larmes dans le joyeux tourbillon de cette famille. A la fois émouvant et hilarant.

Bréviaire des artificiers – Mathias Enard (112 pages)

Ce livre est COMPLETEMENT barré ! Et je vous le recommande. Quelle idée saugrenue a traversé l’esprit de Mathias Enard ? Mystère !

Il nous embarque dans une histoire improbable où un domestique noir dans une maison des Caraïbes s’attache à un maître fou qui veut lui apprendre l’art d’être terroriste.

On est au début fort dérouté par le sujet, presque mal à l’aise, mais rapidement, le côté loufoque et absurde étire le coin de nos lèvres pour finalement nous faire éclater de rire. Je suis plutôt bon public, et les livres peuvent me faire sourire, mais éclater de rire, c’est très rare !

Les illustrations de Pierre Marquès apportent énormément au récit, et on se dit qu’ils ont vraiment dû se marrer en écrivant ce bouquin. C’est extravagant !

Vagabonde – Hervé Jubert (507 pages)

A l’instar de Guillaume le Cornec et ses Jaxon, qui revisitent le concept des héros de notre enfance, le Club des Cinq, Hervé Jubert, lui, s’attaque plutôt au mythe de Fantômette, avec Vagabonde, une petite ado haute en couleurs qui part à la recherche de son père qui a disparu. La différence, de taille, je vous l’accorde, c’est que Vagabonde, est la fille d’un voleur, et qu’elle rêve de suivre les traces de son père. Avec cette disparition plus qu’inquiétante, elle se jette de fait dans le grand bain… et dans la gueule du loup, bien sûr.

Très moderne, très drôle, on est tout de suite absorbé par l’histoire de cette famille atypique et les quêtes haletantes qu’ils poursuivent. C’est frais, c’est léger, malgré les personnages inquiétants et le fond de l’histoire, bien triste. Pour autant, un vrai vent de légèreté souffle tout au long de ce roman.

Hervé Jubert nous entraîne dans le road trip que suit la jeune fille et son petit frère, ses amis, un drôle d’étudiant, un grand-père fantasque, un parrain qui ne l’est pas moins, une chatte siamoise sournoise et un combi Vévé qui leur permet de parcourir l’Europe de long en large et en travers.

Amusez-vous beaucoup et passez-le à vos gamins ensuite, ils vont adorer. Rafraîchissant !

Dans l’épaisseur de la chair – Jean-Marie Blas de Roblès (374 pages).

Jean-Marie Blas de Roblès - Dans l'épaisseur de la chair

Une fin d’année sur les chapeaux de roue m’a provisoirement écartée de mes lectures, mais je vous livre en cadeau de Noël le dernier roman du prix j’ai lu, j’élis qui se passe précisément un jour de Noël.

Au moins en partie autobiographique, l’auteur nous montre ce pan de l’histoire de France encore douloureux qu’est la guerre d’Algérie. Au travers d’une magnifique déclaration d’amour à son père, héros de la deuxième guerre mondiale, chirurgien émérite, contraint comme des milliers d’autres à quitter brutalement et dans l’urgence sa terre natale, il raconte les trois générations qui s’y sont implantées et y ont prospéré avant de devoir fuir sans être mieux acceptés en France où ils ont débarqué. Tandis qu’il est sur le point de se noyer, tombé à l’eau pendant une partie de pêche en solitaire, les souvenirs se bousculent pour retracer sa saga familiale. Entre les atrocités des différentes guerres et la stupidité des haines qui poussent les hommes au pire, son père est un héros bienveillant et médecin hors pair qui est un vrai humaniste.

Le style est un mélange de tendresse et d’humour, mâtiné d’intermèdes philosophiques dispensés directement par Heidegger, excusez du peu ! Il explique le plus objectivement possible comment on en est arrivé là, avec des éclairages sur différents points de vue. Comme on peut basculer vite ! Bouleversant

La baleine thébaïde- Pierre Raufast (215 pages)

C’est donc reparti pour une saison j’ai lu, j’élis avec la bibliothèque de mon village. Un jeune homme idéaliste embarque sur un bateau pour retrouver une baleine unique. Mais rien ne se passe comme prévu et les apparences ne sont jamais qu’un pâle reflet de la réalité.

Je ne peux rien dire de plus de ce livre déjanté sans manquer de le déflorer. Une histoire farfelue, des personnages à peu près tous banals et barges. Un petit souffle écologique et rafraîchissant sur fond de méchant très cynique. Un ovni à part qui se déguste comme un bonbon acidulé.