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Tout le bleu du ciel – Mélissa Da Costa (647 pages)

Comme Joanne avec Emile, qui est sur le point de mourir, je vais prendre des pincettes pour parler de ce roman. C’est comme si on avait créé un algorithme avec tous les éléments nécessaires pour plaire au plus grand nombre : Un jeune homme qui s’est fait plaquer + qui a du mal à s’en remettre + qui va mourir bientôt. Une jeune femme qui a sûrement un lourd secret (qu’on découvre autour de la quatre centième page, tenez bon), une grand-mère adorable aux yeux bleus, des gens simples et charmants, un petit chat trop mignon, des paysages à couper le souffle et un road trip en camping car. Sauf qu’avec moi, ça ne prend pas.

J’aimerais vous dire que, comme la plupart d’entre vous, j’ai trouvé ça chouette qu’Emile décide d’acheter un camping car pour partir avec une inconnue pour une dernière escapade. Que c’est beau, toutes ces citations égrenées au fil du livre. Que ça sonne juste de vider le bac à caca du camping car. Mais non.

Ce livre est pour moi un livre de science fiction. J’ai été au bout pour découvrir une fin inattendue promise en quatrième de couverture, mais je n’ai rien trouvé d’inattendu, tout finit comme on peut l’imaginer (autour de la quatre centième page, encore). De là à dire qu’il y a 250 pages de trop…Rien ne peut être vrai. Tout y est angélique. Et je suis navrée de vous dire qu’après l’année qu’on vient de passer, j’ai terriblement besoin de m’ancrer dans la réalité.

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Été, quelque part, des cadavres – Park Yeon-Seon traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Mathilde Colo (327 pages)

Musun est une jeune fille paresseuse qui a loupé deux fois son entrée à l’université. Alors comme elle ne se réveille pas le matin où tout le monde quitte la grand-mère, après l’enterrement de son mari, Musun est désignée d’office par la famille pour lui tenir compagnie et être sûre qu’elle ne vit pas trop mal son deuil. La fille de Séoul, citadine, dans ce trou paumé de villageois agriculteurs où aucun réseau ne passe ne se réjouit pas de son sort. Surtout que sa grand-mère ne cesse de la houspiller en la traitant de fainéante.

Jusqu’à ce qu’elle tombe sur ce dessin qu’elle a fait, quinze ans plus tôt, la dernière fois qu’elle est venue ici. Elle avait cinq ans et pendant son séjour, quatre filles avaient disparu. Le mystère n’a jamais été résolu. Mais elle pense que son dessin représentait une carte au trésor. La quête de ce trésor perdu va  l’amener à enquêter bien involontairement sur les disparitions.

Dans quelle case classer ce roman, franchement ? Qualifié de thriller, sachez que son originalité et son histoire vous emmèneront bien au-delà des thrillers classiques, bien plus subtile, bien différent des enquêtes habituelles. Une belle découverte de cette toute jeune maison d’édition, spécialisée dans la littérature noire coréenne qui peut tous vous entraîner, même si vous n’êtes a priori pas amateurs du genre.

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Ni seuls, ni ensemble – Marie-Fleur Albecker (237 pages)

Karim et Louise se rencontrent, s’aiment, se marient. Quoi de plus banal ? Comment ça, vous avez tiqué sur KARIM ET LOUISE ? Pourquoi n’auriez-vous pas tiqué sur Karim et Samia ou Jean-Benoît et Louise ? Justement, tout l’objet du roman est de décortiquer les rouages des clichés en tout genre : le racisme latent et larvé, involontaire parfois, ouvertement affiché à d’autres moments, orné des clichés sur les origines sociales et les clichés religieux.. L’amour et tous les petits tracas qui en découlent, les non-dits, les compromis, la belle-famille. La politique, et l’engagement, les idées et leur défense. 

A la fois drôle et grinçant, vous vous retrouvez forcément dans une case et tout est plus alambiqué qu’il n’y paraît. Les scènes de retour des premières rencontres avec les belles-familles en sont le meilleur exemple, le plus drôle. Un livre moderne sur la vie des jeunes qui se mettent en couple pour le meilleur et pour le pire, ni seuls, ni ensemble, jusqu’à cette fin, terrible, abrupte, qui nous fait dire : Comment ? Ça se termine là ?

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Le démon de la colline aux loups – Dimitri Rouchon-Borie (237 pages)

Après la rencontre avec l’auteur, et les premiers retours de mes camarades blogueurs, j’ai pressenti que ce livre serait une forme d’épreuve.

En effet, ce livre est une épreuve physique. Nous avons tous ressenti cette forme d’étouffement, d’asphyxie, d’apnée incommensurable. Malgré une histoire absolument épouvantable, rien ne nous arrête, on continue malgré l’effort, la douleur physique qu’il représente. Malgré un style inventé, comme le style d’un enfant qui n’aurait pas beaucoup été à l’école, on veut encourager le narrateur à poursuivre, et son “parlement” passe bien.

Ce livre est une épreuve, mais il est magnifique. Un livre qui reste. Et un héros qu’on aurait voulu aider, avant qu’il ne soit trop tard, bien qu’on sache que c’était impossible, que tout était inéluctable. On aurait voulu que l’ange ne soit pas blessé, et qu’il ne dérape pas. Pour les rares moments de lumière et la beauté qui en découle. Un grand livre.

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Les mariés du Val Varaita – Marie-Christine Ransan (114 pages)

Une belle histoire d’amour et de montagnards, taiseux et jaloux. Luigi et Giovanna vont se marier. Luigi est un peu partagé entre le déchirement d’abandonner sa montagne et de trahir son père décédé dans des circonstances un peu troubles et l’amour qu’il porte aux livres et à Giovanna.

Un roman où le Viso, montagne imposante, est à la fois un témoin, un protecteur, un confident.

Le style est fluide, malgré quelques maladresses d’écriture (très peu) , les personnages sont crédibles, et on imagine bien les villageois derrière leurs rideaux épier les gens qui passent. C’est plutôt réussi.

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Vies et morts de John Lennon – Hugues Blineau (75 pages)

Hugues Blineau avait déjà écrit un roman autour du groupe mythique des Beatles, il s’attaque cette fois à la mort de John Lennon. Comme une brise légère, il passe autour de quelques quarante personnages, fictifs ou réels, et nous livre des bribes des moments qui ont entouré cet événement tragique. On pourrait aussi évoquer une onde qui se propagerait, de New York au Pays de Galles, comme une radio ou une télévision où l’on zapperait d’une station à l’autre pour intercepter de brefs ressentis. 

Comme dans un kaléidoscope, vous verrez les aspects de cette mort violente, au travers du prisme des proches et anonymes, factuel et très éthéré à la fois. C’est tellement court, qu’il serait dommage de s’en passer.

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Ma vie à t’attendre – Julien Aime (280 pages)

Doit-on passer à côté de sa vie pour un amour ? Telle est la question posée dans ce joli livre qui se déroule quasiment à huis clos dans une maison de retraite, où il ne reste plus beaucoup de temps à vivre pour les résidents. Comment profiter de ces derniers moments où la mémoire peut se faire la malle, comment aimer encore, avoir envie de faire de nouvelles activités. On n’aura jamais tant parlé des ehpad (je déteste cet acronyme) ces derniers mois, du « glissement » des personnes âgées durant le premier confinement qu’on a traitées comme des choses, oubliant qu’on a à faire à des être humains qui arrivent en bout de chemin.

Cette jolie histoire triste d’un amour attendu pendant cinquante six ans, mêlée à la résonance qu’elle peut avoir sur le chagrin d’amour d’un aide-soignant, avec des personnages profonds et bien campés nous absorbe et nous bouleverse du début à la fin. Très réussi.

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Manaus – Dominique Forma (153 pages)

Dominique Forma décrit comme personne les ambiances moites et glauques avec des personnages en demi-teinte qui ne sont pas des saints mais auxquels, bizarrement, on s’attache quand même. 

Ici, on se retrouve dans la touffeur humide du Brésil dans les années 60, avec un agent secret qui se voit confier mission sur mission, chacune l’empêchant de rentrer chez lui en France. 

On est sans cesse sur la défensive, en attendant le moment où tout va déraper. Car là encore, l’auteur nous mène par le bout du nez, avec sa plume acérée.

Si vous n’avez pas encore découvert les romans noirs de Dominique Forma, foncez sur son écriture fine et subtile.

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Isola – Joëlle Varenne (71 pages)

Joëlle Varenne vient du cinéma. Elle sait comme personne vous plonger dans une ambiance. Ici, la distance qu’elle met entre son personnage et vous est troublante, presque dérangeante. On aimerait entrer plus intimement dans la vie de cette femme, lorsqu’on s’aperçoit qu’on est au cœur de ses souffrances.

J’ai lu le livre deux fois d’affilée, car le style léger, poétique et évanescent de Joëlle nous donne envie de nous imprégner de son roman comme d’un poème, d’une chanson de geste moderne, d’une épopée parfois douce, parfois violente mais toute en non-dits, en sous-entendus, en effleurements. Ne passez pas à côté de ce tout petit ouvrage qui ne peut pas vous laisser indifférent et qui vous trottera longtemps dans la tête comme une interrogation infinie, un parfum subtile et entêtant.

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Le sanctuaire – Laurine Roux (148 pages)

Le sujet de ce livre pourrait laisser penser qu’il est issu de la crise épidémique qui secoue le monde actuel. Pourtant, toute ressemblance…

Une famille, isolée dans la forêt après une épidémie de grippe aviaire qui a décimé l’humanité, survit de chasse, de cultures et de haine des oiseaux. Tous les oiseaux qui s’aventurent trop près d’eux doivent être tués et brûlés.

La mère, Alexandra, raconte le temps passé, elle fait revivre la grâce d’un monde perdu. June, la fille aînée, a connu ce monde, elle en a des souvenirs, mais Gemma est une vraie sauvageonne, une Diane chasseresse qui n’a peur de rien. Le père part en expédition et ramène de quoi tenir le coup dans le sanctuaire.

Mais un jour, Gemma rencontre un homme qui vit parmi les oiseaux. Le doute s’immisce alors. Et si tout ce qu’elle croyait depuis le début de sa vie n’était qu’un mensonge ? Le style de Laurine Roux, délicat et poétique, nous berce dans son univers post-apocalyptique. 3ème lauréate du prix  Vleel, ce court roman est à découvrir.