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Le secret d’Atoll Véranda – Nathalie Larpent (247 pages)

J’ai adoré les personnages attachants et la mise en lumière d’un métier méconnu : celui d’aide soignant à domicile. Un livre au style enlevé plein de générosité, de chaleur et d’amour des autres et une touche d’humour. J’ai notamment adhéré à l’exacerbation des noms en fonction des personnages, comme la collection des livres « Monsieur » et « Madame » (Madame Perverse, Madame Poivrote, Madame Gentille, exemples de noms de patientes) Un livre qui fait du bien, comme un baume apaisant ou une pastille au miel. Rien de bien profond dans cette petite histoire, mais ça fonctionne.

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Passage de témoin – Jean Palénas (377 pages)

En 1940, la France subissait une débâcle inattendue compte tenu de la propagande qui laissait sous-entendre qu’elle était la plus grande puissance militaire mondiale. En réalité, la France s’était endormie sur ses lauriers après la première guerre mondiale et n’avait ni innové, ni renouvelé, ni amélioré son armement. L’Allemagne, au contraire, humiliée, avait dû se démilitariser. Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, il passe les premières années à reconstituer son armée et son armement, avec du matériel dernier cri.

Jean Palénas nous propose ici une vision probablement très juste de ce que les gens ressentaient à cette époque. Aujourd’hui, il nous est facile d’être manichéen. Or, la réalité, c’est qu’il y avait peu de résistants et peu de collabos. Les gens étaient souvent plutôt opportunistes par rapport à ce à quoi ils devaient faire face : la faim, la tranquillité pour exercer sa profession (surtout lorsqu’on était agriculteur en zone libre !). Et Pétain, héros de la précédente guerre, semblait être une bonne alternative.

Puis la zone libre a été envahie à son tour et il a fallu faire face à une pression de plus en plus forte. Comment ne pas déplaire à l’ennemi tout en gardant sa dignité, comment continuer à subvenir aux besoins de sa famille ? Comment échapper au STO et survivre sans tickets de rationnement ? Les résistants n’étaient pas tout blancs et les exactions commises à partir de 1945, où la France a frôlé la guerre civile étaient plus souvent liées à des règlements de compte personnels par des personnes qui s’autopromouvaient justiciers.

Au travers du prisme de la jeunesse actuelle, il met en parallèle la question du patriotisme de l’époque et celui de nos jours. Après 80 ans de paix sur notre territoire, certaines questions ne s’abordent plus du tout de la même façon. Un autre regard sur cette période, plus nuancé que celui qu’on lui porte habituellement.

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La carte postale – Anne Berest (512 pages)

Il m’est difficile de chroniquer ce livre car les similitudes avec l’histoire de ma famille et, par conséquent, ma propre histoire, se télescopent de manière surprenante.

Si Annes Berest évoque à l’origine ses arrière-grands-parents, tandis que mon histoire commence avec celle de mes grands-parents maternels, la famille de l’arrière-grand-mère de Anne est de Lodz, comme mes grands-parents. Comme elle j’ai un nom de jeune fille bien français qui ne laisse rien soupçonner de mes origines. Comme elle, je porte un deuxième prénom lourd de sens, dont le poids m’a été transmis dès ma plus tendre enfance. Comme elle, mon grand-père a rejeté la religion pour être communiste. Comme Vincente le grand-père, mon grand-père a fait la bataille de Narvik. Comme Myriam la grand-mère, ma grand-mère a fini Alzheimer, et comme elle, elle a oublié le français pour ne plus parler que polonais (russe pour Myriam) à la fin de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait oublié la compétence de s’exprimer. J’arrête là, mais il y a encore beaucoup de rapprochements possibles.

Il m’est donc difficile d’avoir un point de vue objectif sur cet ouvrage qui m’a amené à m’interroger sur certains choix dans ma vie, et m’a apporté un certain nombre d’éclairages aussi.

Anne a décidé d’entreprendre des recherches sur une carte postale arrivée mystérieusement chez ses parents en 2003, portant les prénoms de la famille de Myriam, ses parents, son frère et sa sœur, tous les quatre morts en déportation en 1942. Elle s’est beaucoup appuyée sur les recherches de sa mère (incroyable travail de fourmi !) et a essayé de restituer l’histoire de cette famille qui a plané comme une ombre, car à l’instar de beaucoup de familles, tout le monde voulait oublier et Myriam comme tant d’autres, n’a jamais parlé de rien. J’ai préféré la deuxième partie, plus concrète, car ancrée dans la réalité et le présent, qui vient adoucir l’ensemble, avec des dialogues entre Anne et sa mère, sa fille, sa sœur, son amoureux. J’imagine à quel point, pour la fille réservée qu’elle est, tous ses messages d’amour ont été difficiles à exprimer.

Pour tous ceux qui douteraient de l’empressement de Pétain et de son administration à éradiquer les juifs de France, à l’époque, et les relents négationnistes de certains politiques aujourd’hui, ce livre est pour le moins un bon rappel. Anne Berest a effectué des recherches colossales sur des sujets assez mal connus, notamment sur le camp de Pithiviers, et sur le retour des survivants des camps au Lutetia.

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Mon ami Cyrano – Maya B.G. (82 pages)

Ce roman est un chouette roman jeunesse pour aborder l’œuvre en vers d’Edmond
Rostand. Rose-Hélène a la surprise de voir Cyrano de Bergerac, son personnage de
prédilection tomber dans son jardin. Comment a-t-il traversé le temps, comment va-t-il
rentrer chez lui ? Un roman joyeux et poétique qui aborde l’amitié, l’amour, le courage et
l’adolescence et ses souffrances lorsqu’on est un peu différent.

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Courtet Tome 2 – Le cri de l’ogre – Bertrand Garnier-Laroche (555 pages)

Hamon, Baron de Courtet est un héros chevaleresque, le plus habile à l’épée, fort et résistant, et aux qualités humaines colossales.

A la fin du 17ème siècle, il devient le collaborateur précieux du commis du Roi. Mais quelqu’un veut attenter à sa vie, au point de vouloir aussi s’en prendre à sa famille. Cette saga enchantera les amoureux de romans historiques, bien écrit, avec des personnages très attachants. C’est parfois un peu cousu de fil blanc, avec ses héros invincibles, mais ce livre fait du bien, et on se réjouit que les gentils triomphent du mal.

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André-la-poisse – André Siniavski traduit du russe par Louis Martinez (150 pages)

Que dire de ce court roman écrit en France à la fin des années 70 par un homme qui aura déclenché la dissidence en URSS, été chassé de sa terre natale après avoir passé six ans au goulag et été fustigé en France par les « russes blancs », la diaspora russe et toute une population intellectuelle française bien-pensante ? André s’imagine lui-même maudit dans son roman où l’anti-héros porte son nom. La langue caustique et désinvolte à la fois, tel qu’on peut imaginer le vrai André Siniavski, vous transportera dans un monde absurde où le destin et le hasard vous sont imputés et, de ce fait, reprochés dans un même élan.

Réédité par les éditions du Typhon et re-traduit, ce court roman est préfacé par son fils, Iegor Gran, lui-même écrivain. Il nous apporte son éclairage sur cette histoire d’homme persécuté : le père et le personnage.

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Le répondeur – Luc Blanvillain (253 pages)

Il y a longtemps que je n’avais pas ri autant grâce à un roman. Les éditions Quidam, spécialisées dans l’originalité, ne dérogent pas à leur ligne avec ce roman. L’histoire est en effet inédite. Un imitateur excellent, mais peu connu, consacre son art à des personnages essentiellement morts ou oubliés. Qui se rappelle la voix d’André Gide, qu’il imite pourtant à la perfection ? Lorsque son écrivain préféré vient le voir dans sa loge, un soir après le spectacle pour lui proposer un étrange marché, celui de prendre son téléphone, se faire passer pour lui grâce à ses talents d’imitateur et devenir, donc, son répondeur, la vie de Baptiste bascule.

L’auteur nous interroge sur l’absurdité du monde, au travers d’une satire des nouveaux médias et de la célébrité, dans une langue à la fois fluide et érudite. Le roman de Luc Blanvillain est remarquablement bien écrit. On se régale autant de ses mots, de ses belles tournures de phrases que des situations cocasses qu’il sait parfaitement mettre en scène.

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Âme stram gran – Christiane Legris-Desportes (142 pages)

La sœur de François est mourante, mais il lui écrit une lettre pleine de haine pour expliquer
pourquoi il n’ira pas la voir, ni même ira à son enterrement. Non-dits, malentendus, secrets,
culpabilité, dans ce court roman, la rancune est tenace, mais une explication aurait dissipé
des certitudes fondées sur des mythes inexistants.
Nous le savons tous : les mots peuvent autant blesser qu’apaiser et Christiane Legris￾Desportes nous en fait en quelques pages une brillante démonstration. Et si la vie, l’amitié et
l’amour sont des soutiens de taille, seuls les mots peuvent vraiment délivrer.

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Betty – Tiffany Mac Daniel traduit de l’anglais américain par François Happe (716 pages)

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques.

Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman. Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques. Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

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Tuer le fils – Benoît Severac (280 pages)

Matthieu va être mis en examen pour le meurtre de son père, alors qu’il vient de sortir de prison pour un crime odieux. Pourtant il clame son innocence. Avec Benoît Séverac, même lorsque la vérité éclate, elle éclabousse tout et tout le monde et personne n’en sort indemne. Cette fois, avec tuer le fils, vous serez traînés dans la boue, à l’instar des suspects, des flics qui mènent l’enquête et de leur entourage. Aucun personnage n’est complètement blanc et peu sont totalement noirs, à l’instar de la vraie vie.

C’est ce que j’aime dans ses romans (Rendez-vous au 10 avril, Les Chevelues ) à la fois l’amour du métier pour les flics, et à la fois leur côté désabusé. A la fois leur volonté d’en découdre et à la fois l’envie de découvrir la vérité. Et leur vie, banale et emplie de réalités du quotidien, la famille, les difficultés du couple dans de tels métiers, leurs travers et leurs qualités. Il les peaufine avec beaucoup de douceur et beaucoup de brutalité. Bref tout cela est terriblement humain.