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Balance ta haine – Ludovic-Hermann Wanda (311 pages)

Il y a des livres, parfois, avec lesquels la rencontre n’a pas lieu. Parfois, ça n’a aucune importance. Mais cette fois, je suis vraiment triste, car j’ai gagné ce livre, je l’ai voulu, j’avais très envie de le lire, et le petit mot de Gilles Rozier, l’éditeur, était très touchant. Je me suis donc plongée dedans avec une confiance aveugle, heureusement épaulée par la divine @valsemelancolie qui m’a soutenue tout le long de ce qui a ressemblé à une épreuve.

Alors oui, l’auteur est volontairement provoc’ et bien sûr, on ne saurait taxer ni les éditions de l’Antilope ni l’auteur de racisme ou d’antisémitisme ni même de misogynie. Alors oui, ok, on est dans du second degré, voire du troisième, ou même du quinzième. N’empêche. Si Zemmour, ou Laurent Obertone, cités tous deux dans l’ouvrage écrivaient ce genre de lignes, ils seraient applaudis des deux mains par l’extrême droite et fustigés par la gauche bien-pensante. C’est voulu ? Très probablement, l’auteur veut choquer, veut nous offusquer, et voir nos petites bouches s’arrondir dans des « o » outrés. Mais quand même. Je ne peux adhérer à un diable qui dédouane et qui finalement justifie les pires pensées et les pires actes en soufflant à ses marionnettes les basses besognes à effectuer. Ça, c’est pour l’aspect politique.

Ensuite, l’aspect phallocrate, hum… me semble bien pire encore. Alors là encore, le diable s’immisce dans les têtes pour démasquer l’imposture féministe de l’auteur qui se met largement en scène, dont on sent l’envie d’une forme de repentance. Mais pardon, pardon, où êtes-vous allé chercher que seule la taille du pénis rendait les femmes amoureuses au point de se damner ? Caricature encore ? Bon, soit. Mais ça commence à faire beaucoup. Surtout que dans ce fouillis qui balance entre l’aspect politique et l’histoire de cet homme qui se gausse de l’amour des femmes, la structure est brouillonne, le style incertain et surtout terriblement empli de violence. Ah mais tu l’avais dans le titre me direz-vous. Certes. Et pourtant…

Légèrement rattrapé in extremis par une fin qui se veut plus apaisée, je n’ai pas été convaincue par cette structure disloquée et ce style un peu artificiel. Et j’en suis profondément désolée.

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Hard Land, les 49 secrets de Grady – Benedict Wells, traduit de l’allemand par Dominique Autrand (296 pages)

Je découvre cet auteur, considéré comme le nouveau prodige allemand. On est tout de suite embarqué dans cette histoire d’ados dans l’Amérique profonde des années 80, grâce à un style très agréable et fluide. Le narrateur, presque seize ans, annonce d’entrée la couleur : c’est l’année où il tombe amoureux et où sa mère décède.

On navigue entre le rire et les larmes avec ce garçon très renfermé, angoissé, un peu décalé, presque asocial, porté par l’amour de sa mère qui vit ses premiers émois amoureux avec une fille un peu plus âgée que lui. Il oscille lui-même entre deux états émotionnels entre l’euphorie et la mélancolie qu’il nomme « l’euphocolie ».

Ce beau roman initiatique à l’américaine (bien que l’auteur, je le rappelle, soit allemand) donne envie de découvrir le reste de son œuvre.

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Le fumoir – Marius Jauffret (192 pages)

Que fait-on lorsqu’on se retrouve malgré soi enfermé dans un hôpital psychiatrique ? On fume toute la journée, dans ce fumoir où les pensionnaires se croisent et discutent de liberté. J’avais entendu parler de ce livre polémique lors de sa sortie en 2020, et j’avais été circonspecte. J’imaginais : un fils d’écrivain un peu fou qui explique qu’il ne l’est pas en attaquant l’institution. Cela me rendait sceptique sur la qualité du récit . Je me trompais. L’histoire est tragique, grinçante, bourrée d’un humour cynique et fin comme je les aime. Mais il est avant tout remarquablement bien écrit. L’écriture de Marius Jauffret vaut à elle seule le détour, et le hasard qui m’a finalement poussée à acheter ce livre a bien fait les choses. Au-delà de tout ce qu’il décrit, le récit, en tant qu’objet littéraire mérite d’être lu.

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Oublier Palerme – Edmonde Charles-Roux (409 pages)

Oublier Palerme, Goncourt 1966, est le récit romanesque de Gianna Meri. Le roman raconte son destin tragique, son premier amour tué pendant la deuxième guerre mondiale, recruté par Mussolini, comme tant de jeunes qui étaient contre sa politique. Exilée sicilienne à New
York, elle est rédactrice de la rubrique voyage dans un magazine féminin. Elle rencontre un homme, d’origine sicilienne, né aux Etats-Unis, élu de sa circonscription qui n’a jamais mis les pieds sur l’île où est né son père. Mêlant des éléments de sa vie à la fiction, Edmonde Charles-Roux a égratigné le monde de la mode qui l’a évincée, réhabilité son amour mort
pendant la deuxième guerre mondiale et utilisé un fait divers qui apporte une tension qui monte tout au long de l’histoire. Une très belle plume, une époque bien campée, une héroïne mélancolique, des personnages forts. Cette saga romanesque a tout pour plaire.

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Delicious foods – James Hannaham, traduit de l’anglais américain par Cécile Deniard (392 pages)

J’ai acheté ce livre à la rentrée 2020, et il traînait dans ma Pal en me faisant de l’œil chaque semaine. J’ai acheté ce livre pour sa couverture hallucinante de beauté, pour son début terrifiant, parce que la drogue est un personnage, parce que j’avais rencontré les éditions Globe lors d’une rencontre « Varions les éditions en live » et que ma libraire me l’avait conseillée. En effet, ce livre est incroyable. Il décrit la descente aux enfers d’une femme. Scotty, son « mec » est la drogue et ses effets. L’histoire est racontée par trois protagonistes, Scotty, donc, Darlene, la mère et Eddie, le fils. Un roman terrible, terrifiant, sur l’esclavage moderne, l’addiction et la condition des noirs aux Etats-Unis. Je souligne tout particulièrement le travail démentiel de la traductrice pour retranscrire sans cliché le parlé populaire américain. Un roman fort.

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Blackwater 3 – la maison – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (238 pages)

La saga Caskey continue et à l’heure où j’entame le quatrième opus dans le cadre du challenge de l’été Vleel, je vous confirme que cette série est totalement addictive. Il va commencer à être difficile de faire le pitch des nouveaux épisodes sans dévoiler des éléments qui gâcheraient les premiers, donc je me contenterai de dire que la tension qui monte entre Marie-Love et Elinor arrive dans ce numéro trois à son paroxysme. Mais les autres personnages ne sont pas de reste et le mari violent de Queenie va revenir la tourmenter. On y verra aussi comment les deux filles d’Elinor et Oscar vont évoluer et comment Elinor va à nouveau mettre de l’ordre à sa manière.
Bref, je vous laisse, j’ai le quatrième sur le feu !

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Ultramarins – Mariette Navarro (146 pages)

Elle est le capitaine d’un gros cargo. Elle a toujours su qu’elle voulait faire ce métier et elle a su imposer sa légitimité. Elle dirige son immense bateau au cœur qui bat autant que ses hommes. Pourtant, un jour, elle dit « D’accord » en plein milieu de l’océan pour que l’équipe aille se baigner. Lorsque les marins remontent à bord, plus rien n’est pareil. Ce court roman est une pure merveille. A la fois fragile et dur comme son capitaine, sensible et ferme, poétique et descriptif. Une bulle, une parenthèse, comme un cargo arrêté au milieu de l’océan.

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Annam – Christophe Bataille (92 pages)


Annam est un premier roman, écrit par un jeune homme de vingt et un an, en 1993. Ce très court roman a eu plusieurs prix, à juste titre. Il contient une belle histoire, beaucoup de poésie, et on s’imprègne des lieux comme si on y était. Il est incroyable de voir tout ce qui a été écrit en si peu de pages, et la maturité de cet écrit. Des murs froids du palais de Versailles, aux chaleurs moites du Vietnam, vous serez emportés par l’histoire de cette mission de militaires et religieux.