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Les refuges – Jérôme Loubry (391 pages)

La grand-mère que Sandrine n’a jamais connue et que sa mère disait folle vient de mourir. Elle doit se rendre sur l’île étrange où elle vivait avec une poignée d’autres habitants. Un huis-clos en plein air où l’ambiance ne cesse d’être oppressante.

Un roman très noir et très dur où Jérôme Loubry nous perd et nous enfonce dans une atmosphère de plus en plus étouffante, autour du poème de Goethe «le roi des Aulnes ».

Et quand on se dit que ce n’est pas très crédible, il nous fait tourner sur nous-même pour changer complètement de direction.

Préparez votre refuge, vous aurez besoin de réconfort pour survivre à ce thriller magistral.

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L’appel – Fanny Wallendorf (352 pages)

Pour mon dernier retour de lecture de l’année, je finis en beauté avec le dernier livre de la sélection du prix Cezam de l’année dernière. Je me rappelle les cours de gym au lycée où l’idée seule de me jeter en arrière, la tête à l’envers, me procurait des frissons de dégoût. Tout ça pour dire que je ne suis pas férue de cette discipline a priori.

Fanny Wallendorf a ce don pour rendre passionnant un sujet qui pourrait paraître rebutant. En pleins jeux olympiques, cette lecture entre particulièrement en résonnance avec l’ambiance du moment. Inspiré de la vie de l’inventeur d’une technique de saut en hauteur qui porte désormais son nom, Richard Fossbury, ce roman est aussi la description d’une époque, du rêve américain des années soixante et de l’envers du décor qui envoyait des enfants conscrits à la guerre.

Ce superbe livre empli de joie tranquille, de constance, de détermination dénuée d’esprit de compétition, raconte l’histoire d’un jeune homme qui a seulement fait ce qu’il avait envie de faire.

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Lolita – Vladimir Nabokov traduit de l’anglais par Maurice Couturier (516 pages)

Mon rendez-vous avec Lolita aura été une amère déception. Je croyais lire l’histoire d’une jeune fille un peu délurée qui aurait rendu fou d’amour un homme mûr. Je ne crois pas beaucoup me tromper en affirmant que c’est un peu ce qui est  entré dans l’imaginaire collectif. Toutes les couvertures le sous-entendent. Quand on dit d’une jeune fille qu’elle est une lolita, on pense allumeuse. Jamais on ne pense victime. Jamais on ne dit petite fille violée.

Ce livre est la confession d’un pédophile assumé, qui sait parfaitement que ses pulsions sexuelles sont interdites et malsaines. C’est de surcroît un assassin, ce qui nous est dévoilé très rapidement. Ce livre a fait scandale à l’époque, on se demande même si quelqu’un oserait le publier de nos jours, mais ce scandale a eu lieu pour de mauvaises raisons selon moi. En 1955, ce qui a prévalu, c’est à la fois le caractère pornographique de l’œuvre (or ce n’est en aucun cas pornographique) et l’absence finalement de pornographie (ceux qui attendaient, comme l’a lui-même dit Nabokov, une escalade de scènes de plus en plus sexuelles ont été déçus). Ce livre était donc inclassable, et c’est ce qui a déclenché le scandale.

Nous n’avons que le point de vue de cet homme, empli d’une morgue dédaigneuse, imbu de lui-même, qui justifie tous ses comportements hideux en mettant de côté le ressenti de cette pauvre enfant. On sent qu’elle fait ce qu’elle peut pour éviter, contourner, vivre avec cette dépendance infâme. Il la menace, lui ment, lui fait du chantage pour la forcer.

C’est par ailleurs assez monotone et si on trouve quelques belles pages littéraires, on s’ennuie plutôt ferme durant les 500 et quelques pages du roman

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Mardi gras – Lainy Leang (135 pages)

Un écrivain de romans policiers très connu est invité à la Nouvelle Orléans. Chacun de ses déplacements est le théâtre de crimes calqués sur le pitch du roman qu’il vient d’écrire. Pourtant, il n’a jamais pu être confondu.

Un polar efficace comme un épisode des experts. L’histoire originale à la Nouvelle-Orléans pose en toile de fond les traumatismes liés à l’ouragan Katrina.

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Une vie de résilience – Brigitte Gonçalves (40 pages)

Ana a 38 ans et s’interroge sur sa capacité à être mère, à cause de son enfance et adolescence calamiteuses, avec une mère qui n’a cessée de la rabaisser, de la maltraiter moralement et physiquement. Alors elle fuit sa vie sans rien dire à son mari pour des vacances au Maroc, histoire de faire le point. Un format qui s’apparente à une nouvelle. Ana est en pleine confusion et son guide, charmant, tente de la séduire au milieu de ses réflexions. Un style plutôt agréable, (cependant émaillé de beaucoup trop de fautes à mon goût) mais une histoire plutôt terne.

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Il y a un bon Dieu pour les anarchistes – Marie Bellando Mitjans (148 pages)

Rosa est une sorcière. Elle vit et meurt et renaît, et fait passer les morts dans l’autre monde. On la suit en tant qu’homme, en tant que femme, selon ses réincarnations, on la suit en poilu de la première guerre ou esclave noire aux Etats-Unis. Mais en filigrane, Rosa est amoureuse et elle qui lit généralement à livre ouvert les humains, elle se heurte cette fois à un esprit au moins aussi fort que le sien. Un joli petit ouvrage qui parle de vie, de mort, de racisme, de tolérance, d’histoire… et d’amour.

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse (334 pages)

Encore un livre qui a été encensé par la critique, les prix et nombre de lecteurs auquel je n’ai pas adhéré… Il semblerait que le public soit fan du côté vierge blonde pure qui est violée et torturée pour racheter nos péchés en quelque sorte.

Alors, l’histoire horrible et peu crédible (les filles de ferme qui savent lire et écrire de mère en fille, vraiment ?), le côté franchement malsain et voyeur, la couche glauque du pédophile qui est un bon gars parce que lui, au moins, il est sincère dans ses sentiments (la fille a 14 ans !!!), la fin, bâclée, et le style de plus en plus confus, tout ici me laisse perplexe. 

Comme dans le sketch des Inconnus, il y a le mauvais pédophile, celui qui prend la fille de force devant sa mère, pour bien enfoncer le clou du côté glauque, et le bon pédophile, celui qui prend la fille de 14 ans, mais c’est euh… non ce n’est pas beau, c’est moche. Par ailleurs, Rose finit à l’asile, mais ça, tout le monde s’en moque, apparemment. Navrée pour tous ceux qui ont adoré. 

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Les jardiniers du bitume – Roger Riffard (127 pages)

Alexis a un rêve. Et rien ne peut détruire son plan.

Quelle merveille de style ! Quelle merveille de poésie ! Quelle merveille d’humour ! Roger Riffard, second rôle dans les films de Blier et Zidi, ami de Brassens et Anne Sylvestre, chansonnier, cheminot, aura fait beaucoup de métiers différents et commis ce petit roman truffé de pépites.

Permettez-moi juste de vous en partager quelques-unes qui m’ont particulièrement marquées :

“Cette tête rappelle ce que le commun des citoyens abrite d’ordinaire dans un pantalon. Cependant, les bajoues croulantes n’évoquent point de ces riantes fesses de jeune fille dévoilées certain matin dans l’abandon du sommeil, mais bel et bien un cul fripé d’ octogénaire…”

“Elle les accueille d’un étrange sourire de geôlier travaillé par les coliques.”

“Avec son timbre aigu et sa panse sautillante, il ressemble à une cornemuse.”

Lisez Riffard.

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La marge d’erreur – Nicolas Rey (293 pages)

Nicolas Rey est un auteur sensible, désabusé et à l’humour désespéré qu’on aime immédiatement lorsqu’on lui parle. Ses livres parlent d’écrivains sensibles, désabusés et à l’humour désespéré, mais comme il a eu la présence d’esprit de faire marquer “Roman” sur les couvertures, et même si ça ne nous évite pas de faire l’amalgame, il peut toujours prétendre qu’une partie du livre n’est pas autobiographique, contrairement à son double Gabriel.

Ça démarre plutôt pas mal, l’homme apprend qu’il a un cancer en stade terminal, alors qu’il ne vit que dans l’espoir que la femme de sa vie l’aime à nouveau, malgré la très faible probabilité que cela arrive. Il écorne au passage quelques présentateurs télé, actrices, influenceuses, écrivains et c’est drôle. Et puis il a une nouvelle voisine qui emménage. Une sorte de fantasme sur pattes, belle, intelligente, drôle, bien foutue, sexy en diable, coquine comme tous les hommes en rêvent, dévouée à son métier d’enseignante, la femme parfaite.

Malheureusement, Gabriel est un déchet insensible à ses charmes, puisqu’il attend que la femme qui l’a quitté revienne et qu’il ne ressent de toutes façons plus rien à cause de la tonne de médicaments qu’il ingurgite. Malgré tout, Diane s’acharne à le séduire (il a du bol, cette femme possédant autant de qualités aime les marginaux drogués dépressifs anciens alcooliques, impuissants qui passent leur vie à comater devant des séries).

Et c’est là que ça part en couille, parce que c’est trop, vraiment. Il arrête d’un coup tous les médocs, son cancer, on n’en parle plus, et tout l’enjeu se trouve dans des parties de jambes en l’air plus ou moins glauques, puisqu’il a retrouvé toutes ses capacités. Quand je pense qu’il nous a avoué avoir enlevé 6 pages entières de scènes érotiques ! Alors, oui, bien sûr, si on est là, c’est qu’un jour un homme et une femme ont fait l’amour. Mais on n’est pas obligé de boire la pisse de l’autre, hein non plus. Bref, un livre dont le style badin nous enchante et puis, comme lorsqu’on a trop abusé de substances plus ou moins licites, on finit la soirée en allant vite se coucher car on se sent vaguement nauséeux, inutile et vain.

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Celle qui attend – Camille Zabka (265 pages)

Alexandre Rivière est noir. Avec sa compagne, il a une petite fille, Pamina, trois ans. Il n’a pas pu assister à l’accouchement, car il s’est fait contrôler par des policiers le soir de la naissance, ils ont trouvé que son nom sonnait “trop français”, alors ils ont cru que ses papiers étaient faux, et il a passé la nuit au poste, le temps de vérifier tout ça. Alexandre a toujours voulu s’en sortir, mais il a fini par faire des bêtises, en partie parce que la vie ne l’a pas épargné, en lui mettant même plutôt des bâtons dans les roues. Alors Pénélope explique à Pamina que papa est au coin, et qu’il reviendra bientôt.

Pendant ses 107 jours de détention, il écrira 52 lettres à sa femme et sa fille, la peur au ventre de les perdre l’une et l’autre. C’est un livre terrible sur les bugs de notre justice, sur le délit de faciès, une histoire pourtant emplie d’amour et, malgré tout, d’espoir sur l’humain.

Avec ma rationalité de blanche issue de milieu favorisé, j’aimerais affirmer qu’il n’est pas possible que le sort s’acharne ainsi sur une personne sans reproches. On aimerait se persuader, comme les matons, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, ce serait beaucoup plus confortable moralement. Mais nous savons tous que la vie peut vriller, pour un détail, et qu’on peut se retrouver rapidement dans un engrenage à la limite de la folie. Les exemples d’injustice cités sont à pleurer.

Il semblerait que la vie d’Alexandre, Pénélope et Pamina se soit apaisée depuis sa sortie de prison. On leur souhaite, comme dans les contes, beaucoup de bonheur.