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André-la-poisse – André Siniavski traduit du russe par Louis Martinez (150 pages)

Que dire de ce court roman écrit en France à la fin des années 70 par un homme qui aura déclenché la dissidence en URSS, été chassé de sa terre natale après avoir passé six ans au goulag et été fustigé en France par les « russes blancs », la diaspora russe et toute une population intellectuelle française bien-pensante ? André s’imagine lui-même maudit dans son roman où l’anti-héros porte son nom. La langue caustique et désinvolte à la fois, tel qu’on peut imaginer le vrai André Siniavski, vous transportera dans un monde absurde où le destin et le hasard vous sont imputés et, de ce fait, reprochés dans un même élan.

Réédité par les éditions du Typhon et re-traduit, ce court roman est préfacé par son fils, Iegor Gran, lui-même écrivain. Il nous apporte son éclairage sur cette histoire d’homme persécuté : le père et le personnage.

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Le répondeur – Luc Blanvillain (253 pages)

Il y a longtemps que je n’avais pas ri autant grâce à un roman. Les éditions Quidam, spécialisées dans l’originalité, ne dérogent pas à leur ligne avec ce roman. L’histoire est en effet inédite. Un imitateur excellent, mais peu connu, consacre son art à des personnages essentiellement morts ou oubliés. Qui se rappelle la voix d’André Gide, qu’il imite pourtant à la perfection ? Lorsque son écrivain préféré vient le voir dans sa loge, un soir après le spectacle pour lui proposer un étrange marché, celui de prendre son téléphone, se faire passer pour lui grâce à ses talents d’imitateur et devenir, donc, son répondeur, la vie de Baptiste bascule.

L’auteur nous interroge sur l’absurdité du monde, au travers d’une satire des nouveaux médias et de la célébrité, dans une langue à la fois fluide et érudite. Le roman de Luc Blanvillain est remarquablement bien écrit. On se régale autant de ses mots, de ses belles tournures de phrases que des situations cocasses qu’il sait parfaitement mettre en scène.

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Âme stram gran – Christiane Legris-Desportes (142 pages)

La sœur de François est mourante, mais il lui écrit une lettre pleine de haine pour expliquer
pourquoi il n’ira pas la voir, ni même ira à son enterrement. Non-dits, malentendus, secrets,
culpabilité, dans ce court roman, la rancune est tenace, mais une explication aurait dissipé
des certitudes fondées sur des mythes inexistants.
Nous le savons tous : les mots peuvent autant blesser qu’apaiser et Christiane Legris￾Desportes nous en fait en quelques pages une brillante démonstration. Et si la vie, l’amitié et
l’amour sont des soutiens de taille, seuls les mots peuvent vraiment délivrer.

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Betty – Tiffany Mac Daniel traduit de l’anglais américain par François Happe (716 pages)

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques.

Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman. Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques. Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

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Tuer le fils – Benoît Severac (280 pages)

Matthieu va être mis en examen pour le meurtre de son père, alors qu’il vient de sortir de prison pour un crime odieux. Pourtant il clame son innocence. Avec Benoît Séverac, même lorsque la vérité éclate, elle éclabousse tout et tout le monde et personne n’en sort indemne. Cette fois, avec tuer le fils, vous serez traînés dans la boue, à l’instar des suspects, des flics qui mènent l’enquête et de leur entourage. Aucun personnage n’est complètement blanc et peu sont totalement noirs, à l’instar de la vraie vie.

C’est ce que j’aime dans ses romans (Rendez-vous au 10 avril, Les Chevelues ) à la fois l’amour du métier pour les flics, et à la fois leur côté désabusé. A la fois leur volonté d’en découdre et à la fois l’envie de découvrir la vérité. Et leur vie, banale et emplie de réalités du quotidien, la famille, les difficultés du couple dans de tels métiers, leurs travers et leurs qualités. Il les peaufine avec beaucoup de douceur et beaucoup de brutalité. Bref tout cela est terriblement humain.

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Mauvaises herbes – Dima Abdallah (236 pages)

Liban années 80, la guerre, les bombardements. Une petite fille a bien compris que lorsque les bombardements s’intensifient, son papa, son géant, son idole vient la récupérer à l’école. Alors elle est contente quand elle entend les bombes se rapprocher, et elle ne comprend pas pourquoi les autres enfants pleurent.

Les deux premiers chapitres sont juste parfaits, ils allient la douceur et l’amour entre un père et sa fille, une admiration mêlée de peur. Comment se construit-on lorsqu’on est un enfant né dans un pays en guerre, comment protège-t-on ses enfants lorsqu’on est parent dans un pays en guerre, le tout avec beaucoup de pudeur, juste en parlant de leurs mains respectives.

Ce livre aurait dû s’arrêter là, ça aurait fait une nouvelle, et ça aurait été sublime. Pour ma part, la suite n’apporte rien de plus, le style (à la mode) de la répétition à outrance engendre des longueurs d’un ennui à périr, et on tourne rapidement en rond.

Dommage, le début était vraiment prometteur. Comme c’est un premier roman, on lui attribue ses lettres de maladresse et on se dit que le deuxième confirmera la beauté des deux premiers chapitres.

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Salammbô – Gustave Flaubert (353 pages)

Salammbô est le livre préféré d’un ami. À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Flaubert, Rouen, sa ville natale, organise une exposition sur Salammbô. Avant d’aller voir cette expo, je me devais de l’avoir lu !
J’ai toujours aimé les classiques, Balzac, Zola entre autres. Mais j’avoue être complètement passée à côté de Madame Bovary. Cette insatisfaite chronique, son ennui de la vie, m’ont profondément agacée. Flaubert a par ailleurs essuyé de nombreuses critiques sur ce livre scandaleux (une femme adultère, mais où allons-nous ?). Ainsi, il avait décidé d’écrire un livre complètement différent et c’est de ce rejet qu’est venue l’idée de ce roman.


Salammbô est une pure merveille, un vrai joyau de lecture, ciselé à l’or fin et incrusté de pierreries.
Salammbô, c’est le pendant de l’Iliade et l’Odyssée. C’est l’art de la guerre, ce sont des hommes qui ont marqué l’histoire, au point qu’on en parle encore plus de 2000 ans plus tard. C’est une profusion de richesses, et des descriptions de stratégies qui forcent l’admiration. C’est aussi l’horreur de batailles sanglantes, de sacrifices humains.
Entre suspens et effusions de sang, vous dévorerez ce péplum remarquable.

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Les simples – Yannick Grannec (440 pages)

Parenthèse en préambule : Quand un livre de la rentrée littéraire est bon, il est toujours bon plusieurs années plus tard. J’avais repéré ce livre à sa sortie en 2019. Ainsi, ne me demandez aucun conseil pour démêler le grain de l’ivraie des 520 livres publiés cet automne. On en reparle dans quelques années.

J’aime particulièrement cette période de l’histoire entre le moyen âge et la renaissance où les hommes se sont peu à peu ouverts à l’étude des sciences pour laisser une place plus grande à ce que nous enseignait la nature. Sortir de l’obscurantisme religieux où des hommes se prenaient pour Dieu et imposaient à d’autres hommes leur pensée dictatoriale sous couvert de châtiment divin. Admettre que l’homme pouvait soigner ses semblables grâce à des pratiques et des plantes. Que Dieu seul n’y pourvoyait pas.

L’histoire fictive de ce couvent de femmes, dédiées à la charité grâce à un hôpital consacré aux indigents, et à la fabrication de produits concoctés par une doyenne au savoir pharmaceutique colossal est un pur chef d’œuvre. Et il a des résonnances actuelles très fortes. En effet, le peuple est prompt à ériger des bûchers pour brûler de prétendues sorcières. Sait-on vraiment ce qu’il y a dans les potions de sœur Clémence ? Ne serait-elle pas une sorcière qui tuerait des enfants pour prélever leur sang au lieu de les sauver ?

Les intrigues politiques, les complots, la soif de connaissance, la place de la femme dans la société, tout y est. Ce roman est foisonnant d’informations sur la société de la fin du 16ème siècle, sur les simples et certaines applications comestibles ou thérapeutiques (et une résonance personnelle sur ce professeur de botanique en pharmacie à l’université de Caen à qui je rends hommage, merci M. Rioux pour la passion que vous transmettez à vos élèves) et l’histoire du roman en tant que tel est particulièrement réussie, bien écrite et captivante.

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Les refuges – Jérôme Loubry (391 pages)

La grand-mère que Sandrine n’a jamais connue et que sa mère disait folle vient de mourir. Elle doit se rendre sur l’île étrange où elle vivait avec une poignée d’autres habitants. Un huis-clos en plein air où l’ambiance ne cesse d’être oppressante.

Un roman très noir et très dur où Jérôme Loubry nous perd et nous enfonce dans une atmosphère de plus en plus étouffante, autour du poème de Goethe «le roi des Aulnes ».

Et quand on se dit que ce n’est pas très crédible, il nous fait tourner sur nous-même pour changer complètement de direction.

Préparez votre refuge, vous aurez besoin de réconfort pour survivre à ce thriller magistral.

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L’appel – Fanny Wallendorf (352 pages)

Pour mon dernier retour de lecture de l’année, je finis en beauté avec le dernier livre de la sélection du prix Cezam de l’année dernière. Je me rappelle les cours de gym au lycée où l’idée seule de me jeter en arrière, la tête à l’envers, me procurait des frissons de dégoût. Tout ça pour dire que je ne suis pas férue de cette discipline a priori.

Fanny Wallendorf a ce don pour rendre passionnant un sujet qui pourrait paraître rebutant. En pleins jeux olympiques, cette lecture entre particulièrement en résonnance avec l’ambiance du moment. Inspiré de la vie de l’inventeur d’une technique de saut en hauteur qui porte désormais son nom, Richard Fossbury, ce roman est aussi la description d’une époque, du rêve américain des années soixante et de l’envers du décor qui envoyait des enfants conscrits à la guerre.

Ce superbe livre empli de joie tranquille, de constance, de détermination dénuée d’esprit de compétition, raconte l’histoire d’un jeune homme qui a seulement fait ce qu’il avait envie de faire.