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Une vérité changeante – Gianrico Carofiglio traduit de l’italien par Elsa Damien (150 pages)

Un homme est trouvé chez lui la gorge tranchée et un témoin inespéré va permettre de conclure rapidement l’enquête. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Un petit polar italien qui se lit d’une traite. L’histoire est assez prévisible, mais les personnages sont vrais, et l’enquête ressemble à ce que l’auteur, ancien procureur italien, a dû connaître dans sa carrière, avec des détails pleins de vérité.

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Blackwater 2 la digue – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (250 pages)

On poursuit l’aventure complètement dingue de Monsieur Toussaint Louverture, avec ce second opus de la série Blackwater. Les relations entre Marie-Love et Elinor sont très froides et le clan Caskey est coupé en deux. La décision de construire une digue pour éviter une nouvelle crue envenime encore la situation alors qu’Elinor attend de nouveau un enfant.
Ce deuxième tome est aussi réussi que le premier et tandis que j’écris ces lignes, le troisième est déjà sorti. Nul doute qu’il faut impérativement se procurer l’ensemble de l’histoire qui se lit comme un feuilleton. Les couvertures sont toujours aussi magnifiques, l’objet en lui-même vaut la peine. Une réussite absolue.

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Les chevaliers du tintamarre – Raphael Bardas (263 pages)

Un polar dans un monde plein de gobelins, de sirènes et autres créatures. Un roman un peu
drôle, un peu barré, mais finalement plutôt bien construit. Je déplore pour ma part un peu
trop de fantasy dans l’histoire, et donc, une fin un peu ratée, mais c’est évidemment une
question de goûts. Trois amis, gais lurons, enquêtent sur la disparition d’une jeune fille. En
parallèle, la police enquête sur des sirènes venues s’échouer sur la plage. Rapidement, les
deux enquêtes vont converger et nos trois amis vont être fait chevaliers pour avancer dans
leurs recherches sans entraves.

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Mauvaise graine – Danielle Thiéry (344 pages)

Une femme terne et seule rencontre un « drôle de jeune » aux yeux terriblement bleus qui lui dit qu’elle est sa mère. Or elle n’a jamais eu d’enfant. Elle le repousse, mais de plus en plus mollement car elle n’a rien d’autre dans la vie, rien qui la fasse vibrer, rien qui la rattache à la vie. Et puis, il y a ces vieilles dames qu’on assassine, et dont la mise en scène de veillée funèbre fait tourner la police en bourrique. Qui est ce deuxième Thierry Paulin ?
L’autrice ne cache pas beaucoup la dualité de ce jeune homme en quête de reconnaissance et d’amour maternel, rejeté par sa mère. Ce qui est intéressant, c’est son cheminement intellectuel et celui de Madeleine. Très minutieusement écrit, vous serez subjugués par la séduction morbide que ce garçon opère sur vous, comme sur cette femme sans espoir.
C’est tragique, c’est triste, c’est très bien écrit.

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Le café suspendu – Amanda Sthers (228 pages)

Il y a des villes dont on tombe aussi sûrement amoureux que de personnes. C’est pareil pour les livres. Ce livre est arrivé chez moi par surprise et je l’ai immédiatement follement aimé. Il faut dire qu’il démarre sur une phrase de Victor Hugo, sublime : « Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie ». Pourtant, je déteste Naples. Mais Amanda Sthers nous raconte ce café napolitain, « le café Nube », avec tellement de douceur (de dolce vita), tellement de poésie, tellement d’humour, qu’on aime cet endroit aussitôt. On voudrait faire partie des habitués. J’ai aimé le style, j’ai aimé l’histoire, les personnages qui se croisent dans ce café de quartier, la structure du livre, écrit comme une succession de nouvelles sur un thème récurrent. Ce thème, c’est le café suspendu, « lorsqu’on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l’ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu, offert à qui entrera sans avoir les moyens d’en payer une tasse ». Si vous en avez assez de la mièvrerie, de la fadeur, du glauque, ce livre original et délicieux vous apportera un moment joyeux, tendre et mélancolique tout à la fois.

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La soustraction des possibles – Joseph Incardona (385 pages)

Il y a des livres comme celui-ci sur lesquels on a du mal à avoir un avis tranché. Est-ce que
j’ai bien aimé, ou est-ce que je n’ai pas aimé ? J’ai lu pourtant avec plaisir, les personnages
m’ont plu, l’histoire est bien construite. La première page est séduisante et donne envie de continuer. A la fin des années 80, tout début des années 90, Odile s’éprend d’Aldo, son prof de tennis, gigolo à ses heures pour arrondir ses fins de mois. Ancienne secrétaire d’un homme qui est devenu extrêmement riche en Suisse, elle s’ennuie dans sa prison dorée et retrouve avec cet homme de condition simple des sensations depuis longtemps oubliées.
Aldo, lui, ne l’aime pas. Dans le secret des banques suisses qui ont bien profité aux
oligarques russes au moment de l’effondrement de l’URSS, des millions de francs et de francs suisses sont brassés. Des organisations mafieuses trouvent là le moyen de blanchir leur argent, en participant à des affaires juteuses et totalement honnêtes. Mais l’argent fait-il le bonheur ? Peut-on vraiment s’élever lorsqu’on ne vient de nulle part ? Un livre sur les envies, les désirs, l’amour et l’argent.

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Blackwater 1 – La Crue – Michael Mc Dowell Traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (256 pages)

Michael Mc Dowell est mort en 1999, jeune, mais il a laissé une production dense et foisonnante, d’un univers fantastique qui s’inscrit pourtant dans la vie tranquille et banale. Ici, une crue submerge une petite ville paumée de l’Alabama. En explorant à la barque les dégâts, Oscar Caskey, l’un des notables, accompagné de son domestique, découvre une femme étrange qui a survécu quatre jours dans une chambre inondée de l’hôtel de la ville. Si elle est immédiatement appréciée par nombre des habitants en se rendant particulièrement aimable et serviable, elle suscite la méfiance de Mary-Love, la mère d’Oscar et de Barney, le domestique.
Ce roman est décliné en six épisodes qui sont sortis à un mois d’intervalle. Le pari de Monsieur Toussaint Louverture est d’avoir un épisode tous les quinze jours à partir du 7 avril. Mais aucun doute que les lecteurs qui auront mis le nez dedans ne pourront s’empêcher de lire la suite, car l’histoire est diablement addictive et incroyablement bien écrite. Une belle découverte pour une autre facette de l’auteur du scénario de Beetlejuice.

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19500 dollars la tonne – Jean-Hugues Oppel (283 pages)

Un roman d’espionnage en forme de pamphlet sur les aberrations de notre système capitaliste, étayé par de vrais chiffres. Lucie Chan, l’employée modèle de la CIA est missionnée sur trois enquêtes différentes qui ont toutes pour toile de fond la réalité du terrain confrontée aux évolutions des marchés et ses traders blasés. Des marchés qui en amènent certains à tuer. Alors quand un petit plaisantin envoie des lettres sur des milliers de boîtes mail pour dénoncer des trucs et astuces de traders, il semble bien inoffensif. L’est-il vraiment ?

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Sang chaud – Kim Un-Su (469 pages)

Vous avez aimé le film « Parasite », palme d’or à Cannes ? Si sang chaud n’a rien à voir avec l’histoire de Parasite, je trouve que dans le cinéma coréen, comme dans sa littérature, on retrouve une touche qui l’identifie immédiatement. Matin Calme, la maison d’édition qui s’est spécialisée dans la littérature noire coréenne, nous livre ici un roman à mi-chemin entre le roman social et le roman noir. On suit des guerres de successions dans la mafia coréenne, et on découvre la société coréenne au travers de ses bas-fonds. Corruption, pouvoirs d’influences, protections. Même dans un milieu pourri, le caractère des protagonistes peut faire basculer l’histoire dans le chaos ou dans la paix. Huisu, le héros, anti-héros, est un voyou amoureux, gentil au fond, fidèle en amitié comme en amour, un bon gars s’il avait eu un père. Il se le répète comme un mantra tout au long de l’histoire, comme pour se persuader que s’il a mal tourné, c’est à cause de cette figure paternelle manquante. Mais Huisu n’est pas un tendre et quand son boss et père spirituel lui demande d’exécuter de basses besognes, il s’y colle sans hésitation. Bref, on se plonge avec délices dans le stupre et la luxure dans ce roman à part. Lisez du coréen, regardez du coréen, ça ne ressemble à rien d’autre.

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La certitude des pierres – Jérôme Bonnetto (192 pages)

On a un gentil gars qui a décidé de devenir berger dans un village très fermé où les habitants sont de gros rustres chasseurs et conservateurs. Et très cons, du coup. Le style du roman qui utilise le pronom impersonnel à dessein (je suppose) ajoute une distance supplémentaire à des personnages qui m’ont laissée sur le bord du chemin. L’histoire perd une grande partie de sa crédibilité dans ce roman qui ne raconte au fond qu’une querelle de voisinage exacerbée. Personnellement, je suis passée complètement à côté. Et cette obsession de l’auteur pour les chiens qui se reniflent le cul m’a plutôt rappelé le film Didier, comme un hommage à Jean-Pierre Bacri.