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Reste avec moi -Ayòbámi Adébáyò traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche (280 pages)

Décidément, la littérature nigériane est une grande littérature. A l’instar de sa compatriote Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice nous livre ici un roman d’amour absolument merveilleux. Sur fond de contexte politique troublé (notamment les coups d’état de 1985 et 1993, parmi les 6 coups d’états qui ont émaillé l’histoire politique du pays) et tissé avec le poids des traditions et de la culture, Akin et Yejidé s’aiment, se marient et n’ont pas d’enfants. Une situation inacceptable pour un couple moderne mais traditionnel.

En 5 parties, Ayòbámi Adébáyò nous balade dans son histoire où l’on n’atterrit jamais où on croyait que le vent nous portait. Vous vous fourvoierez jusqu’au dernier chapitre avec délices dans cette belle histoire dramatique. Un grand roman. 

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La folle erreur de Don Cortisone – Didier Bertrand (249 pages)

Branle-bas de combat chez les créateurs de mode hyper connus, Léonardo et Michelangelo, Framboise, une de leurs employées a eu une idée de génie. Ils s’emparent de l’idée, Mafia à l’appui qui essaie de faire disparaître la belle. Heureusement, Framboise a plus d’un as caché dans sa manche, même quand elle est nue.

Un roman d’espionnage satirique, à la « l’espion qui m’aimait » ou « Spy » avec Jude Law. Vous sourirez des facéties de l’auteur qui truffe son livre pétillant et réjouissant de références diverses et variées. Vous y croiserez des Indiens Navajos peu recommandables, des mamas italiennes prêtes à tout et le terrifiant Don Cortisone qui gère d’une main de maître le réseau mafieux de Gênes, secondé par Luigi et Tonio, ses fils. Un bon moment de détente.

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Chair et âme -Blanche Martire (185 pages)

On le sait, on nous le rabâche, notre société est de plus en plus sexualisée. On peinturlure des gosses de 5 ans qu’on affuble de strings et de talons hauts pour les faire défiler pour les concours de mini-miss (merci à la présence d’esprit de la ministre qui a fait interdire ces concours), on vend tout et n’importe quoi avec des pubs de plus en plus suggestives, l’accès à la pornographie n’a jamais été aussi facile.

Bon, et l’art ? et la liberté d’expression ? L’autrice attire notre attention sur le fait que ces dérives poussent des jeunes filles à perdre tous leurs repères et à ne plus se respecter du tout. La pornographie n’est PAS le reflet d’une vie sexuelle normale et épanouie. J’ai bien aimé aussi le passage où elle évoque les cours de SVT où l’on parle sexualité. En réalité, des cours totalement déshumanisés où on n’évoque ni l’amour ni le désir qui devraient pourtant être le départ de toute relation, normalement.

On ne peut pas prétendre défendre les femmes, être féministe et laisser en réalité l’hypocrisie prendre le dessus. Ce roman inspiré de la vie de l’autrice, et émaillé d’exemples qui font frémir, est terrifiant, instructif et je l’espère, salutaire pour tous les parents et les ados, car nous sommes tous concernés. 

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L’homme qui aimait les îles – David Herbert Lawrence, traduit de l’anglais par Catherine Delavallade (75 pages)

Vous avez forcément entendu parler de DH Lawrence qui publia un ouvrage au parfum de scandale au début du siècle dernier “l’amant de lady Chatterley”. Cette œuvre a injustement éclipsé le reste de ses écrits. L’arbre vengeur s’est spécialisé entre autres dans la publication de textes oubliés et “l’homme qui aimait les îles” entre tout à fait dans cette ligne.

Ce petit texte caractérisé par une économie de mots, où chacun est juste et a sa place, au charme légèrement suranné est l’histoire d’un homme qui veut posséder une île et y vivre pour être dans une sorte de cocon. Sa quête est autant une quête d’introspection. En trois étapes, et trois îles de plus en plus austères ; cet homme se détache peu à peu des contingences matérielles et des hommes pour se tourner au fur et à mesure vers une vie d’ermite et s’enfermer dans sa folie. Merci à l’arbre vengeur pour leur confiance.

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Skeleton coast – Laurent Whale (475 pages)

Après l’excellent « Vesper » de Vincent Crouzet, je suis retournée faire un tour en Afrique australe pour y suivre ce thriller haletant sur fond de scandale politique et écologique.

Richard est accablé par la vie. Après avoir perdu sa femme dans un accident de voiture et son fils militant, tué accidentellement par une grenade anti-émeute en pleine tête, sa fille, médecin pour une ONG a disparu. Rapidement, Richard a compris que ses recherches dérangeaient et il doit se cacher pour continuer son enquête. Mais Angéline est tout ce qu’il lui reste et rien ne le fera abandonner.

Le livre suit tous les codes du genre avec maestria et vous serez trimballés de la Namibie à l’Angola en passant par la RDC. De situations inextricables en barrages sur la route, dans la forêt où les pluies diluviennes sont tour à tour des obstacles ou des aides inopinées et précieuses, vous tremblerez pour le héros et ses compagnons de fortune.

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Tout le bleu du ciel – Mélissa Da Costa (647 pages)

Comme Joanne avec Emile, qui est sur le point de mourir, je vais prendre des pincettes pour parler de ce roman. C’est comme si on avait créé un algorithme avec tous les éléments nécessaires pour plaire au plus grand nombre : Un jeune homme qui s’est fait plaquer + qui a du mal à s’en remettre + qui va mourir bientôt. Une jeune femme qui a sûrement un lourd secret (qu’on découvre autour de la quatre centième page, tenez bon), une grand-mère adorable aux yeux bleus, des gens simples et charmants, un petit chat trop mignon, des paysages à couper le souffle et un road trip en camping car. Sauf qu’avec moi, ça ne prend pas.

J’aimerais vous dire que, comme la plupart d’entre vous, j’ai trouvé ça chouette qu’Emile décide d’acheter un camping car pour partir avec une inconnue pour une dernière escapade. Que c’est beau, toutes ces citations égrenées au fil du livre. Que ça sonne juste de vider le bac à caca du camping car. Mais non.

Ce livre est pour moi un livre de science fiction. J’ai été au bout pour découvrir une fin inattendue promise en quatrième de couverture, mais je n’ai rien trouvé d’inattendu, tout finit comme on peut l’imaginer (autour de la quatre centième page, encore). De là à dire qu’il y a 250 pages de trop…Rien ne peut être vrai. Tout y est angélique. Et je suis navrée de vous dire qu’après l’année qu’on vient de passer, j’ai terriblement besoin de m’ancrer dans la réalité.

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Été, quelque part, des cadavres – Park Yeon-Seon traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Mathilde Colo (327 pages)

Musun est une jeune fille paresseuse qui a loupé deux fois son entrée à l’université. Alors comme elle ne se réveille pas le matin où tout le monde quitte la grand-mère, après l’enterrement de son mari, Musun est désignée d’office par la famille pour lui tenir compagnie et être sûre qu’elle ne vit pas trop mal son deuil. La fille de Séoul, citadine, dans ce trou paumé de villageois agriculteurs où aucun réseau ne passe ne se réjouit pas de son sort. Surtout que sa grand-mère ne cesse de la houspiller en la traitant de fainéante.

Jusqu’à ce qu’elle tombe sur ce dessin qu’elle a fait, quinze ans plus tôt, la dernière fois qu’elle est venue ici. Elle avait cinq ans et pendant son séjour, quatre filles avaient disparu. Le mystère n’a jamais été résolu. Mais elle pense que son dessin représentait une carte au trésor. La quête de ce trésor perdu va  l’amener à enquêter bien involontairement sur les disparitions.

Dans quelle case classer ce roman, franchement ? Qualifié de thriller, sachez que son originalité et son histoire vous emmèneront bien au-delà des thrillers classiques, bien plus subtile, bien différent des enquêtes habituelles. Une belle découverte de cette toute jeune maison d’édition, spécialisée dans la littérature noire coréenne qui peut tous vous entraîner, même si vous n’êtes a priori pas amateurs du genre.

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Ni seuls, ni ensemble – Marie-Fleur Albecker (237 pages)

Karim et Louise se rencontrent, s’aiment, se marient. Quoi de plus banal ? Comment ça, vous avez tiqué sur KARIM ET LOUISE ? Pourquoi n’auriez-vous pas tiqué sur Karim et Samia ou Jean-Benoît et Louise ? Justement, tout l’objet du roman est de décortiquer les rouages des clichés en tout genre : le racisme latent et larvé, involontaire parfois, ouvertement affiché à d’autres moments, orné des clichés sur les origines sociales et les clichés religieux.. L’amour et tous les petits tracas qui en découlent, les non-dits, les compromis, la belle-famille. La politique, et l’engagement, les idées et leur défense. 

A la fois drôle et grinçant, vous vous retrouvez forcément dans une case et tout est plus alambiqué qu’il n’y paraît. Les scènes de retour des premières rencontres avec les belles-familles en sont le meilleur exemple, le plus drôle. Un livre moderne sur la vie des jeunes qui se mettent en couple pour le meilleur et pour le pire, ni seuls, ni ensemble, jusqu’à cette fin, terrible, abrupte, qui nous fait dire : Comment ? Ça se termine là ?

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Le démon de la colline aux loups – Dimitri Rouchon-Borie (237 pages)

Après la rencontre avec l’auteur, et les premiers retours de mes camarades blogueurs, j’ai pressenti que ce livre serait une forme d’épreuve.

En effet, ce livre est une épreuve physique. Nous avons tous ressenti cette forme d’étouffement, d’asphyxie, d’apnée incommensurable. Malgré une histoire absolument épouvantable, rien ne nous arrête, on continue malgré l’effort, la douleur physique qu’il représente. Malgré un style inventé, comme le style d’un enfant qui n’aurait pas beaucoup été à l’école, on veut encourager le narrateur à poursuivre, et son “parlement” passe bien.

Ce livre est une épreuve, mais il est magnifique. Un livre qui reste. Et un héros qu’on aurait voulu aider, avant qu’il ne soit trop tard, bien qu’on sache que c’était impossible, que tout était inéluctable. On aurait voulu que l’ange ne soit pas blessé, et qu’il ne dérape pas. Pour les rares moments de lumière et la beauté qui en découle. Un grand livre.

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Les mariés du Val Varaita – Marie-Christine Ransan (114 pages)

Une belle histoire d’amour et de montagnards, taiseux et jaloux. Luigi et Giovanna vont se marier. Luigi est un peu partagé entre le déchirement d’abandonner sa montagne et de trahir son père décédé dans des circonstances un peu troubles et l’amour qu’il porte aux livres et à Giovanna.

Un roman où le Viso, montagne imposante, est à la fois un témoin, un protecteur, un confident.

Le style est fluide, malgré quelques maladresses d’écriture (très peu) , les personnages sont crédibles, et on imagine bien les villageois derrière leurs rideaux épier les gens qui passent. C’est plutôt réussi.