Les trois vies de l’homme qui n’existait pas – Laurent Grima (306 pages)

En cette période particulière et inédite de nos vies, je trouve que chaque livre prend une dimension spéciale. Celui de Laurent Grima n’échappe pas à la règle, et le sien a même une résonance vraiment singulière. 

Road trip en Europe, pamphlet sur les diktats des apparences, la consommation compulsive, les dérives du marketing, ce livre nous interroge sur les questions essentielles de ce qui nous fonde et nous construit. Quand on n’a rien, même pas une identité, une histoire, sur quelles bases se développer ? Quelles valeurs, quel héritage voulons-nous transmettre à notre descendance ? Qu’est-ce que l’amour, l’amitié, la filiation, l’entraide ?

L’auteur nous en fait une proposition originale et drôle, tendre et mélancolique à la fois. Un livre qui marque. Attendrissant.

Tout commence par un rêve – Laurence Orsini (148 pages)

J’écume décidément des univers que je ne lis pas beaucoup d’habitude. Cette fois, grâce au salon du livre éphémère, je me suis plongée dans une histoire de science fiction qui s’adresse plutôt à un public grands ados/jeunes adultes.. 

Sophie et Clara, deux IA, découvrent par hasard leur inhumanité. Mais qu’est-ce qu’être humain dans un monde où il n’y a quasiment plus de vrais humains ? Comment se sauver de ce cycle et comment sauver ce qu’il reste de faune, de flore et d’êtres humains ? La conséquence de cette découverte les emmènera dans une épopée autour du monde, pour sauver l’humanité. Pour y arriver, elles devront trouver des alliés et se méfier de ceux qui se battent pour maintenir le système existant en place, quel qu’en soit le prix..

Bien écrit et haletant, on espère vraiment que la maman et sa fille réussiront leur mission semée d’embûches et de dangers, mais aussi de belles rencontres. Qui sait ce qu’elles trouveront tout au bout de leur chemin exaltant?

Dernière escale – Sandra Martineau (299 pages)

Roman policier mais pas que, telle est la devise des éditions Lajouanie. Ce thriller original se déroule pendant une croisière sur un bateau. Richard, footballeur déchu tente ce voyage de la dernière chance pour sauver son couple. Mais la menace plane.

Sauvera-t-il sa famille du désastre? Gardera-t-il la tête froide quant à ces résurgences du passé? La tension monte inexorablement, et les tentatives maladroites et désespérées de ce père de famille ont un côté pathétique et affligeant.

On est happé par ce livre qui se lit d’une traite, et on a hâte d’en connaître le dénouement.

Requiem pour un fou – Stanislas Petrosky (222 pages)

Cet opus est le quatrième tome de l’histoire de Requiem, ce prêtre exorciste, membre des services secrets du Vatican,amoureux des femmes, de la bière et du whisky, un peu branleur, un peu hâbleur, un peu menteur, mais c’est un vrai pur au fond. Un véritable humaniste, un justicier, un homme de coeur qui a ses petits arrangements avec l’éternel lorsqu’il dérape. Cette fois, un fou s’en prend à des SDF pour les assassiner en les mettant en scène  de façon macabre et mystique.

Avec des dialogues à la Audiard et des clins d’oeil à son éditrice, à ses potes (moi aussi j’adore Jacques Saussey), à ses bons plans restos, à ses coups de coeur dans la vie, à sa propre publicité (c’est comme ça que j’ai su qu’il me manquait les trois premiers tomes), à son public, on se marre et on se prend au jeu de son roman interactif, où on est sans cesse pris à partie. On est happé par l’histoire, et le suspens nous tient en haleine jusqu’au dénouement.

Un roi sans divertissement – Jean Giono (256 pages)

Comment parler de ce livre ? Du style poétique et cru de Giono, de l’accent qu’on entend entre les lignes ? Des odeurs qu’il nous fait sentir ? De cette histoire de gens rudes de la montagne? De Grenoble en 1843?

Je pense que ces trois courts extraits en parleront mieux que moi : 

“Naturellement, robe à éblouir : moires, jais, satin, dentelles et même, malgré sa grosseur naturelle, un soupçon de tournure qui lui donnait un petit air faisanne.”

“Il mordait sa nourrice. C’est sensible un sein. J’aime bien les enfants, mais je te lui aurais foutu sur la gueule!”

“Qui a dit : “Un roi sans divertissement est un homme plein de misères ?” “

Ambre – Sylvie Grignon (222 pages)

Rencontrée lors du Salon du livre éphémère, Sylvie m’a fait l’honneur de sa confiance en me confiant son dernier né : Ambre. Après Rouge, Blanc, Bleu, Noir et Pourpre elle signe là un nouveau polar au style agréable et fluide qui nous entraîne sans qu’on puisse s’arrêter.

Qui donc a eu l’idée morbide de placer les corps de sept vieillards nus dans les catacombes? Comment et pourquoi? L’équipe aux personnages forts est sympathique et humaine, et ils déplorent tous l’absence de leur patron, dans le coma depuis qu’il a été blessé. Cette enquête aurait été pour lui. D’ailleurs, les messages ne lui sont-ils pas directement adressés?

Dans la crise sanitaire internationale actuelle, où l’on peut douter de ce que les médias nous rabâchent en continu à la télé, remettre complètement en cause la véracité des infos fournies par les Chinois, et par ricochet, de celles que notre propre gouvernement nous distille au milieu de ce chaos, cette histoire s’inscrit complètement dans le contexte délétère du moment.

Moravagine – Blaise Cendrars (236 pages)

Moi qui ne relis jamais, j’ai profité du confinement pour me replonger dans ce livre poétique et fou où l’on croise un double de Cendrars maléfique, assassin et fantasque; mais aussi Cendrars lui-même. Le rythme de l’écriture, unique, vous entraîne faire le tour du monde pour en déranger l’ordre établi.

« Les épidémies, et plus spécialement les maladies de la volonté, les névroses collectives, comme les cataclysmes telluriens dans l’histoire de notre planète, marquent les différentes époques de l’évolution humaine.[…] « Prophylaxie ! prophylaxie!… » disent-ils; et pour sauver la face, ils ruinent l’avenir de l’espèce. »

« Tu n’as donc pas encore compris que le monde de la pensée est fichu et que la philosophie c’est pis que le bertillonnage. Vous me faites rire avec votre angoisse métaphysique, c’est la frousse qui vous étreint, la peur de la vie, la peur des hommes d’action, de l’action, du désordre. Mais tout n’est que désordre, mon bon. Désordre que les végétaux, les minéraux et les bêtes. Désordre que la multitude des races humaines; désordre que la vie des hommes, la pensée, l’histoire, les batailles, les inventions, le commerce, les arts; désordre que les théories, les passions, les systèmes. »

La cicatrice – Bruce Lowery (122 pages)

Comme je me suis lancée dans le challenge du confiné, et que dans la liste, on doit lire un titre de moins de 150 pages, je me suis dit que la cicatrice, qui est dans ma PAL depuis longtemps, méritait qu’on s’y attarde. Je ne sais pas si c’est le confinement qui me rend sensible comme ça, mais j’ai pleuré à chaudes larmes sur ce petit opus écrit en 1960 en français par cet auteur américain. Cet ouvrage est du reste son livre le plus connu. 

L’histoire est celle d’un enfant qui a une cicatrice due à un bec de lièvre que ses parents lui ont caché. Depuis toujours, ils prétextent un accident.

En 120 pages, l’auteur nous montre un pan de vie aux Etats-Unis en 1944, définit la difficulté d’être un enfant rejeté, évoque l’amitié et la fraternité, leurs travers, la honte, la peur, la trahison et aussi l’amour.

Enfin, bref, j’ai pleuré.

HS7244 – Lorraine Letournel Laloue (285 pages)

On a tous entendu parler de ce scandale en Tchétchénie où on a identifié des camps de concentration, avec un fonctionnement semblable à ceux de toutes les dictatures, des camps d’Hitler en passant par les goulags sibériens de Staline et ceux de Pol Pot et tous leurs compagnons de folie. Le président tchétchène ne déroge pas à la règle : “Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie, notre race est pure, nous n’avons donc pas besoin de les traquer”. 

En s’inspirant de cette horreur qui continue, et dont seules quelques associations se préoccupent en sauvant par l’exil quelques malheureux persécutés, en danger de mort parfois au sein même de leur famille, Lorraine Letournel Laloue nous livre l’histoire d’amour poignante, terrible et désespérée de Marius, parti avec sa moitié en voyage en Russie et qui se retrouve blessé un matin après une soirée dans un bar tchétchène dans une cellule froide et puante. Mais que fait-il là? Et pourquoi l’accuse-t-on d’être un terroriste? Et où est Camille, sa moitié?

J’ai eu la gorge serrée pendant toute la lecture du livre, en pensant à tous les couples d’amis homos que je connais, et qui ne demandent rien d’autre à la vie que de partager la leur avec celui qu’ils aiment. Jamais en France le mariage pour tous n’a autant soulevé des foules indignées qui ne seront jamais concernées par le sujet. Mais qu’est-ce que ça leur enlève à tous ces gens que des personnes qu’ils ne connaissent pas s’aiment et se marient si ça leur chante? Un thriller poignant.

Le cartographe des Indes Boréales – Olivier Truc (627 pages)

Vous aimez les sagas historiques? Vous aimez les grands voyages? Ce livre est fait pour vous. De Saint-Jean de Luz à la Laponie en passant par Stockholm et Amsterdam, vous suivrez les pérégrinations d’Izko. A l’époque, les cartes sont un grand pouvoir, elles permettent aux Etats d’asseoir leur hégémonie sur des territoires encore peu connus.

Alors qu’il était destiné à devenir baleinier, comme son père, Izko est confié à un juge de Bordeaux, pour une raison qu’il ignore et qui changera son destin. Pensant qu’une sorcière lui a peut-être jeté un sort alors qu’il sauvait son bébé qui venait de naître, il n’aura de cesse de retrouver cette femme pour connaître la vérité.

On côtoie dans ce roman très dense la reine Kristina de Suède, l’inquisition et l’intolérance religieuse en général. Olivier Truc nous montre la façon dont on traitait les Lapons, comment les hommes aveuglés par le pouvoir et l’argent ont détruit leur équilibre et les trésors de leur culture sous couvert d’un obscurantisme religieux sans bornes. Âmes sensibles s’abstenir.