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Requiem pour une apache – Gilles Marchand (405 pages)

Voilà un livre qui traînait depuis trop longtemps sur ma table de nuit et qui me faisait de l’œil de façon indécente malgré tout. Je me suis plongée dans cette histoire vierge de tout a priori et de toute information. Hormis la couverture, sublime (comme toujours aux forges de Vulcain), j’ignorais tout de ce roman.

Voilà un livre qui traînait depuis trop longtemps sur ma table de nuit et qui me faisait de l’œil de façon indécente malgré tout. Je me suis plongée dans cette histoire vierge de tout a priori et de toute information. Hormis la couverture, sublime (comme toujours aux forges de Vulcain), j’ignorais tout de ce roman.

Et j’ai été foudroyée par ces personnages, ces loosers magnifiques, cette Jolène qui ne s’appelle pas Jolène, qui est belle dans sa dignité retrouvée mais qui n’est pas belle si on s’arrête à ses traits, ce chanteur déchu, cet architecte véreux, ces anciens taulards, cet ouvrier à la retraite, ce boxeur qui a pris trop de coups dans le cerveau, ce jeune homme un peu simple d’esprit qui n’a que cette bande disparate comme famille, le tout tenu à bout de bras par le propriétaire de la pension où ils ont tous élu domicile.

L’ensemble est saupoudré subtilement d’une pointe de magie surréaliste et étrange, voire absurde. Gilles Marchand sait mettre du mouvement dans l’immobilisme le plus absolu, et de l’humour dans le tragique. On sent que ce roman social, qui défend les causes perdues monte en tension et on se doute, dès le titre et la première page que l’issue sera fatale. On sort de ce roman, un peu sonnés, en se disant qu’on ne laissera pas traîner le prochain roman de Gilles Marchand qui vient de sortir aussi longtemps sur sa table de nuit.

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L’anomalie – Hervé Le Tellier (327 pages)

Un livre qu’un million de personnes ont lu (au moins acheté), j’avais envie de me faire ma propre opinion. Ce qui m’a intriguée, c’est que ce livre a plu de 25 à 80 ans. Des critiques avertis et exigeants à des lecteurs qui ont besoin de lectures fluides, tous ont été unanimes pour dire au moins : c’est pas mal, hein ! c’est pas mal du tout, d’un air étonné, surpris d’avoir été séduits par cet ouvrage.

Et tout de suite, on est happé par cette histoire incroyable, on ne comprend rien des liens qui peuvent unir tous ces personnages si différents, l’auteur nous égare pour mieux nous retrouver, et nous engloutir jusqu’à la dernière page.

Ce livre, au-delà des apparences, est un questionnement sur notre condition d’être humain, la vie, la mort, l’amour.
Un livre original qu’on referme en se disant : Ah ouais ! c’est pas mal, quand même ! C’est pas mal du tout ! (oui, c’est un peu court, mais ce livre laisse coi.)

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Les doutes étendus sur la corde à linge – Corentin Huet (10 pages) Au bout des doigts, que de la kératine – Mona Malacar (10 pages)

Au départ, un libraire que j’ai déjà rencontré (dire qu’on se connaît serait abusif) a écrit de la poésie. Ça intrigue, on a envie de voir ce qu’il a dans le ventre, surtout quand on découvre les belles couvertures et les titres magnifiques, et une maison d’édition au nom si joli : 10 pages au carré. Cela donne des livres carrés de dix pages, avec des textes incroyables dedans. Deux textes très différents à lire et à relire, sublimes chacun.

Les doutes étendus sur la corde à linge, c’est une douce mélancolie qui se réclame un peu de Thomas Vinau, des petits moments croqués de la vie quotidienne et du temps qui s’égrène. C’est juste, c’est très beau, les mots s’enchaînent, à peine fini, on a envie d’y revenir, et de retrouver les passages qui nous ont fait vibrer. Alors on le relit, dans l’ordre et le désordre, car même si le texte est écrit d’un bloc, on peut facilement en grapiller quelques bouchées par-ci, par-là, et c’est bon aussi.

Au bout des doigts, que de la kératine est un texte aux associations de mots qui fonctionnent, âpre, dur, violent presque. Il vous secoue, vous remue, vous embarque dans ses images qui vous choquent qui s’entrechoquent et qui ne vous laissent jamais indifférents.

Deux textes très différents, donc, mais une maison qu’on a envie de suivre. En tout, six ouvrages existent. Après avoir lu ces deux-là, on a envie de tous les acheter.

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Indécence manifeste – David Lagercrantz (375 pages)

Pour plein de bonnes raisons, il y a une mode Turing ces dernières années. Non seulement ses travaux ont été cachés pendant longtemps car ils relevaient du secret défense britannique, mais comme il avait été condamné pour homosexualité (le terme consacré était « Indécence manifeste », condamnation qui aura également affligé Oscar Wilde), on l’a d’autant plus mis en retrait. Finalement, il aura fallu une absolution royale pour qu’on puisse enfin prendre la mesure de celui qui a changé le cours de l’histoire en « craquant » le fameux code Enigma allemand. Autour de ce personnage qui est difficile à cerner, ce qui lui a valu un grand nombre d’inimitiés (il avait un côté asocial, inadapté à la conformité de la vie, en particulier telle qu’on l’entendait à l’époque) et surtout autour de son suicide, David Lagercrantz brode l’histoire d’un policier qui cherche à comprendre qui était Turing et quel avait été son rôle pendant la guerre. Par ailleurs, l’auteur s’attache à raconter la persécution des homosexuels, qui, en pleine guerre froide étaient considérés comme peu fiables et susceptibles de livrer des secrets d’état aux Russes. L’amalgame s’est amplifié lors de la fuite de deux espions homosexuels, mais la suspicion planait depuis les années 30, où, déjà mal vus, les homosexuels s’étaient rapprochés des doctrines communistes qu’ils pensaient plus ouvertes à la différence. La sentence était la prison ou la prise d’œstrogènes (quelle horreur !). Si vous voulez vous faire une idée de qui était ce mathématicien qui est à l’origine de l’intelligence artificielle (concept très difficile à appréhender dans les années 50), et d'une certaine manière de la révolution des mathématiques en tant que science vous trouverez votre compte dans ce livre que j’ai personnellement dévoré.

Pour plein de bonnes raisons, il y a une mode Turing ces dernières années. Non seulement ses travaux ont été cachés pendant longtemps car ils relevaient du secret défense britannique, mais comme il avait été condamné pour homosexualité (le terme consacré était « Indécence manifeste », condamnation qui aura également affligé Oscar Wilde), on l’a d’autant plus mis en retrait. Finalement, il aura fallu une absolution royale pour qu’on puisse enfin prendre la mesure de celui qui a changé le cours de l’histoire en « craquant » le fameux code Enigma allemand. Autour de ce personnage qui est difficile à cerner, ce qui lui a valu un grand nombre d’inimitiés (il avait un côté asocial, inadapté à la conformité de la vie, en particulier telle qu’on l’entendait à l’époque) et surtout autour de son suicide, David Lagercrantz brode l’histoire d’un policier qui cherche à comprendre qui était Turing et quel avait été son rôle pendant la guerre. Par ailleurs, l’auteur s’attache à raconter la persécution des homosexuels, qui, en pleine guerre froide étaient considérés comme peu fiables et susceptibles de livrer des secrets d’état aux Russes. L’amalgame s’est amplifié lors de la fuite de deux espions homosexuels, mais la suspicion planait depuis les années 30, où, déjà mal vus, les homosexuels s’étaient rapprochés des doctrines communistes qu’ils pensaient plus ouvertes à la différence. La sentence était la prison ou la prise d’œstrogènes (quelle horreur !). Si vous voulez vous faire une idée de qui était ce mathématicien qui est à l’origine de l’intelligence artificielle (concept très difficile à appréhender dans les années 50), et d’une certaine manière de la révolution des mathématiques en tant que science vous trouverez votre compte dans ce livre que j’ai personnellement dévoré.

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La familia grande – Camille Kouchner (208 pages)

Je lis peu de livres très médiatiques, encore moins lorsqu’ils sont polémiques. Celui-ci aurait été classé dans la catégorie à fuir si l’histoire qui a fait la une de l’actualité l’année dernière n’avait pas de résonnance avec ma propre histoire. On ne va pas en faire toute une histoire,mais ce qui m’a énormément intéressée, c’était ce souhait, à l’origine, de taire ce secret de la part de la victime. Car le poids de foutre en l’air une famille, ce n’est pas rien. C’est une sacrée culpabilité qu’il faut pouvoir assumer quand on a treize ou quatorze ans. Pour la première fois, j’entendais les mots qui légitimaient mon propre silence.

Et ne nous méprenons pas : tous ces charognards qui ont fait de l’histoire de la familia grande leurs choux gras pendant des semaines étaient déjà au courant. Tout avait déjà été dit dans le cercle intime, identifié par la police lors du suicide de Marie-France Pisier et même dévoilé par des indélicats à des journalistes. Or, il faisait quoi le beau-père ? Il passait son temps sur ces mêmes plateaux télé qui bientôt en parleraient en boucle, à donner son avis.

Camille Kouchner n’a pas écrit ce livre pour livrer un scoop, il était bien éventé. Tellement éventé que c’est la raison pour laquelle elle ne voyait plus sa mère, jusqu’à son décès, à l’instar de ses autres frères et sœurs. Ceux qui n’y ont vu que la révélation de mœurs dissolues dans la gauche caviar se trompent lourdement.Ce livre est un cri déchirant d’amour à sa mère disparue. C’est l’incompréhension d’une petite fille (eut-elle 45 ans) qui a perdu sa maman chérie bien avant sa mort et qui en souffre toujours. Une lettre d’adieu qui interroge sur les limites de la liberté individuelle, en confrontant son éducation théorique à la réalité des actes. Pour moi, cette mère est restée dans le déni de la gravité des actes commis par son conjoint sur l’un de ses enfants. Elle a choisi de ne plus les voir, ni ses petits-enfants, arguant qu’ils l’avaient informée trop tard pour qu’elle puisse le quitter.

Pour moi, elle a été d’un égoïsme incommensurable, au mépris de l’amour que lui portait ses enfants, au prix de tous les perdre. La vérité a fait exploser la famille et n’a rendu personne plus heureux. Est-ce que la peur d’être confronté aux réactions de ceux qu’on aime et ceux qui sont censés nous protéger ne justifie pas à elle seule la volonté de silence ? À quoi bon s’infliger cette souffrance potentielle supplémentaire ? Victor trouvait qu’il avait passé le cap, qu’il fallait oublier et passer à autre chose. C’est parce qu’ils ont eu peur pour leurs propres enfants qu’ils ont fini par parler. Après des années à faire semblant, comme si de rien n’était. Et si cette bulle de faux semblants a fini par arriver à un stade tellement insupportable qu’elle a éclaté, on ne peut pas juger du silence qui a été loidurant toutes les années précédentes, on ne peut pas dire que c’est du mensonge, comme je l’ai moi-même tant entendu : c’est juste une forme d’apnée, une façon de survivre, parce que dans ces cas-là, famille connue ou pas, on fait comme on peut, et c’est déjà très bien.

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Le cas Van Noorden – Raphaël Passerin (144 pages)

Quatre corps dont trois salement amochés sont retrouvés chez un paisible professeur. Le reste du livre raconte l’histoire en la reprenant du début pour en expliquer la chronologie macabre. Un roman sur les rancœurs, les faux semblants y compris l’amitié, qui peut n’être qu’une façade, l’expression d’egos surdimensionnés. Un faux roman policier, car on ne saura rien de l’enquête.

Vous ne lâcherez pas le livre avant de l’avoir terminé et vous reprendrez le premier chapitre qui est la dernière étape de l’histoire, pour vous remémorer les détails de ce qui aura été découvert par les policiers.

Un livre malin et bien écrit, une forme d’hommage à Agatha Christie, selon moi.

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L’Odyssée de l’espèce – Bruno Charlaix (317 pages)

Quatre nouvelles décrivent l’humanité du début à la fin. Oui, la fin, car l’auteur l’imagine. J’ai trouvé dommage qu’il n’y ait pas de fil conducteur entre les histoires mais c’est bien écrit et on aborde les problématiques actuelles de l’humanité. Les histoires sont toutes abordées sous l’angle du progrès, ce qu’il représentait à différentes époques de l’évolution humaine. Si on sait que la planète est en danger, il suffirait de bien peu pour faire écrouler notre fragile équilibre. Une sorte de préambule au livre de Jean Hegland « la forêt »

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Commerce et e-commerce, l’audace d’entreprendre – Stéphane Alligne (332 pages)

Un manuel qui devrait être utilisé dans les formations pour les candidats à l’ouverture de commerces ! Construit d’après l’expérience de l’auteur, ces instructions exhaustives (budget, publicité, droit etc…) sont néanmoins sans complaisance. Ouvrir un commerce en 2021, c’est difficile, y compris en e-commerce. Mais on sent l’auteur passionnément animé par ce métier qui l’a en partie construit, lui. D’ailleurs, l’ouvrage démarre sur ses propres expériences, qui démontrent que tout n’est pas rose dans un monde qui s’accélère de plus en plus.

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La Hanse sans foi – Gilbert Laporte (673 pages)

💥💥💥 Attention spoilers💥💥💥

Pour ma part moyen âge + heroic fantasy + sf + sauts spacio-temporels + mêmes personnages avec différentes histoires + la fin actuelle qui explique l’ensemble = too much. C’est très bien écrit mais j’ai mis environ 30% du livre à vraiment intégrer qu’il y avait plusieurs époques, 60% à les repérer, 75% à comprendre qu’il y avait plusieurs mondes.

On se perd dans le trop plein d’informations. Les lecteurs des précédents ouvrages ont peut-être compris le fonctionnement de l’auteur et auront peut-être été moins déroutés que moi.