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En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut (171 pages)

J’ai enfin lu « En attendant Bojangles ». C’est toujours un défi de lire un livre qui a eu beaucoup de succès, qui a été adapté au cinéma. On est parfois déçu. Or j’avais entendu parler du succès du livre mais j’avais peu entendu parler du livre lui-même, ça m’a donc protégé de mes propres a priori. J’ai énormément aimé cette histoire de femme fantasque et
de maman à part. L’histoire de cette folie qui s’insinue dans cette famille qui aurait pu n’être qu’un peu décalée. La vision de l’enfant sur cette situation hors normes est une bonne idée pour ne pas tomber dans l’angélisme, et pour garder une forme de crédibilité à l’ensemble qui maintient la structure. Un vrai ton, une belle histoire d’amour, et un glissement progressif
vers l’annonce fatale d’une tragédie. Peu à peu, on sent bien que ça ne peut que mal finir, mais dans la voix de cet enfant, on espère encore que seul l’amour triomphera. C’est beau, c’est moche, c’est triste, c’est drôle tout à la fois. Un premier roman très réussi.

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Disko – Mo Malo (405 pages)

J’ai plongé dans cette deuxième aventure groenlandaise pour prolonger le plaisir de ces polars venus du froid. Cette fois, c’est un scientifique qu’on retrouve dans un tube de glace. Comment a-t-il bien pu se fourrer dans une telle situation ? Qaanaaq mène à nouveau l’enquête et il va à nouveau découvrir des pans de sa propre histoire.

Cette fois encore, l’intrigue nous porte et on retrouve sous une autre forme les ingrédients qui font l’intérêt du premier tome : la culture, l’écologie, la nature et l’enquête. J’ai acheté le suivant, même si je fais une pause. Addictif.

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La divine comédie de nos vies – Gavin’s Ruiz (214 pages)

Sacha aide Jérôme à disparaitre, littéralement, comme s’il était mort. Cet événement imprévu comme un coup de tonnerre dans leurs existences va amener sa famille et ses amis à s’interroger sur le sens de leurs vies, le rapport qu’ils ont eu avec lui et ce que cette disparition va changer pour chacun et pour le groupe. Gavin’s Ruiz nous confirme à la fin ce qu’on soupçonne au fur et à mesure de la personnalité de Jérôme et de sa vie qui était une comédie. Sur un sujet finalement plutôt convenu, l’auteur arrive à rafraîchir le genre en nous glissant dans chaque personnage des secrets plus ou moins importants, des petits arrangements plus ou moins importants. On a tous rêvé un jour de changer de vie, de repartir de zéro. Ce roman nous y fait rêver.

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Petits éloges du double – Franck Lanot (225 pages)

50 portraits croisés, en miroir, en opposition, ou en parallèle s’enchaînent sur 225 pages. L’auteur s’amuse, facétieux, à jouer avec les mots et la langue française, en s’appuyant sur de nombreuses assonances et allitérations. C’est sympa, mais au bout de quelques doubles, on voit double, et on ne sait plus si on parle de Rugby ou de Littérature, de Cinéma ou de Politique, de Chanson ou de Personnages fictifs. Un conseil : Piochez donc une histoire de temps en temps, vous la savourerez mieux.

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Qaanaaq – Mo Malo (495 pages)

Voilà quelques années que je vois régulièrement passer les ouvrages de Mo Malo sur les réseaux, polars polaires qui ont l’air tentants, mais la vie passe, les livres s’accumulent et on met de côté dans nos Pal monstrueuses certains ouvrages dont on sait pourtant que le rendez-vous sera de qualité. L’année dernière, je devais accompagner l’auteur lors de sa visite aux Boréales, festival nordique en région caennaise mais sa visite a été malheureusement annulée.

Son premier opus est revenu sur le dessus de la pile et entre mes mains de façon tout à fait inattendue et fortuite, mais je n’ai pas été déçue. Qaanaaq, flic danois, revient sur la terre qui l’a vu naître pour une enquête sur des meurtres qui ressemblent à des attaques d’ours. Rapidement, son enquête va devenir aussi l’enquête de ses origines. Il y a ce qu’il faut de suspens, d’humour, d’écologie, d’histoire du Groenland et de culture locale pour plaire aux amateurs du genre. J’ai personnellement été totalement embarquée.

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Hit the road, Jack – Didier Bertrand (291 pages)

J’avais beaucoup aimé « la folle erreur de Don Cortisone » du même auteur, une enquête pleine d’humour au style enlevé et… sautillant (c’est l’image qui me vient à l’esprit) et je me suis plongée avec délices dans son nouveau roman. On y retrouve son style enlevé et… sautillant dans ce road trip américain sur fond de désastre écologique.

Comme dans le précédent opus, les personnages sont hauts en couleurs et attachants, l’intrigue est bien ficelée avec des branches qui se rejoignent et les thèmes abordés sont documentés et d’actualité. Et cette fois encore, l’amour donne des ailes aux héros. Vous ne vous ennuierez pas une seule seconde dans ce roman original. L’auto-édition produit parfois du bon et Didier Bertrand en est un bon exemple. N’hésitez pas à vous jeter dans ses aventures !

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Service Action, Sauvez Zelensky ! – Viktor K (260 pages)

Cette nouvelle série s’est donné comme mission de coller au plus près de l’actualité. Après « Cible Sierra » et les coulisses de la manipulation des populations grâce aux réseaux sociaux et une de ses figures de proue infâmes, Steve Bannon, « Sauvez Zelensky » raconte le type de missions que les services secrets français pourraient être amenés à réaliser sur le front d’une guerre brutale. Écrit en un temps record, le roman ne cherche pas à raconter la guerre, mais explique les missions du service action dans un contexte lié à l’actualité. Il y dénonce aussi les pratiques odieuses du groupe de mercenaires Wagner, tristement célèbre. Comme le premier opus, on avale les pages jusqu’à la dernière sans reprendre son souffle et on suit l’équipe de Coralie/Athéna, ces surhommes et femmes qui sont aussi très humains. Mon seul reproche est le titre : car si la famille du chef d’état ukrainien a un rôle important dans l’intrigue, le président lui-même en est quasiment absent de toute l’histoire. On salue la performance de ce roman d’espionnage très bien documenté et très technique !

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Alfie – Christopher Bouix (440 pages)

Un appareil de domotique, une intelligence artificielle bouleverse le quotidien d’une famille lambda.
Alfie est cette aide précieuse plutôt sympathique qui fait les courses, vous réveille en douceur, aide les enfants à faire leurs devoirs. Comme il a un module de deep learning (apprentissage profond), ses algorithmes gèrent les évènements et il s’ajuste au fur et à mesure pour fournir un service de plus en plus précis et adapté.

Mais peut -on faire complètement confiance à une machine ? C’est très drôle, car Alfie tâtonne et s’interroge sur l’humanité. C’est aussi glaçant, car le livre aborde des questions essentielles et philosophiques. Quelle est la définition de l’humanité ? Du libre arbitre ? De la liberté ? Il nous rappelle aussi que nous ne sommes pas loin de ce type de situation. En Chine, l’état pousse le curseur très loin avec des caméras partout et des « points » qui donnent ou enlèvent des droits aux citoyens.

Raconté du point de vue de l’intelligence artificielle, truffé d’ « œufs de Pâques », ces références qui sont disséminées dans le récit, ce roman addictif drôle et flippant vous embarquera dans le futur 2.0

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Les vilaines – Camila Sosa Villada (204 pages)

Un livre à mettre entre toutes les mains des ados qui cherchent leur identité. Un livre sur un monde qu’on connaît mal, celui des trans. C’est bien que notre monde évolue pour laisser la possibilité aux personnes qui se sentent mal dans leur corps de vivre leur personnalité comme ils le souhaitent. Mais c’est bien aussi de remettre les choses dans leur contexte.

Camila écrit un roman où elle décrit cette période de sa vie dans une communauté chaleureuse et soudée, mais aussi difficile et pleine de mensonges, où masquer son identité profonde est une nécessité de survie. Où la notion de genre est très importante pour ces filles qui se revendiquent très genrées. C’est cru, c’est moche parfois, c’est triste, c’est difficile. Elles défoncent leurs corps et leurs âmes à coup d’alcool, de drogue et d’huile de moteur d’avion qu’elles s’injectent comme substitut au silicone. Le Sida, les clients malhonnêtes, les clients violents, les amours déçues les maltraitent.

Et parfois, comme une fleur pousse au milieu du bitume, un moment de joie, une beauté, un bonheur. En insérant quelques touches fantastiques qui ajoute ce petit supplément d’âme au roman, L’autrice signe un beau premier roman très réussi.

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Le ventre de la péniche – Fabrice Capizzano (502 pages)

Un road trip déjanté avec une bande de fous pour emmener les cendres d’une morte à l’autre bout du monde. Voilà le pitch de ce roman à la langue incroyablement foisonnante, riche, poétique, extraordinaire. Moi qui ne gribouille, ne surligne, n’annote pas les livres, j’avais envie de conserver chaque phrase comme un joyau, comme un trésor. C’est drôle, c’est passionné, c’est tragique, c’est grandiose. Et très bien écrit. C’est dramatique et instructif dans une même phrase, l’auteur passant d’une réflexion triviale à une pensée philosophique, humaniste, écologique, poétique avec une grâce infinie. Une très belle découverte.