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Une vie de résilience – Brigitte Gonçalves (40 pages)

Ana a 38 ans et s’interroge sur sa capacité à être mère, à cause de son enfance et adolescence calamiteuses, avec une mère qui n’a cessée de la rabaisser, de la maltraiter moralement et physiquement. Alors elle fuit sa vie sans rien dire à son mari pour des vacances au Maroc, histoire de faire le point. Un format qui s’apparente à une nouvelle. Ana est en pleine confusion et son guide, charmant, tente de la séduire au milieu de ses réflexions. Un style plutôt agréable, (cependant émaillé de beaucoup trop de fautes à mon goût) mais une histoire plutôt terne.

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Marie Jeanne Cueff – Marguerite Marie James (603 pages)

C’est l’histoire d’une petite fille belge qui est adoptée et qui ne le vit pas très bien. Elle découvre son adoption car elle soupçonne que son histoire n’est pas tout à fait celle que ses parents lui ont racontée, et elle découvre par la même occasion qu’ils lui ont menti sur leur âge. Tant bien que mal, aidée par la religion et les pigeons qui sont ses confidents, elle se construit de plus en plus bancalement, avec une tendance assez forte à l’auto-apitoiement un peu agaçante, sur ce secret de famille dont elle n’aura de cesse de découvrir la vérité et dont elle ne se remettra jamais complètement.

Un peu longuet, en partie lié au fait qu’on y répertorie avec (trop de) minutie les menus détails presque sous forme d’inventaire des livres lus, des films vus, des repas mangés, et des évènements historiques qui jalonnent l’histoire, qui au fond n’apportent pas tant que ça au récit, on s’attache néanmoins au personnage de Marguerite, cette petite fille choyée à sa manière (quel que soit le ressenti final de la principale protagoniste) mais étouffée par une mère d’adoption angoissée et peu féminine.

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Il y a un bon Dieu pour les anarchistes – Marie Bellando Mitjans (148 pages)

Rosa est une sorcière. Elle vit et meurt et renaît, et fait passer les morts dans l’autre monde. On la suit en tant qu’homme, en tant que femme, selon ses réincarnations, on la suit en poilu de la première guerre ou esclave noire aux Etats-Unis. Mais en filigrane, Rosa est amoureuse et elle qui lit généralement à livre ouvert les humains, elle se heurte cette fois à un esprit au moins aussi fort que le sien. Un joli petit ouvrage qui parle de vie, de mort, de racisme, de tolérance, d’histoire… et d’amour.

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse (334 pages)

Encore un livre qui a été encensé par la critique, les prix et nombre de lecteurs auquel je n’ai pas adhéré… Il semblerait que le public soit fan du côté vierge blonde pure qui est violée et torturée pour racheter nos péchés en quelque sorte.

Alors, l’histoire horrible et peu crédible (les filles de ferme qui savent lire et écrire de mère en fille, vraiment ?), le côté franchement malsain et voyeur, la couche glauque du pédophile qui est un bon gars parce que lui, au moins, il est sincère dans ses sentiments (la fille a 14 ans !!!), la fin, bâclée, et le style de plus en plus confus, tout ici me laisse perplexe. 

Comme dans le sketch des Inconnus, il y a le mauvais pédophile, celui qui prend la fille de force devant sa mère, pour bien enfoncer le clou du côté glauque, et le bon pédophile, celui qui prend la fille de 14 ans, mais c’est euh… non ce n’est pas beau, c’est moche. Par ailleurs, Rose finit à l’asile, mais ça, tout le monde s’en moque, apparemment. Navrée pour tous ceux qui ont adoré. 

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Les jardiniers du bitume – Roger Riffard (127 pages)

Alexis a un rêve. Et rien ne peut détruire son plan.

Quelle merveille de style ! Quelle merveille de poésie ! Quelle merveille d’humour ! Roger Riffard, second rôle dans les films de Blier et Zidi, ami de Brassens et Anne Sylvestre, chansonnier, cheminot, aura fait beaucoup de métiers différents et commis ce petit roman truffé de pépites.

Permettez-moi juste de vous en partager quelques-unes qui m’ont particulièrement marquées :

“Cette tête rappelle ce que le commun des citoyens abrite d’ordinaire dans un pantalon. Cependant, les bajoues croulantes n’évoquent point de ces riantes fesses de jeune fille dévoilées certain matin dans l’abandon du sommeil, mais bel et bien un cul fripé d’ octogénaire…”

“Elle les accueille d’un étrange sourire de geôlier travaillé par les coliques.”

“Avec son timbre aigu et sa panse sautillante, il ressemble à une cornemuse.”

Lisez Riffard.

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La marge d’erreur – Nicolas Rey (293 pages)

Nicolas Rey est un auteur sensible, désabusé et à l’humour désespéré qu’on aime immédiatement lorsqu’on lui parle. Ses livres parlent d’écrivains sensibles, désabusés et à l’humour désespéré, mais comme il a eu la présence d’esprit de faire marquer “Roman” sur les couvertures, et même si ça ne nous évite pas de faire l’amalgame, il peut toujours prétendre qu’une partie du livre n’est pas autobiographique, contrairement à son double Gabriel.

Ça démarre plutôt pas mal, l’homme apprend qu’il a un cancer en stade terminal, alors qu’il ne vit que dans l’espoir que la femme de sa vie l’aime à nouveau, malgré la très faible probabilité que cela arrive. Il écorne au passage quelques présentateurs télé, actrices, influenceuses, écrivains et c’est drôle. Et puis il a une nouvelle voisine qui emménage. Une sorte de fantasme sur pattes, belle, intelligente, drôle, bien foutue, sexy en diable, coquine comme tous les hommes en rêvent, dévouée à son métier d’enseignante, la femme parfaite.

Malheureusement, Gabriel est un déchet insensible à ses charmes, puisqu’il attend que la femme qui l’a quitté revienne et qu’il ne ressent de toutes façons plus rien à cause de la tonne de médicaments qu’il ingurgite. Malgré tout, Diane s’acharne à le séduire (il a du bol, cette femme possédant autant de qualités aime les marginaux drogués dépressifs anciens alcooliques, impuissants qui passent leur vie à comater devant des séries).

Et c’est là que ça part en couille, parce que c’est trop, vraiment. Il arrête d’un coup tous les médocs, son cancer, on n’en parle plus, et tout l’enjeu se trouve dans des parties de jambes en l’air plus ou moins glauques, puisqu’il a retrouvé toutes ses capacités. Quand je pense qu’il nous a avoué avoir enlevé 6 pages entières de scènes érotiques ! Alors, oui, bien sûr, si on est là, c’est qu’un jour un homme et une femme ont fait l’amour. Mais on n’est pas obligé de boire la pisse de l’autre, hein non plus. Bref, un livre dont le style badin nous enchante et puis, comme lorsqu’on a trop abusé de substances plus ou moins licites, on finit la soirée en allant vite se coucher car on se sent vaguement nauséeux, inutile et vain.

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Celle qui attend – Camille Zabka (265 pages)

Alexandre Rivière est noir. Avec sa compagne, il a une petite fille, Pamina, trois ans. Il n’a pas pu assister à l’accouchement, car il s’est fait contrôler par des policiers le soir de la naissance, ils ont trouvé que son nom sonnait “trop français”, alors ils ont cru que ses papiers étaient faux, et il a passé la nuit au poste, le temps de vérifier tout ça. Alexandre a toujours voulu s’en sortir, mais il a fini par faire des bêtises, en partie parce que la vie ne l’a pas épargné, en lui mettant même plutôt des bâtons dans les roues. Alors Pénélope explique à Pamina que papa est au coin, et qu’il reviendra bientôt.

Pendant ses 107 jours de détention, il écrira 52 lettres à sa femme et sa fille, la peur au ventre de les perdre l’une et l’autre. C’est un livre terrible sur les bugs de notre justice, sur le délit de faciès, une histoire pourtant emplie d’amour et, malgré tout, d’espoir sur l’humain.

Avec ma rationalité de blanche issue de milieu favorisé, j’aimerais affirmer qu’il n’est pas possible que le sort s’acharne ainsi sur une personne sans reproches. On aimerait se persuader, comme les matons, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, ce serait beaucoup plus confortable moralement. Mais nous savons tous que la vie peut vriller, pour un détail, et qu’on peut se retrouver rapidement dans un engrenage à la limite de la folie. Les exemples d’injustice cités sont à pleurer.

Il semblerait que la vie d’Alexandre, Pénélope et Pamina se soit apaisée depuis sa sortie de prison. On leur souhaite, comme dans les contes, beaucoup de bonheur. 

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Reste avec moi -Ayòbámi Adébáyò traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche (280 pages)

Décidément, la littérature nigériane est une grande littérature. A l’instar de sa compatriote Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice nous livre ici un roman d’amour absolument merveilleux. Sur fond de contexte politique troublé (notamment les coups d’état de 1985 et 1993, parmi les 6 coups d’états qui ont émaillé l’histoire politique du pays) et tissé avec le poids des traditions et de la culture, Akin et Yejidé s’aiment, se marient et n’ont pas d’enfants. Une situation inacceptable pour un couple moderne mais traditionnel.

En 5 parties, Ayòbámi Adébáyò nous balade dans son histoire où l’on n’atterrit jamais où on croyait que le vent nous portait. Vous vous fourvoierez jusqu’au dernier chapitre avec délices dans cette belle histoire dramatique. Un grand roman. 

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La folle erreur de Don Cortisone – Didier Bertrand (249 pages)

Branle-bas de combat chez les créateurs de mode hyper connus, Léonardo et Michelangelo, Framboise, une de leurs employées a eu une idée de génie. Ils s’emparent de l’idée, Mafia à l’appui qui essaie de faire disparaître la belle. Heureusement, Framboise a plus d’un as caché dans sa manche, même quand elle est nue.

Un roman d’espionnage satirique, à la « l’espion qui m’aimait » ou « Spy » avec Jude Law. Vous sourirez des facéties de l’auteur qui truffe son livre pétillant et réjouissant de références diverses et variées. Vous y croiserez des Indiens Navajos peu recommandables, des mamas italiennes prêtes à tout et le terrifiant Don Cortisone qui gère d’une main de maître le réseau mafieux de Gênes, secondé par Luigi et Tonio, ses fils. Un bon moment de détente.