Galerie

Kétamine – Zoé Sagan (489 pages)

Vous ne sortirez pas indemne de la lecture de Kétamine. Zoé Sagan décortique pour vous les aspects les plus glauques des mondes dorés et des paillettes de la publicité, de la mode, du cinéma, de l’édition. Le faux, le clinquant, les abus de ceux qui se croient au-dessus de tout et de tous, au-dessus des lois. Vous avez immédiatement envie de commenter son livre, de débattre et d’échanger avec elle sur cette sorte de catharsis, quelles que soient vos opinions.  Elle a une plume indéniable et la prête à ceux qui ont plus de difficultés à s’exprimer. Une passionaria moderne. Ce roman est fondé sur des textes initialement publiés sur Facebook et retravaillés pour le roman. Une boule d’énergie qui n’a peur de rien ni de personne. Qui dénonce le pire dans des milieux aseptisés et qui se moque de ses acteurs pathétiques. Zoé est une idéaliste. Un peu trop par moment. Elle a un regard tellement juste sur la société qu’on en oublie parfois son immense jeunesse. Heureusement qu’à vingt et un an, certains jeunes ont envie d’un avenir meilleur, ont envie de croire à un monde plus juste. On attend la suite avec impatience.

Galerie

Hollywood Zéro – Dominique Forma (254 pages)

Un voleur qui abhorre la violence physique doit précipitamment partir pour Los Angeles afin de fuir des créanciers qui veulent sa peau. Il se retrouve entre une vieille connaissance qui lui a proposé de l’aider dans des arnaques à la réalisation de films et d’une bombe sexuelle à la Jessica Rabbit. Dominique Forma décortique au vitriol et à l’alcool fort les mécanismes d’un monde de totale superficialité. Humour noir pour roman noir, on oscille sur des talons aiguilles entre nausée et fous rires. Ambiance adrénaline éthylique.

Galerie

(Re) Vivre – Laurent Grima (151 pages)

Un accident de la route laisse Thomas dans le coma un long moment. Lorsqu’il reprend connaissance, il doit réapprendre à marcher, comme un enfant, il redémarre à zéro. Dans le centre où il fait sa rééducation, il rencontre d’autres éclopés de la vie. Ils l’aideront à reprendre goût à la sienne.

J’ai récemment lu “Les trois vies de l’homme qui n’existait pas” de ce même auteur avec un grand plaisir, et du coup, j’étais très enthousiaste pour découvrir son premier roman. Déjà, il décline un thème cher à son coeur : la place qu’on occupe dans notre propre vie, quelles sont les choses essentielles, à côté de quoi ne doit-on pas passer, que nous reste-t-il quand on a tout perdu. Déjà on trouve son style, sûr, drôle et émouvant à la fois. Laurent Grima est pétillant tout en nous amenant à nous interroger. Une plume à découvrir.

Galerie

Le gang de la clé à molette – Edward Abbey Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Jacques Mailhos (552 pages)

Quatre personnes que rien ne prédisposait à se rencontrer, décident de protester contre l’urbanisation et la destruction de l’environnement du désert entre le Colorado, l’Utah, le Nevada et l’Arizona, ainsi que de son majestueux fleuve par des sabotages de bulldozers sur les chantiers de construction des routes et des ponts. 

Parfois c’est très drôle, on éclate franchement de rire. Par moment, on se perd un peu dans les descriptions techniques des engins de chantiers. 

Ce livre est l’histoire d’une longue cavale et d’une longue traque. L’histoire est politiquement incorrecte, crue, parfois absurde. Mais on comprend que cet écrivain, qui s’est fait enterrer dans un lieu secret de ce même désert, ait tenté avec son arme, l’écriture, de s’opposer aux aberrations écologiques créées par les hommes dans cette partie sauvage du monde. Un Panthéon de la littérature américaine qu’il faut absolument avoir lu.

Galerie

L’invention d’Adélaïde Fouchon – Natacha Diem (204 pages)

Adélaïde est une petite fille comme les autres, ou presque puisqu’elle a une maman et deux papas et cette singularité l’empêche d’être vraiment bien dans sa peau. Alors elle se réinvente tant qu’elle peut. Lorsqu’elle devient adulte, elle cherche à comprendre si cette enfance si particulière l’empêche encore de vivre normalement.

Le premier livre de Natacha Diem est à la fois poétique et cru, drôle et émouvant. Adélaïde parle tour à tour de ses souvenirs en tant qu’enfant et de ses réflexions de femme. Son style est moderne et sans concession. Certaines phrases sont de vraies pépites de style, des trouvailles ingénieuses qui ne sonnent jamais faux et qui font toute la beauté de l’ouvrage. Une vraie découverte.

Galerie

Natacha Diem

Née en Belgique, Natacha Diem vit à Paris depuis vingt ans. Elle travaille dans le milieu de l’audiovisuel. Elle écrit des scénarios et des nouvelles, et elle dessine. L’invention d’Adélaïde Fouchon est son premier roman et elle travaille déjà sur le second. 

Elle nous dit écrire avec des images, avec son corps; avec des sensations aussi. Elle travaille en ayant des photos dans la tête, déformation professionnelle. S’il y a une part autobiographique, où elle s’est parfois inspirée de souvenirs de son enfance pour les chapitres d’Adélaïde petite fille, et bien qu’elle insère aussi des réflexions de la femme qu’elle est, il s’agit bien d’un roman. Je remercie Natacha pour sa participation à un auteur, trois livres.

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

Très jeune, j’étais éprise des contes d’Andersen, dont un en particulier : Les Fleurs de la petite Ida. Des fleurs qui vont au bal pendant que les hommes dorment, c’était magique. Je comprenais enfin pourquoi les fleurs fanaient.

Ensuite, Il y a deux livres qui ont marqué mon enfance. Le premier est L’Appel de la forêt, de Jack London, et le second, plus tard, au moment de l’adolescence, le Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Il y a également eu pas mal de nouvelles d’Edgar Allan Poe.

J’étais révoltée par la cruauté des hommes en lisant L’Appel de la forêt. Et pour la première fois, je me suis rendu compte de toute la violence dont ils étaient capables. Ce roman m’a bousculée et m’a fait mal. 

Concernant le Portrait de Dorian Gray, bien que je pense n’avoir pas saisi toute la profondeur et la noirceur de ce roman, j’étais fascinée par le personnage de Dorian et le lien qui se tissait entre l’âme et le corps. Les miroirs m’ont même effrayée pendant quelque temps.

Quel est votre classique de chevet ?

Mon livre de chevet ? Je ne pense pas en avoir. Il y a tant de livres que j’ai aimés, même adorés. Par contre, il n’y a que quelques livres que je relis avec plaisir, dont plusieurs de Stefan Zweig, La Pitié dangereuse en particulier. Ah si ! il y a un livre qui m’a tellement emballée que j’ai eu envie de le relire tous les ans (même si je ne le fais pas) : Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt. Je rechignais un peu à lire cette autrice car je la voyais plus comme l’épouse de Paul Auster que comme une écrivaine. Et je me rappelle avoir dévoré ce roman tout en acceptant de m’y perdre. J’étais à la fois accro et perdue dans un labyrinthe. J’ai relu récemment Le Monde selon Garp de John Irving. Fantastique. Actuellement, je relis Bonjour Tristesse, de Sagan, et j’alterne avec Blonde, de Joyce Carol Oates. Et sur ma table de nuit, il y a également le prix Goncourt 2018, Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu. Ce n’est pas facile de répondre à toutes ces questions, il y a tellement de romans que j’ai adorés, et j’ai une très mauvaise mémoire, j’oublie très vite. C’est gênant, mais salvateur dans certains cas.

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé ?

Belle du Seigneur et À la recherche du temps perdu en font partie. Cette confession me désole et m’embarrasse encore plus étant donné qu’ils sont deux monuments de la littérature. Promis, je réessaye :). 

Bibliographie

  • L’invention d’Adélaïde Fouchon (Editions Piranha, 2020)
Galerie

Sauve-la – Sylvain Forge (396 pages)

Alexis va bientôt se marier avec Clémence lorsqu’il reçoit un message de celle qu’il n’a jamais oubliée et qui l’a quitté il y a vingt-six ans. Elle lui demande un grand service : partir à la recherche de sa fille, déclarée morte il y a plusieurs années mais dont elle est persuadée qu’elle est toujours en vie. Partagé entre son avenir et la réalité de Clémence et la réapparition de Clara, Alexis balance.

Encore une fois, Sylvain Forge nous entraîne dans un roman noir haletant, mélangeant des connaissances scientifiques récentes à une histoire qui se lit d’une traite. Impossible d’en dire plus sans dévoiler les ressorts de l’intrigue que je vous laisse découvrir.

Galerie

Romuald Giulivo

Romuald Giulivo a démarré sa carrière comme architecte naval. Il a écrit plusieurs ouvrages pour la jeunesse avant d’écrire l’île d’elles, son premier roman pour adultes. Il dit qu’il est un jour passé devant le panneau qui annonçait ce lieu et qu’il s’est dit que ça faisait un très bon titre pour un livre.  Pour lui, un livre commence par le titre, l’histoire vient après. Merci à Romuald pour sa participation à “un auteur, trois livres”

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

Je suis devenu lecteur assez tardivement, passant d’un jeune garçon qui s’intéressait avant tout au cinéma classique à un dévoreur de littérature. Beaucoup d’écrivains, de romans, sont donc arrivés en même temps, dans cette tempête de l’adolescence, et m’ont marqué durablement. Zone érogène est sûrement l’un des premiers. Djian m’a fait découvrir par des références tout un pan de la littérature nord-américaine. Puis pas mal de vocabulaire aussi. C’est des années plus tard, en m’y mettant moi aussi, que j’ai découvert qu’être écrivain ne se résumait pas en fait à boire des bières dans le soir triomphant pendant que des filles en petite culotte arpentent votre appartement.

Quel est votre classique de chevet ?

Un classique par lacune, en vérité. Îles à la dérive est un texte posthume d’Ernest Hemingway que j’aime énormément, un assemblage de trois novelas autour du thème de la mer. Initialement, ce roman étrange contenait une quatrième partie, que Hemingway a finalement extraite en abandonnant le projet d’ensemble et a publiée à part. Ça a donné Le Vieil Homme et la Mer.

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé ?

J’ai toujours eu du mal avec l’injonction à terminer un livre, notamment les classiques. Je crois que l’on peut avoir lu un livre en en sautant des passages ou sans arriver à la fin, je ne vois pas le problème. Par exemple, je n’ai pas terminé L’Homme sans qualités, je me suis arrêté au premier tome quand c’est pourtant l’un des ouvrages qui m’a le plus marqué. C’est un livre qui n’est pas fait pour être terminé. Robert Musil n’a même pas terminé de l’écrire d’ailleurs…

Bibliographie

Roman adulte

  • L’île d’elles (Anne Carrière, 2020)

Romans jeunesse

Le Sourire de sang, (Bayard jeunesse, 2001)

Galerie

Circé – Madeline Miller Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché (549 pages)

Qui était Circé ? Une vilaine sorcière qui transforma les marins d’Ulysse en pourceaux ? Assurément. Mais ce fut aussi une femme amoureuse, blessée, et libre. La mythologie revisitée par Madeline Miller est une pure merveille, car elle l’aborde sous l’angle terrible de la modernité. Les héros sont surtout d’affreux guerriers sanguinaires et les Dieux d’inconstants jaloux injustes. Parmi eux, Circé, donc, féministe à sa façon, et humaine dans sa déité. On révise l’histoire de la Grèce antique, de l’Odyssée, des écrits d’Eurypide dans cette longue épopée qui nous tient mieux en haleine qu’une série à rallonge.