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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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La république ne vous appartient pas – Discours à Polytechnique – Juan Branco (108 pages)

Le pouvoir politique passe souvent par la dialectique. Il me serait difficile de rivaliser avec Juan Branco sur ce terrain, lui qui a été formé dans les plus grandes écoles à cette manipulation du langage. Mon sentiment prédominant dans ce livre, c’est qu’on reste sur notre faim. Il enfonce des portes ouvertes avec des constats ô combien audacieux, tels que : “il y a des inégalités en France” ou “ce sont majoritairement les enfants de cadres qui font des études dans les plus grandes écoles en France”. Il est bien placé pour le savoir, lui qui a fait une partie de ses études à Yale. Si 68% des étudiants de polytechnique sont des enfants de cadres, seuls ceux qui ont eu l’opportunité de barboter dans les parcs du sénat ont une probabilité d’entrer un jour dans l’Ivy league. Le  problème de l’éducation en France (où les inégalités ont été encore amplifiées par le confinement lié à la crise sanitaire) est très préoccupant en effet. Mais le traiter au travers du prisme des prépas parisiennes et des grandes écoles me semble affreusement réducteur et naïf. Et malgré sa bonne volonté, la sensation de son imposture m’a trop violemment interpellée tout au long de l’ouvrage pour sortir convaincue de sa harangue.

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La petite voleuse – Michael Cho (90 pages)

Une BD pour changer ! Corrina déprime dans son agence de pub. Elle a fait des études de lettres pour être romancière et elle se demande si elle n’est pas en train de passer à côté de sa vie. Alors pour avoir l’impression d’exister et sentir l’adrénaline monter, elle pique des magazines, l’air de rien, dans le supermarché où elle fait ses courses.

Elle est mal à l’aise dans sa peau parce qu’elle est mal à l’aise dans sa vie. Le trait à la fois simple et précis de Michael Cho nous plonge dans l’ambiance juste du mal être de Corrina. Les scènes sont séparées par des plans larges des paysages de la ville, qui mettent ce début de vie un peu raté en perspective. Peu de couleurs dans cette BD proche du comics pour mettre en exergue le côté terne de sa vie. Un très joli livre.

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Du miel sous les galettes – Roukiata Ouedraogo (268 pages)

Vous connaissez peut-être Roukiata Ouedraogo au travers de ses chroniques sur France Inter ou de son one woman show ? Elle nous livre dans ce premier roman une description de son Burkina Faso natal plein de fraîcheur et d’amour de la vie. Si vous lisez le livre en ayant sa voix et son joli accent chantant dans la tête, franchement, c’est un plus. Elle nous raconte les traditions, la culture et sa mère, cette femme forte qui a élevé sept enfants pendant plusieurs années toute seule, suite à une aberration du système judiciaire. Elle fait des parallèles amusants entre la culture française et la culture burkinabé, pleins d’humour, de dérision et de tendresse. un moment dépaysant, gai et touchant, à son image.

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Luca Di Fulvio

Luca Di Fulvio est un homme de théâtre et un écrivain italien, auteur de romans policiers, de fantastique et de littérature d’enfance et de jeunesse.

Avant de fonder sa propre compagnie de théâtre (Le Moveable Feast), il travaille avec Paola Bourbons, Sergio Graziani, Mario Marans, Andrzej Wajda. Il est également consultant éditorial de plusieurs maisons d’édition.

Luca Di Fulvio est devenu l’un des nouveaux phénomènes littéraires à suivre avec la sortie de « Le gang des rêves » (« La gang dei sogni », 2008) publié en France en juin 2016 et premier tome d’une forme de trilogie. Plébiscité par les libraires et les lecteurs, le livre, qui raconte le New York des années 20 par les yeux d’un jeune Italien, s’est lentement mais sûrement transformé en best-seller. Luca me fait l’honneur, avec sa gentillesse légendaire de participer à “Un auteur, trois livres”.

– Quel est le livre qui a marqué ton enfance ou ta jeunesse ?

Bonjour à tous et bonjour Isabelle et pardon pour mon horrible français !Alors, il y a deux livres très différents l’un de l’autre qui ont marqué ma véritable entrée dans la lecture quand je n’étais qu’un gamin. Ils m’ont ensorcelé, m’ont hypnotisé, mais surtout, ils ont parlé à mes tripes. Ce sont ces lectures qui ont fait de moi un accro aux livres. Le premier est certainement ” Croc-Blanc”  de Jack London. Je l’ai relu plusieurs fois, même récemment, et chaque fois, je me rends compte qu’il ne s’agit pas simplement d’un livre pour enfants car il est souvent catalogué. Comme tous les livres de London il parle de notre société, des lignes de l’amour et des rejetés qui essaient d’être acceptés. L’autre est “le vieil homme” et la mer d’Hemigway. Pendant des années après l’avoir lu, à chaque fois que je sortais seul sur un bateau, je me sentais comme Santiago le vieux pêcheur cubain. Dans une interview qui m’a beaucoup fait sourire, Hemingway a déclaré : “Cette fois, ils sont capables de me donner le Nobel ! Et savez-vous quelle est la raison? parce que c’est mon premier roman dans lequel je n’écris pas de “mauvais” mot.” Et il avait raison. Il a remporté le Pulitzer et le Nobel.

– Quel est ton classique de chevet ?

Ah, les classiques. C’est une question à laquelle il est pratiquement impossible de répondre. Parce que la vérité, et je pense qu’elle s’applique à tout le monde, il y a un livre qui vous marque à tout âge. Quand vous avez vingt ans, vous n’êtes pas la même personne que vous serez à quarante ou soixante, donc je ce que je peux faire, c’est une liste. “Tonio Kröger” par Thomas Mann, “Les misérables” de Victor, “Martin Eden” de Jack London – et c’est déjà la deuxième fois que le mentionne, car  à mon avis, c’est un immense écrivain – le Comte de Monte Cristo par exemple de Dumas, “Jude l’obscur” par Thomas Hardy, “Light in August” (Lumière d’août) par William Faulkner, “Thérèse Raquin” par Emile Zola, et … Ok, je m’arrête ici parce que je pourrais continuer pendant une semaine, mais je ne peux pas omettre tout le travail du plus grand de tous pour moi, William Shakespeare.

 – Quel est le livre que tu n’as jamais terminé de lire ?

Ah, j’ai fini… Sûrement, “Ulysse” par James Joyce. Je sais que c’est un chef d’oeuvre, je sais que c’est une révolution littéraire, mais j’ai essayé au moins dix sept fois, je ne peux juste pas le faire, je démarre, et au bout d’un moment, je me saoule, je n’ai pas honte de l’admettre ! Mais même les Russes, extraordinaires aussi, bien sûr, ne parlent pas à mon être. C’est tout! Ciao ! Merci !

Bibliographie

Romans adultes

  • Zelter (1996)
  • L’impagliatore (2000)
    Publié en français sous le titre L’Empailleur, traduit par Arlette Lauterbach, (2003, Gallimard, collection série noire)
  • Dover Beach (2002)
  • La scala di Dioniso (2006)
    Publié en français sous le titre L’Échelle de Dionysos, traduit par Marina Boraso, (2007, Albin Michel)
  • Il grande scomunicato (2011)
  • Kosher mafia (2011)
  • La gang dei sogni (2008)
    Publié en français sous le titre Le Gang des rêves, traduit par Elsa Damien, (2016, Slatkine & Cie, 2017, Pocket)
  • La ragazza che toccava il cielo (2013)
    Publié en français sous le titre Les Enfants de Venise, traduit par Françoise Brun, (2017, Slatkine & Cie, 2018, Pocket)
  • Il bambino che trovò il sole di notte (2015)
    Publié en français sous le titre Le Soleil des rebelles, traduit par Françoise Brun, (2018, Slatkine & Cie)
  • La figlia della libertà, (2018)  Publié en français sous le titre Les Prisonniers de la liberté, traduit par Elsa Damien, (2019, Slatkine & Cie)

Roman jeunesse

  • I Ragazzi dell’Altro Mare (2016) Publié en français sous le titre Les Aventuriers de l’Autre Monde, traduit par Elsa Damien,(2020 Slatkine & Cie)

Adaptation

  • Ochi di cristallo, film italien réalisé par Eros Puglielli, d’après le roman L’Empailleur, avec Luigi Lo Cascio et Lucia Jiménez (2004)
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Ensemble, on aboie en silence – Gringe (170 pages)

Gringe est un artiste complet, rappeur, acteur qui apporte une pierre supplémentaire à son parcours avec ce livre. Un livre écrit en partie avec son frère, schizophrène. Il s’agit à la fois d’un livre sur la schizophrénie, sur l’amour fraternel, sur la culpabilité.

Il y a déjà eu des écrits sur des différences, l’autisme, la bipolarité, mais à ma connaissance, jamais on a donné la parole à une personne qui le vit de l’intérieur. Les photos de Thibault, sont incroyablement fortes, poétiques et belles. Sa plume est magnifique, ses textes écrits en hôpital psychiatrique sont poignants. La déclaration d’amour de Gringe pour son frère est comme une lettre d’excuses où il évoque sa culpabilité.

Car au moment où Guillaume devenait célèbre, Thibault sombrait dans une vie pour toujours compliquée et ils ont appréhendé ces deux facettes (célébrité / hôpitaux psychiatriques) comme ils ont pu. Parce que tout le monde fait comme il peut, tout le temps. L’énergie déployée par les malades, mais aussi leurs proches. Chacun avance comme un funambule sur le même fil déstabilisant qui bouge tout le temps. C’est épuisant pour tous et en continu. On croit par moment trouver des pistes pour stabiliser le cours des choses, mais c’est toujours temporaire et jamais acquis. Un texte qui se lit vite et d’une traite et qui laisse une trace.

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La grande roue – Diane Peylin (248 pages)

J’ai enfin réussi à me procurer le dernier livre de la sélection Cezam 2019. 

La grande roue, c’est quatre personnages dont on suit le parcours tour à tour. Aucun lien entre les 4. On se doute que tout va se rejoindre à un moment, comme lorsqu’on est dans une grande roue et qu’on voit le paysage de points de vue différents. Ce côté-là est plutôt réussi, et bien malin qui comprendrait qui sont David, Nathan et Tess, et leur lien avec Emma. On découvre assez tard les liens entre les différents personnages. On se doute aussi qu’il y a plusieurs époques et il n’y a pas d’indice qui nous éclaire. Le sujet est d’actualité, la maltraitance féminine.

Plusieurs ingrédients favorables à une bonne histoire donc. Pourtant, à mon sens, un certain nombre d’incohérences et d’invraisemblances viennent gâcher un peu le plaisir. Et pour le coup, on tourne un peu en rond au milieu, et on a l’impression de lire plusieurs fois des chapitres similaires. Comme dans une grande roue. C’est peut-être volontaire, mais moi, ça m’a un peu ennuyée. Pour autant, ça se lit bien, et la fin est assez inattendue.

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Une ombre qui marche – Tiphaine Le Gall (205 pages)

Ce livre de la rentrée littéraire est présenté comme un essai sur l’œuvre d’un auteur décédé qui aurait transformé le monde et la vision du monde en produisant une œuvre totalement vide, avec 283 pages blanches.

D’ailleurs, le sous-titre du roman est « essai sur les fondements et les enjeux de l’Oeuvre absente de Timothy Grall, par Maxime Desvaux, maître de conférence émérite en littérature française et comparée à l’université Sorbonne, Paris 4. C’est à la fois, bien sûr, loufoque, mais aussi sérieux, en présentant les travers de notre monde actuel. Elle y fait référence à des textes de Montaigne méconnus, mais aussi Kundera, Baudelaire, Flaubert.

L’autrice dont vous aurez noté la similitude de consonance avec l’auteur supposé invente également tout un tas de références. Un livre vraiment original, pas très facile, car il y a beaucoup de références philosophiques, mais il y a des trouvailles vraiment drôles et savoureuses !

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Debout-Payé – Gauz (204 pages)

Après cette incroyable rencontre VLEEL (varions les éditions en live, rencontres avec des éditeurs et des auteurs) avec les éditions le nouvel Attila et Gauz, j’ai immédiatement couru chez mon libraire pour me procurer la prose de cet érudit si humble. 

Gauz est un homme au discours fabuleusement simple et à la plume acérée. Sous l’apparente simplicité de son écriture, il avoue lui-même avoir énormément travaillé. Rien n’est acquis dit-il. Le talent n’existe pas, seul le travail compte. Il retrace dans ce roman l’histoire de plusieurs générations d’immigrés Ivoiriens en France, et l’évolution de la politique qui a façonné l’image populaire qui en a découlé. Ce récit est émaillé de réflexions sur la condition de vigile. Théorèmes, corollaires, sophismes, on est fasciné par le métier de ces hommes transparents, invisibles. On rit beaucoup aussi, des petits ou des gros travers des clients, mais parfois, on est soufflé par la poésie ou la tendresse qui se dégage de ce texte.

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Honoré et moi – Titiou Lecoq (295 pages)

J’ai adoré Honoré de Balzac, jeune. Je ne l’ai jamais trouvé ennuyeux, ou trop descriptif. Mais je n’aurais jamais imaginé que cet écrivain génial et prolifique était un dépensier compulsif, fou de fringues et de décoration d’intérieur. Pas étonnant que les femmes se sentaient tellement en phase avec un homme qui avait les mêmes hobbies et qui les comprenait si bien. Titiou Lecoq a épluché la correspondance et la comptabilité (plutôt fantaisiste) de l’écrivain pour nous en dresser un  portrait extrêmement moderne. Elle parvient à cette conclusion fondamentale et lucide : les auteurs sont des gens comme les autres. Même géniaux, même prolifiques, ils sont confrontés à des réalités bassement matérielles, et peuvent en arriver à être des menteurs invétérés pour éviter leurs créanciers. Ce livre est un enchantement, offre un visage et une facette méconnus de Balzac, et donne envie de se replonger dans littérature dans laquelle il s’est finalement inventé sa vie de rêve.