Two two you too, toutouille you tout… Entre poème en vers libres et injonctions de gym
tonic, on oscille entre Véronique et Davina dans un texte hybride qui ne ressemble à aucun autre. Si l’humour m’a parfois laissée perplexe, on ne peut que saluer le courage de l’éditeur de proposer un texte aussi différent.
Emma est dépêchée à Annemasse d’où elle vient pour participer à une enquête délicate. Une jeune fille a été enlevée exactement dans les mêmes circonstances que sept ans plus tôt. Si le roman se lit facilement, et les personnages sont plutôt bien campés, sans manichéisme, l’histoire est totalement improbable et contient trop d’invraisemblances à mon goût. Mais ce premier roman remarqué fait un carton et il est considéré comme l’un des dix romans policiers à lire absolument en ce moment, donc je vous laisse faire votre propre opinion.
Mister Chance est un être hybride entre Forest Gump et Bernie. Un peu simple d’esprit, il a été élevé loin du monde, dans une maison où il a été caché aux yeux de tous, nourri par une bonne qui était son seul contact pour s’occuper du jardin. Sa seule distraction est la télévision qu’il regarde en boucle quand il ne jardine pas.
Mais le propriétaire de la maison décède et il est mis dehors. Ce monde dangereux pour un être aussi faible va l’adopter comme un génie politique. Sa simplicité et son physique avantageux vont lui ouvrir toutes les portes.
D’une ironie et d’un cynisme absolu, Bienvenue Mister Chance dénonce l’absurdité et la mégalomanie qui se révèlent inefficaces devant ce genre de personnes. Ce roman drôle et complètement déjanté est à découvrir.
Dès les premières pages, l’ambiance de ce roman est lourde et poisseuse. On sent que ça va mal finir. Les habitants de cette petite ville sont fascinés par l’arrivée de l’ambassadeur et de sa femme. La boulangère s’en entiche d’autant plus que son mari la délaisse. Elle passe ses journées chez cette femme qui la manipule, entre malaise et climat malsain. L’effet pour déranger le lecteur est très réussi, mais ne lisez pas ça en période de déprime.
Julien vend des saucissons à la halle de Marrec. Un jour, il s’est présenté avec son CV, et Patrick, le gérant de plusieurs magasins l’a affecté aux saucissons. Comme dit Patrick M, plus t’en vends, mieux tu gagnes. Il a des préceptes simples Patrick M. Et puis, il y a Avi, le jeune roumain lettré qui philosophe en faisant des cafés parce qu’avec ses cheveux bruns, il ressemble à un Italien. Il y a aussi Sacha, le Tzigane et Alma la libraire, les plus belles jambes de La halle, de Marrec et du monde sur lesquelles tous les hommes fantasment. Ce petit monde tourne comme une ruche ou une fourmilière, tout est à sa place, tout roule. Mais la nouvelle vient de tomber, la galerie d’art au premier étage va être remplacée par un supermarché végétarien. Le rez-de-chaussée s’insurge et Fouad, le gardien de la galerie prévient : ça ne va pas se passer comme ça. Entre humour, philosophie, poésie et tendresse, Julien Syrac décrit les amitiés et les inimitiés, les hypocrisies et les petites lâchetés pour ce roman plein de vie. Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter Isa se livre n° 28 sur http://www.radio-toucaen.fr Isa se livre #28 | RadioTouCaen https://share.google/iiRirt5IIJkksxHLA
Witi Ihimaera a écrit ce roman en 1987, et il dégage pourtant une furieuse modernité par son engagement féministe, écologique et protecteur de la culture maorie de Nouvelle Zélande. Entre légende fondatrice et histoire familiale perpétuant au mieux les traditions, cette histoire courte ne manque ni d’humour, ni de passages poignants. Et pour prolonger l’expérience, je vous invite à écouter l’émission Isa se livre n°27 en Replay sur Radio Tou’Caen Isa se livre #27 | RadioTouCaen https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre-27/
Trois décennies, une pour expliquer la haine, une pour expliquer l’origine de la haine, une pour terminer l’histoire démarrée il y a vingt ans. Rémi David nous entraîne dans un thriller écologique où l’enjeu est l’eau potable sur fond de crise climatique. Un magnat de l’eau, qui se présente comme un philanthrope humaniste, est un vrai salaud. Mais salaud à quel point ? Samira lui voue une haine tenace qui dure depuis longtemps. Que s’est-il passé, il y a dix ans pour qu’elle veuille sa peau à ce point ? Haletant et bien mené, ce roman très touchant exploite les ressorts de la misère humaine, des petits qui se battent contre les grands. Un très beau roman au final magistral.
J’ai lu avec plaisir ce recueil de nouvelles dont toutes les histoires ont des contextes très différents mais chacune renvoie à un littoral de l’Atlantique. Qu’on en rêve ou qu’on y vive, qu’on y passe des vacances ou qu’on y travaille, ces tranches de vie sont toujours bien campées avec des personnages odieux ou attachants, des moments tendres, tragiques ou inquiétants. L’art de la nouvelle, pourtant exigeant est sous-estimé en France, mais je vous invite à vous y plonger.
J’ai retrouvé avec plaisir le capitaine Mehrlicht et son équipe ainsi que le style impeccable de Nicolas Lebel (chez Lebel, y’a du level). Une empoisonneuse sème la panique à Paris. Les victimes n’ont aucun point commun. Frapperait-elle au hasard ? J’aime les interrogations ironiques de l’auteur sur l’indigence de nos journaux télévisés (je me demandais si j’étais la seule à trouver inepte les micros-trottoirs au sujet de la météo, qui ont légitimé successivement les spécialistes en maladies infectieuses qui ont évolué vers des carrières de stratèges en géopolitique, pour devenir plus récemment des prix Nobel en économie. Pardon pour cette digression). Bref, je ne dévoilerai rien du suspens, mais je ne tarirai pas d’éloges sur l’intrigue bien ficelée, les personnages bien campés (on se surprend à penser à eux une fois le livre refermé) et l’humour qui donne des couleurs à la noirceur du monde.
Judith Gautier, vous connaissez ? Cette femme oubliée de l’histoire, à l’instar de tant d’autres, est la fille de Théophile Gautier. Lui, sa renommée n’a pas été effacée. Mais elle, a surtout été la première à proposer des traductions d’ouvrages en chinois, elle était bilingue, écrivaine et peintre. Elle a côtoyé tous les grands du monde artistique de la deuxième moitié du 19 ème siècle. Elle a réalisé les premiers décors du Tannhauser de Wagner dont elle a été la muse et l’amie, tout en étant l’amie de sa femme Cosima et la marraine de leur fille. Elle a aussi été la maîtresse de Victor Hugo, a été plébiscitée par Baudelaire et Flaubert, été l’amie de Debussy, du dernier prince d’Annam et de tant d’autres qui ont tous passé un moment au pré des oiseaux, sa dernière demeure. Grande amoureuse, elle finira ses jours avec Suzanne, de trente-sept ans sa cadette. Avec son style poétique et très travaillé, Florence Lizé nous livre une nouvelle fois une biographie romancée où une jeune adolescente dans les années soixante va grandir le temps de son séjour pour les vacances de Pâques. De l’autrice aux personnages, réels ou fictifs, toutes ces femmes sont à découvrir.