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Mon nom est Rouge – Orhan Pamuk, traduit du turc par Gilles Autier (736 pages)

Prix Nobel de littérature, l’auteur se lance ici dans un roman dense et original où chaque chapitre donne la voix à un personnage. Souvent, les narrateurs sont humains, mais on trouve aussi parmi eux des esquisses et la couleur rouge qui donne son titre à l’ouvrage. Le thème principal du livre est l’histoire de l’enluminure en Turquie à la fin du 16ème siècle en miroir avec l’art occidental. À cette époque, l’Europe développe de nouvelles techniques picturales, notamment avec l’introduction de l’ombre et de la perspective. Chaque marchand aisé souhaite avoir son portrait, celui de sa femme et de sa famille. Ces aspects de la peinture occidentale s’opposent violemment à l’Islam qui considère comme blasphématoire de se faire peindre ainsi que la perspective permettant des représentations de Dieu plus petites qu’une mouche au premier plan. Ce dilemme enflamme l’esprit des peintres et celui des sultans qui cherchent à acquérir les plus beaux trésors au travers de livres richement décorés d’or. Les pages contenant des images sont parfois enlevées de leurs livres d’origine pour être réutilisées dans d’autres ouvrages à la gloire d’autres dirigeants.
Ce roman est aussi une enquête policière. L’assassin parle d’une voix différente de son double non maléfique et l’auteur vous invite à découvrir qui il est. Il est difficile de faire sentir toute la subtilité de ce roman tant il est foisonnant, mais on apprend beaucoup sur cette période et cette région qu’on connaît mal.

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