Galerie

Maupassant, trois vies – Florence Lizé (320 pages)

Maupassant, cet écrivain fascinant, nous a laissé des œuvres inoubliables. A chaque fois que je dis que je viens de lire un bouquin sur Maupassant, on me répond souvent que c’est l’auteur qui a donné envie de lire, qui a marqué l’adolescence. Je n’échappe pas à la règle, et je me rappelle même avoir douté que la représentation du Horla que tous les élèves de Grenoble allaient voir, était le reflet d’un écrit d’un écrivain classique. Quelle claque !

Mais qui était l’homme, derrière l’auteur adulé ? Florence Lizé décortique, au travers de trois femmes qui ont compté dans sa vie – sa mère, la mère de ses enfants, une de ses innombrables maîtresses – son parcours, mais elle analyse aussi son œuvre au prisme des critiques de l’époque. Avec une écriture littéraire qui se prête admirablement au style de l’époque, elle nous embarque pour un week-end avec ces trois femmes qui finissent par se respecter, bien qu’elles se livrent à des joutes verbales acerbes.

Galerie

Objets, trajets – Stéphanie Lamache (152 pages)

Un pas, une pierre, un chemin qui chemine… Stéphanie Lamache part à la recherche de ses origines pour comprendre qui elle est au travers d’objets de son enfance, puisque dans sa famille de taiseux, on n’expliquait rien aux enfants. La violence verbale, plus ou moins larvée était le mode de communication privilégié. Dans le bocage normand, elle retrouve les chemins de sa jeunesse pour éclairer les racines de l’effondrement de cette famille dysfonctionnelle.

Galerie

Chronique de la dérive douce – Dany Laferrière (185 pages)

Je découvre Dany Laferrière, grand romancier d’origine haïtienne par ce petit ouvrage qui raconte son arrivée dans le plus extrême dénuement au Canada où il s’est installé lorsqu’il avait une vingtaine d’années. L’écriture incroyablement poétique en vers libres de ce roman m’a bouleversée. On est décidément plus sensible à certaines écritures qu’à d’autres. Je remercie Monsieur Laferrière de s’être mis à raconter sa vie. Il le fait d’une manière tout à fait délicate.

Galerie

Trencadis – Caroline Deyns (376 pages)

La vie de Niki de Saint-Phalle racontée de façon très originale dans la structure même de l’objet livre. Encore une fois, les éditions Quidam se lancent dans un projet audacieux auquel j’ai totalement adhéré. Si la forme peut dérouter, on sent chez l’autrice une vraie admiration pour l’artiste et aussi une grande compassion pour le drame de son viol incestueux par son père. Un destin en tout cas hors normes dans lequel il est intéressant de se plonger.

Galerie

Nelly, portrait d’une incandescente – Laure Gombault (136 pages)

A l’instar de l’éditrice lorsqu’elle a ouvert le mail de Laure qui lui proposait ce texte, on pourrait ne pas être convaincu par le synopsis. Une tante bonne sœur en cours de béatification, ça sentait le feel good et l’arnaque.

C’est sans compter sur l’aura de Nelly, religieuse à Alexandrie, qui a travaillé sa (courte) vie entière à devenir une sainte. C’est sans compter aussi sur la lumineuse écriture de l’autrice qui romance à peine le destin de cette femme, qui, telle Sainte-Thérèse de Lisieux a consacré sa vie à Dieu et aux autres. Des vies simples bouleversées par l’Histoire, des parcours atypiques, Laure retrace aussi son histoire familiale où le portrait de Nelly trône sur sa table de nuit ainsi que dans son cœur, comme un guide spirituel qui veille sur les siens.

Galerie

Les services compétents – Iegor Gran (271 pages)

Iegor Gran et j’ai des paillettes dans les yeux. Dans cet ouvrage, il raconte comment son père, Andreï Siniavski a déjoué la traque du KGB pendant six ans avant d’être attrapé et envoyé au goulag pour six longues années. Même Pasternak, ils ne l’avaient pas envoyé au goulag ! Le crime de Siniavski ? Avoir fait passer des nouvelles fantastiques, donc antisoviétiques en Occident pour les faire publier sous pseudonyme. Des nouvelles qui critiquent le régime. Même pas tout à fait. Mais les services compétents ne sont pas dupes, ils sentent l’ironie des écrits, la moquerie sous-jacente. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de nous raconter l’URSS des années soixante, les pénuries et les petits trafics (réprimés sévèrement) que la population subit. Ce livre est toujours présenté comme un ouvrage hilarant. En fait, moi, je n’ai pas trouvé ça très drôle. Les relents du passé ont trop mauvaise odeur. Heureusement, en effet, l’auteur s’emploie à utiliser un ton léger pour parler de ces choses si graves. Il manie la dérision avec un talent unique (hérité de ses deux parents, deux sacrés personnages, selon toute vraisemblance). Et sous sa douceur apparente, c’est vraiment ce que j’aime chez cet auteur.

Galerie

William – Stéphanie Hochet (190 pages)

Shakespeare a disparu pendant 7 ans. Quoi de plus romanesque pour une écrivaine comme Stéphanie Hochet, qui a étudié les œuvres de ce génie monumental pendant ses années d’études ? Mêlant biographie, fiction et autobiographie, l’autrice nous propose une version crédible de ces années perdues, tout en essayant de décrypter les mécanismes de sa famille dysfonctionnelle. Un roman très original dont les aspects très variés m’ont beaucoup plu et intéressé. Pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter l’émission de radio où j’ai invité l’autrice https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre-19-speciale-shakespeare/

Galerie

Armures – Stéphanie Hochet (216 pages)

Après William Shakespeare, Stéphanie Hochet s’attaque sur le même principe au mythe de Jeanne d’Arc, en mélangeant les faits historiques, la fiction et l’autobiographie. L’autrice a trouvé une voie (une voix ?) bien à elle et l’exploite encore une fois avec brio. Et si Jeanne d’Arc avait douté ? A-t-elle vraiment cru elle-même à ses visions ? Et si elle avait un peu enjolivé pour échapper à un destin tout tracé ? Pourquoi a-t-elle tant insisté pour être « La Pucelle » sinon pour éviter un mariage et la vie associée, broderie et élevage de marmots ? Et quelle femme ! à l’époque où il est interdit de se travestir, elle s’habille résolument en homme et elle est suffisamment convaincante pour entraîner dans son sillage des guerriers qui la suivent sans broncher.
Puis l’autrice nous parle de son frère d’armes, Gilles de Rais, dont on a oublié la bravoure et les faits d’armes pour ne se rappeler que du tueur en série d’enfants. (Cherchez sur Google, ils vous le présentent ainsi). Cet ogre féru d’alchimie ressemble étrangement à l’oncle de Stéphanie. Laissez-vous embarquer dans la grande histoire. Peut-être y découvrirez-vous des secrets bien enfouis.

Pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter l’émission de radio où j’ai invité l’autrice https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre-19-speciale-shakespeare/

Galerie

Écritures carnassières – Ervé (158 pages)

J’avais adoré Morsures de nuit, je me suis replongée avec délectation dans l’écriture de Ervé, âpre et poétique, où la lumière éclot de manière inattendue dans cette vie d’enfant brisée, dans le cul rond et blanc d’araignées ou dans la rosée qui fait scintiller leurs toiles. Le style de cet écrivain est vraiment magnifique et je vous invite à aller écouter le replay de l’émission de radio que nous avons fait ensemble, un moment touchant et pur, comme l’exquise personne qu’il est, où vous pourrez aussi découvrir d’autres aspects de cet artiste complet, musicien, dessinateur mais surtout : écrivain.

Isa se livre #18

Galerie

Si maintenant j’oublie mon île – Serge Airoldi (151 pages)

J’ai découvert l’existence de Mike Brant en 1994. Si si, j’étais complètement passée à côté, mes parents n’écoutant pas du tout ce genre de variétés quand j’étais petite, j’ignorais son nom, mais aussi ses chansons. J’espère ne pas décevoir les fans de cet homme si beau et si malheureux. Mosché est découvert par Sylvie Vartan et Carlos lors d’une tournée au Moyen-Orient et l’invitent à venir en France où on lui fera chanter un répertoire qu’il n’aime pas et auquel, on le sait aujourd’hui, il ne comprend rien. Comme beaucoup d’enfants juifs ayant porté la souffrance de leurs familles ayant vécu la seconde guerre mondiale et leurs camps de concentration effroyables, il gardera une névrose qu’il évacuera en sautant du 5 ème étage. Serge Airoldi analyse l’histoire au travers de cette star fabriquée de toutes pièces qui n’a jamais été bien dans sa peau. Une façon originale de traverser cette période et la vie de cet homme très seul.