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Geronimo et moi – Lilian Bathelot (382 pages)

Comme le dit l’auteur en préambule avec la définition du mot « roman » : Œuvre
d’imagination en prose qui présente des personnages donnés comme réels. Si la vie de l’héroïne, Francine, est fort peu vraisemblable, servante prostituée passionnée de feuilletons romanesques qui deviendra tour à tour communarde, chamane apache et écrivaine, l’ensemble forme un roman passionnant où l’auteur compare avec audace les combats de
Louise Michel avec ceux de Geronimo. On se laisse porter par cette histoire où le vent des boulets se mêle adroitement avec le vent des plaines américaines. C’est aussi une histoire de vengeance. On aimerait se dire que de pauvres filles prostituées de force au 19ème siècle ont pu se rebeller, dénoncer leurs bourreaux, ou bien se venger. Ça fait du bien de le croire et on soutient toutes les Francine du monde encore aujourd’hui de tout notre cœur. Ce livre nous donne aussi envie de se replonger dans l’histoire de Louise Michel et de Geronimo, deux personnages réels aux vies incroyables.

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La végétarienne – Han Kang traduit du Coréen par Jeong eun-jin et Jacques Batillot (212 pages)

J’ai découvert cette autrice que je ne connaissais pas avant sa médiatisation liée à son Prix Nobel de littérature et un ami a judicieusement choisi de me l’offrir à Noël. On retrouve l’esprit si particulier de l’écriture coréenne. Je l’ai déjà décrit pour d’autres ouvrages, leur cinéma et leur littérature possèdent un style à part, mélange d’originalité, de folie douce, de poésie. Ce roman retrace la descente dans la folie d’une femme, vue par trois protagonistes. Si la fin m’a laissée un peu perplexe, l’ensemble nous tient habilement dans une position intermédiaire où l’on se place de son point de vue à elle. C’est là que c’est fort, car à aucun moment l’autrice nous fait part de ce que cette femme a dans la tête, puisque c’est écrit du point de vue tour à tour de son mari, son beau-frère et sa sœur. Pourtant, à chaque page, on a envie de leur crier : Laissez-la tranquille !

Roman court, on traverse cette histoire tragique dans un état paradoxal de légèreté, où le soleil et les arbres sont la planche de salut.

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La tanche – Inge Schiperoord traduit du Néerlandais par Isabelle Rosselin (217 pages)

J’ai acheté ce livre au festival America, parce que je trouvais le titre sympa et que mon père était pêcheur. J’ai bien vu que l’autrice tentait de me mettre en garde contre mes illusions, et qu’elle faisait une drôle de tête quand je lui ai expliqué les motivations de mon achat. En effet, cette histoire est celle d’un jeune homme un peu simplet, au QI bas, une sorte de Lenny du roman « Des souris et des hommes », quelqu’un qui voudrait bien faire mais qui est envahi de pensées nauséabondes. Sorti de prison en liberté conditionnelle, Johnathan sait qu’il doit faire très attention à son comportement. Mais la tension monte tout au long du livre où l’on tremble pour une petite fille innocente et dont on pressent une fin tragique. Pas très esprit de Noël, si vous voyez ce que je veux dire. On est mal à l’aise tout du long. Si c’est l’effet escompté, c’est réussi.

 

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Les aiguilles d’or – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Jean Szlamovicz (520 pages)

J’avais adoré le matriarcat de Blackwater, je me suis replongée avec délices dans l’univers de cet auteur dépoussiéré par les éditions Monsieur Toussaint Louverture avec les splendides couvertures de Pedro Oyarbide.

On sent la patte du cinéaste dans la scène d’introduction qui nous trimballe dans le New York de la fin du 19eme siècle. La famille Stallworth, aisée, sûre de ses prérogatives, manigance pour l’ascension sociale. La famille Shanks manigance pour vivre. Léna la noire, a la vengeance chevillée au corps. Quand le juge Stallworth s’attaque à son domaine, on sait qu’une seule des deux familles sortira son épingle du jeu. Ou son aiguille d’or. Addictif et brutal, on s’attache aux personnages de cette saga en un tome qui se déroule sur une année. La crasse côtoie les robes à crinoline et les tripots mal famés les églises et les clubs féminins aseptisés. Du très bon Mc Dowell.

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Les silences – Luca Brunoni, traduit de l’italien par Joseph Incardona (249 pages)

Comme partout dans le monde, les enfants Suisses nés de filles mères ou orphelins ont été placés, au mieux dans des fermes pour servir de main d’œuvre corvéable à merci, au pire dans des instituts où ils étaient maltraités. Les silences raconte l’histoire de l’une d’entre elles, Ida, qui arrive de la ville dans une ferme où elle trime pour gagner sa pitance. Au milieu de mille secrets, elle va rencontrer les habitants du village. J’ai bien aimé la structure originale de ce roman qui raconte une histoire linéaire, puis qui raconte par bribes tous les éléments manquants à cette lecture linéaire, tous ces silences qui forment un brouillard opaque autour de protagonistes qui peinent à être heureux.

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L’enfant rivière – Isabelle Amonou (310 pages)

Dans un futur proche inquiétant et réaliste, un couple séparé depuis la disparition de leur fils, se retrouve suite aux funérailles du père de Tom. Exilé en France, c’est la première fois qu’il revient au Canada. Zoé est convaincue que leur enfant est toujours vivant. Elle pense même l’avoir retrouvé. Une belle écriture pour ce monde chaotique et une histoire bien menée. Un beau roman. Une description juste de la dérive de notre planète d’un point de vue écologique et politique. Un futur peu réjouissant mais possible. C’est très réussi.

 

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Une fin heureuse – Maren Uthaug, traduit du danois par Françoise et Marina Heide (410 pages)

Dans le cadre des Boréales, festival nordique en Normandie, j’ai l’occasion de découvrir des auteurs et des œuvres vers lesquelles je ne me serais naturellement pas orientée. Maren Uthaug vient à Caen cette année et c’était le moment de m’intéresser à son travail. Elle raconte une histoire originale et complètement barrée d’une famille de croque-morts au Danemark sur 7 générations. À chaque début de chapitre, vous aurez le récapitulatif de l’arbre généalogique qui s’étoffe Au fur et à mesure des générations. Malgré la fin heureuse promise par le titre, on doute que Nicolas, le seul garçon de sa lignée à avoir un prénom différent des autres, ait des intentions bienveillantes à l’égard de ses deux enfants qu’il emmène vers une destination inconnue pour mettre fin à cette lignée. Il les a drogués et leur a menti. Ce trajet en voiture va être le moyen de nous retracer l’histoire de cette famille depuis qu’on en a une trace et permet à Nicolas de nous en dépeindre toutes les tares qui le conduit à cette extrémité. Lui-même est un croque mort nécrophile, et s’il est tout à fait conscient de sa déviance, s’il a tout fait pour se prémunir contre ses penchants, il se rend compte qu’il est malade mentalement et qu’il n’a pu donner naissance qu’à des dégénérés. Un roman original par sa forme et son fond, sulfureux et subversif sans abus, drôle aussi. Un bon crû Gallmeister à n’en pas douter.

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Du givre sur les épaules – Lorenzo Mediano, traduit de l’espagnol par Hélène Michoux (186 pages)

Ce roman est une sorte de Gatsby le magnifique espagnol. Un jeune berger qui a été assidu à l’école de l’instituteur qui raconte l’histoire tombe amoureux d’une fille de bonne famille. Dans ces montagnes rugueuses, les hiérarchies sont bien ancrées et immuables. On appartient plus à une « maison » qu’à une famille. Mais empli de sa jeunesse et de son amour, il défie le père de la jeune fille en lui affirmant qu’il aura amassé assez d’argent en deux ans pour prétendre demander sa main. L’histoire est incroyablement romanesque et magnifiquement écrite. Tout est juste et beau. On tremble pour ce Roméo intrépide, on sourit aux petites mesquineries des habitants. Gros coup de cœur.

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Un bon million ou le démembrement de Lemuel Pitkin – Nathanael West traduit de l’anglais par Catherine Delavallade (222 pages)

Encore un livre complètement loufoque qui fait penser à un Candide américain. Sur le modèle des contes de Voltaire, Nathanael West écrit une fable terriblement pessimiste sur une morale inversée où les bons honnêtes ne peuvent pas réussir sans la force du pouvoir et de l’argent. C’est désespéré et cynique, mais pourtant léger dans le sordide.