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Si maintenant j’oublie mon île – Serge Airoldi (151 pages)

J’ai découvert l’existence de Mike Brant en 1994. Si si, j’étais complètement passée à côté, mes parents n’écoutant pas du tout ce genre de variétés quand j’étais petite, j’ignorais son nom, mais aussi ses chansons. J’espère ne pas décevoir les fans de cet homme si beau et si malheureux. Mosché est découvert par Sylvie Vartan et Carlos lors d’une tournée au Moyen-Orient et l’invitent à venir en France où on lui fera chanter un répertoire qu’il n’aime pas et auquel, on le sait aujourd’hui, il ne comprend rien. Comme beaucoup d’enfants juifs ayant porté la souffrance de leurs familles ayant vécu la seconde guerre mondiale et leurs camps de concentration effroyables, il gardera une névrose qu’il évacuera en sautant du 5 ème étage. Serge Airoldi analyse l’histoire au travers de cette star fabriquée de toutes pièces qui n’a jamais été bien dans sa peau. Une façon originale de traverser cette période et la vie de cet homme très seul.

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Tu mérites un pays – Leila Bouherrafa (293 pages)

Un vrai coup de cœur pour cette histoire de jeune immigrée qui vient de recevoir sa lettre d’entretien pour sa naturalisation française. Dès lors, elle va chercher à devenir la meilleure française possible, pour mériter un tel honneur. Avec une fausse naïveté, l’autrice dénonce les incohérences de notre beau pays. Avec humour et poésie, elle décrit un Belleville du vingtième arrondissement aux immeubles lépreux et délabrés, à la population haute en couleur, aux procédures qui sont plus respectées que Dieu. On se délecte par ailleurs du style de Leila Bouherrafa. Moi qui ne suis pas fan des répétitions en littérature, elle le fait ici avec une habileté qui fait tout le charme de ce roman.

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Le chien noir – Lucie Baratte (185 pages)

Il était une fois … une princesse intrépide et espiègle, mariée par son père à un homme
beaucoup plus âgé, viril et inquiétant. Ce conte gothique, version revisitée de Barbe-Bleue,
se déroule dans un univers où les couleurs noir, rouge et blanc dominent, créant une
atmosphère à la fois sinistre et envoûtante. Juste avant d’arriver au château, la princesse
trouve un chien noir blessé, qui deviendra son compagnon indispensable. Mais ce chien noir
si doux est-il vraiment ce qu’il semble être ? Lucie Baratte nous embarque dans son univers
saupoudré juste ce qu’il faut d’anachronismes qui l’ancre dans notre temps, où la tension
monte et l’horreur se dessine jusqu’à l’acmée. Un premier roman original, à l’écriture à la
fois surannée et totalement moderne.

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Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis – Nétonon Noël Ndjékéry (349 pages)

Voilà un pays dont on ne parle jamais : Le Tchad. Et pourtant, il s’en passe depuis plusieurs siècles des choses, dans ce pays d’Afrique noire, ce pays limitrophe avec les pays de l’Islam qui l’oppressent depuis toujours. Sa population a été l’objet de souffrances continuelles, esclavagisme imposé par les pays musulmans, puis par les colons européens, et maintenant au cœur de la terreur imposée par Boko Haram. Dans ce pays qui n’a pas de littoral mais qui possède l’un des plus grands lacs du monde, grand comme une mer, objet de convoitise entre tous les pays limitrophes, qui se meurt, symbole catastrophique de notre Terre qui se porte si mal, l’auteur invente une communauté de paix, esclaves fuyards, prisonniers échappés, tous les opprimés qui accepteront les règles de l’île mouvante sur laquelle les héros ont trouvé refuge.

Un livre très complet pour rattraper son ignorance sur l’histoire d’un pays qu’on connaît mal, et une histoire pleine d’espoir sur l’importance de l’éducation, de l’ouverture d’esprit, du savoir. Un roman passé inaperçu qui mérite qu’on le remette sur le haut de la pile.

P.S. dans cette période trouble et troublée, n’oubliez jamais que l’ouverture aux autres par la culture et la lecture est un gage de paix.

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Le café sans nom – Robert Seethaler, traduit de l’Allemand par Elisabeth Landes et Herbert Wolf (246 pages)

Robert Seethaler, dont le premier roman « Le tabac Trezniek », sorti en 2014, est dans mon Panthéon littéraire absolu nous décrit dans ce nouvel opus la vie quotidienne comme personne. L’auteur a l’art de la narration de vies entières, simples, où il ne se passe à la fois pas grand-chose et en même temps, énormément. Dans celui-ci, Robert Simon ouvre un café, un café qui n’aura jamais de nom, jusqu’à sa fermeture. S’y croisent de nombreux clients, habitués ou de passage, s’y nouent des amours fugaces ou durables, s’y jouent des drames et des instants de bonheur. Seethaler est le roi de ce type de récit, même si celui-ci finit légèrement en queue de poisson, on se plonge dans l’univers viennois des années soixante avec délice.

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A prendre ou à laisser – Lionel Shriver, traduit de l’anglais par Catherine Gibert (284 pages)

Lionel Shriver est cette autrice connue pour son roman, adapté au cinéma « We need to talk about Kevin ». Elle s’attaque cette fois à la vieillesse, la vision de notre société sur les personnes âgées, notre rapport à la mort. Au travers de douze versions différentes de la même histoire, à savoir la réflexion de Kay et Cyrus, à la cinquantaine, de peser ou non sur la société après 80 ans, Lionel Shriver nous sert un roman à l’humour anglais, caustique et profond à la fois.

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Fuir l’Eden – Olivier Dorchamps (266 pages)

Adam habite l’Eden, avec Lauren, sa sœur et l’autre, qu’il ne peut plus appeler son père. Depuis que leur mère est partie vivre une vie meilleure avec un type forcément formidable en Espagne, Adam rêve de la retrouver, un jour, et en attendant d’être majeur, protège Lauren comme il peut. Il revit pourtant en boucle les scènes terribles de son enfance, et survit grâce à l’amour qu’il porte à sa sœur, à ses meilleurs amis, Ben et Pawel et aussi Claire pour qui il travaille. Ce livre sur la misère sociale est néanmoins incroyablement lumineux et recèle beaucoup d’humour. Un vrai coup de cœur pour ce roman sur l’Angleterre des fins de mois difficiles.

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Pourquoi pas la vie – Coline Pierré (376 pages)

Et si la poétesse Sylvia Plath ne s’était pas suicidée en 1963, écartelée entre son rôle de mère, de bonne épouse bafouée, trahie et quittée, et son envie incommensurable d’être libre et d’écrire ? C’est le postulat de Coline Pierré, qui a choisi la vie, plutôt que la mort, et fait vivre Sylvia au-delà de cette date fatidique. Mariée à l’un des plus grands poètes contemporains, Ted Hughes, elle aura été novatrice dans l’écriture, à la fois féministe et très ancrée dans le réel de la femme au foyer. Aujourd’hui, elle serait probablement détectée bipolaire. A l’époque, trahie par l’homme de sa vie, et malgré son succès déjà éclatant, elle ne trouvera pas d’autre issue et scellera son sort. Coline Pierré signe là une ode à la vie, aux femmes, au féminisme, à l’optimisme, tout en décrivant une époque, où le joug des femmes était bien difficile à enlever.

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La vie suspendue – Baptiste Ledan (247 pages)

Tomas a perdu sa femme et ses deux enfants dans un accident de voiture (il y a beaucoup de veufs dans mes lectures en ce moment) et pour endormir son désespoir, il s’exile dans une ville-pays où le climat est maussade et l’ambiance figée. Il va bientôt découvrir le secret des habitants, « immunisés » contre la mortalité naturelle. Que faire du temps lorsqu’on a l’éternité devant soi, si aucun accident ne vient y mettre fin ? Combien de temps dure le deuil, l’amour ? L’auteur nous raconte cette histoire extraordinaire comme si elle était banale, et s’interroge sur le sens de la vie, sur les envies qui nous animent. Un roman original et bien écrit qui apporte une touche de philosophie et de réflexion salutaire sur l’impermanence, comme l’indique la quatrième de couverture.

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Au départ nous étions quatre – P.E. Cayral (291 pages)

Voilà un roman bien étrange et fort original. Merveilleusement écrit, je vous en déconseille néanmoins la lecture entre novembre et février, des mois où la tendance à la mélancolie est plus forte. Car ce livre est très très triste … A priori, c’est rigolo l’histoire de ces triplés dans cette ferme bretonne. C’est étonnant qu’ils racontent tour à tour la façon dont ils ont vécu leur naissance. Mais on sent une tension pesante s’abattre en permanence sur cette famille. S’il y a des moments de grâce, et même des moments de joie, la plupart du temps, ce sont les non-dits, les frustrations, le poids des secrets et les drames qui enveloppent l’ensemble du récit. L’écriture sollicite tous nos sens et en particulier le toucher. Un livre qui restera une expérience à part entière.