Une fille qu’on appelle, une call girl, quoi. Dans ce court roman, Tanguy Viel aurait pu piocher son histoire dans des faits réels. Il s’en est sûrement inspiré. Il décrit comment Laura, jeune fille sans bagage d’études, très jolie, ayant posé en tant que mannequin, mais aussi pour des revues érotiques se retrouve prise au piège du maire de sa ville natale dans laquelle elle est revenue. Comment son père, chauffeur de ce même maire et ancienne gloire locale de boxe demande un tout petit service à cet élu. Pourrait-il aider sa fille à trouver un logement ?
L’engrenage est enclenché, Laura et son père seront broyés. Glaçante, son histoire nous rappelle que lorsqu’on est au pouvoir, contraindre quelqu’un à des rapports sexuels peut prendre le visage du consentement.
Sigurlina est une jeune fille islandaise turbulente et insolente qui n’hésite pas à outrepasser la place que son père, aimant mais vieux jeu, lui assigne. Cette témérité va la pousser à quitter son islande natale pour les Etats-unis, terre de promesse, avec un culot qui force l’admiration. Mais son parcours sera semé d’embûches.
Un petit livre sympathique Sur une région et une époque qu’on ne connaît pas bien. Le rêve américain de la fin du 19ème siècle, début du 20ème a attiré jusqu’aux confins de l’Islande.
La famille Toimi est une famille finlandaise de 12 ou 14 enfants (si on tient compte des enfants décédés). Ce livre est la saga de cette famille dysfonctionnelle dont tous les membres ont l’air d’avoir un grain plus ou moins prononcé. Tout tourne autour d’un père particulièrement dur qu’on déteste tout au long du livre. On souhaite que tous ces gens soient libérés de l’emprise de cet homme qui n’aime personne et n’est aimé de personne. Mais la réalité est parfois plus complexe qu’elle n’y paraît. Les gentils sont-ils vraiment gentils ? Les méchants vraiment méchants ? Un joyeux fouillis qui évoque des périodes difficiles de l’histoire finlandaise et leurs rapports avec leurs voisins russes et suédois. Une saga dense et intense dans laquelle on se sent immergé comme si on faisait partie de la famille. Un chouette roman d’une artiste polyvalente, actrice, musicienne, qui réussit dans tous les domaines Son entrée dans l’écriture est également une réussite.
Ça y est ! Un de mes objectifs de l’année atteint : J’ai enfin lu Romain Gary. C’est ma chère Naomi qui m’a gentiment proposé ce titre. Expérience étrange, je ne m’attendais pas à ça. Ce roman, un des romans des dernières années met en lumière un personnage qui pourrait ressembler à l’auteur en plus vieux (le héros a presque soixante ans, quand le romancier a environ 45 ans en 1975). Il a, comme Romain Gary, une maîtresse beaucoup plus jeune que lui (Relation houleuse avec Jean Seberg), et il s’applique à la décrire à l’opposé de sa compagne. Laura est brune aux cheveux longs et brésilienne quand l’actrice qui partage sa vie est blonde aux cheveux courts. Tout le long du roman, il s’interroge sur sa capacité à satisfaire sexuellement sa compagne, tandis que l’âge et ses problèmes de prostate se font de plus en plus présents. Le type est tout à la fois pathétique et irritant. Et on ne peut se défaire de l’idée que Gary écrit là une sorte de supplique à l’égard de son amoureuse. C’est touchant, drôle, cynique et absurde, et en même temps un peu agaçant. Cet homme qui a traversé la deuxième guerre mondiale, qui a été résistant a comme principal souci d’être amoureux d’une femme beaucoup plus jeune que lui dont il craint l’abandon s’il ne peut pas lui faire l’amour tous les jours. Mais son angoisse ne viendrait-elle pas plutôt de son entreprise prise à la gorge à cause des hausses et de l’inflation ? Bref, on sent Gary se débattre avec ses propres démons qu’il expose sans pudeur dans ce roman qui ne fait pas écran avec sa propre vie, avec, déjà apparent en filigrane, sa tendance suicidaire. J’ai hâte de poursuivre ma quête Gary, avec ses autres écrits.
Lancée sur Marie-Hélène Lafon, on ne m’arrête plus. Les fans m’ont conseillé cet ouvrage, même si beaucoup d’autres semblent remporter les suffrages.
Ici, l’histoire est racontée à différentes époques, qui ne sont pas chronologiques. Chaque chapitre donne un éclairage de l’histoire, comme un tableau impressionniste, qui, par touches successives finit par donner un ensemble cohérent et homogène. On y retrouve le style âpre et ciselé de l’autrice où se détachent de vraies trouvailles de langage. J’ai particulièrement aimé : « Cela sentait l’encaustique, le miel et le beurre frais. » Elle nous raconte encore une fois des histoires entendues dans son coin reculé de la France, car, ainsi qu’elle le dit elle-même, si on laisse traîner ses oreilles, le matériau est inépuisable.
Quatre collègues de bureau célibataires à Londres sont racontés avec un humour anglais bien acéré. Petites manies, et vicissitudes, tristesse, désœuvrement, leurs vies ne sont pas très gaies et peu de choses pour les agrémenter. Lorsque les deux femmes partent à la retraite, ça n’arrange rien. Qu’y a-t-il entre eux ? Quels sont nos secrets espoirs ? Sommes-nous obligés de répondre aux injonctions de la société pour être heureux ? Barbara Pym nous délecte et nous fait réfléchir. Dans cette période où tout le monde veut arrêter de travailler le plus tôt possible, il serait judicieux de s’interroger sur toutes ces choses merveilleuses que l’on fera une fois qu’on sera à la retraite.
Deux mineurs syriens migrants en Grèce échappent à la surveillance des autorités, tandis qu’une vieille dame qui ne voit plus d’un œil confectionne des biscuits pour l’épicerie bar tabac du village. Une jolie histoire avec des personnages attachants pour lesquels rien n’est facile. Je me suis laissé embarquer malgré le sujet casse-gueule et un final improbable. Mais on a le droit de rêver un peu de temps en temps.
Marie-Hélène Lafon nous livre un roman sur la violence conjugale dans les années 70 en milieu paysan, sans scène gore. Tout est dans son écriture ciselée, tout est dans l’atmosphère, les non-dits. Tout fait peur et tout est tranquille, lisse comme la surface de l’eau. En trois parties, de plus en plus courtes, en trois voix, en trois époques, l’autrice nous raconte avec son ton âpre son Cantal natal, au travers de cette histoire sans histoire. Quand je l’ai rencontrée, Marie-Hélène Lafon m’a dit : « Souvent, on me demande de raconter le pitch de mes livres. Comment faire le pitch de ce genre de livre ? » C’est en effet plutôt son style unique qui pose ses romans.
Lena et Ivan se rencontrés petits et ne se sont plus quittés jusqu’à l’adolescence. Mais l’explosion du réacteur de Tchernobyl va les séparer. Ivan et sa famille sont évacués de leur ferme où tous les animaux sont exécutés. La famille de Léna en profite pour fuir l’URSS. Ses parents lui intiment d’oublier son pays d’origine. Tant bien que mal, elle se construit sur des non-dits, sur ce qu’elle a enfoui. Mais le passé finit toujours par ressurgir. Elle retourne à Pripiat, comme tous ces touristes qui viennent visiter la ville fantôme abandonnée. Alexandra Koszelyk raconte l’exil, la façon dont les exilés se construisent avec et sans, avec ce nouveau pays, cette nouvelle langue qu’ils doivent apprivoiser pour se fondre dans la masse et sans leur culture, leur langue qu’ils doivent abandonner. Elle aborde les deux aspects de ceux qui sont restés et ceux qui sont partis, et aussi ceux qui sont revenus, car beaucoup ont fini par retourner « chez eux », malgré les radiations. En effet, quitte à mourir, autant que ce soit chez soi. L’alcool et le désœuvrement tuent aussi sûrement que les légumes qui poussent irradiés. Une belle histoire d’amour dans la grande Histoire, un premier roman très réussi.
Eli Cohen a été un des espions les plus doués du monde. Il a réussi à s’introduire dans les plus hautes sphères des autorités syriennes et à transmettre un nombre d’informations colossales en Israël. Mais il s’est fait prendre et a été pendu après avoir été torturé. Cette histoire tragique est racontée par Dora / Paule qui veut en faire un film. Et pour le rôle, elle pense à Robert De Niro. Les passages où l’on voit Dora se démener pour l’écriture de son scénario et obtenir un rendez-vous avec la star du cinéma sont désopilants. Cela allège un peu l’histoire tragique de cet espion. L’autrice nous dévoile ce pan de l’histoire d’Israël de façon très originale et les deux époques (1967 contre 1987) sont habilement mise en opposition. Un livre qui sort de l’ordinaire à ne pas manquer.