Galerie


Théoda – S. Corinna Bille (252 pages)
Suisse, début du 20ème siècle, dans la montagne où la vie est rythmée par l’élevage et les saisons. Le poids de la religion se pose sur les épaules de tout le monde. Théoda, elle, se moque du qu’en dira-t-on. Elle est jeune, elle est belle, elle aime les belles choses, les foulards, qu’elle change régulièrement, sous le regard désapprobateur des villageois. Elle a épousé Barnabé, l’aîné d’une nombreuse fratrie et l’histoire est raconté par l’une de ses sœurs, une petite fille fascinée par cette femme. On pressent le drame, dès le début. L’écriture est à la fois exaltée et toute en retenue. La petite fille est partagée entre son admiration et sa répulsion. Ce livre est aussi une histoire d’amour, un amour destructeur et fatal. Le roman nous plonge dans une époque puritaine et surannée, avec une jolie écriture.

Galerie

Peau Rouge – Gyslain Ngueno (207 pages)

La mère de Benny élève ses deux enfants comme elle peut, en cumulant les jobs de femme de ménage et de nounou et en vivant dans des lieux précaires. Sans papiers, elle jongle en tirant le diable par la queue. Son but : Donner à ses enfants une éducation qui leur permettra d’être comme ceux qui sont nés ici. Sa devise : Rester discrets. L’adolescent mal dans sa peau va se construire grâce à l’amour de sa mère sévère et de sa sœur douée pour les études, à l’amitié d’un garçon qui va lui ouvrir les yeux sur les clichés sur les Indiens d’Amérique (d’où le titre) et à la danse, sa passion. Tout le roman marche sur un fil de funambule, entre petites victoires et grandes désillusions jusqu’au final, magistral. Un beau roman d’une petite maison d’édition de qualité.

Galerie

Le jardin sur la mer- Mercè Rodoreda, traduit du catalan par Edmond Raillard (250 pages)

Zulma s’attache depuis quelques années à créer la bibliothèque européenne idéale. Dans cette collection, on trouve notamment « du givre sur les épaules », que j’ai adoré. On y trouve aussi ce roman écrit entre 1959 et 1966, publié en 1967. Un jardinier raconte quelques années de vie d’une villa au bord de la mer, du côté de Barcelone, avec ses histoires d’amour, de trahisons et d’un jardin. L’écriture est magnifique, les descriptions du jardin, sublime, l’histoire en filigrane des propriétaires et de leur voisin, tous immensément riches, qui rivalisent et se jalousent en dépensant sans compter nous transportent. La construction du roman s’enroule autour des indiscrétions des différents employés de maison qui font tourner ce petit monde et on sort de cette histoire avec une odeur de rose et d’humus dans le nez et un léger pincement au cœur.

Galerie

Déserter- Mathias Enard (254 pages)

Lire Mathias Enard est toujours une expérience. Cet écrivain d’une érudition qui dépasse celle du commun des mortels de loin, imagine toujours des histoires où les scientifiques sont spécialistes de sujets pointus. J’adore son écriture qui se lit aussi bien qu’elle est aiguisée, elle aussi. Pour autant, ce roman m’a laissée perplexe dans sa construction. Deux histoires parallèles se déroulent d’un chapitre à l’autre sans jamais se rencontrer. Tout du long, on imagine qu’on va comprendre ce qui les rassemble, personnellement, je n’ai pas trouvé la clé de ce rapprochement. Mon avis est qu’il n’y en a pas. On croise donc d’une part cette historienne des mathématiques, fille d’un éminent mathématicien disparu tragiquement, fidèle au régime communiste de l’Allemagne de l’Est jusqu’à la chute du mur et même au-delà, qui raconte une croisière conférence organisée en hommage à son père qui doit démarrer le 11 septembre 2001 et qui s’arrête donc, à peine amorcée, sa mère, sublime, qui a vécu à Berlin ouest, femme politique de renom, et d’autre part, ce déserteur dans une région méditerranéenne qui rencontre une femme fuyant la guerre avec son âne. Une expérience à part entière, dans un style impeccable, c’est le plus fidèle résumé que je puisse faire.

Galerie

La patiente du jeudi – Nathalie Zajde (282 pages)

Mona est une jeune fille dépressive dont les crises d’angoisse l’empêchent de vivre.
Azvrum et Mosche sont deux jeunes amis juifs pleins de vie et d’espoir qui quittent la Pologne des années 20 pour aller faire fortune en Amérique. Au travers de ces deux histoires entrecroisées, l’autrice nous parle de la transmission tacite, des héritages qui pèsent sur les descendants des tragédies de l’histoire. Dans une écriture très simple, Nathalie Zajde nous émeut aux larmes avec ses héros aux vies brisées.

Galerie

La rivière – Laura Vinogradova, traduit du letton par Louise de Brisson (137 pages)

Les Éditions Bleu et jaune nous donnent l’occasion de voyager dans la littérature
européenne au travers de traductions de langues peu communes, ici le letton. La sœur de Ruta a disparu il y a dix ans, mais cette dernière ne se remet pas de sa volatilisation et continue de lui écrire régulièrement. Elle s’enfuit de sa vie confortable pour aller passer un été dans la maison de son père décédé qu’elle n’a pas connu.

Dans cet endroit pourtant
perdu, elle va rencontrer sa voisine enceinte et son petit garçon, ainsi que le frère de cette voisine. Elle va peu à peu reprendre pied dans cette isolation. Dans une langue simple, l’autrice nous livre par touches, l’enfance difficile de cette femme et le traumatisme lié à la perte de sa sœur. Une belle découverte.

Galerie

Les silences de Pietrasecca – Alexandre Bertin (292 pages)

En 1944, les forces alliées libèrent l’Italie du joug mussolinien. Attendus en héros, les soldats vont commettre des atrocités, sous couvert de punir les fascistes. Comme toujours dans les guerres, ce sont les populations qui trinquent, et les femmes en particulier. En 1973, Lorena découvre que ses parents ne sont pas ses parents biologiques. Elle part alors à la recherche de la vérité sur ses origines véritables. Elle va aller de trouvaille sordide en trouvaille sordide. Cette histoire est particulièrement haletante, on suit Lorena dans sa quête. Comme elle, on voudrait savoir. Et ce que vous allez apprendre avec elle dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer.

Alexandre Bertin, après dixième manche, un roman sur le milieu du baseball a su brillamment se renouveler, avec comme thème de prédilection, encore une fois, les secrets de famille.

Galerie

Le dimanche du souvenir – Darragh Mc Keon traduit de l’anglais irlandais par Carine Chichereau (240 pages)

Simon fait des crises d’épilepsie tellement graves qu’elles l’empêchent de vivre et il est prévu de l’opérer. Les crises ont commencé peu de temps après un choc émotionnel terrible, où Simon, jeune adolescent, a été témoin et victime sans dommage physique apparent d’un attentat perpétré par l’IRA. Les crises cessent un moment et reprennent de façon impromptue alors qu’il croyait ce passé digéré. La construction du texte nous éclaire peu à peu, au rythme du refoulement du héros qui voit son passé ressurgir peu à peu.

A la moitié du roman, on change complètement de point de vue, et d’histoire en quelque sorte, pour revenir dans un final majestueux sur la culpabilité de Simon. Le ton et le style élégiaque apportent aux personnages leur profondeur et une tristesse infinie, comme une lame de fond, se diffuse au fur et à mesure de l’histoire. Un très beau roman qui retrace une période terrible de l’histoire irlandaise et de cet attentat en particulier, celui d’Enniskillen en 1987, avec son cortège de vies et de familles brisées.

Galerie

Comment va la nuit – Christian Carayon (312 pages)

Un homme taiseux au passé trouble s’est installé dans une vallée retirée. Dans une construction narrative inversée, on va remonter l’histoire pour comprendre ses failles. On ne peut pas tellement en dévoiler plus sous peine de divulgâcher. Un livre que j’ai bien aimé, bien écrit, mais qui a transporté certains lecteurs plus que moi. C’était le dernier de mes lectures du prix Cezam 2024 repris par notre bibliothèque de village avec un an de décalage.