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Fuir le bonheur – Francine Burlaud (205 pages)

Pourquoi Elise est-elle si réticente à aller au mariage de sa sœur qu’elle admire, adore et déteste à la fois ? Des relations de famille, d’amitié, d’amour, tout est merveilleusement et justement décrit dans ce roman. La vie y est exposée dans sa vérité nue, les pensées des uns et des autres confrontées aux discours que l’on sert à la place, pour éviter de froisser, pour masquer ce qu’on n’ose pas évoquer, ce qu’on ne peut pas dire.

Chaque personnage est vrai, aucun n’est caricatural, on a tous connu des situations similaires où nos sentiments ne sont pas les plus reluisants : la jalousie, la honte, le mensonge, la peur. L’ensemble est écrit avec beaucoup de finesse, de sensibilité et d’humour. Merci encore une fois aux éditions Slatkine et compagnie pour leur confiance.

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Vigile – Hyam Zaytoun (125 pages)

L’autrice raconte l’infarctus de son mari. Pendant 30 minutes, elle va lui faire un massage cardiaque en attendant les secours, lui sauvant la vie. Mais à quel prix ? Dans le coma et soutenus par un respirateur artificiel, les médecins sont très pessimistes.

Pendant ce temps suspendu, entre la vie et la mort, elle évoque leurs meilleurs souvenirs, et aussi le soutien de la famille et des amis, très présents. Cela m’a frappé. A aucun moment, cette femme n’est seule, à aucun moment, il n’est seul dans son coma. Ces gens sont très entourés, par une famille aimante et de vrais amis. 

De ce fait, ce moment douloureux et tragique est un moment partagé avec les gens qu’on aime et ça change tout. Un écriture délicate et tendre pour ce court récit. Et beaucoup d’amour.

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Camarade Papa – Gauz (252 pages)

Depuis la rencontre avec Gauz dans “Varions les éditions en live”, où j’ai découvert sa verve poétique, je ne cesse d’en faire l’éloge. Camarade Papa ne fait pas exception à la règle. Un peu comme Giono, Gauz est un auteur difficile à chroniquer. Comment faire ressortir toute la magie de son langage sans le déflorer ? Il est impossible à catégoriser, c’est un auteur vraiment à part.

Nous suivons ici en parallèle Maxime Dabilly, jeune homme de la fin du 19ème siècle qui part à l’aventure de la conquête de l’Afrique et un petit garçon du vingtième siècle, dont le père communiste lui en inculque des théories. Gauz réinvente la langue française en utilisant des artifices poétiques et drôles pour traduire la parole de l’enfant. Il évoque la condition des blancs en Afrique, les maladies, le climat qui les tuent, le découpage des territoires signé avec des croix, bétonnés par des commerces qui sont des doubles jeux de dupes, les amitiés, les inimitiés entre les Français et les Anglais. 

Quel travail d’écriture incroyable ! Quelle richesse dans le vocabulaire !  Quel boulot d’historien ! Tout ce travail amène une fluidité absolue et l’ensemble se déguste comme un bonbon pour enfants. 

Et je ne résiste pas à vous faire partager ma phrase préférée : “Accrochée au ventre des nuages, la lune en croissant est couchée sur le dos dans un hamac d’étoiles” Si avec ça, vous ne faites pas de beaux rêves…Gnianh zigbo !

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Lève ton gauche ! – Frédéric Roux (261 pages)

Dans une récente chronique, j’ai par hasard utilisé du vocabulaire que j’ai emprunté au domaine de la boxe. A priori, la boxe n’est pourtant pas mon univers. Mais ce livre est un vrai uppercut. C’est avant tout un roman social qui se déroule dans les années 70, et même s’il parle de ce petit club qui tourne en partie grâce aux “extras”, entendez des missions de gardiennage, de videurs, la boxe n’est que le prétexte du milieu qu’il raconte.

Nos cinq sens sont sollicités, et on ressent comme les protagonistes, la peur avant les matchs, l’adrénaline, le désarroi des combats perdus, et finalement, pas tellement le bonheur de les avoir gagnés, juste une sorte de “ouf”! j’ai survécu. C’est une bande de jeunes qui s’éclate, et puis, les années passant, ils se rendent surtout compte qu’ils vieillissent. Le style est magnifiquement imagé, le livre est à la fois drôle et pathétique, triste et nostalgique, c’est à lire absolument. Merci aux éditions de l’arbre vengeur pour leur confiance et à Antoine Faure dont je vous conseille la chronique sur 130 livres.

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Suprême Soviète – Olga Schmitt (160 pages)

Olga est né en 1965 en URSS. L’Occident y est absolument diabolisé. Sa mère est une actrice sublime et reconnue, son père un metteur en scène célèbre. Quand son père quitte sa mère, son nouvel amoureux est un peintre qui n’a pas les faveurs du parti, mais qui est connu au-delà des frontières. Sa grand-mère, une femme immense, aviatrice, héroïne de la deuxième guerre mondiale l’a élevée avec Alla, une sorte de tante.

Ce livre n’est pas un roman, il raconte les vraies anecdotes de la vie d’Olga, l’âme slave, le tragique et le comique mêlés, l’absurdité d’un système où on se sent bien lorsqu’on n’a connu que ça et que c’est chez soi. La vie de cette femme est incroyablement romanesque, un romanesque à la Russe, où chaque personnage est un roman à lui tout seul. La fin est un drame, mais c’est aussi une seconde naissance.

Sans déflorer davantage son histoire, comme moi, vous lirez les premières pages, et puis vous arriverez au bout sans avoir pu le lâcher. Vous rirez et vous pleurerez dans des torrents de larmes et des flots de vodka. 

Ne laissez pas passer ce livre qui sort aujourd’hui, 5 novembre 2020. Les livres des confinements sont des livres qui seront sacrifiés si on ne leur donne pas une chance. Celui-ci ne mérite pas d’exil.

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Opus 77 – Alexis Ragougneau (243 pages)

Ariane est une pianiste internationalement connue, belle et froide. Elle doit jouer pour les funérailles de son père et décide au dernier moment de changer son répertoire pour interpréter une adaptation du concerto pour violon de Chostakovitch opus 77. Le livre est donc écrit en cinq chapitres, comme les cinq mouvements du concerto et donne l’occasion à Ariane de raconter la vie de sa famille, à la fois banale et tragique.

Elle n’évoque son père qu’en le nommant par son nom de famille, un père célèbre, pianiste, comme elle, puis chef d’orchestre. Elle relate les relations houleuses qu’il a entretenues avec son fils violoniste, reclus depuis des années dans un bunker et une mère qui a perdu peu à peu la raison. Les répétitions sont racontées comme des interrogatoires du KGB et les concerts comme des suspenses qui pourraient mal se finir. Ce livre brillant et dramatique fait partie de la sélection j’ai lu, l’élis basé sur le prix Cezam 2020. Un gros coup de cœur.

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La mécanique du coeur – Mathias Malzieu (155 pages)

Après la rencontre incroyable et magique avec la collection Iconopop des éditions Iconoclaste, et leurs trois premiers auteurs, tous différents et touchants dans leur genre, je n’ai pas pu m’empêcher de raconter la tendresse poétique de Mathias Malzieu à mes collègues dont l’un d’eux m’a déposé la mécanique du coeur sur mon bureau le lendemain même.

La mécanique du coeur est un moment de lecture sensible et un peu perché, drôle et mélancolique, à l’image de son auteur. On y croise des personnages improbables, un peu comme dans la cité des enfants perdus, ou comme dans Edward aux mains d’argent, avec une ambiance un peu similaire.

Le tout, comme toujours chez Malzieu, saupoudré d’une histoire d’amour à faire exploser les coeurs, surtout quand ils fonctionnent grâce à une horloge en forme de coucou suisse. Un moment de grâce où les chanteuses sont myopes et où Méliès conseille l’amoureux transi, comme une barbapapa légère, rose et sucrée.

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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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La petite voleuse – Michael Cho (90 pages)

Une BD pour changer ! Corrina déprime dans son agence de pub. Elle a fait des études de lettres pour être romancière et elle se demande si elle n’est pas en train de passer à côté de sa vie. Alors pour avoir l’impression d’exister et sentir l’adrénaline monter, elle pique des magazines, l’air de rien, dans le supermarché où elle fait ses courses.

Elle est mal à l’aise dans sa peau parce qu’elle est mal à l’aise dans sa vie. Le trait à la fois simple et précis de Michael Cho nous plonge dans l’ambiance juste du mal être de Corrina. Les scènes sont séparées par des plans larges des paysages de la ville, qui mettent ce début de vie un peu raté en perspective. Peu de couleurs dans cette BD proche du comics pour mettre en exergue le côté terne de sa vie. Un très joli livre.

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Ensemble, on aboie en silence – Gringe (170 pages)

Gringe est un artiste complet, rappeur, acteur qui apporte une pierre supplémentaire à son parcours avec ce livre. Un livre écrit en partie avec son frère, schizophrène. Il s’agit à la fois d’un livre sur la schizophrénie, sur l’amour fraternel, sur la culpabilité.

Il y a déjà eu des écrits sur des différences, l’autisme, la bipolarité, mais à ma connaissance, jamais on a donné la parole à une personne qui le vit de l’intérieur. Les photos de Thibault, sont incroyablement fortes, poétiques et belles. Sa plume est magnifique, ses textes écrits en hôpital psychiatrique sont poignants. La déclaration d’amour de Gringe pour son frère est comme une lettre d’excuses où il évoque sa culpabilité.

Car au moment où Guillaume devenait célèbre, Thibault sombrait dans une vie pour toujours compliquée et ils ont appréhendé ces deux facettes (célébrité / hôpitaux psychiatriques) comme ils ont pu. Parce que tout le monde fait comme il peut, tout le temps. L’énergie déployée par les malades, mais aussi leurs proches. Chacun avance comme un funambule sur le même fil déstabilisant qui bouge tout le temps. C’est épuisant pour tous et en continu. On croit par moment trouver des pistes pour stabiliser le cours des choses, mais c’est toujours temporaire et jamais acquis. Un texte qui se lit vite et d’une traite et qui laisse une trace.