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On dira que c’était un accident – Véronique Presle (185 pages)

Freddie est bipolaire, alcoolique et mère célibataire. Un jour, on lui a enlevé Lior, son enfant pour le mettre dans un foyer. Elle en veut terriblement à la femme qui l’a dénoncée, à l’époque, qu’elle croyait être son amie. Alors, elle compte bien être irréprochable pour ne pas le perdre à nouveau. Pour l’anniversaire de son fils, elle a tout bien fait, ou presque. Une semaine du point de vue de Freddie, puis une du point de vue de Lior qui fait tout pour soutenir sa mère à bout de bras et ne pas sombrer à son tour, Véronique Presle nous livre un roman terrible sans pathos. Elle jongle avec ses personnages bien campés et attachants et on retient sa respiration jusqu’à la fin, car on sent que tout peut basculer à tout moment.

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Photo sur demande – Simon Chevrier (178 pages)

Un jeune homme étudiant navigue entre deux applications, Grindr et Giton, la première pour rencontrer l’homme de sa vie, la deuxième pour se prostituer, car il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Déprimé, il arrête ses études et se consacre beaucoup à ses rencontres, de plus en plus tristes ou sordides. En parallèle, il entame des recherches sur le modèle d’une photo étrange qui le fascine. Dans un style moderne et épuré, l’auteur nous parle de cette moderne solitude où tant de jeunes sombrent, entre mélancolie et désespoir. L’histoire de cette photo iconique de Peter Hutjar apporte un thème de fond très intéressant qui sert habilement de fil conducteur obsessionnel. Un début prometteur pour cette entrée en littérature sur un sujet difficile.

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Magma – Thora Hjörleifsdóttir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salün (144 pages)

Si vous suivez mes chroniques, un détail entre celle-ci et la précédente devrait vous interpeller. Deux ouvrages traduits de la même langue par le même traducteur. C’est ça, d’être bénévole dans des festivals, on rencontre des gens, ils parlent de lecture, et moi, pauvre papillon de nuit attiré par la lumière, je rajoute des titres à ma pile à lire, ou à ma liste d’envies. J’ai bien tenté de me boucher les oreilles, mais le destin m’a conduite dans une bibliothèque où ce livre était en évidence. J’étais en avance sur l’horaire de la rencontre à venir, d’autant plus que l’horaire indiqué sur le programme était erroné. Trois quarts d’heure parfaits pour avaler ce très court roman coup de poing. Il raconte une histoire d’emprise et de violence, comment cette jeune fille jolie et aimable se trouve sous le joug d’un homme manipulateur. Mais les coups portés ne sont jamais physiques, rien que des baffes à l’âme qui mènent notre héroïne au bord du gouffre. Un livre qui explique à merveille les mécanismes de la violence larvée.

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Echos – Kristin Eiriksdottir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salün (418 pages)

Villa présente un film documentaire sur Dimitri, dit Dimmi, un garçon qu’elle a connu a à l’adolescence, perdu de vue et qui est devenu pêcheur sur un baleinier. Mais Villa ne va pas très bien, on la sent sur un fil fragile, elle tangue, et semble prête à chavirer à chaque question. L’autrice nous présente ce drame de façon très déstructurée, ce qui est approprié par rapport au sujet de fond traité : l’addiction. Naviguant dans le temps, la romancière vous énonce des vérités (Villa a un enfant, Villa est sobre, Dimmi est mort) et lorsque vous commencez à vous interroger (Mais comment a-t-elle pu avoir un enfant ? Elle a donc été alcoolique ? Quand Dimmi est-il mort ?), elle vous distille au compte-goutte des informations qui, à l’instar de pièces de puzzle, vont finir par former un ensemble cohérent. Un roman sombre et lumineux à la fois, sur les motivations qui poussent les alcooliques et les drogués à vouloir s’en sortir.

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DJ Bambi – Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’Islandais par Éric Boury (198 pages)

J’aime l’écriture douce-amère de Auður Ava Ólafsdóttir. J’ai lu la plupart de ses romans qui agissent sur moi comme un plaid en plein hiver, réconfortant. Elle s’attaque à des sujets de société, avec des histoires de gens ordinaires dont les vies sont banales. Elle a l’art subtil de ne pas raconter grand-chose, tout en nous tenant en haleine. Elle possède la faculté rare de faire sourire en taillant ses congénères en pièces, tout en ayant l’air de ne pas y toucher.
Bambi est une femme née dans un corps d’homme. Elle raconte son parcours triste, partagé entre le silence du camouflage, jusqu’au déni de ce que l’on est au plus profond de soi, et l’assomption de ce qu’elle est vraiment, au point d’être rejetée par tous ses proches. Elle raconte l’attente d’une opération qui tarde à venir. Elle raconte le Logn, cet état qui n’a pas de traduction pour dire l’absence totale de vent. Comme toujours, le traducteur parvient à nous transmettre ces mots intraduisibles, une connivence qui s’affirme au fil de leur collaboration. Une réussite.

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Le dernier Syrien – Omar Youssef Souleimane (220 pages)

Joséphine, Youssef, Rachid, Khalil, Muhammad… Printemps arabe, 2011. Après la vague de liberté qui a déferlé sur l’Afrique du Nord, le peuple Syrien essaie à son tour de faire valoir ses droits. Ces jeunes n’aspirent qu’à avoir un parlement, des lois justes, une meilleure répartition des richesses. Malheureusement, Bachar El Assad va s’accrocher à son pouvoir dans une répression terrible, torturant et tuant tout contestataire, semant la terreur. Abandonnés du reste du monde, les Syriens vont être pris en étau entre une dictature fasciste et un islamisme intégriste montant. L’auteur, exilé politique lui-même, décrit la pression qui monta peu à peu pour cette jeunesse qui a cru à la justice et qui n’a trouvé que les impasses de la fuite ou de la mort. On aurait envie que ça finisse bien. On sait que ça n’a pas été le cas. J’avais ce livre dans ma PAL depuis un moment, la sortie du dernier ouvrage de l’auteur sur les accointances de LFI avec les islamistes m’a donné envie de le faire remonter dans ma pile.
Dans un roman, on peut dire n’importe quoi. Mais quand on voit les contre-vérités assénées dans notre beau pays, il est bon de s’appuyer sur des personnes qui savent de quoi elles parlent et non des pseudos spécialistes qui s’expriment à tort et à travers.

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Charrue tordue – Itamar Veira Junior, traduit du portugais par Jean-Marie Blas de Roblès (340 pages)

Après l’histoire de Mother Naked, je tombe de nouveau sur une histoire de servage qui ressemble à s’y méprendre à de l’esclavage. Comme au 14ème siècle en Angleterre, le Brésil a perpétué ce mode de fonctionnement jusqu’au 20ème siècle. Deux régions, deux époques où le parallèle saute aux yeux. On y rajoute la couche culturelle des croyances locales (le spectre anglais et les enchantés, les esprits brésiliens). J’ai bien aimé l’histoire du destin de ces deux sœurs qui vont se battre chacune avec leurs propres armes pour se libérer de leur joug et se réunir dans un final en apothéose. La scène d’introduction nous plonge dans la vie très âpre de ces deux petites filles à cause d’un évènement dramatique et violent qui sera le fondement de leur parcours futur. Je me suis laissé embarquer dans leur sillage et celui de leur famille au rythme des traditions afro-brésiliennes et de leur pratique religieuse, le Jarê. Une saga romanesque à découvrir dans le cadre du prix Cezam.

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L’entroubli – Thibault Daelman (286 pages)

Vous trouverez pléthore de retours enthousiastes sur ce roman de la rentrée littéraire. Force est de constater que les éditions du Tripode ont le chic pour dénicher des langues qui sortent de l’ordinaire. Et puis un livre, quoi qu’on en pense, c’est toujours un travail colossal d’écriture et la critique est facile. En ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à prendre le train des joyeux pour cette lecture, néanmoins fort sympathique avec mes amis Vleeleurs. J’ai tangué. Voilà l’impression que m’a donné cette écriture qui a été pour moi une épreuve indigeste. Les fans de Yoda y trouveront leur compte avec ces phrases alambiquées qui proposent le verbe à la fin. Sans compter les fautes de grammaire érigées en tolérance littéraire. Quant à l’histoire, je n’ai pas non plus vraiment accroché, dans la mesure où rien ne m’a semblé sonner juste. Ce qui est très étrange, puisque c’est absolument autobiographique. Comme si l’auteur voulait mettre une distance entre son enfance et lui-même. Comme s’il ne racontait pas vraiment son enfance, mais l’image d’une enfance, revue au prisme du roman. Pour autant, je suis allée au bout, et je me suis laissé glisser dans la rigole de ce ruisseau verbal. J’y ai même repéré quelques fulgurances, des phrases qui m’ont interpelée et dont j’ai pensé : ah ! celle-là, elle est bien trouvée ! Mais comme je suis la seule à n’avoir pas apprécié cette lecture, nul doute qu’il fera son chemin et je lui souhaite évidemment un beau succès dans son originalité.

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L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown, traduit de l’anglais par Claire Charrier (256 pages)

Quand Annie-Rose nous a proposé de réitérer une lecture commune de rentrée littéraire avec les éditions du Typhon , j’ai dit oui les yeux fermés, malgré une élocution approximative sur un message vocal d’anthologie et un titre étrange. Allions-nous entamer une lecture d’un livre olé-olé ? Étais-je la seule dans la bookstasphère à utiliser des expressions si désuètes qu’elles m’évinçaient d’office pour appréhender ce roman ?

Je vous rappelle que je fuis la rentrée littéraire et ses 500 bouquins publiés, car un livre bon aujourd’hui sera bon dans 5 ans, et souvent, le temps se charge de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Mais là, vous pouvez vous lancer les yeux fermés (non, pour lire, ce n’est pas idéal) dans ce roman médiéval, où l’on peut souligner le remarquable travail de la traductrice pour nous plonger dans l’époque sans que ce soit pesant.

En fouillant dans les archives de Durham, l’auteur est tombé sur la petite phrase qui l’a intrigué et lui a donné l’envie de broder l’histoire qu’il nous conte ici.

Le roman se situe en 1434 pour relater de faits qui se sont déroulés quarante ans plus tôt, un drame, un spectre et un ménestrel qui vient raviver des plaies qui ne se sont jamais refermées. L’air de ne pas y toucher, il va mettre en exergue l’incompétence, la cupidité, la jalousie et l’injustice qui se sont abattues sur ce village et l’ont plongées dans le chaos.

Merci pour cette découverte, je crois que malgré certaines réticences, ce roman a fait l’unanimité dans notre groupe.

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Indomptables – Bruno Doucey (236 pages)

La première partie de ce roman alterne les chapitres des biographies croisées de Vitali Klitschko et de Mira Rai, deux athlètes d’exception pourtant si différents. L’opposition de ce champion du monde de boxe qui a la carrure d’une montagne à cette souris championne de trail, nous éclaire sur différentes façons de s’évader par le sport. Puis arrive Mélina, Ukrainienne d’origine grecque, terrée dans les abris au début de la guerre. Cette dernière préparait un colloque où elle aurait interviewé simultanément les deux athlètes.

Bruno Doucey est l’un des plus grands poètes de notre époque et il nous livre un très beau roman sur le dépassement de soi, les résistances face au mal, et nous donne des exemples de quelques personnages, réels ou fictifs, qui, chacun à leur manière, ont su rester indomptables face à l’adversité.