L’entreprise des Indes – Erik Orsenna (385 pages)

Encore un livre sauvé de la destruction par ma copine Nadine. Le style est magnifique et drôle. L’époque me fascine, une époque à la fois marquée par la soif des découvertes et l’Inquisition, quel paradoxe ! Le sujet me passionne, Christophe Colomb et son entreprise des Indes, raconté par son frère Bartolomé. Le roman retrace toute la période de l’enfance des deux frères au départ de Christophe, cela a fait 527 ans le 3 août dernier.

Il y explique les débuts de l’imprimerie et l’importance de la cartographie à une époque où on n’avait pas dépassé « la bosse de l’ouest africain » au sud, ni les Açores à l’ouest. Il y met des extraits des récits de Marco Polo et de l’Ymago Mundi, les premiers livres qui parlent de voyages.

Les cartes de navigation étaient des œuvres d’art, autant que des mines d’or, au point que les rois les gardaient comme des trésors secrets. Les ports étaient des lieux de retrouvailles, de savoirs, de rêves et de départs vers l’aventure, la découverte de nouveaux mondes. Passionnant.

Jeudi noir – Michaël Mention (185 pages)

Demi-finale de la coupe du monde 1982… Tous les gens nés avant 1975 s’en souviennent. Des millions de Français devant leur poste de télé pour regarder ce match historique. J’avais 11 ans, et je ne m’intéressais pas au foot. J’avais même peut-être école le lendemain, à l’époque, les vacances démarraient le 14 juillet. Donc j’étais à l’étage, dans ma chambre, les fenêtres ouvertes à cause de la canicule, et j’entendais les clameurs venant de toutes les maisons alentours, en même temps qu’elle venait du salon, en bas. L’espoir, l’angoisse, le but marqué, la joie, et puis, le cri, et la colère, après l’agression de Battiston par Schumacher. La haine des Allemands ravivée pour un temps après ce geste détestable.

Depuis, j’aime le foot, on a gagné deux coupes du monde, qui ont réuni à chaque fois les Français dans un même élan patriotique, fraternel et fédérateur. Des moments de grâce, qui font momentanément oublier les guerres et les attentats. A minima, je suis le classement de la ligue 1, et vu comme c’est parti, peut-être la ligue 2, l’année prochaine, compte tenu des résultats de l’équipe de ma ville (Caen, et le premier qui rigole, il sort !)

Alors vous l’aurez compris, si vous n’aimez pas du tout le foot, ne lisez pas ce livre, qui retrace cette nuit fatidique du 8 juillet 1982 qui a meurtri le cœur des Français. Et pourtant…

Comme toujours, Michaël Mention n’est pas là où on l’attend, il se renouvelle à chaque histoire. On est happé par le suspense qu’il nous fait vivre tout au long de ses 90 minutes + 30 minutes de prolongation + les tirs au but. On connaît la fin, mais on espère quand même qu’on va gagner (gros spoiler, désolée), il arrive à nous faire vivre ce match comme si c’était la première fois qu’on le voyait, ce qui est une belle performance, tout de même ! Agrémenté de faits historiques, saupoudrés ici et là, on se passionne pour ce match raconté comme un thriller, où les Français sont petits et agiles, face à des monstres blonds. David contre Goliath. Tétanisant.

Lawrence d’Arabie – Olivier et Patrick Poivre d’Arvor (344 pages)

Dans dix jours nous célébrerons le 84ème anniversaire du décès de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie en pleine force de l’âge à 47 ans (mon âge, un jeune, quoi !!!). On connaît tous la légende, amplifiée par un film où le héros fut interprété par Peter O’Toole, qui lança Omar Sharif, qui gagna sept Oscars et 5 Golden Globes.

Cet homme est devenu bien malgré lui une légende de son vivant. Il a vécu mille vies sous plusieurs noms, car la pression de la presse notamment a été tellement forte à un moment, qu’il a préféré se cacher comme simple soldat dans la RAF, plutôt que vivre sa vie de colonel de l’armée.

Instigateur de la révolte arabe, il a été ensuite accusé de fomenter des révoltes partout dans le monde, à tort. En réalité, son but était de supprimer le colonialisme tout en incitant les pays libérés à adhérer de manière consentie à une communauté Britannique. Mais ils se sentira traître vis-à-vis de tous.

Mal aimé par sa mère, complètement fracassé par son expérience de la guerre, dont une nuit de tortures à Deera, probablement homosexuel refoulé, refusant le contact physique en général, il vivra sa vie à 100 à l’heure, littéralement, notamment sur la moto avec laquelle il aura son accident fatal.

Il n’aura jamais admis sa condition de bâtard, car il découvrit à 10 ans que son père était déjà marié, avec 4 filles, lorsqu’il tomba amoureux de sa mère à qui il fit 5 fils. Il finira par expier ses fautes supposées en se faisant flageller par un ami chaque semaine.

Franchement, le livre est compliqué : il bouge tout le temps, on ne comprend pas bien les manœuvres, ni physiques, ni diplomatiques, c’est un peu le bazar, mais c’est aussi sûrement sa vie qui l’a voulu. J’ai eu parfois l’impression qu’il y avait des allers-retours dans le récit, peut-être qu’il était difficile de raconter sa vie de façon linéaire.

En revanche, beaucoup de photos, très intéressantes, puisque c’est une édition avec images, et ça vaut le coup. En fait, pour être très honnête, je pense que pour se plonger dans l’histoire de cet homme extrêmement complexe, il faut directement se plonger dans les livres écrits par Lawrence lui-même : les 7 piliers de la sagesse, qui raconte l’épopée arabe, la plus intéressante, et aussi la Matrice, relatant de son expérience dans la RAF. Le reste, je l’ai résumé plus haut. Ebouriffant !

Manhattan Chaos – Michaël Mention (211 pages)

Alors là ! Quel OVNI ce bouquin ! Dans un road movie complètement
déjanté, on suit un Miles Davis génial mais défoncé d’un bout à l’autre de New York, tant géographiquement qu’historiquement.

Partant du black out du 13 juillet 1977, Michaël Mention nous retrace au
travers de quelques événements qui ont marqué l’histoire des Etats-Unis, cette
nuit de folie à une époque où le taux de criminalité était colossal au point
d’en faire la ville la plus dangereuse du pays.

Miles Davis, au plus bas de sa créativité entre 1975 et 1980 ne produisit
rien du tout, et l’auteur le décrit insupportable, paranoïaque, agoraphobe,
mais tellement en manque qu’il décide de sortir se chercher de la drogue. 
Il va tomber sur un personnage étrange qui l’emmène dans le passé et le malmène
physiquement et moralement pour l’inciter à reprendre la musique.

Un livre haletant, dense, où on n’est pas épargné un seul instant. Ce petit
bouquin vous laissera sonné comme un shoot d’héro dans le mollet.
Epoustouflant!

Dans l’épaisseur de la chair – Jean-Marie Blas de Roblès (374 pages).

Jean-Marie Blas de Roblès - Dans l'épaisseur de la chair

Une fin d’année sur les chapeaux de roue m’a provisoirement écartée de mes lectures, mais je vous livre en cadeau de Noël le dernier roman du prix j’ai lu, j’élis qui se passe précisément un jour de Noël.

Au moins en partie autobiographique, l’auteur nous montre ce pan de l’histoire de France encore douloureux qu’est la guerre d’Algérie. Au travers d’une magnifique déclaration d’amour à son père, héros de la deuxième guerre mondiale, chirurgien émérite, contraint comme des milliers d’autres à quitter brutalement et dans l’urgence sa terre natale, il raconte les trois générations qui s’y sont implantées et y ont prospéré avant de devoir fuir sans être mieux acceptés en France où ils ont débarqué. Tandis qu’il est sur le point de se noyer, tombé à l’eau pendant une partie de pêche en solitaire, les souvenirs se bousculent pour retracer sa saga familiale. Entre les atrocités des différentes guerres et la stupidité des haines qui poussent les hommes au pire, son père est un héros bienveillant et médecin hors pair qui est un vrai humaniste.

Le style est un mélange de tendresse et d’humour, mâtiné d’intermèdes philosophiques dispensés directement par Heidegger, excusez du peu ! Il explique le plus objectivement possible comment on en est arrivé là, avec des éclairages sur différents points de vue. Comme on peut basculer vite ! Bouleversant

Guérilla Social Club – Marc Fernandez (279 pages)

Marc Fernandez - Guérilla social club

Avant dernier roman de la sélection du prix des lecteurs du festival Bloody Fleury, il est aussi le deuxième opus de Marc Fernandez, après Mala Vida. On y retrouve donc notre équipe hétéroclite de choc composée d’un journaliste, d’un juge déchu, d’une détective transsexuelle et d’une avocate exilée.

Après l’enquête sur les bébés volés sous Franco, Marc Fernandez nous parle cette fois des dictatures d’Amérique latine, et de l’opération condor qui a traqué les dissidents partout dans le monde. Sous prétexte d’enquête, Marc Fernandez nous dévoile encore une fois un pan d’histoire oublié et relativement méconnu pour nous, en France, nés après 1970.

Dans cette période relativement agitée en France, où certains oublient que les députés et le président de la République sont des gens élus démocratiquement et qu’il est finalement relativement aisé de semer le trouble, rappeler que des guerres civiles, suivies de dictatures ultra répressives, justifiées par des généraux qui se sont emparé du pouvoir par la force, me paraît tout à fait d’actualité. Dans le contexte actuel politique mondial général, il imagine qu’un rien pourrait à nouveau mettre le feu aux poudres. C’est flippant.

Mala Vida – Marc Fernandez (277 pages)

Avant de lire guérilla social club du même auteur qui fait partie de la sélection du prix du public Bloody Fleury, je voulais absolument lire son premier, que j’avais offert à une amie en le choisissant un peu par hasard (le titre, chanson de Mano Negra que j’adore, l’Espagne, d’où est originaire mon amie…) Du coup, je le lui ai emprunté :).

Aux élections nationales, Marc Fernandez fait basculer l’Espagne vers un parti d’extrême-droite. (En réalité, l’Espagne reste aujourd’hui plutôt toujours traumatisée par quarante années de Franquisme, même si Vox émerge doucement.). Le soir même, une des têtes du parti est assassinée d’une balle dans la nuque, et six mois après, l’enquête piétine toujours. Une dictature se met peu à peu en place, avec notamment sa main-mise sur la justice et sur les médias.

David, le juge et Diego, le journaliste gardent quand même leurs postes malgré leur ligne de conduite qui fait primer la justice et l’investigation sur tout le reste. Une avocate va enflammer le débat en dévoilant le scandale des bébés volés pendant la dictature de Franco. (En réalité, même si ce n’est pas Isabel qui a mis à jour cette terrible affaire d’Etat, il semblerait que ça se soit vraiment passé comme ça.

A l’instar de la dictature en Argentine, des enfants ont été retirés à leur mère à la naissance pour des raisons idéologiques, à partir au moins de 1969 et cela a perduré au-delà de la mort del Caudillo). Les personnages, attachants, l’histoire, terrible, et le style, très fluide font de ce premier roman un très bon premier roman. j’ai hâte de démarrer le deuxième.

Le serment de Compostelle – Brigitte Piedfert (270 pages)

Brigite Piedfert - Le serment de Compostelle

Bon, désolée, je vais un peu vous raconter ma vie. Mon rêve, un jour, c’est de retourner à Compostelle. J’ai totalement idéalisée cette ville, à l’ambiance mystique, où, croyant ou non croyant, on est imprégné de l’atmosphère particulière qu’elle dégage. Je voudrais le faire à pied. Alors, forcément, un livre qui parle d’un pèlerinage de Bayeux (pas très loin de chez moi) à Saint Jacques, ça m’a attiré.

Et puis, Brigitte Piedfert est tellement sympathique, on sent le soin extrême qu’elle apporte à son travail, vérifié par historien pour être sûre qu’elle ne fait aucune faute historique, c’est touchant. C’est peut-être ça le problème de ce roman. Trop écrit, un peu surfait, les parties historiques ou légendaires ne sont pas très bien amenées. Le style est trop travaillé, ça manque un peu de légèreté. Dommage.

Le dernier arrivé – Marco Balzano (240 pages)

Jusqu’à 1962, une émigration massive d’enfants de moins de 13 ans d’Italie du Sud et de Sicile s’est déroulée vers l’Italie industrielle du nord, notamment Turin, Milan et Gênes. Marco Balzano a réalisé une quinzaine d’interviews, sans notes et sans enregistrement pour mieux s’imprégner des histoires qui lui étaient racontées et en a modelé un roman d’une tendresse et d’une poésie incomparables.

Ninetto, est sur le point de sortir de prison, après avoir passé dix ans derrière les barreaux. Il a débarqué à Milan à neuf ans pour gagner sa vie. Il repense à son parcours, à son ancien instituteur qui lui a fait aimer la poésie et lui a donné envie d’être poète. Le boulot, l’amour, sa fille qui ne veut plus le voir, la difficulté des repris de justice, des anciens pour trouver du travail (à 9 ans, il a trouvé du travail en une demi-journée, à 57, on lui demande un CV et il ne sait même pas ce que c’est), la condition d’immigré en général, qui est celle du dernier arrivé, qu’on soit « Napolo » ou Chinois. Un très beau livre du prix « J’ai lu, j’élis ».

Les tables de Sargon- Marc S. Masse (319 pages)

Marc S. Masse nous livre un thriller rondement ficelé avec comme point de départ le pillage du musée de Bagdad en 2003. 15000 pièces y avaient été dérobées. Seules 6000 ont été retrouvées. Dans le berceau de l’humanité, des pièces d’une valeur historique inestimable ont disparu. L’auteur imagine des tablettes en pierre, datant de l’époque de Sargon d’Akkad, soit près de 4500 ans avant notre ère. Un consultant est missionné par un étrange milliardaire et mécène pour les retrouver. À qui pourra-t-il se fier pour mener sa mission à bien ? Et qui a donc intérêt à ce point à le faire échouer ?