Le serment de Compostelle – Brigitte Piedfert (270 pages)

Brigite Piedfert - Le serment de Compostelle

Bon, désolée, je vais un peu vous raconter ma vie. Mon rêve, un jour, c’est de retourner à Compostelle. J’ai totalement idéalisée cette ville, à l’ambiance mystique, où, croyant ou non croyant, on est imprégné de l’atmosphère particulière qu’elle dégage. Je voudrais le faire à pied. Alors, forcément, un livre qui parle d’un pèlerinage de Bayeux (pas très loin de chez moi) à Saint Jacques, ça m’a attiré.

Et puis, Brigitte Piedfert est tellement sympathique, on sent le soin extrême qu’elle apporte à son travail, vérifié par historien pour être sûre qu’elle ne fait aucune faute historique, c’est touchant. C’est peut-être ça le problème de ce roman. Trop écrit, un peu surfait, les parties historiques ou légendaires ne sont pas très bien amenées. Le style est trop travaillé, ça manque un peu de légèreté. Dommage.

Le dernier arrivé – Marco Balzano (240 pages)

Jusqu’à 1962, une émigration massive d’enfants de moins de 13 ans d’Italie du Sud et de Sicile s’est déroulée vers l’Italie industrielle du nord, notamment Turin, Milan et Gênes. Marco Balzano a réalisé une quinzaine d’interviews, sans notes et sans enregistrement pour mieux s’imprégner des histoires qui lui étaient racontées et en a modelé un roman d’une tendresse et d’une poésie incomparables.

Ninetto, est sur le point de sortir de prison, après avoir passé dix ans derrière les barreaux. Il a débarqué à Milan à neuf ans pour gagner sa vie. Il repense à son parcours, à son ancien instituteur qui lui a fait aimer la poésie et lui a donné envie d’être poète. Le boulot, l’amour, sa fille qui ne veut plus le voir, la difficulté des repris de justice, des anciens pour trouver du travail (à 9 ans, il a trouvé du travail en une demi-journée, à 57, on lui demande un CV et il ne sait même pas ce que c’est), la condition d’immigré en général, qui est celle du dernier arrivé, qu’on soit « Napolo » ou Chinois. Un très beau livre du prix « J’ai lu, j’élis ».

Les tables de Sargon- Marc S. Masse (319 pages)

Marc S. Masse nous livre un thriller rondement ficelé avec comme point de départ le pillage du musée de Bagdad en 2003. 15000 pièces y avaient été dérobées. Seules 6000 ont été retrouvées. Dans le berceau de l’humanité, des pièces d’une valeur historique inestimable ont disparu. L’auteur imagine des tablettes en pierre, datant de l’époque de Sargon d’Akkad, soit près de 4500 ans avant notre ère. Un consultant est missionné par un étrange milliardaire et mécène pour les retrouver. À qui pourra-t-il se fier pour mener sa mission à bien ? Et qui a donc intérêt à ce point à le faire échouer ?

La nuit des béguines – Aline Kiner (324 pages)

Personnellement, je dois avouer mon manque total de culture mais j’ignorais tout des béguines et du béguinage. Communautés de femmes dans toute l’Europe, le grand béguinage royal de France fut crée par Saint-Louis.Le béguinage consistait à laisser des femmes s’installer en toute liberté dans des communautés laïques plus ou moins importantes. Elles pouvaient travailler et posséder leurs entreprises, étudier sans être sous le joug de maris, y compris Dieu.

D’aucuns diront que Aline Kiner étale sa science et que son roman est une thèse déguisée. Pour ma part, j’ai adoré apprendre des choses de façon ludique en y suivant les aventures de différents profils ayant atterri là pour des raisons variées. Toute une époque est abordé dans ce mode de vie particulier qui s’est arrêté avec l’application d’une bulle papale.

Sur fond politique et économique difficile (des nobles qui se soulèvent contre leur roi, Philippe Le Bel, dans un pays en faillite, les caisses sont vides), additionné de fanatiques (l’inquisition s’en mêle les bûchers fleurissent), Aline Kiner nous peint des portraits vivants et magnifiques de femmes libres et audacieuses dans leurs choix de vie… finalement furieusement modernes.

Homo deus – Yuval Noah Harari (427 pages)

Bon, je suis arrivée au bout. Quoi que très intéressant, c’est tout de même un peu ardu. C’est pas le livre idéal pour se vider la tête en vacances. Surtout qu’il évoque une hypothèse de fin d’humanité peu réjouissante.

Après avoir conquis le monde grâce à la conceptualisation (écriture et monnaie) en réglant les 3 problèmes majeurs de l’humanité dans leur quasi totalité (la faim, la guerre et les épidémies), quels vont être les prochains combats et recherches de l’être humain ? La recherche du bonheur, de l’immortalité et de la divinité.

Mais si nous ne sommes que des algorithmes, gérés en partie par un moi narrateur, la création d’algorithmes bien plus puissants que nous ne pourraient pas être la fin de l’homo sapiens et de l’humanisme ? Je résume et condense au maximum, mais évidemment ces théories sont très étayées et documentées. À lire en hiver, quand on a des dimanches pluvieux à tuer.

Dora Bruder – Patrick Modiano (142 pages)

Dans la série des prix nobelisés, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté du dernier français qui a été primé. j’ai choisi Dora Bruder, car il a fait partie d’une liste des ouvrages étudiés en classe par l’un de mes enfants. Bon, en plus, ça se lit hyper vite, c’est un tout petit ouvrage, 142 pages à peine.

Comme toutes ces histoires dramatiques qui émaillent l’histoire des guerres en général, Patrick Modiano a choisi d’exhumer de l’oubli l’histoire de cette famille. Dora, jeune fille fougueuse et rebelle, était aussi fugueuse. C’est peut-être ce qui l’a perdue. Non déclarée par son père comme juive, qui sait si elle aurait pu échapper à son destin en d’autres circonstances? Mais voilà, ayant disparu, ses parents ont passé une annonce dans le journal, et son père est allé déclarer sa disparition à la gendarmerie.

Ensuite, tout s’enchaîne tragiquement et elle a été déportée en même temps que son père après un passage à Drancy. Rien de bien neuf donc, mais l’acharnement de l’auteur à la refaire vivre sous sa plume, cet tentative désespérée fait monter la tension jusqu’à la fin fatale. C’est triste et touchant, mais en même temps, comme c’est la vie qu’il exprime, et non la mort, ça laisse un sentiment nostalgique plus léger qu’il pourrait y laisser paraître.

La guerre n’a pas un visage de femme – Svetlana Alexievitch (412 pages)

Svetlana Alexievitch - La guerre n'a pas un visage de femme

Svetlana Alexievitch a été récompensée du prix Nobel en 2015 pour l’ensemble de son oeuvre. Globalement – et malheureusement – c’est passé totalement inaperçu.

Ce livre relate l’histoire de milliers de femmes dont le courage, la bravoure et l’héroïsme sont passés totalement inaperçus aussi. La deuxième guerre mondiale s’est terminée il y a plus de 70 ans, mais l’émotion nous submerge immanquablement. Ces femmes racontent les horreurs de la guerre, et aussi la prévenance dont elles ont fait preuve de la part de leurs collègues masculins. Leur haine de l’ennemi, l’amour de la patrie qui les ont toutes fait s’engager entre 16 et 20 ans, à peine sortie de l’enfance. Elle parlent car elles ont survécu, mais elles évoquent ceux et celles qui n’ont pas eu leur chance. Elles parlent d’amour, de maternité, de fleurs, de faim et de froid; de compassion, de fierté, de honte.

Puis, les Russes, après la victoire, ont dû vivre d’autres tourments : Staline ne supportait pas ceux qui avaient participé à reconquérir les terres occupées, ceux qui avaient été à l’Ouest, pour beaucoup, à leur retour, au lieu d’être considérés comme des héros, ils furent envoyés aux camps. Les femmes racontent les humiliations après la guerre, car elles étaient mal vues. Les héroïnes devenaient des parias. Elles racontent les blessures, les séquelles. Elles racontent qu’elles étaient parfois des filles à maman, et qu’elles se sont battues, dans l’enfer. Certaines expliquent qu’elles ne supportaient plus la vue du rouge, la vue de la viande. Elles narrent l’épuisement.

Svetlana Alexievitch a passé 7 ans à les interviewer, et à retranscrire leurs histoires. Un grand coup de poing, des larmes aux yeux, mais toujours toujours, l’espoir et l’envie de vivre. Magnifique.

Sapiens, une Brève Histoire de l’Humanité – Yuval Noah Harari (492 pages)

Yuval Noah Harari - Sapiens, une brève histoire de l'humanité

Bon, ça y est je suis allée au bout, surtout qu’avec des semaines personnelles un peu chargées, j’ai eu moins de temps pour lire.

Provocant, novateur, mais bourré d’informations, cet ouvrage remet l’histoire de l’humanité en tête en à peine 500 pages. On la découvre sous des angles très inédits qui déstabilisent parfois énormément. Ce n’est quand même pas commun d’imaginer que tous les engouements humains sont des « religions » à mettre sur un pied d’égalité (nationalisme, communisme, christianisme, capitalisme) avec seulement des points de détails divergents! Parfois on rit, parfois on sursaute et, parfois, on se dit qu’il va loin quand même.

Une chose est sûre : l’Homo Sapiens s’est développé comme aucune autre espèce ces 500 dernières années, en décuplant sa population, au détriment de beaucoup d’autres. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’homme ne détruit pas les autres espèces depuis 50 ans, mais depuis toujours! Les mégafaunes d’Amérique et d’Australie ont disparu rapidement après l’arrivée de l’homme sur ces territoires, comme l’Homo Sapiens a éradiqué toutes les autres espèces humaines (Neandertal, Florensis).

Puis, Yuval Noah Harari pose les bases de la suite car, pour la première fois de l’histoire du monde, une espèce est capable de modifier l’évolution naturelle grâce à des modifications génétiques. L’homme se prendrait-il pour Dieu? Aurons-nous accès à l’a-mortalité? Et le bonheur dans tout ça? A suivre dans le prochain numéro, puisque j’ai dans ma PAL (Pile A Lire) de table de chevet le second tome.

86, année blanche – Lucie Bordes (133 pages)

Lucile Bordes - 86, année blanche

Voilà un livre qui se lit d’une traite. 86, l’année de Tchernobyl. 3 femmes se relaient pour raconter leur Tchernobyl. Une jeune fille de 15 ans voit cet événement comme la fin du monde, tandis que son père, bouleversé par la fermeture des chantiers navals de la Seyne sur Mer déprime au fond de son lit.

Bon, entre nous, j’avais le même âge en 86. Si les salades de mon père ont subitement décliné malgré les informations rassurantes qui nous rabâchaient que le nuage s’était miraculeusement arrêté à la frontière, si dans les années qui ont suivi, les cancers de la thyroïde, de l’hypophyse et les nodules ont subitement explosé, je ne me suis pas couchée habillée dans mon lit en pensant que j’allais mourir.

Ludmila raconte l’agonie de son beau et aimé Vassyl, un des premiers soldats du feu qui se sont relayés pour sauver l’Europe d’un désastre encore plus grand. Ioulia, elle, voit Tchernobyl comme le point de départ de la fin de son couple, et le départ tout court de son amant, ressortissant français, appelé à rentrer en France.

J’ai trouvé le style remarquablement poétique, et le livre terriblement réaliste. Finalement, malgré leur plongée au coeur de la tragédie, les deux Ukrainiennes vivent la catastrophe d’un point de vue quasi uniquement affectif, alors que c’est la jeune française qui l’appréhende comme le début de la fin du monde.

Un rappel sur un événement dramatique de notre histoire à quelques milliers de kilomètres seulement, avec son hécatombe humaine, masquée par ce qui était encore à l’époque, une dictature communiste. ça fait froid dans le dos, surtout que le prologue et l’épilogue s’appuient sur un épisode vécu par l’auteur dans un train (le Paris Cherbourg, Cherbourg étant une ville où il y a une usine nucléaire), où un homme minimise les risques liés à ce mode de production d’électricité. 

Petit pays- Gaël Faye (218 pages)

Wahou! Un gros coup de poing, de foudre, de cœur ! Le génocide Rwandais et les événements qui l’ont précédé et ceux qui ont suivi, vus par les yeux d’un enfant. C’est super bien écrit et même si ce n’est pas un récit autobiographique, on sent qu’il y a du vécu dans ce petit bouquin.

L’amitié, la haine, la politique, la folie qui s’est emparé des hommes tout y est. On sort de là avec l’envie de pleurer et de vomir et on se rappelle avec soulagement qu’il fait bon vivre dans un pays comme le nôtre., et on espère que cela durera encore et encore. Gaël Faye est au départ un rappeur, lui aussi (voir Disiz), c’est peut-être ce qui lui donne ce sens de la formule. En tout cas, c’est vraiment un livre magnifique