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ZU (Autoportrait flou) – Luc-Michel Fouassier (118 pages)

J’avais adoré « Les pantoufles «  du même auteur, alors j’ai pensé que cet hommage aux myopes allait forcément me parler. La couverture est géniale et représente bien ce que nous vivons, nous, les bigleux. D’ailleurs, si quelqu’un passait à ma portée, là, maintenant, il trouverait que je regarde mon téléphone de bien trop près, en me faisant remarquer que je devrais changer de lunettes ! Et je répondrais, comme toujours : « Mais je vois très bien de près ! » Nés à une époque où les verres n’étaient pas amincis, et où la technologie imposait par la même occasion des montures immenses quand ce n’était pas la mode, nous avons souffert de moqueries. Notre physique était mangé par des lunettes qui nous privaient de popularité. C’est ce que nous raconte l’auteur au travers de ses souvenirs. Il aurait pu aller plus loin. Il aurait pu être encore plus drôle. J’aurais dû me sentir encore plus en osmose avec ses souffrances, les quolibets reçus, les anecdotes vécues. Un petit livre sympathique qui brille moins que ses pantoufles lustrées.

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Roman fleuve – Philibert Humm (289 pages)

Trois jeunes fous germanopratins ou assimilés décident d’acheter un canoé pour effectuer une croisière sur la Seine de Paris au Havre. Ce roman raconte l’histoire véritable de Philibert et de ses deux acolytes, dont aucun n’a le pied marin, ni même fluvial qui se sont lancés dans une aventure risquée et inconsciente, et surtout interdite. C’est rigolo, même si j’ai trouvé l’auteur condescendant avec tout le monde, les gens qu’ils croisent et surtout les lecteurs, mais on passe un bon moment de rigolage à suivre leurs aventures loufoques sur l’eau.

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Miracle à la combe aux aspics – Ante Tomić traduit du croate par Marko Despot (215 pages)

Dans cette combe isolée, personne d’autre que la famille qui y vit n’ose s’aventurer. Et personne n’a intérêt à le faire. Mais les méchants peuvent parfois devenir gentils quand ils tombent amoureux. Un livre barré, déjanté, rigolo et bien écrit qui donne le sourire, voire qui fait franchement éclater de rire. Ne pas se priver.

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Une fin heureuse – Maren Uthaug, traduit du danois par Françoise et Marina Heide (410 pages)

Dans le cadre des Boréales, festival nordique en Normandie, j’ai l’occasion de découvrir des auteurs et des œuvres vers lesquelles je ne me serais naturellement pas orientée. Maren Uthaug vient à Caen cette année et c’était le moment de m’intéresser à son travail. Elle raconte une histoire originale et complètement barrée d’une famille de croque-morts au Danemark sur 7 générations. À chaque début de chapitre, vous aurez le récapitulatif de l’arbre généalogique qui s’étoffe Au fur et à mesure des générations. Malgré la fin heureuse promise par le titre, on doute que Nicolas, le seul garçon de sa lignée à avoir un prénom différent des autres, ait des intentions bienveillantes à l’égard de ses deux enfants qu’il emmène vers une destination inconnue pour mettre fin à cette lignée. Il les a drogués et leur a menti. Ce trajet en voiture va être le moyen de nous retracer l’histoire de cette famille depuis qu’on en a une trace et permet à Nicolas de nous en dépeindre toutes les tares qui le conduit à cette extrémité. Lui-même est un croque mort nécrophile, et s’il est tout à fait conscient de sa déviance, s’il a tout fait pour se prémunir contre ses penchants, il se rend compte qu’il est malade mentalement et qu’il n’a pu donner naissance qu’à des dégénérés. Un roman original par sa forme et son fond, sulfureux et subversif sans abus, drôle aussi. Un bon crû Gallmeister à n’en pas douter.

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Le profil de Galatée – Amit Weisberger (110 pages)

Une sorte de Woody Allen éleveur de chèvres et sculpteur vit dans sa ferme perdue dans la montagne. Lorsque son ex-compagne avec laquelle il entretient toujours une relation intime sporadique lui conseille de s’inscrire sur un site de rencontres, il crée un profil masculin, et un profil féminin pour voir comment les hommes se présentent. Ce livre est un petit bijou d’humour qui se lit d’une traite.

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Dans le fossé – Sladjana Nina Perković traduit du serbo-croate par Chloé Billon (264 pages)

Le premier roman de cette autrice bosniaque est une satire sociale déjantée autour d’une famille dysfonctionnelle le temps d’un enterrement. L’autrice en profite pour nous brosser un portrait acide de la culture bosniaque. L’héroïne est envoyée par sa mère pour la représenter à l’enterrement d’une tante qui s’est étouffée avec un os de poulet. Le village débarque chez l’oncle apathique d’avoir perdu sa femme pour se restaurer aux frais de la princesse. Cupides, avares, profiteurs, égocentriques, tout le monde espère récupérer un bout d’héritage. Mené à toute vitesse, ce roman nous entraîne dans le fossé d’une montagne brumeuse et humide,  jusqu’au dénouement inattendu.

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Un bon million ou le démembrement de Lemuel Pitkin – Nathanael West traduit de l’anglais par Catherine Delavallade (222 pages)

Encore un livre complètement loufoque qui fait penser à un Candide américain. Sur le modèle des contes de Voltaire, Nathanael West écrit une fable terriblement pessimiste sur une morale inversée où les bons honnêtes ne peuvent pas réussir sans la force du pouvoir et de l’argent. C’est désespéré et cynique, mais pourtant léger dans le sordide.

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La sexualité normande comme ma poche – Jean-Yves Cendrey (122 pages)

Deux frères, l’un bricoleur et l’autre jardinier se piquent du jour au lendemain de devenir des spécialistes de la sexualité. Clin d’œil à Bouvard et Pécuchet qui explorent tout sauf le sexe, l’auteur s’attache au travers de ses personnages à rendre hommage à Flaubert en complétant le chef d’œuvre du maître. C’est complètement barré, mais drôlatique.

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A prendre ou à laisser – Lionel Shriver, traduit de l’anglais par Catherine Gibert (284 pages)

Lionel Shriver est cette autrice connue pour son roman, adapté au cinéma « We need to talk about Kevin ». Elle s’attaque cette fois à la vieillesse, la vision de notre société sur les personnes âgées, notre rapport à la mort. Au travers de douze versions différentes de la même histoire, à savoir la réflexion de Kay et Cyrus, à la cinquantaine, de peser ou non sur la société après 80 ans, Lionel Shriver nous sert un roman à l’humour anglais, caustique et profond à la fois.