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Le jour des morts – Nicolas Lebel (472 pages)

J’ai retrouvé avec plaisir le capitaine Mehrlicht et son équipe ainsi que le style impeccable de Nicolas Lebel (chez Lebel, y’a du level). Une empoisonneuse sème la panique à Paris. Les victimes n’ont aucun point commun. Frapperait-elle au hasard ?
J’aime les interrogations ironiques de l’auteur sur l’indigence de nos journaux télévisés (je me demandais si j’étais la seule à trouver inepte les micros-trottoirs au sujet de la météo, qui ont légitimé successivement les spécialistes en maladies infectieuses qui ont évolué vers des carrières de stratèges en géopolitique, pour devenir plus récemment des prix Nobel en économie. Pardon pour cette digression). Bref, je ne dévoilerai rien du suspens, mais je ne tarirai pas d’éloges sur l’intrigue bien ficelée, les personnages bien campés (on se surprend à penser à eux une fois le livre refermé) et l’humour qui donne des couleurs à la noirceur du monde.

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Mourir en scène – Christos Markoginnakis, traduit du grec par Loïc Marcou et Hélène Zervas (222 pages)

La plus grande diva pop grecque meurt en direct lors de son concert d’adieu, brûlée vive sur la plate-forme au large de la plage où elle chantait. Il s’avère qu’elle avait reçu des menaces de mort et subi des incidents qui laissaient penser qu’on essayait d’attenter à sa vie. C’est ce qui l’avait décidée à rendre son tablier. Le capitaine Markou avait été désigné pour la protéger et il prend cet évènement comme un échec personnel. Il va donc tout mettre en œuvre pour trouver le coupable. Il va découvrir que les apparences et les paillettes cachent des inimitiés et des rancœurs qui élargissent la liste des suspects. Un bon scénario que j’ai malheureusement compris trop vite pour ma part.

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Kim et les papys braqueurs – Patricia Tourancheau (253 pages)

Patricia Tourancheau nous livre encore une fois une enquête fouillée dont elle a le secret, mêlant sa personnalité drôle et profondément humaine pour interviewer les protagonistes de cette affaire hors norme. Elle n’hésite pas à délier les langues au côte-rôtie. Cette histoire traumatisante pour les victimes a été tournée en dérision tant le choc des deux mondes qui se sont affrontés lors de cette nuit tragique était violent. Je pense à la victime finale de ce braquage, celui qui a perdu le plus dans cette affaire et qui n’a jamais reçu de compensation, ni morale, ni sonnante et trébuchante à la hauteur du préjudice, ce pauvre vigile qui a payé le prix fort. Déjà spécialiste des grands braquages en France et dans le monde, l’autrice ne pouvait pas passer à côté de ce sujet qu’elle maîtrise sur le bout des doigts, alliant sa précision journalistique sans faille et sa personnalité pétillante.

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1991 – Luc Brunshwig, Michel Montheillet, d’après Franck Thilliez (110 pages)

Je suis très fan des dessins magnifiques de Michel Montheillet, qui, en compagnie de Luc Brunshwig nous livre une adaptation du préquel des aventures de Sharko de Franck Thilliez. Une histoire moderne et complexe qui met en scène des crimes affreux menés par un tueur particulièrement minutieux. La traque commence, avec un élément nouveau et novateur qui va révolutionner la police scientifique : l’utilisation de l’ADN.

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La lettre – Marc S. Masse (334 pages)

J‘ai une sorte de passion pour Henri IV, cet obsédé sexuel puant l’ail et la sueur. Je ne suis pas royaliste et non, je n’ai pas 320 ans, pas plus que des fantasmes bizarres et odorants. Mais depuis que je suis petite, j’associe ce personnage bon vivant à l’édit de Nantes et au début du droit de culte en France. À la paix. Il n’en fallait pas plus pour que je saute sur cet épisode de l’histoire rocambolesque de notre bon roi, fou d’amour et de désir qui écrivit une lettre malencontreuse dont les conséquences auraient pu mettre en péril le royaume. L’auteur navigue comme souvent entre un fait historique et une fiction entremêlés. L’enquête moderne complète le cheminement de cette lettre et ravive le contexte politique, militaire, économique de ce début du 17eme siècle. Je me suis régalée.

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Secret de polichinelle – Yonatan Sagiv, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche (469 pages)

Je ne sais pas comment présenter ce roman que j’ai dévoré, hilare. De l’humour juif, mâtiné d’humour gay, un mélange explosif et inédit dans le paysage de la littérature du roman policier.
La femme d’affaires la plus crainte et redoutée du milieu immobilier israélien est retrouvée morte au pied de l’hôpital où elle était soignée. Oder vient de s’improviser détective et il reçoit sa première cliente, la sœur de cette femme puissante et détestée. Il y voit l’aubaine de sa vie pour se refaire après plusieurs tentatives d’entreprises ratées. Vous allez vite vous attacher à cette « folle » qui parle d’elle au féminin, totalement obsédée et misogyne, et dont les répliques sont à mourir de rire.
Ce roman, sorti il y a déjà plus de dix ans est plus profond que le héros veut bien nous laisser croire. Il y dénonce l’homophobie de la société israélienne, le racisme latent, la maltraitance des puissants sur les faibles. Une superbe découverte qui m’a donné envie de me plonger dans les autres ouvrages de cet auteur.

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Mon nom est Rouge – Orhan Pamuk, traduit du turc par Gilles Autier (736 pages)

Prix Nobel de littérature, l’auteur se lance ici dans un roman dense et original où chaque chapitre donne la voix à un personnage. Souvent, les narrateurs sont humains, mais on trouve aussi parmi eux des esquisses et la couleur rouge qui donne son titre à l’ouvrage. Le thème principal du livre est l’histoire de l’enluminure en Turquie à la fin du 16ème siècle en miroir avec l’art occidental. À cette époque, l’Europe développe de nouvelles techniques picturales, notamment avec l’introduction de l’ombre et de la perspective. Chaque marchand aisé souhaite avoir son portrait, celui de sa femme et de sa famille. Ces aspects de la peinture occidentale s’opposent violemment à l’Islam qui considère comme blasphématoire de se faire peindre ainsi que la perspective permettant des représentations de Dieu plus petites qu’une mouche au premier plan. Ce dilemme enflamme l’esprit des peintres et celui des sultans qui cherchent à acquérir les plus beaux trésors au travers de livres richement décorés d’or. Les pages contenant des images sont parfois enlevées de leurs livres d’origine pour être réutilisées dans d’autres ouvrages à la gloire d’autres dirigeants.
Ce roman est aussi une enquête policière. L’assassin parle d’une voix différente de son double non maléfique et l’auteur vous invite à découvrir qui il est. Il est difficile de faire sentir toute la subtilité de ce roman tant il est foisonnant, mais on apprend beaucoup sur cette période et cette région qu’on connaît mal.

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Le loup peint – Jacques Saussey (432 pages)

Pauvre Vincent, vétérinaire du côté d’Auxerre ! Il a perdu son fils dans un accident de voiture où il était le conducteur et il vient de rater son intervention dans une ferme de la région. Sa femme ne lui ayant jamais pardonné la mort de leur fils, il se réfugie dans les bras de sa maîtresse. Malheureusement, son retour à la maison, tard dans la nuit, va lui faire perdre bien plus encore. Jacques Saussey sort pour cet opus de son duo Daniel / Lisa et il élabore une histoire assez complexe qui fonctionne plutôt bien. Détendez-vous avec un bon polar où ce qui semble angélique peut devenir votre pire cauchemar.