Pauvre Vincent, vétérinaire du côté d’Auxerre ! Il a perdu son fils dans un accident de voiture où il était le conducteur et il vient de rater son intervention dans une ferme de la région. Sa femme ne lui ayant jamais pardonné la mort de leur fils, il se réfugie dans les bras de sa maîtresse. Malheureusement, son retour à la maison, tard dans la nuit, va lui faire perdre bien plus encore. Jacques Saussey sort pour cet opus de son duo Daniel / Lisa et il élabore une histoire assez complexe qui fonctionne plutôt bien. Détendez-vous avec un bon polar où ce qui semble angélique peut devenir votre pire cauchemar.
Du James Ellroy en plus cynique, une écriture à la serpe, une finesse dans les termes utilisés, des personnages qui tiennent vraiment la route, un polar d’exception.
Le flic déchu, devenu détective privé Varg Veum (un jeu de mots norvégien qui fait référence au titre) est contacté par un avocat pour suivre sa femme car il pense qu’elle le trompe. Le détective refuse, arguant qu’il répugne à ce genre de mesquinerie. Troublante coïncidence, le lendemain, un homme engage Varg pour retrouver sa sœur : il s’agit de la même femme. Intrigué par l’histoire familiale, il va suivre la jeune femme pendant quelques jours. Vraiment, j’ai beaucoup aimé l’intrigue, mais la langue, sublime, m’a bluffée.
Quelle histoire épouvantable, ce gendarme, puis flic qui a violé et aussi tué des petites filles pendant trente ans en échappant sans cesse à ses confrères ! Journaliste judiciaire, Patricia Tourancheau a suivi cette affaire pendant des années. C’est la spécialiste du sujet. Comme tous les protagonistes encore vivants et impliqués, elle a été soulagée qu’on ait finalement démasqué ce monstre à deux têtes. Un reportage glaçant et incroyablement bien documenté.
Laurent Guillaume nous embarque en pleine guerre d’Indochine. La légende dénonce les Américains comme la première armée à avoir utilisé le trafic de drogue pour financer la guerre, mais ce sont bien les Français qui s’y sont essayés pendant la guerre d’Indochine. Au travers de l’appareil photo d’une New-Yorkaise sophistiquée que rien ne préparait à être reporter sur des lieux de conflits, dans les pas de Kovacs, un photographe décédé qui ressemble à Robert Capa, cette Lee Miller bis va mener une enquête avec la naïveté des débutants. Un très bon polar qui sème des œufs de Pâques et rend hommage entre autres à Graham Green.
On croit que ce livre va être un roman policier mâtiné de terroir. Et puis non. On pense que ce livre va remettre certaines pendules de l’auto justice à l’heure. Et puis non. Il y a un tournant dramatique auquel on ne s’attendait plus. Philippe Huet vous balade avec brio sur les côtes du débarquement juste après le cinquantenaire des célébrations du 6 juin 44 en parlant de sujets peu abordés. C’est parce qu’il a arpenté le Cotentin en compagnie de son épouse pour se fondre dans le paysage et recueillir des milliers d’anecdotes sur cette période trouble et troublée. En tant que journalistes émérites, ils ont consigné dans deux ouvrages celles qu’ils ont pu vérifier. Les histoires qu’il n’a pas pu contrôler, il les a gardées pour rédiger des romans. C’est original et rudement bien fichu. On applaudit.
Après le prodigieux détective, Stanislas André Bonaventure s’attaque cette fois au démantèlement d’un réseau puissant et maléfique, le réseau Daedalus, aidé de son comparse Woodrow de Burgh, père de l’écrivain. Agaçant, misogyne, fin épéiste et cavalier émérite, notre détective, entre Hercule Poirot et Indiana Jones va parcourir Londres et la Normandie afin d’élucider une série de crimes « impossibles ». Références assumées à Agatha Christie, Conan Doyle, Gaston Leroux et Indiana Jones, ce roman foisonnant diffuse les indices au compte-goutte et C.H. de Burgh nous propose une fois de plus un tour de magie dont il est friand. Amateurs de bonneteau et autre passe-passe, foncez !
Max est le propriétaire d’un bar restaurant au bord de l’eau, et ses amis ont instauré un rituel pour s’y retrouver le dimanche. Max, le paternaliste est inquiet. Aïcha, sa petite serveuse, si jolie a disparu. Et un mafieux serbe patibulaire considère Max comme responsable de sa disparition. Le monde de Max s’écroule peu à peu, et tous ses amis semblent aussi en danger que lui. Pourtant, tout est tacite et on pressent le malheur comme un corbeau qui effleure l’eau. Un roman noir psychologique dont on tourne les pages pour découvrir ce que chacun cache. Les faux semblants et les secrets finissent toujours par remonter à la surface.
Un corps mutilé est retrouvé dans le lac Léman. L’histoire oscille entre l’Albanie et la Suisse, le choc des cultures, le poids des traditions et une mafia qui utilise les traditions (et notamment la vendetta) comme alibi aux meurtres. J’ai appris des choses sur l’Albanie qu’on connaît mal, tant cette dictature qui a duré quarante ans a isolé le pays au point d’en être presque oublié. J’ai notamment découvert le statut de vierge sous serment, qui est l’un des rares cas d’encadrement légal des concepts de transgenre et de travestissement. J’ai trouvé le style un poil trop pédagogue, après tout, on est dans un polar et on n’est pas obligé de décortiquer les techniques de la police scientifique, mais l’auteur ne risque pas d’être pris en défaut de raconter des balivernes sur les sujets qu’il traite. Et sinon, comme toujours pour les romans policiers, zéro spoil, donc je n’en dirai pas plus.
J’ai une tendresse particulière pour cet ouvrage, je veux parler de l’objet livre. En effet, par un hasard inouï, j’ai réussi à décrocher in extremis une dédicace de ce monstre de la littérature noire américaine, plus connu pour L.A. confidential ou le Dahlia noir. Brown’s requiem est le premier roman de James Ellroy, celui de la genèse de son œuvre majeure. On y suit Brown, ancien flic alcoolique, reconverti en mandaté pour récupérer des voitures de location aux loyers impayés. Brown a aussi une agence de détective minable où les affaires se font rares. Jusqu’au jour où un type antipathique, très gros, malsain et antisémite lui demande d’enquêter sur un juif richissime et mécène de sa sœur violoncelliste. Une enquête alambiquée dans le milieu des caddies de golf va emmener notre détective jusqu’au Mexique où la pègre a parfois un visage bien respectable. Les bases sont posées.
Mo Malo s’éloigne de son personnage phare Qaanaaq, flic mi-danois, mi-groenlandais, mais reste dans son univers de glace pour traiter un sujet malheureusement universel dans toute colonisation : l’enlèvement d’enfants en vue de les rééduquer. Les dictatures en sont friandes (Espagne de Franco, 3ème Reich d’Hitler, dictatures en Argentine et au Chili…) et les pays colonialistes s’en sont aussi donné à cœur joie (Indiens d’Amérique du Nord, Sames et ici, enfants groenlandais).
A chaque fois, l’intention est de couper l’enfant de ses racines, de ses traditions, de sa culture, de sa langue pour lui inculquer les « bonnes » valeurs, manières, culture, langue. Ce qui caractérise les agissements du Danemark, c’est qu’ils sont tardifs (Années 50) pour une démocratie. C’est dire si l’occident s’est cru longtemps supérieur en tout à ces tribus de « sauvages ». Le Danemark s’est officiellement excusé en 2020, soit soixante-dix ans après les faits et les victimes ont été faiblement indemnisées pour le préjudice subi. Le préjudice d’une vie volée et sacrifiée. L’auteur nous sert une histoire de vengeance à sa sauce sur ce thème écœurant, dont je ne vous dévoilerai rien ici mais que je vous invite à découvrir avec la même ferveur que la quadrilogie groenlandaise qui précède.