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Mapuche – Caryl Férey (548 pages)

Tant d’amour sauvage, telle est la mystérieuse dédicace que l’auteur m’a écrite. Je vous confirme, qu’il y a dans ce livre beaucoup d’amour, beaucoup de sauvagerie et beaucoup d’amour sauvage. Trente-cinq ans après le coup d’état en Argentine qui a jeté le pays dans les pages les plus sombres de son histoire, l’auteur vient remuer au côté des abuelas (les grands-mères) et les femmes de la place de Mai des histoires sordides de disparus dans les geôles tortionnaires de la dictature. Luz, un travesti protégé de Paula, travesti également, disparaît. Paula essaie de convaincre Jana que cette disparition est inquiétante. De son côté, Ruben, détective miraculé des prisons de la junte, est alerté par son ami journaliste Carlos sur la disparition de Maria Victoria, une fille de bonne famille qui était sur le point de lui faire des révélations. Caryl Férey reprend sa plume exceptionnelle pour nous entraîner dans son sillage à la recherche de ces deux personnes volatilisées et nous raconter ce pan tragique de l’histoire de l’Amérique du Sud.

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Le bras du dragon – Philippe Valry (196 pages)

Vous connaissez ces concours de bûcherons à la télé ? C’est un truc qui me fascine : Des hommes taillés comme des bûcherons (ça tombe bien, c’est leur métier), s’affrontent dans des épreuves où ils doivent couper des troncs énormes dans un temps record, à la hache, à la scie, à la tronçonneuse. J’ai toujours du mal avec le fait de couper des arbres, je suis un peu comme Idefix, le chien d’Obelix, je pleure quand on coupe des arbres pour rien.

Ce roman, c’est complètement ça : On coupe des arbres pour rien. Sauvez des arbres, épargnez-vous cette lecture qui alimente les polémiques sur les maisons d’édition peu scrupuleuses : Histoire indigente, irréaliste (quand on écrit un polar, la moindre des choses est de prendre deux trois renseignements sur le fonctionnement de leur institution : les titres d’inspecteur et de commissaire ont disparu depuis belle lurette), humour douteux voire misogyne, style et écriture lamentables. J’ai peiné pour aller au bout, alors je vous le confirme sans difficulté : il n’y a rien à sauver. Il s’avère que je connais l’auteur. Son objectif était d’écrire un livre, il l’a fait. Ce n’est l’objectif de personne de le lire. Allez, bisous.

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La guerre est une ruse – Frédéric Paulin (269 pages)

Premier volet de la trilogie Benlazar, l’intrigue se situe dans le milieu des années 90, années de guerre civile effroyable en Algérie où la France n’a pas su voir les ramifications d’un conflit qui se déploierait bientôt sur son territoire. Un excellent moyen de se remettre dans un pan de l’histoire proche qu’on connaît trop mal avec des personnages complexes et attachants. L’auteur nous étreint d’angoisse, nous faisant effleurer du doigt ce que la population a enduré, terrorisée et impuissante, prise en tenailles entre la montée d’un intégrisme religieux et des militaires sanguinaires.

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Summit – Mo Malo (388 pages)

Quatrième volet de la série Qaanaq, Summit est la suite de la série policière dont le héros au nom éponyme se débat cette fois avec sa hiérarchie pour maintenir son poste au Groenland. Un séminaire est organisé pour rassembler les policiers travaillant sur des bandes rivales qui sèment la terreur dans tout le nord de l’Europe, une sorte d’Interpol traquant des bikers agressifs. Mais rapidement, la petite virée qui doit renforcer la cohésion des équipes tourne au cauchemar. Évidemment, cet opus est aussi efficace que les trois premiers et on le dévore avec la même facilité qu’un ours polaire devant un phoque.

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Les derniers jours des fauves – Jérôme Leroy (430 pages)

Dernier opus de la saison Cezam, ce roman noir politique clôt une saison plutôt riche et de bonne qualité. L’auteur imagine ici que le président de la France élu en 2017 est une présidente, que c’est elle qui a dû subir les graves crises de ces dernières années, gilets jaunes, Covid. Une femme plutôt bien, qui a fait ce qu’elle a pu, mais qui a cristallisé toute la rancœur d’un peuple et qui est au plus bas dans les sondages, à un an de la prochaine élection. Suspendus à l’allocution qu’elle a prévu de faire, les prétendants au poste se préparent. Notamment cette « Association », groupe d’hommes de la droite dure qui voudrait profiter de ce tremplin pour prendre le pouvoir. Connaissant les opinions affichées de l’auteur, j’ai été gênée tout au long de l’histoire pour savoir où il cherchait à en venir, exactement. Sous couvert de dénoncer des pratiques dignes d’une République bananière, il semble approuver que la fin justifie les moyens. On tue sans vergogne, des innocents, des ministres, des policiers, et tout finit dans une communauté de doux rêveurs. Je m’interroge donc sur le propos sous-jacent. Je suis perplexe. Pour autant, j’ai bien aimé certaines allusions ou vérités, certaines piques bien senties : Lorsqu’il explique que Lucien a écrit un roman formidable, adulé par la critique, mais qu’il n’en a vendu en réalité que 667. Lorsqu’il fait dire à la Présidente de la République à propos de la pandémie du Covid : Nous ne sommes pas en guerre !

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Dixième manche- Une histoire américaine – Alexandre Bertin (260 pages)

Un journaliste sportif part en retraite après une carrière qui s’est écroulée au décès de sa femme et de sa fille. Cependant, en rangeant ses dossiers, un vieux reportage jamais fini tombe à terre : un jeune joueur de baseball prodige qu’il était sur le point d’interviewer s’était tué dans un accident de voiture, mettant fin à l’article en devenir.  En apprenant qu’un autre jeune prodige utilise la même technique de lancer de balle et fait le « buzz » sur les réseaux sociaux comme inventeur de ce lancer, Nathan décide de terminer son reportage sur Richard pour lui redonner la place qui aurait dû lui revenir. Mais son enquête va révéler des points bien sombres dans la vie apparemment tranquille de cette petite ville des Etats-Unis.  Dixième manche est un roman français biberonné à la culture américaine, et ça fonctionne du tonnerre ! Personnages bien campés, intrigue bien ficelée, on dévore ce roman haletant d’une traite, qu’on soit fan de baseball ou novice en la matière.

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Les gentils – Michael Mention (343 pages)

Franck a perdu sa fille dans un braquage qui a mal tourné. Il a sombré et sa femme l’a quitté. Un an après, les policiers n’ont toujours pas de piste, malgré des témoins oculaires qui décrivent un jeune homme brun avec un tatouage sur l’épaule. Alors Franck va mener sa propre enquête. Dans ce road trip haletant comme Michael Mention sait si bien les écrire, on traverse la fin des années soixante-dix autant que la France de Paris à Marseille sur fond de campagne électorale française pour finir au Guyana à Jonestown sur fond de People’s Temple. Un roman qui évoque le désarroi d’un père face à la perte incommensurable d’un enfant en noyant sa détresse dans l’action, à la limite de la folie.

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Service Action – Louve Alpha – Victor K. (290 pages)

Troisième volet de la série Service Action, Louve Alpha met cette fois dans les feux de ses projecteurs l’infâme Groupe Wagner et les exactions commises en Afrique. Dénoncer les exactions et mettre en lumière le travail de ces agents de l’ombre, telle est la mission de Victor K. dans ses ouvrages, rédigés au plus près de l’histoire actuelle, celle qui se joue en ce moment. Il y décrit aussi les faiblesses inhérentes à ce genre d’activités, car même si on a à faire à des surhommes (et des surfemmes), les protagonistes n’en restent pas moins des humains, faits de chair, de sang et d’une âme. Comment se maîtriser dans la peur de perdre les membres de son équipe, toujours exposés au maximum dans des missions incroyablement dangereuses ? Comment assurer la sécurité de l’état français, dont la souveraineté, et, par voie de conséquence, la liberté de ses citoyens est mise en péril ? Viktor K. avait produit un roman précédent très technique. Il renoue cette fois avec sa merveilleuse écriture romanesque. Un opus qui se dévore comme les précédents, avec un petit supplément d’âme qui ajoute un vrai plus.

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Tapas nocturnes – Marc Fernandez (149 pages)

Fan de la trilogie « Mala vida », « Guérilla Social Club » et « Bandidos », je me suis bien sûr procuré le préquel de cette série. Un préquel, c’est une histoire qui se passe avant, mais qui est écrite après. L’auteur a profité de cette histoire pour glisser quelques anecdotes de son expérience de journaliste international sur le trafic de drogue au Mexique, qui en font un roman réussi pour quitter les personnages de la série et en démarrer une autre sur ce même thème. S’inspirant toujours de faits historiques, les romans de Marc Fernandez, estampillés polar, sont des enquêtes qui se lisent en page turner avec des personnages attachants.

Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter ma chronique avec des extraits et l’interview de l’auteur sur radio-toucaen.fr mercredi 07/02/2024 à 19h30 en direct, ou en replay dès le lendemain

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Froid comme l’enfer – Lilja Sigurdardottir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün (287 pages)

Vous aimez les polars islandais ? Vous aimerez celui-là. Lilja Sigurdardottir dit qu’il y a deux sortes d’écrivains du polar, ceux qui privilégient l’intrigue et ceux qui privilégient les personnages. Elle, son truc, ce sont indéniablement les personnages. Elle profite de l’occasion pour dénoncer les violences faites aux femmes, 80 % des affaires traitées par la police en Islande où il y a peu de meurtres en réalité. Dans cet immeuble plutôt populaire les habitants ont tous l’air de cacher quelque chose d’inquiétant, lequel d’entre eux est responsable de la disparition d’Isafold ?