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Avec la permission de Gandhi – Abir Mukerjee traduit de l’anglais par Fanchita Gonzales Battle (315 pages)


En France, ma génération a pas mal étudié la décolonisation de notre pays. En revanche, on est passé assez vite sur celle de l’empire britannique. Ce roman policier est un prétexte pour évoquer la révolution pacifique menée en Inde par Gandhi, mais aussi la situation dans cette région du monde il y a un siècle, la supériorité affichée des Britanniques vis-à-vis des autochtones, leur relégation à des postes subalternes, quel que soit leur niveau d’études, les ravages de l’opium. Pas mieux de l’autre côté de la Manche, donc. Quand l’homme domine une population locale, rien à faire, on retrouve les mêmes comportements qui poussent à l’injustice et l’inégalité. Pas étonnant que ces populations aient eu besoin de se réapproprier leurs espaces. Dans les années vingt, il ne faut pas non plus oublier que les hommes reviennent d’une première guerre mondiale traumatisante physiquement et moralement. J’ai trouvé par ailleurs l’intrigue plutôt bien menée et intéressante, et la description minutieuse de l’ambiance de cette époque bien rendue. Un bon roman policier plutôt original.

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La femme du deuxième étage – Jurica Pavičić traduit du croate par Olivier Lanmuzel (224 pages)

Ce roman a eu des prix de roman policier. Si on sait d’entrée que le roman se situe du point de vue d’une jeune femme emprisonnée pour avoir commis un meurtre, le sujet est pour moi très différent que l’enquête pour laquelle il n’y a pas vraiment de suspens. Pour moi, c’est dur, c’est noir si on veut, mais ce n’est pas non plus l’essentiel. En revanche, c’est un très beau roman sur les évènements qui bouleversent la vie, le libre-arbitre, les petits enchaînements qui nous poussent à commettre l’indicible sans qu’on l’excuse pour autant, tout ce qu’on porte en soi d’essentiel, comment supporter la vie carcérale et comment en sortir dans une petite ville où son procès a fait la une des journaux. Un petit roman très fort où on éprouve plus d’empathie pour la criminelle que pour la victime, même si on se dit qu’on ne tue pas impunément son prochain. Le style est par ailleurs très beau, c’est très bien écrit. Une belle découverte grâce aux éditions Agullo. Merci pour leur confiance.

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En attendant Boulez – Yann Ollivier (382 pages)

Cette enquête policière bien originale se déroule cette fois dans le milieu de la musique (voir retour de lecture précédent qui se passait dans le milieu de la grande gastronomie). Ce roman sorti au printemps 2019 colle à l’actualité 2023 où Chat GPT a été au centre de toutes les polémiques. L’auteur a imaginé la première à la Philharmonie de Paris d’un concerto entièrement écrit par une intelligence artificielle. La soliste, pianiste chinoise, aussi belle que talentueuse est très populaire et fait aussi bien la une des magazines féminins que des magazines de musique pointus. Seulement, elle disparaît à une demi-heure de la répétition générale. Entre les risques pris, tant philosophiques que financiers et les polémiques engendrées par une telle révolution, cette œuvre est une menace. Cynique et ironique, l’auteur connaît très bien le milieu qu’il décrit et utilise cette farce macabre pour nous en faire découvrir les arcanes. Jubilatoire.

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On ne meurt pas la bouche pleine – Thierry Marx et Odile Bouhier (335 pages)

Quand un grand cuisinier décide d’écrire un polar, on y parle de… restauration haut de gamme et de gastronomie bien sûr ! Nouvelles techniques de cuisine, propriétés chimiques des produits associées à l’élaboration des plats, on se régale à distance. Le scénario est assez improbable, mais ce n’est pas l’essentiel de ce roman qui utilise la nourriture comme arme. Original !

Quand un grand cuisinier décide d’écrire un polar, on y parle de… restauration haut de gamme et de gastronomie bien sûr ! Nouvelles techniques de cuisine, propriétés chimiques des produits associées à l’élaboration des plats, on se régale à distance. Le scénario est assez improbable, mais ce n’est pas l’essentiel de ce roman qui utilise la nourriture comme arme. Original !

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La lame – Frédéric Mars (507 pages)

La lame, c’est celle d’un couteau, c’est celle de fond qui submerge un quartier très pauvre du Nigeria. De Lagos à Marseille, de New York à Paris, plusieurs histoires s’entremêlent dans ce thriller d’anticipation géopolitique. Basé sur des faits (dérèglement climatique, migration climatique), l’auteur nous livre un roman très dur sur le milieu de la prostitution dans les quartiers nord de Marseille et la plus terrible misère humaine. Lorsque les flics vont chercher le corps de cette pauvre prostituée massacrée, ils n’imaginent pas jusqu’où cette abomination les conduira. Malgré un récit très âpre, l’écriture de Frédéric Mars et la structure du roman vous feront tourner les pages sans vous arrêter.

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Un parfum de soufre – Sylvain Forge (393 pages)

Comment cette pauvre pensionnaire d’un Ehpad nantais a-t-elle pu s’auto consumer dans sa chambre fermée à clé ? Par ailleurs, cet établissement modèle a des investisseurs pressés et pointilleux. Il serait de bon ton que l’affaire soit au mieux étouffée, au pire, résolue rapidement. Deuxième volet de la trilogie Isabelle Mayet, Sylvain Forge nous emmène dans une enquête où les petits vieux ont parfois des apparences tranquilles trompeuses.

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Jack l’éventreur démasqué – Sophie Herrefort (278 pages)

Sophie Herrefort est LA spécialiste de cette série de crimes à la fin du 19ème siècle jamais élucidés. Un homme s’est attaqué à quatre femmes, en augmentant au fur et à mesure la sauvagerie avec laquelle il a massacré les malheureuses. L’autrice nous décrit tout d’abord le contexte historique, politique, économique et géographique de ce Londres de fin de siècle. Elle a travaillé pendant une quinzaine d’années sur le sujet, obtenant parfois l’accès à des documents qu’elle n’aurait normalement pas pu voir. Son étude est fouillée, précise, et elle démonte point par point chacun des suspects qui a été envisagé pour donner sa version des faits. Elle s’appuie aussi sur des témoignages qui montrent que vraisemblablement la vérité était au fond connue ou tout du moins fortement soupçonnée par des proches, et même par certains membres de la police elle-même. Aujourd’hui, ce type ne ferait pas dix pas dans la rue sans être confondu. A l’époque, beaucoup de paramètres n’étaient pas accessibles et trop d’enjeux auraient nui à la bonne société anglaise. Un cas très intéressant pour ceux qui sont en quête de vérité.

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Les oiseaux des marais – Lisa Sandlin (368 pages)

Xavier Bell est le nouveau client étrange de l’agence Phelan. Phelan vient de sortir Delpha d’un mauvais pas, à peine cinq mois après sa sortie de prison conditionnelle. Au-delà de l’histoire policière, Lisa Sandlin nous dépeint très bien le contexte des années 70 à la frontière entre le Texas et la Louisiane, et elle s’interroge sur ce que cela signifie d’être libre. Le travail de fourmi de l’agence de détective, les autres enquêtes qui se superposent à l’enquête principale, tout semble très vraisemblable et réaliste. Même la petite touche d’imaginaire ne nuit pas à l’ensemble. J’ai vraiment bien aimé.

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Les larmes du Reich – François Médéline (182 pages)

1951 : L’inspecteur Michel s’intéresse au meurtre non résolu d’un couple de paysans dont la fille a disparu. Rapidement, il va identifier un certain nombre d’anomalies dans l’histoire de ces gens a priori sans histoires. En même temps, on sent que cet homme cherche plutôt à retrouver la petite fille pour des raisons personnelles dont on ignore la teneur exacte. Mais cette enquête qui est l’enquête de sa vie va prendre une tournure de plus en plus bizarre, son comportement devient de plus en plus étrange. Sur fond historique à la fois héroïque (sauver des enfants) et tragique (la deuxième guerre mondiale), François Médeline nous entraîne à sillonner la France à vélo à grands coups de pédale dans ce roman qui porte un regard original et un angle peu abordé sur les camps de concentration.