Justice soit-elle – Marie Vindy (307 pages)

Marie Vindy s’est inspirée de l’affaire des disparues de l’A6 pour imaginer ce roman où une avocate très déterminée veut obliger le parquet à rouvrir des affaires abandonnées depuis longtemps.

Ce qui est intéressant – et on la retrouve bien dans le peu qu’on peut apercevoir d’elle sur les réseaux sociaux – c’est qu’elle s’applique encore et toujours à défendre la veuve et l’opprimé, en l’occurrence, les parents démunis face à la justice qui les broie. Il est difficile pour des familles déjà accablées par le deuil d’un enfant de savoir louvoyer dans les méandres d’un appareil judiciaire qui est étranger à la plupart du commun des mortels. Sans aide, sans moyens, c’est mission impossible. Et nombre d’affaires restent des non-lieux, faute de mettre le paquet sur des enquêtes difficiles.

Tout cela apparaît en filigrane, car le livre est un vrai roman policier, mené comme tel, et non comme un documentaire, et on se passionne pour les enquêtes entremêlées, variées dans le temps et les modes opératoires. Je n’en dis pas plus, plongez à votre tour dans la boue de la campagne du Morvan.

Editions Points

Ne prononcez jamais leurs noms – Jacques Saussey (478 pages)

La suite des aventures de Daniel et Lisa, ça faisait longtemps ! Cette fois, Jacques Saussey nous entraîne du côté d’Hendaye où un attentat est commis. Qui ? Pourquoi ? Est-ce que les groupes indépendantistes tel que l’ETA n’ont pas complètement déposé les armes, comme annoncé ? Ou bien les Islamistes, car l’attentat ressemble à celui du métro Saint-Michel de 1995 ?

Enlevé par le terroriste, Daniel tente tant bien que mal de survivre, tandis que Lisa, pourtant très fâchée à la fin de « la pieuvre » se lance à sa recherche. Haletant.

La méthode Venturi – Christophe Dubourg (388 pages)

Je ne le répéterai jamais assez, Christophe Dubourg est l’auteur qui a boosté mon blog. Alors forcément, on pourrait penser que je suis parti pris. Que je vais totalement manquer d’objectivité sur son denier roman, sorti tout juste pour le Salon Bloody Fleury 2019 : La méthode Venturi.

En plus, il faut savoir que cette personne est incroyablement modeste et humble : « tu sais Isa, ce livre est très différent du premier et tu as le droit de ne pas l’aimer ! « Non mais Kevin, heu… Christophe, j’ai lu 90 pages et j’adore ! »  « Oui mais tu vas voir, parce qu’après… peut-être qu’après, ça ne va pas te plaire ! »

Eh bien si ! jusqu’au bout ! Alors, soyons clairs, c’est en toute objectivité que je dis : c’est un livre QUI DECHIRE !

Venturi est interrogé par des types armés qui ne rigolent pas. Qui sont-ils ? La police des polices ? des méchants ? Et lui ? Qui est ce flic bourré de TOC qui se bourre de pilules bleues ? Christophe Dubourg nous embarque dans une histoire déjantée où rien ne se passe comme prévu et où les faux-semblants (un thème qu’on trouvait déjà dans les loups et l’agneau et qui lui est cher) ont la part belle.

Entre « les loups » et « la méthode », il y a indéniablement un style qui s’est affirmé, l’écriture est à mon avis bien meilleure que dans son premier roman. Quant à l’histoire, elle nous plonge dans un roman noir des années soixante, à la sauce actuelle, ce qui en fait un livre vraiment original et à part.

Les truands ont une sorte de code de l’honneur (ou pas), les flics font sauter des bagnoles à la grenade et se baladent en tongs. Une équipe de branques et de broc, haute en couleur. Tout cela a un petit côté « à l’ancienne » presque désuet, totalement modernisé par les accessoires et le contexte. Truculent comme un dialogue d’Audiard et noir comme un film de Melville, La méthode Venturi est un mix entre les « Tontons Flingueurs » et Ocean’s Twelve. Brinquebalant !

La presqu’île empoisonnée – Guillaume Le Cornec (438 pages)

Je vous avais déjà chroniqué L’île aux panthères, suite à ma rencontre avec Guillaume lors du festival Bloody Fleury 2018. Une version 2.0 du Club des cinq de notre enfance.

La presqu’île empoisonnée est donc la suite des aventures des JAXON, entendez Judith, Amara, Xavier, Oscar et NicolaÏ, tous les cinq embarqués, avec leurs familles, dans une aventure aussi modeste que celle de sauver le monde et la planète ! Cette fois, nos détectives en herbe s’attaquent à un géant des pesticides, financé par la mafia calabraise. Rien que ça ! Personnellement, je trouve que Guillaume Le Cornec a encore affiné son style, et peaufiné son histoire. Une façon intelligente de sensibiliser nos ados à l’écologie. Sur fond de grandes entreprises et de monde de la finance pourris jusqu’à la moelle, il tresse une histoire complexe où de nouveaux personnages font leur apparition.

Ce n’est pas mièvre, ce n’est pas simpliste, même si c’est au départ adapté pour un public jeune. Foncez, et piquez-le à vos ados ensuite, ou l’inverse, car ce Mission impossible miniature vaut le détour. Soufflant !

Chimères – Laurent Loison (426 pages)

Cette fois encore, je vais un peu vous raconter ma vie, car c’est ainsi que je vais pouvoir expliquer mon ressenti sur le dernier opus de Laurent Loison.

Le premier film d’horreur que j’ai regardé était vendredi 13. J’ai cru mourir. J’ai fait des cauchemars pendant des mois et le pauvre ruisseau entouré d’arbres qui bordait la route que j’empruntais pour aller prendre mon bus m’a semblé extrêmement dangereux et hostile de nombreuses semaines après avoir vu ce film. A la fin du film, on croit que c’est fini, et non, Jason casse la fenêtre et nous fait sursauter et il tue les deux derniers qui avaient survécu. (Aujourd’hui, les jeunes rigolent en voyant ce film, mais moi il m’a totalement traumatisée)

Ensuite, il faut que je vous dise : Laurent Loison est un écrivain adorable. Il est prévenant avec ses blogueurs, et bienveillant avec ses collègues. Il se réjouit avec eux de leurs succès et les encourage quand ils ont des coups de mou. Une personne vraiment chouette.

Laurent Loison a l’art d’impliquer les lecteurs dans ses romans, il nous prend à partie d’entrée de jeu. Ça nous met mal à l’aise, il en joue, et nous met face à nos perversions. Forcément, ça dérange. Il entretient ce sentiment de nous mettre le nez dedans, et ça marche.

Il démarre aussi par un certain nombre d’éléments a priori décousus, et puis l’histoire démarre, c’est bien fait, on se prend au jeu, on se laisse aller dans la montée de la violence, on sait que ça va être de pire en pis. On continue à lire, dégoûté, voyeur, mais ça fonctionne.

Alors, Lolo, dis- moi, POURQUOI TU AS ECRIT CE P… DE DERNIER CHAPITRE ?????????

Tu vas m’objecter que c’était volontaire, que ça explique pas mal de choses et tout et tout… mais non !!! Moi, je dis NON ! au dernier chapitre ! Je dis : il n’est pas crédible ce dernier chapitre ! trop c’est trop ! Surtout que je revis mon traumatisme vendredi 13 de quand j’avais 16 ans ! Amateurs de Thrillers bien gores précipitez-vous. Traumatisés de vendredi 13, oubliez ! Traumatisant.

Ma bête – Jean-François Regnier (257 pages)

Si vous avez lu et aimé l’enfer de Church Street de Jake Hinkson, vous aimerez aussi ma bête. A l’instar du roman de l’auteur américain, Jean-François Régnier explore les méandres d’une séquestration. Mais finalement, qui est dominant, qui est dominé ? Peut-on vraiment décider de manipuler un homme en lui ôtant la liberté ? Peut-on en faire son tueur, afin de ne pas se salir les mains dans les vengeances qu’on a décidé d’assouvir ?

Dans ce thriller où l’issue semble être dénuée d’espoir, on s’accroche néanmoins comme Duncan à ce qui pourrait nous sauver. Le geôlier, presque drôle à force d’être pathétique nous entraîne dans son épopée terrifiante et macabre. Et les personnages secondaires amènent les rebondissements nécessaires au suspense.

Ce petit thriller, très bien écrit se lit d’une traite, en apnée. Electrifiant.

Anaisthêsia – Antoine Chainas (340 pages)

Ambiance noire pour ce polar d’Antoine Chainas. Un flic noir originaire de Haïti, dans une équipe raciste a un accident avec la voiture de service dont il sort défiguré et insensible. Insensible, donc ne ressentant plus la douleur, mais aussi insensible, sans émotions, sans la moindre empathie. Il ne ressent plus rien, une sorte de zombie, un cas d’école pour le docteur qui le suit. D’ailleurs, n’est-il pas un peu mort, avec sa cicatrice qui sépare son visage en deux ?

Le livre avance au rythme de la poursuite de la tueuse aux bagues, mais que s’est-il vraiment passé le soir de l’accident ? Qui sont les bons ? Qui sont les méchants ? Quelles sont les véritables motivations de chacun pour avancer, pour vivre, ou mourir ? Antoine Chainas nous entraîne dans un univers sombre où il n’y a point de salut. C’est noir noir noir et commotionnant.

La prétendue innocence des fleurs – Calderon et de Moras (357 pages)

Que dire d’un livre qu’on a du mal à lâcher et qu’on dévore en moins de deux ? Que c’est un bon livre ! Pour une première à quatre mains entre Franck Calderon et Hervé de Moras, c’est une franche réussite. Ce roman noir, plus que polar, est avant tout une histoire d’amour.

Le héros est juge d’instruction, ça change. Il est jeune, il est beau, il est très compétent et il est torturé par son histoire familiale. Huit ans plus tôt, il a amorcé un début d’histoire d’amour avec une pianiste qui lui laissait des messages codés en bouquets de fleurs.

Qui donc pouvait connaître cette histoire et lui remettre le même bouquet qu’il y a huit ans ? Pourquoi se réveille-t-il toutes les nuits à la même heure, le laissant un peu plus épuisé chaque jour ? Arrivera-t-il à faire tomber cet avocat pénaliste qu’il hait car il lui a fait rater sa première affaire, malgré son excellent travail ? Pourquoi le concerto en sol de Ravel revient-il le hanter, à l’instar de cette histoire sentimentale avortée dans l’œuf ? Qui lui a envoyé cette carte de menace ? Est-ce cette morte qui l’éloigne inexorablement de sa compagne actuelle, pourtant talentueuse et belle ?

De Paris à Nîmes, de Nîmes à Venise, Marc va se lancer dans un jeu de pistes où les messages sont des bouquets de fleurs qu’il faut déchiffrer, où le passé est présent, où les bons et les méchants s’enchevêtrent dans une partition magistrale. Enivrant.

Total Labrador – Jean-Hugues Oppel (296 pages)

Je n’avais jamais lu Jean-Hugues Oppel avant. Pourtant il a écrit plein de livres, dont un, Six-pack, a été adapté au cinéma.
Pour tout vous dire je m’en faisais une joie absolue, d’autant que ma bibliothécaire préférée et mon libraire préféré avaient l’air de l’attendre avec impatience. Le titre était plein de promesses. Et je dois avouer que j’ai eu du mal à entrer dedans, voire à le terminer.

Entrer dans ce livre est compliqué car il est au départ extrêmement brouillon. On se doute que tous ces petits chapitres qui ont l’air décousu vont finalement amener à un patchwork qui aura du sens. La suite au contraire, est tellement évidente et limpide, qu’on se demande si ça vaut le coup d’aller au bout, parce que c’est cousu de fil blanc.

Après, dire que je n’ai pas du tout aimé serait faux, parce que l’auteur a un style plutôt amusant avec des petites blagues toutes les trois lignes. Là encore, au bout d’un moment, on a compris les ficelles, un peu faciles parfois. Les personnages sont attachants, et l’histoire se tient quand même. L’auteur semble cabotiner dans ce livre où il s’est sûrement bien amusé. J’avais un peu l’impression d’être dans un manga un peu léger, une sorte de barbe à papa, livre d’espionnage ou bien comique, d’où la couverture rose bonbon.

Bourré d’allusions à Mission impossible et aux films d’espionnage en général, les fans vont sûrement se régaler. Je n’étais peut-être pas dans le bon mood pour être vraiment accrochée, mais je pense que ce n’est pas son meilleur, il faudra que je réitère.
Un peu décevant…

L’heure des fous – Nicolas Lebel (343 pages)

Que lire après Norek ? Nicolas Lebel, bien sûr ! Voilà, je viens de découvrir Mehrlicht et son équipe, Latour, la mignonne petite bretonne, Dossantos, le colosse spécialiste du code pénal et Ménard, le stagiaire bouc émissaire qui tente de faire entrer un peu de modernité dans ce commissariat parisien.

Alors, je sais, je suis un peu à la bourre, parce qu’en ce moment, tout le monde ne parle que du dernier « Dans la brume écarlate », son cinquième, si je ne m’abuse, mais tant pis, j’espère que ce petit retour en arrière donnera envie à ceux qui ne le connaissent pas encore de le découvrir.

Par ailleurs, l’auteur est éminemment sympathique, drôle et intéressant, alors si vous avez l’occasion de le rencontrer en dédicace, n’hésitez pas une seconde !

Moi, en tout cas, ça me donne très envie de lire les suivants. Les personnages sont truculents, drôles, émouvants aussi, et les sonneries de portable qui reprennent des citations d’Audiard, c’est poilant.

Je suis sûre que vous ferez comme moi le rapprochement avec des évènements récents. Nicolas Lebel aurait-il des dons de voyance ? En effet, en 2013, bien malin celui qui aurait prédit que des gens modestes allaient se rassembler en masse pour mettre le bazar en France.

Mais L’heure des fous, ce n’est pas que cette histoire de SDF qui se fait poignarder, c’est aussi bourré de références culturelles, à Victor Hugo, notamment, qu’il cite à tout bout de champ.

Franchement, Audiard + Hugo, la classe totale, non ? L’histoire policière, dans tout ça, c’est presque un prétexte pour nous parler de plein d’autres choses, de notre société, de l’abus de pouvoir, de la culture, sous des aspects divers et variés. Un bon moment de suspense, en se cultivant et en souriant.