Galerie

Le jour des morts – Nicolas Lebel (472 pages)

J’ai retrouvé avec plaisir le capitaine Mehrlicht et son équipe ainsi que le style impeccable de Nicolas Lebel (chez Lebel, y’a du level). Une empoisonneuse sème la panique à Paris. Les victimes n’ont aucun point commun. Frapperait-elle au hasard ?
J’aime les interrogations ironiques de l’auteur sur l’indigence de nos journaux télévisés (je me demandais si j’étais la seule à trouver inepte les micros-trottoirs au sujet de la météo, qui ont légitimé successivement les spécialistes en maladies infectieuses qui ont évolué vers des carrières de stratèges en géopolitique, pour devenir plus récemment des prix Nobel en économie. Pardon pour cette digression). Bref, je ne dévoilerai rien du suspens, mais je ne tarirai pas d’éloges sur l’intrigue bien ficelée, les personnages bien campés (on se surprend à penser à eux une fois le livre refermé) et l’humour qui donne des couleurs à la noirceur du monde.

Galerie

Le Pré des Oiseaux – Florence Lizé (427 pages)

Judith Gautier, vous connaissez ? Cette femme oubliée de l’histoire, à l’instar de tant d’autres, est la fille de Théophile Gautier. Lui, sa renommée n’a pas été effacée.  Mais elle, a surtout été la première à proposer des traductions d’ouvrages en chinois, elle était bilingue, écrivaine et peintre. Elle a côtoyé tous les grands du monde artistique de la deuxième moitié du 19 ème siècle. Elle a réalisé les premiers décors du Tannhauser de Wagner dont elle a été la muse et l’amie, tout en étant l’amie de sa femme Cosima et la marraine de leur fille. Elle a aussi été la maîtresse de Victor Hugo, a été plébiscitée par Baudelaire et Flaubert, été l’amie de Debussy, du dernier prince d’Annam et de tant d’autres qui ont tous passé un moment au pré des oiseaux, sa dernière demeure. Grande amoureuse, elle finira ses jours avec Suzanne, de trente-sept ans sa cadette. Avec son style poétique et très travaillé, Florence Lizé nous livre une nouvelle fois une biographie romancée où une jeune adolescente dans les années soixante va grandir le temps de son séjour pour les vacances de Pâques. De l’autrice aux personnages, réels ou fictifs, toutes ces femmes sont à découvrir.

Galerie

Le dernier thé de maître Soho – Cyril Gély (190 pages)

Une jeune fille rejoint un maître Samouraï pour se former à le devenir aussi. Un roman doux et délicat entre thé et épée où une jeune fille déguisée en garçon et un vieil homme à l’âme blessée s’apprivoisent dans la douceur de vivre. Il fera tout pour la sauver de la folie des hommes et de la guerre. J’ai bien aimé le style délicat et l’histoire ciselée.

Galerie

Motl, fils du chantre – Sholem Aleikhem, traduit du Russe par Nadia Dehan-Rotschild et Evelyne Grumberg (281 pages)

Motl est un petit garçon espiègle et joyeux qu’aucun malheur ne peut abattre. Des malheurs, pourtant, sa vie en est truffée, à commencer par la mort de son père et les entreprises désastreuses de son frère pour sortir de leur pauvreté crasse. Dans l’Ukraine antisémite des années 1920 où les pogroms ont fait rage, la famille décide d’émigrer aux Etats-Unis. Mais pour passer l’immigration, il faut avoir des yeux en bonne santé et la maman de Motl pleure tout le temps, abîmant inexorablement ses yeux. Motl déplore tous les évènements avec l’insouciance de l’enfance. Sholem Alekheim disait : la vie est horrible, alors il faut impérativement en rire, car on ne changera pas la folie des hommes ; sa vision des choses se reflète merveilleusement dans ce roman et m’a donné très envie de lire la suite.

Galerie

Maman, je t’adore – William Saroyan, traduit de l’anglais américain par Annie Blanchet (237 pages)

Mama Girl est une jeune actrice divorcée qui s’occupe de sa petite fille. Elles s’aiment à la folie. Sur un coup de tête, elles partent à New York pour faire avancer la carrière de la jolie maman. Ce roman ressemble à une comédie musicale de Broadway des années cinquante, d’ailleurs l’intrigue se situe dans cette décennie. Un roman rose bonbon avec un joli ruban dans les cheveux, exhumé des cartons par Zulma.

Galerie

Un plan simple – Scott Smith, traduit de l’anglais par Éric Chédaille (465 pages)

Quand trois pieds nickelés découvrent plus de 4 millions de dollars dans un avion qui s’est écrasé en forêt, le plan est simple : garder l’argent pendant 6 mois pour être sûr que personne ne le cherche, puis se le partager et disparaître pour toujours. Sauf que les plans simples deviennent parfois bien compliqués. Un humour caustique et déjanté qui a inspiré les frères Cohen pour leur film Fargo qui utilise aussi les mêmes paysages enneigés comme décor pour un roman sur le rêve américain dévoyé.

Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter l’émission Isa se livre https://share.google/ujvSRJJg6bNptNyX4

Galerie

Danser encore – Charles Aubert (173 pages)

Pour continuer dans le thème de l’aberration nazie, j’ai enchaîné avec cette biographie romancée du champion de boxe Tsigane allemand dans les années 30. Je ne vous fais pas de dessin, son destin est tragique, à l’instar des 300 000 autres Tsiganes et des 6 millions de juifs assassinés dans des camps d’extermination. Considérés comme inférieurs, associaux, dégénérés, le gouvernement du troisième Reich les a aussi stérilisés et contraints au travail forcé. Mais Rukeli était un grand champion de boxe et il a gagné le championnat d’Allemagne. Impensable qu’un singe dégénéré, qui semblait danser autour de ses adversaires obtienne le titre. Il en sera déchu pour avoir boxé de façon non conforme.

Galerie

Tosca – Murielle Szac (124 pages)

Ce roman s’appuie sur l’histoire vraie d’une tuerie gratuite. Sept juifs raflés par la milice française en juillet 1944 et assassinés en représailles de la mort de Philippe Henriot. Sept personnes avec un bristol mentionnant leur patronyme sur le corps, sauf un homme, anonyme. Un homme qui, la nuit précédant sa mort, a chanté Tosca dans le placard où il était enfermé avec les autres, pour se donner du courage, pour donner du courage à ses codétenus, pour mettre de la beauté là où il n’y en a pas. Deux résistants sont enfermés avec eux. Au procès de Touvier, Louis Guiraud, dit P’tit Louis se rappelle cet homme inconnu à la voix magnétique. Un roman bouleversant d’humanité dans la cruauté. On ne dit jamais assez à quel point la milice française a fait de dégâts humains en France. Des. Français. Alors, prétendre que Pétain a protégé les Juifs pendant la deuxième guerre mondiale est une hérésie historique qu’il ne faut jamais laisser passer.

Galerie

La fille de l’ethnographe – Timour Muhidine (265 pages)

C’est l’histoire des errances de cet ethnographe, ce Turc féru de Sade qui a passé des années et des années en France pour arriver à une analyse exhaustive de chaque provincial sans y arriver. Il se lasse de plus en plus face à cet exercice sisyphéen. Sa fille retrouve son travail à sa mort. J’ai lu, j’ai lu en me demandant où il voulait en venir. L’aspect un peu documentaire du récit, sans aspérités, sans rebondissement m’a laissée perplexe. Une lecture plutôt laborieuse en ce qui me concerne.

Galerie

On dira que c’était un accident – Véronique Presle (185 pages)

Freddie est bipolaire, alcoolique et mère célibataire. Un jour, on lui a enlevé Lior, son enfant pour le mettre dans un foyer. Elle en veut terriblement à la femme qui l’a dénoncée, à l’époque, qu’elle croyait être son amie. Alors, elle compte bien être irréprochable pour ne pas le perdre à nouveau. Pour l’anniversaire de son fils, elle a tout bien fait, ou presque. Une semaine du point de vue de Freddie, puis une du point de vue de Lior qui fait tout pour soutenir sa mère à bout de bras et ne pas sombrer à son tour, Véronique Presle nous livre un roman terrible sans pathos. Elle jongle avec ses personnages bien campés et attachants et on retient sa respiration jusqu’à la fin, car on sent que tout peut basculer à tout moment.