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L’invention d’Adélaïde Fouchon – Natacha Diem (204 pages)

Adélaïde est une petite fille comme les autres, ou presque puisqu’elle a une maman et deux papas et cette singularité l’empêche d’être vraiment bien dans sa peau. Alors elle se réinvente tant qu’elle peut. Lorsqu’elle devient adulte, elle cherche à comprendre si cette enfance si particulière l’empêche encore de vivre normalement.

Le premier livre de Natacha Diem est à la fois poétique et cru, drôle et émouvant. Adélaïde parle tour à tour de ses souvenirs en tant qu’enfant et de ses réflexions de femme. Son style est moderne et sans concession. Certaines phrases sont de vraies pépites de style, des trouvailles ingénieuses qui ne sonnent jamais faux et qui font toute la beauté de l’ouvrage. Une vraie découverte.

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Sauve-la – Sylvain Forge (396 pages)

Alexis va bientôt se marier avec Clémence lorsqu’il reçoit un message de celle qu’il n’a jamais oubliée et qui l’a quitté il y a vingt-six ans. Elle lui demande un grand service : partir à la recherche de sa fille, déclarée morte il y a plusieurs années mais dont elle est persuadée qu’elle est toujours en vie. Partagé entre son avenir et la réalité de Clémence et la réapparition de Clara, Alexis balance.

Encore une fois, Sylvain Forge nous entraîne dans un roman noir haletant, mélangeant des connaissances scientifiques récentes à une histoire qui se lit d’une traite. Impossible d’en dire plus sans dévoiler les ressorts de l’intrigue que je vous laisse découvrir.

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Circé – Madeline Miller Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché (549 pages)

Qui était Circé ? Une vilaine sorcière qui transforma les marins d’Ulysse en pourceaux ? Assurément. Mais ce fut aussi une femme amoureuse, blessée, et libre. La mythologie revisitée par Madeline Miller est une pure merveille, car elle l’aborde sous l’angle terrible de la modernité. Les héros sont surtout d’affreux guerriers sanguinaires et les Dieux d’inconstants jaloux injustes. Parmi eux, Circé, donc, féministe à sa façon, et humaine dans sa déité. On révise l’histoire de la Grèce antique, de l’Odyssée, des écrits d’Eurypide dans cette longue épopée qui nous tient mieux en haleine qu’une série à rallonge.

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Les chevelues – Benoît Séverac (232 pages)

Au pied des Pyrénées, les Romains ont vaincu les Convènes et se sont installés peu à peu à Lugdunum Convenarum, où il règne un équilibre d’autant plus stable que le quatuorvirat qui dirige la cité est composé de trois Romains et un Convène. Mais cet équilibre se révèle fragile, lorsqu’il vole en éclats avec l’assassinat du fils de la famille la plus riche de la ville, un glaive gaulois planté dans le bas du dos. Qui donc a bien pu commettre un crime aussi odieux ? Et pour quelle raison ? 

Le centurion Valerius Falco va devoir mener sa délicate enquête compte tenu des enjeux politiques.

Premier roman de Benoît Séverac, réédité aux éditions 10/18, cette plongée dans la civilisation gallo romaine est très intéressante, truffée d’indications sur l’organisation et les modes de vie de l’époque. Au demeurant, l’intrigue est bien ficelée et nous tient en haleine de bout en bout. Un petit polar historique original qui vaut le détour.

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Sankhara – Frédérique Deghelt (384 pages)

Après une très violente dispute avec son mari, Hélène est partie brutalement juste avant la rentrée des classes de ses jumeaux faire un stage spirituel où elle est coupée du monde. Elle n’a prévenu qu’une amie, qu’elle a chargé d’envoyer chaque jour une lettre à ses enfants pendant les dix jours de son absence. Sébastien est encore plus en colère après elle, mais aussi désemparé. Vu tour à tour de chacun de leur point de vue, Frédérique Deghelt dissèque ce qui fonde un couple, ce qui l’érode au fur et à mesure que le temps passe. Elle explore  les choix que l’on fait, ceux que l’on n’a pas faits, et comment on peut se poser pour prendre suffisamment de recul pour réfléchir au sens qu’on veut donner à son existence. 

Comme toujours la plume de l’autrice est à la fois fine et acérée. Elle sait comme personne décrypter les relations entre les hommes et les femmes, les places que les uns et les autres tiennent dans la société. Ce livre vous fera à votre tour réfléchir et vous poser des questions sur vous et votre vie. Le rythme lent des chapitres de méditation d’Hélène alternent avec le rythme fou des chapitres où Sébastien se débat comme il peut dans son quotidien.

Les trois vies de l’homme qui n’existait pas – Laurent Grima (306 pages)

En cette période particulière et inédite de nos vies, je trouve que chaque livre prend une dimension spéciale. Celui de Laurent Grima n’échappe pas à la règle, et le sien a même une résonance vraiment singulière. 

Road trip en Europe, pamphlet sur les diktats des apparences, la consommation compulsive, les dérives du marketing, ce livre nous interroge sur les questions essentielles de ce qui nous fonde et nous construit. Quand on n’a rien, même pas une identité, une histoire, sur quelles bases se développer ? Quelles valeurs, quel héritage voulons-nous transmettre à notre descendance ? Qu’est-ce que l’amour, l’amitié, la filiation, l’entraide ?

L’auteur nous en fait une proposition originale et drôle, tendre et mélancolique à la fois. Un livre qui marque. Attendrissant.

Tout commence par un rêve – Laurence Orsini (148 pages)

J’écume décidément des univers que je ne lis pas beaucoup d’habitude. Cette fois, grâce au salon du livre éphémère, je me suis plongée dans une histoire de science fiction qui s’adresse plutôt à un public grands ados/jeunes adultes.. 

Sophie et Clara, deux IA, découvrent par hasard leur inhumanité. Mais qu’est-ce qu’être humain dans un monde où il n’y a quasiment plus de vrais humains ? Comment se sauver de ce cycle et comment sauver ce qu’il reste de faune, de flore et d’êtres humains ? La conséquence de cette découverte les emmènera dans une épopée autour du monde, pour sauver l’humanité. Pour y arriver, elles devront trouver des alliés et se méfier de ceux qui se battent pour maintenir le système existant en place, quel qu’en soit le prix..

Bien écrit et haletant, on espère vraiment que la maman et sa fille réussiront leur mission semée d’embûches et de dangers, mais aussi de belles rencontres. Qui sait ce qu’elles trouveront tout au bout de leur chemin exaltant?

Dernière escale – Sandra Martineau (299 pages)

Roman policier mais pas que, telle est la devise des éditions Lajouanie. Ce thriller original se déroule pendant une croisière sur un bateau. Richard, footballeur déchu tente ce voyage de la dernière chance pour sauver son couple. Mais la menace plane.

Sauvera-t-il sa famille du désastre? Gardera-t-il la tête froide quant à ces résurgences du passé? La tension monte inexorablement, et les tentatives maladroites et désespérées de ce père de famille ont un côté pathétique et affligeant.

On est happé par ce livre qui se lit d’une traite, et on a hâte d’en connaître le dénouement.

Requiem pour un fou – Stanislas Petrosky (222 pages)

Cet opus est le quatrième tome de l’histoire de Requiem, ce prêtre exorciste, membre des services secrets du Vatican,amoureux des femmes, de la bière et du whisky, un peu branleur, un peu hâbleur, un peu menteur, mais c’est un vrai pur au fond. Un véritable humaniste, un justicier, un homme de coeur qui a ses petits arrangements avec l’éternel lorsqu’il dérape. Cette fois, un fou s’en prend à des SDF pour les assassiner en les mettant en scène  de façon macabre et mystique.

Avec des dialogues à la Audiard et des clins d’oeil à son éditrice, à ses potes (moi aussi j’adore Jacques Saussey), à ses bons plans restos, à ses coups de coeur dans la vie, à sa propre publicité (c’est comme ça que j’ai su qu’il me manquait les trois premiers tomes), à son public, on se marre et on se prend au jeu de son roman interactif, où on est sans cesse pris à partie. On est happé par l’histoire, et le suspens nous tient en haleine jusqu’au dénouement.

Un roi sans divertissement – Jean Giono (256 pages)

Comment parler de ce livre ? Du style poétique et cru de Giono, de l’accent qu’on entend entre les lignes ? Des odeurs qu’il nous fait sentir ? De cette histoire de gens rudes de la montagne? De Grenoble en 1843?

Je pense que ces trois courts extraits en parleront mieux que moi : 

“Naturellement, robe à éblouir : moires, jais, satin, dentelles et même, malgré sa grosseur naturelle, un soupçon de tournure qui lui donnait un petit air faisanne.”

“Il mordait sa nourrice. C’est sensible un sein. J’aime bien les enfants, mais je te lui aurais foutu sur la gueule!”

“Qui a dit : “Un roi sans divertissement est un homme plein de misères ?” “