Je suis très fan des dessins magnifiques de Michel Montheillet, qui, en compagnie de Luc Brunshwig nous livre une adaptation du préquel des aventures de Sharko de Franck Thilliez. Une histoire moderne et complexe qui met en scène des crimes affreux menés par un tueur particulièrement minutieux. La traque commence, avec un élément nouveau et novateur qui va révolutionner la police scientifique : l’utilisation de l’ADN.
Un pas, une pierre, un chemin qui chemine… Voilà, pour les gens de ma génération qui connaissent un peu Moustaki, je vous l’ai mise dans la tête pour la journée. Joyeuses fêtes à tous !
Un jeune homme étudiant navigue entre deux applications, Grindr et Giton, la première pour rencontrer l’homme de sa vie, la deuxième pour se prostituer, car il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Déprimé, il arrête ses études et se consacre beaucoup à ses rencontres, de plus en plus tristes ou sordides. En parallèle, il entame des recherches sur le modèle d’une photo étrange qui le fascine. Dans un style moderne et épuré, l’auteur nous parle de cette moderne solitude où tant de jeunes sombrent, entre mélancolie et désespoir. L’histoire de cette photo iconique de Peter Hutjar apporte un thème de fond très intéressant qui sert habilement de fil conducteur obsessionnel. Un début prometteur pour cette entrée en littérature sur un sujet difficile.
Si vous suivez mes chroniques, un détail entre celle-ci et la précédente devrait vous interpeller. Deux ouvrages traduits de la même langue par le même traducteur. C’est ça, d’être bénévole dans des festivals, on rencontre des gens, ils parlent de lecture, et moi, pauvre papillon de nuit attiré par la lumière, je rajoute des titres à ma pile à lire, ou à ma liste d’envies. J’ai bien tenté de me boucher les oreilles, mais le destin m’a conduite dans une bibliothèque où ce livre était en évidence. J’étais en avance sur l’horaire de la rencontre à venir, d’autant plus que l’horaire indiqué sur le programme était erroné. Trois quarts d’heure parfaits pour avaler ce très court roman coup de poing. Il raconte une histoire d’emprise et de violence, comment cette jeune fille jolie et aimable se trouve sous le joug d’un homme manipulateur. Mais les coups portés ne sont jamais physiques, rien que des baffes à l’âme qui mènent notre héroïne au bord du gouffre. Un livre qui explique à merveille les mécanismes de la violence larvée.
Villa présente un film documentaire sur Dimitri, dit Dimmi, un garçon qu’elle a connu a à l’adolescence, perdu de vue et qui est devenu pêcheur sur un baleinier. Mais Villa ne va pas très bien, on la sent sur un fil fragile, elle tangue, et semble prête à chavirer à chaque question. L’autrice nous présente ce drame de façon très déstructurée, ce qui est approprié par rapport au sujet de fond traité : l’addiction. Naviguant dans le temps, la romancière vous énonce des vérités (Villa a un enfant, Villa est sobre, Dimmi est mort) et lorsque vous commencez à vous interroger (Mais comment a-t-elle pu avoir un enfant ? Elle a donc été alcoolique ? Quand Dimmi est-il mort ?), elle vous distille au compte-goutte des informations qui, à l’instar de pièces de puzzle, vont finir par former un ensemble cohérent. Un roman sombre et lumineux à la fois, sur les motivations qui poussent les alcooliques et les drogués à vouloir s’en sortir.
Si vous aimez le folklore des polars suédois, et que vous aimez boire du café, ce polar est fait pour vous ! L’autrice aborde le sujet délicat du viol et du consentement, de la sidération et du traitement des coupables comme celui des victimes dans ce roman qui se lit d’une traite.
Maupassant, cet écrivain fascinant, nous a laissé des œuvres inoubliables. A chaque fois que je dis que je viens de lire un bouquin sur Maupassant, on me répond souvent que c’est l’auteur qui a donné envie de lire, qui a marqué l’adolescence. Je n’échappe pas à la règle, et je me rappelle même avoir douté que la représentation du Horla que tous les élèves de Grenoble allaient voir, était le reflet d’un écrit d’un écrivain classique. Quelle claque !
Mais qui était l’homme, derrière l’auteur adulé ? Florence Lizé décortique, au travers de trois femmes qui ont compté dans sa vie – sa mère, la mère de ses enfants, une de ses innombrables maîtresses – son parcours, mais elle analyse aussi son œuvre au prisme des critiques de l’époque. Avec une écriture littéraire qui se prête admirablement au style de l’époque, elle nous embarque pour un week-end avec ces trois femmes qui finissent par se respecter, bien qu’elles se livrent à des joutes verbales acerbes.
Steller, scientifique du milieu du 18ème siècle part en expédition pour trouver d’autres chemins vers l’Amérique. Le commandant Bering mourra en laissant son nom au détroit, à la mer et à l’île où il est décédé. Le scientifique donnera son nom à plusieurs animaux, tous disparus, dont la rythine de Steller, cette vache de mer géante, sans prédateur depuis la préhistoire, qui va s’éteindre en moins de 30 ans. L’autrice raconte l’histoire de ce pauvre animal, mais aussi tous les méandres philosophiques qui ont accompagné ces exterminations. L’homme n’imaginait pas qu’il pouvait être à l’origine de l’ extinction d’une espèce. De même, il a fallu longtemps pour découvrir que les mammouths que l’on trouvait dans la tourbe n’étaient pas des animaux vivants sous terre qui mourraient en essayant d’en sortir, mais qu’il s’agissait de vestiges d’un lointain passé.
J’ai été intriguée par ce roman qui évoque des sujets originaux et pourtant d’une extrême actualité, puisque des espèces disparaissent chaque jour, à cause de l’homme. J’ai trouvé ça passionnant !
En 1864, sous le second empire, une bande de notables achète pour une bouchée de pain des terrains marécageux en contrebas de Trouville. L’objectif : créer une ville luxueuse de toutes pièces qui concurrencera son illustre rivale perchée.
Deauville naît de cette idée un peu folle. Elle aura le succès qu’on lui connaît, et conserve encore aujourd’hui ce côté un peu snob et surfait. L’auteur raconte des moments marquants de l’histoire au travers d’une villa abandonnée jusqu’à nos jours où le descendant du premier propriétaire de la maison réapparaît mystérieusement comme un vestige du passé ressuscité. Les personnages sont attachants, laissez-vous entraîner dans le tourbillon de cette histoire foisonnante qui mêle habilement le suranné aux sujets d’une grande actualité. Mika Mundsen prouve encore une fois qu’il n’a aucun genre de prédilection et qu’on ne peut pas l’enfermer dans l’une des malles qu’il nous incite à ouvrir dans le grenier. Fouillez-les pour trouver des histoires parallèles à l’intrigue principale.
J’aime l’écriture douce-amère de Auður Ava Ólafsdóttir. J’ai lu la plupart de ses romans qui agissent sur moi comme un plaid en plein hiver, réconfortant. Elle s’attaque à des sujets de société, avec des histoires de gens ordinaires dont les vies sont banales. Elle a l’art subtil de ne pas raconter grand-chose, tout en nous tenant en haleine. Elle possède la faculté rare de faire sourire en taillant ses congénères en pièces, tout en ayant l’air de ne pas y toucher. Bambi est une femme née dans un corps d’homme. Elle raconte son parcours triste, partagé entre le silence du camouflage, jusqu’au déni de ce que l’on est au plus profond de soi, et l’assomption de ce qu’elle est vraiment, au point d’être rejetée par tous ses proches. Elle raconte l’attente d’une opération qui tarde à venir. Elle raconte le Logn, cet état qui n’a pas de traduction pour dire l’absence totale de vent. Comme toujours, le traducteur parvient à nous transmettre ces mots intraduisibles, une connivence qui s’affirme au fil de leur collaboration. Une réussite.