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Monstres – Frédéric Richaud (181 pages)

Catherine Beauvais a été la lavandière du postérieur de la reine Anne d’Autriche. Intrigues au Louvres, mœurs et soins de l’époque, on plonge dans un univers malodorant et peu ragoutant mais instructif et prenant. Connue pour sa laideur (elle était borgne), elle a dû son salut à l’étude des plantes qui lui ont permis de soigner avec succès la famille royale. Un petit bouquin réjouissant et agréable, malgré son thème scatologique.

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Le loup peint – Jacques Saussey (432 pages)

Pauvre Vincent, vétérinaire du côté d’Auxerre ! Il a perdu son fils dans un accident de voiture où il était le conducteur et il vient de rater son intervention dans une ferme de la région. Sa femme ne lui ayant jamais pardonné la mort de leur fils, il se réfugie dans les bras de sa maîtresse. Malheureusement, son retour à la maison, tard dans la nuit, va lui faire perdre bien plus encore. Jacques Saussey sort pour cet opus de son duo Daniel / Lisa et il élabore une histoire assez complexe qui fonctionne plutôt bien. Détendez-vous avec un bon polar où ce qui semble angélique peut devenir votre pire cauchemar.

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Seul l’océan pour me sauver – Samantha Hunt, traduit de l’anglais par Alex Ratcharge (178 pages)

 

Paf, une baffe. Une écriture poétique dont la couleur dominante est le bleu. Une écriture également élégiaque, où le temps s’étire jusqu’à l’horizon. Une histoire d’amour magnifique, à la fois crue et platonique. Jude est plus âgé, Jude rentre d’Irak où il a été traumatisé par la guerre. Et la mère de l’héroïne attend le retour de son mari en scrutant l’océan. Une pure merveille d’écriture.

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Théoda – S. Corinna Bille (252 pages)
Suisse, début du 20ème siècle, dans la montagne où la vie est rythmée par l’élevage et les saisons. Le poids de la religion se pose sur les épaules de tout le monde. Théoda, elle, se moque du qu’en dira-t-on. Elle est jeune, elle est belle, elle aime les belles choses, les foulards, qu’elle change régulièrement, sous le regard désapprobateur des villageois. Elle a épousé Barnabé, l’aîné d’une nombreuse fratrie et l’histoire est raconté par l’une de ses sœurs, une petite fille fascinée par cette femme. On pressent le drame, dès le début. L’écriture est à la fois exaltée et toute en retenue. La petite fille est partagée entre son admiration et sa répulsion. Ce livre est aussi une histoire d’amour, un amour destructeur et fatal. Le roman nous plonge dans une époque puritaine et surannée, avec une jolie écriture.

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Le loup dans la bergerie – Gunnar Staalesen traduit du norvégien par Olivier Gouchet (320 pages)

Du James Ellroy en plus cynique, une écriture à la serpe, une finesse dans les termes utilisés, des personnages qui tiennent vraiment la route, un polar d’exception.
Le flic déchu, devenu détective privé Varg Veum (un jeu de mots norvégien qui fait référence au titre) est contacté par un avocat pour suivre sa femme car il pense qu’elle le trompe. Le détective refuse, arguant qu’il répugne à ce genre de mesquinerie. Troublante coïncidence, le lendemain, un homme engage Varg pour retrouver sa sœur : il s’agit de la même femme. Intrigué par l’histoire familiale, il va suivre la jeune femme pendant quelques jours. Vraiment, j’ai beaucoup aimé l’intrigue, mais la langue, sublime, m’a bluffée.

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Peau Rouge – Gyslain Ngueno (207 pages)

La mère de Benny élève ses deux enfants comme elle peut, en cumulant les jobs de femme de ménage et de nounou et en vivant dans des lieux précaires. Sans papiers, elle jongle en tirant le diable par la queue. Son but : Donner à ses enfants une éducation qui leur permettra d’être comme ceux qui sont nés ici. Sa devise : Rester discrets. L’adolescent mal dans sa peau va se construire grâce à l’amour de sa mère sévère et de sa sœur douée pour les études, à l’amitié d’un garçon qui va lui ouvrir les yeux sur les clichés sur les Indiens d’Amérique (d’où le titre) et à la danse, sa passion. Tout le roman marche sur un fil de funambule, entre petites victoires et grandes désillusions jusqu’au final, magistral. Un beau roman d’une petite maison d’édition de qualité.

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Le jardin sur la mer- Mercè Rodoreda, traduit du catalan par Edmond Raillard (250 pages)

Zulma s’attache depuis quelques années à créer la bibliothèque européenne idéale. Dans cette collection, on trouve notamment « du givre sur les épaules », que j’ai adoré. On y trouve aussi ce roman écrit entre 1959 et 1966, publié en 1967. Un jardinier raconte quelques années de vie d’une villa au bord de la mer, du côté de Barcelone, avec ses histoires d’amour, de trahisons et d’un jardin. L’écriture est magnifique, les descriptions du jardin, sublime, l’histoire en filigrane des propriétaires et de leur voisin, tous immensément riches, qui rivalisent et se jalousent en dépensant sans compter nous transportent. La construction du roman s’enroule autour des indiscrétions des différents employés de maison qui font tourner ce petit monde et on sort de cette histoire avec une odeur de rose et d’humus dans le nez et un léger pincement au cœur.

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Déserter- Mathias Enard (254 pages)

Lire Mathias Enard est toujours une expérience. Cet écrivain d’une érudition qui dépasse celle du commun des mortels de loin, imagine toujours des histoires où les scientifiques sont spécialistes de sujets pointus. J’adore son écriture qui se lit aussi bien qu’elle est aiguisée, elle aussi. Pour autant, ce roman m’a laissée perplexe dans sa construction. Deux histoires parallèles se déroulent d’un chapitre à l’autre sans jamais se rencontrer. Tout du long, on imagine qu’on va comprendre ce qui les rassemble, personnellement, je n’ai pas trouvé la clé de ce rapprochement. Mon avis est qu’il n’y en a pas. On croise donc d’une part cette historienne des mathématiques, fille d’un éminent mathématicien disparu tragiquement, fidèle au régime communiste de l’Allemagne de l’Est jusqu’à la chute du mur et même au-delà, qui raconte une croisière conférence organisée en hommage à son père qui doit démarrer le 11 septembre 2001 et qui s’arrête donc, à peine amorcée, sa mère, sublime, qui a vécu à Berlin ouest, femme politique de renom, et d’autre part, ce déserteur dans une région méditerranéenne qui rencontre une femme fuyant la guerre avec son âne. Une expérience à part entière, dans un style impeccable, c’est le plus fidèle résumé que je puisse faire.

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La patiente du jeudi – Nathalie Zajde (282 pages)

Mona est une jeune fille dépressive dont les crises d’angoisse l’empêchent de vivre.
Azvrum et Mosche sont deux jeunes amis juifs pleins de vie et d’espoir qui quittent la Pologne des années 20 pour aller faire fortune en Amérique. Au travers de ces deux histoires entrecroisées, l’autrice nous parle de la transmission tacite, des héritages qui pèsent sur les descendants des tragédies de l’histoire. Dans une écriture très simple, Nathalie Zajde nous émeut aux larmes avec ses héros aux vies brisées.