La guerre n’a pas un visage de femme – Svetlana Alexievitch (412 pages)

Svetlana Alexievitch - La guerre n'a pas un visage de femme

Svetlana Alexievitch a été récompensée du prix Nobel en 2015 pour l’ensemble de son oeuvre. Globalement – et malheureusement – c’est passé totalement inaperçu.

Ce livre relate l’histoire de milliers de femmes dont le courage, la bravoure et l’héroïsme sont passés totalement inaperçus aussi. La deuxième guerre mondiale s’est terminée il y a plus de 70 ans, mais l’émotion nous submerge immanquablement. Ces femmes racontent les horreurs de la guerre, et aussi la prévenance dont elles ont fait preuve de la part de leurs collègues masculins. Leur haine de l’ennemi, l’amour de la patrie qui les ont toutes fait s’engager entre 16 et 20 ans, à peine sortie de l’enfance. Elle parlent car elles ont survécu, mais elles évoquent ceux et celles qui n’ont pas eu leur chance. Elles parlent d’amour, de maternité, de fleurs, de faim et de froid; de compassion, de fierté, de honte.

Puis, les Russes, après la victoire, ont dû vivre d’autres tourments : Staline ne supportait pas ceux qui avaient participé à reconquérir les terres occupées, ceux qui avaient été à l’Ouest, pour beaucoup, à leur retour, au lieu d’être considérés comme des héros, ils furent envoyés aux camps. Les femmes racontent les humiliations après la guerre, car elles étaient mal vues. Les héroïnes devenaient des parias. Elles racontent les blessures, les séquelles. Elles racontent qu’elles étaient parfois des filles à maman, et qu’elles se sont battues, dans l’enfer. Certaines expliquent qu’elles ne supportaient plus la vue du rouge, la vue de la viande. Elles narrent l’épuisement.

Svetlana Alexievitch a passé 7 ans à les interviewer, et à retranscrire leurs histoires. Un grand coup de poing, des larmes aux yeux, mais toujours toujours, l’espoir et l’envie de vivre. Magnifique.

Désorientale – Négar Djavadi (345 pages)

Négar Djavadi - Désorientale

Kamiâ raconte l’histoire de sa famille iranienne, le poids de la culture, si différente de la culture française où ses parents se sont exilés avec leurs trois filles pour échapper au régime de Khomeini.

3 générations se succèdent de façon décousue, comme on penserait à certaines anecdotes que notre esprit fait ressurgir dans un ordre aléatoire -et surtout pas chronologique. L’auteure y décrit à merveille tous les aspects de la culture iranienne, la petite histoire d’une famille insérée dans la grande histoire, et tous les clichés français qui y sont rattachés. Bon, en même temps, elle n’a pas trop de mérite dans cet exercice, ça sent le vécu.

Ce livre foisonnant, et passionnant nous explique les affres de l’exil, et cet espoir fou qui a entraîné les Iraniens au départ du Shah, vite anéanti par de nouvelles persécutions, dans l’indifférence totale de l’occident. Comment ce pays, avec son pétrole a été l’enjeu de toutes les puissances mondiales, qui l’ont maintenu dans un carcan et l’ont empêché de prendre son propre envol. C’est génial.