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Danser encore – Charles Aubert (173 pages)

Pour continuer dans le thème de l’aberration nazie, j’ai enchaîné avec cette biographie romancée du champion de boxe Tsigane allemand dans les années 30. Je ne vous fais pas de dessin, son destin est tragique, à l’instar des 300 000 autres Tsiganes et des 6 millions de juifs assassinés dans des camps d’extermination. Considérés comme inférieurs, associaux, dégénérés, le gouvernement du troisième Reich les a aussi stérilisés et contraints au travail forcé. Mais Rukeli était un grand champion de boxe et il a gagné le championnat d’Allemagne. Impensable qu’un singe dégénéré, qui semblait danser autour de ses adversaires obtienne le titre. Il en sera déchu pour avoir boxé de façon non conforme.

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La fille de l’ethnographe – Timour Muhidine (265 pages)

C’est l’histoire des errances de cet ethnographe, ce Turc féru de Sade qui a passé des années et des années en France pour arriver à une analyse exhaustive de chaque provincial sans y arriver. Il se lasse de plus en plus face à cet exercice sisyphéen. Sa fille retrouve son travail à sa mort. J’ai lu, j’ai lu en me demandant où il voulait en venir. L’aspect un peu documentaire du récit, sans aspérités, sans rebondissement m’a laissée perplexe. Une lecture plutôt laborieuse en ce qui me concerne.

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DJ Bambi – Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’Islandais par Éric Boury (198 pages)

J’aime l’écriture douce-amère de Auður Ava Ólafsdóttir. J’ai lu la plupart de ses romans qui agissent sur moi comme un plaid en plein hiver, réconfortant. Elle s’attaque à des sujets de société, avec des histoires de gens ordinaires dont les vies sont banales. Elle a l’art subtil de ne pas raconter grand-chose, tout en nous tenant en haleine. Elle possède la faculté rare de faire sourire en taillant ses congénères en pièces, tout en ayant l’air de ne pas y toucher.
Bambi est une femme née dans un corps d’homme. Elle raconte son parcours triste, partagé entre le silence du camouflage, jusqu’au déni de ce que l’on est au plus profond de soi, et l’assomption de ce qu’elle est vraiment, au point d’être rejetée par tous ses proches. Elle raconte l’attente d’une opération qui tarde à venir. Elle raconte le Logn, cet état qui n’a pas de traduction pour dire l’absence totale de vent. Comme toujours, le traducteur parvient à nous transmettre ces mots intraduisibles, une connivence qui s’affirme au fil de leur collaboration. Une réussite.

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Le dernier Syrien – Omar Youssef Souleimane (220 pages)

Joséphine, Youssef, Rachid, Khalil, Muhammad… Printemps arabe, 2011. Après la vague de liberté qui a déferlé sur l’Afrique du Nord, le peuple Syrien essaie à son tour de faire valoir ses droits. Ces jeunes n’aspirent qu’à avoir un parlement, des lois justes, une meilleure répartition des richesses. Malheureusement, Bachar El Assad va s’accrocher à son pouvoir dans une répression terrible, torturant et tuant tout contestataire, semant la terreur. Abandonnés du reste du monde, les Syriens vont être pris en étau entre une dictature fasciste et un islamisme intégriste montant. L’auteur, exilé politique lui-même, décrit la pression qui monta peu à peu pour cette jeunesse qui a cru à la justice et qui n’a trouvé que les impasses de la fuite ou de la mort. On aurait envie que ça finisse bien. On sait que ça n’a pas été le cas. J’avais ce livre dans ma PAL depuis un moment, la sortie du dernier ouvrage de l’auteur sur les accointances de LFI avec les islamistes m’a donné envie de le faire remonter dans ma pile.
Dans un roman, on peut dire n’importe quoi. Mais quand on voit les contre-vérités assénées dans notre beau pays, il est bon de s’appuyer sur des personnes qui savent de quoi elles parlent et non des pseudos spécialistes qui s’expriment à tort et à travers.

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Alice marche sur Fabrice – Rosalie Roy-Boucher (170 pages)

Alice a 26 ans. Elle est triste et en colère contre son chum qui l’a quittée pour cette Laure aux gros seins. Alors Alice décide d’aller évacuer sa peine sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Elle va sillonner la France du Puy à Saint-Jacques, et son parcours sera semé d’ampoules, de rencontres, plus ou moins agréables, de bonheurs et de désillusions. La marche permet de réfléchir, de s’oublier. Par petites touches, elle décortique sa relation avortée et remue le couteau dans sa plaie qui ne se referme pas. Dans un français québécois à l’accent charmant, même si, parfois, le vocabulaire est vraiment propre au Canada, l’autrice nous fait beaucoup rire avec sa jeune marcheuse. J’ai adoré me promener avec Alice, l’accompagner dans sa souffrance et l’entendre râler contre ce salaud de Fabrice Picard.

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Ma Promise – Emilson Daniel Andriamalala, traduit du Malgache par Johary Ravaloson (208 pages)

Cet auteur malgache, étudié comme un classique à Madagascar est traduit pour la première fois en français. Dans une langue d’une sublime poésie, l’auteur nous livre la guerre d’indépendance de l’île au travers d’une histoire d’amour impossible. Deux jeunes gens animés par une attirance réciproque mais freinés par leurs amours déçues se trouvent pris dans la tourmente de l’insurrection et de la résistance. Contre leur gré mais pour sauver leur peau, ils vont devoir cohabiter comme mari et femme dans la jungle au milieu des rebelles. Jusqu’à la vérité.

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Charrue tordue – Itamar Veira Junior, traduit du portugais par Jean-Marie Blas de Roblès (340 pages)

Après l’histoire de Mother Naked, je tombe de nouveau sur une histoire de servage qui ressemble à s’y méprendre à de l’esclavage. Comme au 14ème siècle en Angleterre, le Brésil a perpétué ce mode de fonctionnement jusqu’au 20ème siècle. Deux régions, deux époques où le parallèle saute aux yeux. On y rajoute la couche culturelle des croyances locales (le spectre anglais et les enchantés, les esprits brésiliens). J’ai bien aimé l’histoire du destin de ces deux sœurs qui vont se battre chacune avec leurs propres armes pour se libérer de leur joug et se réunir dans un final en apothéose. La scène d’introduction nous plonge dans la vie très âpre de ces deux petites filles à cause d’un évènement dramatique et violent qui sera le fondement de leur parcours futur. Je me suis laissé embarquer dans leur sillage et celui de leur famille au rythme des traditions afro-brésiliennes et de leur pratique religieuse, le Jarê. Une saga romanesque à découvrir dans le cadre du prix Cezam.

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Secret de polichinelle – Yonatan Sagiv, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche (469 pages)

Je ne sais pas comment présenter ce roman que j’ai dévoré, hilare. De l’humour juif, mâtiné d’humour gay, un mélange explosif et inédit dans le paysage de la littérature du roman policier.
La femme d’affaires la plus crainte et redoutée du milieu immobilier israélien est retrouvée morte au pied de l’hôpital où elle était soignée. Oder vient de s’improviser détective et il reçoit sa première cliente, la sœur de cette femme puissante et détestée. Il y voit l’aubaine de sa vie pour se refaire après plusieurs tentatives d’entreprises ratées. Vous allez vite vous attacher à cette « folle » qui parle d’elle au féminin, totalement obsédée et misogyne, et dont les répliques sont à mourir de rire.
Ce roman, sorti il y a déjà plus de dix ans est plus profond que le héros veut bien nous laisser croire. Il y dénonce l’homophobie de la société israélienne, le racisme latent, la maltraitance des puissants sur les faibles. Une superbe découverte qui m’a donné envie de me plonger dans les autres ouvrages de cet auteur.

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Chronique de la dérive douce – Dany Laferrière (185 pages)

Je découvre Dany Laferrière, grand romancier d’origine haïtienne par ce petit ouvrage qui raconte son arrivée dans le plus extrême dénuement au Canada où il s’est installé lorsqu’il avait une vingtaine d’années. L’écriture incroyablement poétique en vers libres de ce roman m’a bouleversée. On est décidément plus sensible à certaines écritures qu’à d’autres. Je remercie Monsieur Laferrière de s’être mis à raconter sa vie. Il le fait d’une manière tout à fait délicate.

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L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown, traduit de l’anglais par Claire Charrier (256 pages)

Quand Annie-Rose nous a proposé de réitérer une lecture commune de rentrée littéraire avec les éditions du Typhon , j’ai dit oui les yeux fermés, malgré une élocution approximative sur un message vocal d’anthologie et un titre étrange. Allions-nous entamer une lecture d’un livre olé-olé ? Étais-je la seule dans la bookstasphère à utiliser des expressions si désuètes qu’elles m’évinçaient d’office pour appréhender ce roman ?

Je vous rappelle que je fuis la rentrée littéraire et ses 500 bouquins publiés, car un livre bon aujourd’hui sera bon dans 5 ans, et souvent, le temps se charge de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Mais là, vous pouvez vous lancer les yeux fermés (non, pour lire, ce n’est pas idéal) dans ce roman médiéval, où l’on peut souligner le remarquable travail de la traductrice pour nous plonger dans l’époque sans que ce soit pesant.

En fouillant dans les archives de Durham, l’auteur est tombé sur la petite phrase qui l’a intrigué et lui a donné l’envie de broder l’histoire qu’il nous conte ici.

Le roman se situe en 1434 pour relater de faits qui se sont déroulés quarante ans plus tôt, un drame, un spectre et un ménestrel qui vient raviver des plaies qui ne se sont jamais refermées. L’air de ne pas y toucher, il va mettre en exergue l’incompétence, la cupidité, la jalousie et l’injustice qui se sont abattues sur ce village et l’ont plongées dans le chaos.

Merci pour cette découverte, je crois que malgré certaines réticences, ce roman a fait l’unanimité dans notre groupe.