Mon désir le plus ardent – Pete Fromm (283 pages)

Après les quelques pages un peu pénibles du début où on prend un cours de rafting en accéléré, on entre dans la vie de Dalt et Mad, ce couple parfait, où ils sont tous les deux beaux, sportifs, pleins d’humour et absolument fous amoureux. Contre vents et marées. Car la vie, rapidement, ne va pas les épargner. Malgré ça, ils resteront soudés dans l’adversité, changeront de vie et s’adapteront aux difficultés. Le tout avec un humour féroce, pour ne jamais tomber dans le larmoyant.

Le poids de la neige – Christian Gay-Poliquin (251 pages)

A l’instar de “Dans la forêt”, on ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé, juste qu’il n’y a plus d’électricité, que l’essence et la nourriture se font rares, que les villages s’organisent pour se protéger. Il est gravement accidenté, mais les villageois acceptent de le sauver parce que c’est le fils du garagiste, décédé, et qu’il a peut-être des compétences en mécanique, lui aussi. Matthias, lui, n’a qu’une idée en tête, retrouver sa femme hospitalisée, alors qu’il est bloqué par la neige. On lui demande pourtant d’héberger et de soigner le blessé, en échange de bois, de vivres et d’une place dans le convoi qui partira pour la ville dès que la neige aura fondu. La hauteur de la neige ponctue les chapitres comme autant d’obstacles  qui éloignent Matthias de son but.

L’ambiance est lourde, comme le poids de la neige, les relations humaines sont modifiées par ce nouvel ordre des choses. Un bon cru de la sélection du prix Cezam 2019, même si la fin semble un peu bâclée. Pesant.

Rade amère – Ronan Gouézec (190 pages)

Tout d’abord, je suis rarement sensible à la typographie des livres, mais là, le côté très serré m’a presque gênée. Ensuite, j’ai eu du mal à adhérer à l’histoire et aux personnages. Parfois, j’ai trouvé que c’était un peu trop écrit, avec des phrases qui utilisent des métaphores et des mots recherchés mais qui ne sonnent pas forcément justes, un peu surchargées, peut-être une maladresse de premier roman.

Moi je pense surtout que l’auteur veut décourager tous les touristes de venir en Bretagne, dans le roman il y fait toujours mauvais et froid, les gens y sont presque tous désagréables et violents,  mais je ne lui en veux pas, on fait pareil en Normandie, on fait croire aux gens du sud qu’il fait toujours un temps pourri pour garder nos grands plages de sable fin belles et vides pour les laisser s’entasser comme un jeu de tetris sur des plages de galets surchauffés. Ruisselant.

La vraie vie – Adeline Dieudonné (266 pages)

Un père violent, une mère amibe, pas facile de protéger son petit frère dans une telle famille. Pourtant, cette petite fille sans nom s’y emploie chaque jour, notamment en jouant dans un cimetière de voitures, en allant voir Monica, la fée, et en achetant une glace au gentil monsieur qui passe avec sa camionnette, chaque soir.

Et puis, il y a ce drame, qui vient tout chambouler, et ce combat qu’elle doit mener, seule contre tous. Poignant.

Mamie Luger – Benoît Philippon (447 pages)

Un polar, ça ? Non, ce n’est pas un polar, ça. C’est un livre qui encense les femmes dans leurs formes et leur intelligence.. C’est une ode au féminisme, un hommage à Audiard, un pamphlet contre la bêtise et l’intolérance, une anthologie de l’amour. C’est une leçon de courage, celui qu’on devrait tous avoir, face aux oppresseurs, aux agresseurs, aux cons.

Benoît Philippon concentre toutes ces qualités dans Berthe, une mamie de cent deux ans, qui accueille la police à coup de pétoire. Ah oui, elle a quand même un défaut, Berthe, elle tue un peu des gens. Elle est gentille, Berthe, pleine d’humour et d’amour, mais faut pas l’embêter, elle s’énerve assez vite. L’auteur enrobe toute l’histoire dans un style et des dialogues fleuris. Ce livre est un ovni explosif, jubilatoire, même si Berthe arrive à nous tirer aussi des larmes. A la fois truculent et touchant.

Là où les chiens aboient par la queue – Estelle-Sarah Bulle (285 pages)

Ah la Guadeloupe ! Ses plages sublimes, Gosier, Saint-François, Saint-Anne ! La luxuriance de la Basse-Terre, le jardin Coluche, la Soufrière ! Quelle belle destination pour les touristes ! Qui pense encore à la Guadeloupe telle qu’elle était, avant qu’elle ne devienne cette destination prisée et abordable en all inclusive ? Dans les années 50, il n’y avait même pas d’aéroport à Pointe-à-Pitre, tout ce qui arrivait ou partait de l’île se faisait par bateau.

Et, plus loin, dans la campagne, il y avait Morne-Galant, cet endroit tellement perdu qu’on en dit que les chiens y aboient par la queue. Deux sœurs et un frère y racontent leur Guadeloupe, leur histoire, l’histoire de l’île telle qu’ils l’ont chacun vécue, de 1940 à nos jours, du coup. Ils évoquent aussi leur exil en métropole, les joies, les peines, les doutes, le racisme, les jalousies, la hiérarchie des races.

Chacun y raconte la rage de se sortir de la misère et de la peine d’avoir perdu leur mère. Antoine, l’aînée, a ouvert des boutiques de bric et de broc, animée par la religion et les esprits. Lucinde a cherché à s’élever socialement, en épousant un homme au ton clair, Petit Frère a cherché la justice dans la lutte des classes. Luxuriant.

Cette nuit – Joachim Schnerf (145 pages)

Comment se comporter après la déportation ? Certains se renferment à jamais, certains au contraire témoignent au maximum, Salomon, lui, choisit, l’humour noir pour évacuer.

Chaque année, pour Pessah, la Pâque juive, la famille se réunit chez Salomon et Sarah, mais cette année, Sarah n’est plus là, elle est décédée il y a deux mois. Salomon retrace la vie de la famille au travers de ces célébrations successives, son amour immense et intact pour sa femme qui n’est plus là, le manque qu’elle lui inflige, les travers des uns et des autres et ses blagues d’un goût douteux (mais qui m’ont fait hurler de rire). On passe du rire aux larmes dans le joyeux tourbillon de cette famille. A la fois émouvant et hilarant.

Roissy – Tiffany Tavernier (278 pages)

On redémarre pour une saison du prix Cezam. Ma bibliothèque nous propose les mêmes titres pour un prix « j’ai lu, j’élis ». Cette année, c’est « avant que les ombres s’effacent » qui a gagné, alors que le prix officiel, lui a récompensé « Seules les bêtes » .

Roissy est donc mon premier de la série des dix livres sélectionnés cette année. J’en avais entendu parler, en bien, et j’ai été séduite à mon tour.

Roissy, comme son nom l’indique, c’est un bout de l’histoire de l’aéroport qui s’y trouve, au travers des permanents qui y vivent, ces SDF qui y ont élu domicile. On se rappelle le film « Le terminal » avec Tom Hanks, qui se retrouvait coincé, apatride, dans un terminal d’aéroport. Ici, l’héroïne marche toute la journée, valise à la main, pour faire croire qu’elle est en transit.

Truffé d’informations sur le site, des choses incroyables, insoupçonnables, gigantesques, on se balade dans les tréfonds de Charles de Gaulle, dans ses lieux de restauration, de prières, dans ses conduits, sa tuyauterie, ses espaces extérieurs. Le roman est très bien construit, comme une image un peu floue, à l’instar de la mémoire de notre héroïne, puis de plus en plus précise au fur et à mesure que les souvenirs, par flashs, lui reviennent. Une plongée au cœur de cet aéroport international, autour des histoires touchantes ou terribles des protagonistes. Décompressant.

Jusqu’à la bête – Timothée Demeillers (149 pages)

Je passe d’un prix des lecteurs à l’autre en revenant cette fois au prix des lecteurs j’ai lu, j’élis avec le 8ème roman de la sélection. Si vous êtes vegan, ou même seulement végétarien, passez votre chemin, je ne suis pas sûre que ça ne vous donne pas des envies d’action musclées contre des abattoirs. Si vous êtes carnivores, vous aurez ensuite envie de légumes, pendant un moment.

Erwann est en prison et il a travaillé pendant quinze ans dans un abattoir, dans les frigos. Le métier est dur, parce qu’il fait froid, parce qu’il est sale, parce qu’il y a du sang partout. Mais surtout, Erwann n’a jamais aimé ça, tuer des bêtes à la chaîne, et plus le temps passe, et plus sa vie sociale se délite, et plus il le vit mal. Il finit même par imaginer que l’odeur lui colle tellement à la peau qu’aucune fille ne voudra jamais de lui. Tellement qu’un jour, il commet l’irréparable.

Et de sa prison, de sa solitude, de son attente silencieuse, il se remémore les années passées, et celles qu’il aura peut-être la chance de vivre lorsqu’il sortira. Comment en est-il arrivé là? Pourquoi a-t-il disjoncté? Au delà de l’histoire, Timothée Demeillers nous oppose la viande en barquette, la vie aseptisée de la télévision et des publicités, toutes ses façades qui engendrent la grande consommation à la réalité qui se cache derrière, la misère humaine, la solitude, la vie d’ouvrier. Ce livre donne envie de moins consommer et de sauver la planète. Ecoeurant.