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Opus 77 – Alexis Ragougneau (243 pages)

Ariane est une pianiste internationalement connue, belle et froide. Elle doit jouer pour les funérailles de son père et décide au dernier moment de changer son répertoire pour interpréter une adaptation du concerto pour violon de Chostakovitch opus 77. Le livre est donc écrit en cinq chapitres, comme les cinq mouvements du concerto et donne l’occasion à Ariane de raconter la vie de sa famille, à la fois banale et tragique.

Elle n’évoque son père qu’en le nommant par son nom de famille, un père célèbre, pianiste, comme elle, puis chef d’orchestre. Elle relate les relations houleuses qu’il a entretenues avec son fils violoniste, reclus depuis des années dans un bunker et une mère qui a perdu peu à peu la raison. Les répétitions sont racontées comme des interrogatoires du KGB et les concerts comme des suspenses qui pourraient mal se finir. Ce livre brillant et dramatique fait partie de la sélection j’ai lu, l’élis basé sur le prix Cezam 2020. Un gros coup de cœur.

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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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La grande roue – Diane Peylin (248 pages)

J’ai enfin réussi à me procurer le dernier livre de la sélection Cezam 2019. 

La grande roue, c’est quatre personnages dont on suit le parcours tour à tour. Aucun lien entre les 4. On se doute que tout va se rejoindre à un moment, comme lorsqu’on est dans une grande roue et qu’on voit le paysage de points de vue différents. Ce côté-là est plutôt réussi, et bien malin qui comprendrait qui sont David, Nathan et Tess, et leur lien avec Emma. On découvre assez tard les liens entre les différents personnages. On se doute aussi qu’il y a plusieurs époques et il n’y a pas d’indice qui nous éclaire. Le sujet est d’actualité, la maltraitance féminine.

Plusieurs ingrédients favorables à une bonne histoire donc. Pourtant, à mon sens, un certain nombre d’incohérences et d’invraisemblances viennent gâcher un peu le plaisir. Et pour le coup, on tourne un peu en rond au milieu, et on a l’impression de lire plusieurs fois des chapitres similaires. Comme dans une grande roue. C’est peut-être volontaire, mais moi, ça m’a un peu ennuyée. Pour autant, ça se lit bien, et la fin est assez inattendue.

Mon désir le plus ardent – Pete Fromm (283 pages)

Après les quelques pages un peu pénibles du début où on prend un cours de rafting en accéléré, on entre dans la vie de Dalt et Mad, ce couple parfait, où ils sont tous les deux beaux, sportifs, pleins d’humour et absolument fous amoureux. Contre vents et marées. Car la vie, rapidement, ne va pas les épargner. Malgré ça, ils resteront soudés dans l’adversité, changeront de vie et s’adapteront aux difficultés. Le tout avec un humour féroce, pour ne jamais tomber dans le larmoyant.

Le poids de la neige – Christian Gay-Poliquin (251 pages)

A l’instar de “Dans la forêt”, on ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé, juste qu’il n’y a plus d’électricité, que l’essence et la nourriture se font rares, que les villages s’organisent pour se protéger. Il est gravement accidenté, mais les villageois acceptent de le sauver parce que c’est le fils du garagiste, décédé, et qu’il a peut-être des compétences en mécanique, lui aussi. Matthias, lui, n’a qu’une idée en tête, retrouver sa femme hospitalisée, alors qu’il est bloqué par la neige. On lui demande pourtant d’héberger et de soigner le blessé, en échange de bois, de vivres et d’une place dans le convoi qui partira pour la ville dès que la neige aura fondu. La hauteur de la neige ponctue les chapitres comme autant d’obstacles  qui éloignent Matthias de son but.

L’ambiance est lourde, comme le poids de la neige, les relations humaines sont modifiées par ce nouvel ordre des choses. Un bon cru de la sélection du prix Cezam 2019, même si la fin semble un peu bâclée. Pesant.

Rade amère – Ronan Gouézec (190 pages)

Tout d’abord, je suis rarement sensible à la typographie des livres, mais là, le côté très serré m’a presque gênée. Ensuite, j’ai eu du mal à adhérer à l’histoire et aux personnages. Parfois, j’ai trouvé que c’était un peu trop écrit, avec des phrases qui utilisent des métaphores et des mots recherchés mais qui ne sonnent pas forcément justes, un peu surchargées, peut-être une maladresse de premier roman.

Moi je pense surtout que l’auteur veut décourager tous les touristes de venir en Bretagne, dans le roman il y fait toujours mauvais et froid, les gens y sont presque tous désagréables et violents,  mais je ne lui en veux pas, on fait pareil en Normandie, on fait croire aux gens du sud qu’il fait toujours un temps pourri pour garder nos grands plages de sable fin belles et vides pour les laisser s’entasser comme un jeu de tetris sur des plages de galets surchauffés. Ruisselant.

La vraie vie – Adeline Dieudonné (266 pages)

Un père violent, une mère amibe, pas facile de protéger son petit frère dans une telle famille. Pourtant, cette petite fille sans nom s’y emploie chaque jour, notamment en jouant dans un cimetière de voitures, en allant voir Monica, la fée, et en achetant une glace au gentil monsieur qui passe avec sa camionnette, chaque soir.

Et puis, il y a ce drame, qui vient tout chambouler, et ce combat qu’elle doit mener, seule contre tous. Poignant.

Mamie Luger – Benoît Philippon (447 pages)

Un polar, ça ? Non, ce n’est pas un polar, ça. C’est un livre qui encense les femmes dans leurs formes et leur intelligence.. C’est une ode au féminisme, un hommage à Audiard, un pamphlet contre la bêtise et l’intolérance, une anthologie de l’amour. C’est une leçon de courage, celui qu’on devrait tous avoir, face aux oppresseurs, aux agresseurs, aux cons.

Benoît Philippon concentre toutes ces qualités dans Berthe, une mamie de cent deux ans, qui accueille la police à coup de pétoire. Ah oui, elle a quand même un défaut, Berthe, elle tue un peu des gens. Elle est gentille, Berthe, pleine d’humour et d’amour, mais faut pas l’embêter, elle s’énerve assez vite. L’auteur enrobe toute l’histoire dans un style et des dialogues fleuris. Ce livre est un ovni explosif, jubilatoire, même si Berthe arrive à nous tirer aussi des larmes. A la fois truculent et touchant.

Là où les chiens aboient par la queue – Estelle-Sarah Bulle (285 pages)

Ah la Guadeloupe ! Ses plages sublimes, Gosier, Saint-François, Saint-Anne ! La luxuriance de la Basse-Terre, le jardin Coluche, la Soufrière ! Quelle belle destination pour les touristes ! Qui pense encore à la Guadeloupe telle qu’elle était, avant qu’elle ne devienne cette destination prisée et abordable en all inclusive ? Dans les années 50, il n’y avait même pas d’aéroport à Pointe-à-Pitre, tout ce qui arrivait ou partait de l’île se faisait par bateau.

Et, plus loin, dans la campagne, il y avait Morne-Galant, cet endroit tellement perdu qu’on en dit que les chiens y aboient par la queue. Deux sœurs et un frère y racontent leur Guadeloupe, leur histoire, l’histoire de l’île telle qu’ils l’ont chacun vécue, de 1940 à nos jours, du coup. Ils évoquent aussi leur exil en métropole, les joies, les peines, les doutes, le racisme, les jalousies, la hiérarchie des races.

Chacun y raconte la rage de se sortir de la misère et de la peine d’avoir perdu leur mère. Antoine, l’aînée, a ouvert des boutiques de bric et de broc, animée par la religion et les esprits. Lucinde a cherché à s’élever socialement, en épousant un homme au ton clair, Petit Frère a cherché la justice dans la lutte des classes. Luxuriant.