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Le répondeur – Luc Blanvillain (253 pages)

Il y a longtemps que je n’avais pas ri autant grâce à un roman. Les éditions Quidam, spécialisées dans l’originalité, ne dérogent pas à leur ligne avec ce roman. L’histoire est en effet inédite. Un imitateur excellent, mais peu connu, consacre son art à des personnages essentiellement morts ou oubliés. Qui se rappelle la voix d’André Gide, qu’il imite pourtant à la perfection ? Lorsque son écrivain préféré vient le voir dans sa loge, un soir après le spectacle pour lui proposer un étrange marché, celui de prendre son téléphone, se faire passer pour lui grâce à ses talents d’imitateur et devenir, donc, son répondeur, la vie de Baptiste bascule.

L’auteur nous interroge sur l’absurdité du monde, au travers d’une satire des nouveaux médias et de la célébrité, dans une langue à la fois fluide et érudite. Le roman de Luc Blanvillain est remarquablement bien écrit. On se régale autant de ses mots, de ses belles tournures de phrases que des situations cocasses qu’il sait parfaitement mettre en scène.

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Betty – Tiffany Mac Daniel traduit de l’anglais américain par François Happe (716 pages)

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman.

Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques.

Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

Ces derniers temps, vous avez plutôt eu à faire à mes gentils coups de gueule sur des livres qui ont eu des succès populaires et qui m’ont, personnellement, laissée de marbre, au mieux et franchement agacée, au pire. J’ai donc abordé Betty avec beaucoup d’appréhension, d’autant que j’ai trouvé les lecteurs plutôt mitigés sur ce roman. Comme on le dit souvent, les livres sont des histoires de rencontre avec le lecteur, il y a des moments où on est sensible, où on est prêt au thème, au style. C’est ce qui m’est arrivé avec Betty. J’ai adoré la Petite Indienne et sa famille de bric et de broc. J’ai aimé à la folie ce père Cherokee si poétique qui racontait des histoires à ses enfants pour leur éviter la cruelle réalité des gens de couleur dans l’Ohio des années soixante. J’ai aimé l’amour qui transpire malgré les moments tragiques. Tiffany Mac Daniel s’est inspirée de l’histoire de sa mère (et de sa famille) pour ce roman. On ne sait pas ce qui est vrai dans ce qu’elle nous narre, mais le regard farouche et rebelle de la petite fille dont elle nous montre la photo en début d’ouvrage nous laisse déjà imaginer sa vie de femme forte. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce petit pavé, et je retrouvais chaque soir les personnages avec plaisir. Un bon roman américain contemporain, selon moi, donc.

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Tuer le fils – Benoît Severac (280 pages)

Matthieu va être mis en examen pour le meurtre de son père, alors qu’il vient de sortir de prison pour un crime odieux. Pourtant il clame son innocence. Avec Benoît Séverac, même lorsque la vérité éclate, elle éclabousse tout et tout le monde et personne n’en sort indemne. Cette fois, avec tuer le fils, vous serez traînés dans la boue, à l’instar des suspects, des flics qui mènent l’enquête et de leur entourage. Aucun personnage n’est complètement blanc et peu sont totalement noirs, à l’instar de la vraie vie.

C’est ce que j’aime dans ses romans (Rendez-vous au 10 avril, Les Chevelues ) à la fois l’amour du métier pour les flics, et à la fois leur côté désabusé. A la fois leur volonté d’en découdre et à la fois l’envie de découvrir la vérité. Et leur vie, banale et emplie de réalités du quotidien, la famille, les difficultés du couple dans de tels métiers, leurs travers et leurs qualités. Il les peaufine avec beaucoup de douceur et beaucoup de brutalité. Bref tout cela est terriblement humain.

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Mauvaises herbes – Dima Abdallah (236 pages)

Liban années 80, la guerre, les bombardements. Une petite fille a bien compris que lorsque les bombardements s’intensifient, son papa, son géant, son idole vient la récupérer à l’école. Alors elle est contente quand elle entend les bombes se rapprocher, et elle ne comprend pas pourquoi les autres enfants pleurent.

Les deux premiers chapitres sont juste parfaits, ils allient la douceur et l’amour entre un père et sa fille, une admiration mêlée de peur. Comment se construit-on lorsqu’on est un enfant né dans un pays en guerre, comment protège-t-on ses enfants lorsqu’on est parent dans un pays en guerre, le tout avec beaucoup de pudeur, juste en parlant de leurs mains respectives.

Ce livre aurait dû s’arrêter là, ça aurait fait une nouvelle, et ça aurait été sublime. Pour ma part, la suite n’apporte rien de plus, le style (à la mode) de la répétition à outrance engendre des longueurs d’un ennui à périr, et on tourne rapidement en rond.

Dommage, le début était vraiment prometteur. Comme c’est un premier roman, on lui attribue ses lettres de maladresse et on se dit que le deuxième confirmera la beauté des deux premiers chapitres.

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L’appel – Fanny Wallendorf (352 pages)

Pour mon dernier retour de lecture de l’année, je finis en beauté avec le dernier livre de la sélection du prix Cezam de l’année dernière. Je me rappelle les cours de gym au lycée où l’idée seule de me jeter en arrière, la tête à l’envers, me procurait des frissons de dégoût. Tout ça pour dire que je ne suis pas férue de cette discipline a priori.

Fanny Wallendorf a ce don pour rendre passionnant un sujet qui pourrait paraître rebutant. En pleins jeux olympiques, cette lecture entre particulièrement en résonnance avec l’ambiance du moment. Inspiré de la vie de l’inventeur d’une technique de saut en hauteur qui porte désormais son nom, Richard Fossbury, ce roman est aussi la description d’une époque, du rêve américain des années soixante et de l’envers du décor qui envoyait des enfants conscrits à la guerre.

Ce superbe livre empli de joie tranquille, de constance, de détermination dénuée d’esprit de compétition, raconte l’histoire d’un jeune homme qui a seulement fait ce qu’il avait envie de faire.

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Né d’aucune femme – Franck Bouysse (334 pages)

Encore un livre qui a été encensé par la critique, les prix et nombre de lecteurs auquel je n’ai pas adhéré… Il semblerait que le public soit fan du côté vierge blonde pure qui est violée et torturée pour racheter nos péchés en quelque sorte.

Alors, l’histoire horrible et peu crédible (les filles de ferme qui savent lire et écrire de mère en fille, vraiment ?), le côté franchement malsain et voyeur, la couche glauque du pédophile qui est un bon gars parce que lui, au moins, il est sincère dans ses sentiments (la fille a 14 ans !!!), la fin, bâclée, et le style de plus en plus confus, tout ici me laisse perplexe. 

Comme dans le sketch des Inconnus, il y a le mauvais pédophile, celui qui prend la fille de force devant sa mère, pour bien enfoncer le clou du côté glauque, et le bon pédophile, celui qui prend la fille de 14 ans, mais c’est euh… non ce n’est pas beau, c’est moche. Par ailleurs, Rose finit à l’asile, mais ça, tout le monde s’en moque, apparemment. Navrée pour tous ceux qui ont adoré. 

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Celle qui attend – Camille Zabka (265 pages)

Alexandre Rivière est noir. Avec sa compagne, il a une petite fille, Pamina, trois ans. Il n’a pas pu assister à l’accouchement, car il s’est fait contrôler par des policiers le soir de la naissance, ils ont trouvé que son nom sonnait “trop français”, alors ils ont cru que ses papiers étaient faux, et il a passé la nuit au poste, le temps de vérifier tout ça. Alexandre a toujours voulu s’en sortir, mais il a fini par faire des bêtises, en partie parce que la vie ne l’a pas épargné, en lui mettant même plutôt des bâtons dans les roues. Alors Pénélope explique à Pamina que papa est au coin, et qu’il reviendra bientôt.

Pendant ses 107 jours de détention, il écrira 52 lettres à sa femme et sa fille, la peur au ventre de les perdre l’une et l’autre. C’est un livre terrible sur les bugs de notre justice, sur le délit de faciès, une histoire pourtant emplie d’amour et, malgré tout, d’espoir sur l’humain.

Avec ma rationalité de blanche issue de milieu favorisé, j’aimerais affirmer qu’il n’est pas possible que le sort s’acharne ainsi sur une personne sans reproches. On aimerait se persuader, comme les matons, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, ce serait beaucoup plus confortable moralement. Mais nous savons tous que la vie peut vriller, pour un détail, et qu’on peut se retrouver rapidement dans un engrenage à la limite de la folie. Les exemples d’injustice cités sont à pleurer.

Il semblerait que la vie d’Alexandre, Pénélope et Pamina se soit apaisée depuis sa sortie de prison. On leur souhaite, comme dans les contes, beaucoup de bonheur. 

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Reste avec moi -Ayòbámi Adébáyò traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche (280 pages)

Décidément, la littérature nigériane est une grande littérature. A l’instar de sa compatriote Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice nous livre ici un roman d’amour absolument merveilleux. Sur fond de contexte politique troublé (notamment les coups d’état de 1985 et 1993, parmi les 6 coups d’états qui ont émaillé l’histoire politique du pays) et tissé avec le poids des traditions et de la culture, Akin et Yejidé s’aiment, se marient et n’ont pas d’enfants. Une situation inacceptable pour un couple moderne mais traditionnel.

En 5 parties, Ayòbámi Adébáyò nous balade dans son histoire où l’on n’atterrit jamais où on croyait que le vent nous portait. Vous vous fourvoierez jusqu’au dernier chapitre avec délices dans cette belle histoire dramatique. Un grand roman. 

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Tout le bleu du ciel – Mélissa Da Costa (647 pages)

Comme Joanne avec Emile, qui est sur le point de mourir, je vais prendre des pincettes pour parler de ce roman. C’est comme si on avait créé un algorithme avec tous les éléments nécessaires pour plaire au plus grand nombre : Un jeune homme qui s’est fait plaquer + qui a du mal à s’en remettre + qui va mourir bientôt. Une jeune femme qui a sûrement un lourd secret (qu’on découvre autour de la quatre centième page, tenez bon), une grand-mère adorable aux yeux bleus, des gens simples et charmants, un petit chat trop mignon, des paysages à couper le souffle et un road trip en camping car. Sauf qu’avec moi, ça ne prend pas.

J’aimerais vous dire que, comme la plupart d’entre vous, j’ai trouvé ça chouette qu’Emile décide d’acheter un camping car pour partir avec une inconnue pour une dernière escapade. Que c’est beau, toutes ces citations égrenées au fil du livre. Que ça sonne juste de vider le bac à caca du camping car. Mais non.

Ce livre est pour moi un livre de science fiction. J’ai été au bout pour découvrir une fin inattendue promise en quatrième de couverture, mais je n’ai rien trouvé d’inattendu, tout finit comme on peut l’imaginer (autour de la quatre centième page, encore). De là à dire qu’il y a 250 pages de trop…Rien ne peut être vrai. Tout y est angélique. Et je suis navrée de vous dire qu’après l’année qu’on vient de passer, j’ai terriblement besoin de m’ancrer dans la réalité.

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Trois jours à Berlin – Christine De Mazières (179 pages)

Trois jours avant le 9 novembre 1989, Berlin était coupée en deux par un mur infranchissable et ceux qui tentaient de s’enfuir étaient pourchassés et tués. Le 9 novembre 1989, tout a basculé, dans le calme et dans la joie. Trente ans après, je revois encore les images de ces cousins, ces frères, ces inconnus en réalité, s’embrassant, riant et pleurant en buvant du champagne pour fêter cet évènement historique qui symbolisait la liberté retrouvée. J’en ai encore des frissons, c’était incroyable. 

Christine De Mazières retrace ces trois jours qui ont précédé l’inespéré. Trois jours où rien ne laissait présager le moindre changement. Trois jours où, comme les trente années précédentes, les gens crevaient de peur à l’idée d’être dénoncés, où des milliers de fiches continuaient à être rédigées sur des individus suspects, où les écoutes des dissidents étaient toujours actives, où l’ouest était un autre monde.

Elle raconte la faillite d’un système politique, et la ruine d’un État où rien ne pouvait plus durer, mais où tous les dirigeants faisaient comme si rien ne pourrait jamais changer. Un court roman sur ce moment historique qui se lit comme une histoire à suspens.