Marx et la poupée – Maryam Madjidi (202 pages)

Vous avez peut être compris depuis que j’écris que je suis fascinée par l’Iran. Ce peuple qui se bat comme il peut pour survivre dans les dictatures qui se succèdent. Ce pays qui est au cœur du berceau de l’humanité qui a inventé tous les principes de nos civilisations modernes. Qui a engendré des poètes fabuleux.

Maryam Madjidi nous en livre la substantifique moelle au travers du déchirement de l’exil vécu par une petite fille dont les parents sont communistes. Qui a dû quitter ses repères et se désintégrer pour se réintégrer. Poétique et brutal, passionné et délicat on est charmé par ce souffle persan mâtiné de France, comme un poème de Hâfez expliqué à la Sorbonne. C’est le deuxième roman de « j’ai lu, j’élis » 

Balzac et la petite tailleuse chinoise- Dai Sijie (228 pages)

Pour les grands lecteurs comme moi, ce livre est forcément très important. Dans une Chine des années 70, où avoir de l’instruction est déjà subversif, posséder des livres, à fortiori de littérature étrangère, est en soi passible de prison.

Deux jeunes hommes qui ont été au collège et dont les parents sont en prison car les médecins ont également été persécutés se retrouvent en rééducation dans un village de montagne.

Une petite tailleuse, la plus belle fille de la montagne et la découverte d’une valise de livres vont les changer à jamais. Encore une fois, on est heureux de vivre dans un pays où étudier est un droit, que c’est même obligatoire jusqu’à 16 ans et où lire est un passe temps socialement et politiquement accepté. Vive la liberté !

La Concession du Téléphone – Andrea Camillieri (280 pages)

Andrea Camilleri - La concession du téléphone

A l’heure où les portables sont devenus les nouveaux doudous de nos enfants, cette fable rafraîchissante nous rappelle qu’il fut un temps, pas si lointain, où l’obtention d’une ligne téléphonique relevait du parcours du combattant!

Pippo, est très déterminé pour avoir le téléphone. Il adore la modernité, au grand dam de ces concitoyens. Par une maladresse épistolaire, il va se mettre le préfet à dos, mais aussi, la mafia, et les carabiniers. Rien, pourtant, ne le détournera de son entêtement, ni les contraintes administratives, ni les contraintes financières, ni les menaces de mort.

Dans ce roman où foisonnent beaucoup de personnages, tous plus fous les uns que les autres, seuls le préfet de police et le commissaire de police semblent garder la tête sur les épaules. Dans une Sicile déjà gangrenée par la mafia,tout ce petit monde s’agite et se démène dans une histoire féroce et jubilatoire.

Merci à ma copine Pauline de m’avoir fait connaître ce grand auteur italien. 
C’est à la fois hilarant et désespérant, la bêtise et la force triomphent parfois du bon sens et de la générosité.

Un bon garçon – Paul Mc Veigh (340 pages)

Paul McVeigh - Un bon garçon

Oh la la, déjà presque un mois que je n’ai pas publié!! En fait, c’est juste que je n’ai pas tellement eu le temps de mettre ma page à jour.

Encore un livre sur l’Irlande en guerre, à la frontière entre les Anglais et les Irlandais, et cette fois, c’est un jeune garçon de dix ans dont on raconte l’histoire. Plus intelligent que les autres, mais aussi plus sensible, et né dans une famille de 4 enfants dont le père, alcoolique, vole les maigres revenus que la mère s’échine à gagner. Cette pauvreté l’empêche de pouvoir entrer dans le collège St Malachy’s où il a été admis. Faute de moyens, il ira comme tout le monde à St Gabriels. Pour lui, c’était l’opportunité de sortir de sa condition, des quolibets, et des maltraitances. C’est un livre assez dur sur le fond, mais ce petit garçon est si attachant qu’on a envie qu’il s’en sorte. Premiers émois amoureux, débrouillardise, IRA, tout se mélange dans ce roman.

Désorientale – Négar Djavadi (345 pages)

Négar Djavadi - Désorientale

Kamiâ raconte l’histoire de sa famille iranienne, le poids de la culture, si différente de la culture française où ses parents se sont exilés avec leurs trois filles pour échapper au régime de Khomeini.

3 générations se succèdent de façon décousue, comme on penserait à certaines anecdotes que notre esprit fait ressurgir dans un ordre aléatoire -et surtout pas chronologique. L’auteure y décrit à merveille tous les aspects de la culture iranienne, la petite histoire d’une famille insérée dans la grande histoire, et tous les clichés français qui y sont rattachés. Bon, en même temps, elle n’a pas trop de mérite dans cet exercice, ça sent le vécu.

Ce livre foisonnant, et passionnant nous explique les affres de l’exil, et cet espoir fou qui a entraîné les Iraniens au départ du Shah, vite anéanti par de nouvelles persécutions, dans l’indifférence totale de l’occident. Comment ce pays, avec son pétrole a été l’enjeu de toutes les puissances mondiales, qui l’ont maintenu dans un carcan et l’ont empêché de prendre son propre envol. C’est génial.

Dulmaa – Hubert François (232 pages)

Hubert François - Dulmaa

A la mort de son père, Elisa retourne pour la première fois en Mongolie, après dix ans sans y avoir mis les pieds. Sa mère les a quittés pour retourner dans son pays. Pourquoi est-elle partie? Elisa commence un long voyage, semé d’embûches, pour la retrouver. Aidée de son grand-père qui est toujours là dans les moments difficiles, Elisa nous dévoile quelques pans de la culture Mongole.

Je n’ai pas « choisi » de lire ce livre, puisqu’il fait partie de la liste du prix des lecteurs, mais c’est un bon parallèle au « loup bleu » que j’ai lu il y a quelques semaines. La culture mongole ne bouge pas malgré les siècles, et c’est amusant d’y voir les parallèles. Le livre est bien écrit et se dévore en quelques heures pour peu qu’on adhère aux prémices de cette culture.

Les étoiles s’éteignent à l’aube – Richard Wagamese (285 pages)

Un jeune homme part avec son père alcoolique et à l’agonie dans la montagne pour qu’il l’y enterre. C’est l’occasion pour le fils de connaître enfin son histoire : qui était sa mère? pourquoi son père l’a fait élever par « le vieil homme »? Pourquoi son père s’est-il adonné à la boisson jusqu’à en mourir? Ce voyage va permettre au fils d’apporter des réponses à toutes ses questions, et au père de mieux appréhender qui est son fils.

Au début, franchement, je me suis dit : ouh la la, une histoire de « native americans », de cowboys et d’indiens, bof bof. Tout de suite, pourtant, on est saisi par la lueur qui se dégage du style, une lueur de crépuscule ou d’aube, c’est selon. Des dialogues de taiseux, une histoire d’hommes où toutes les femmes en filigrane pèsent sur l’atmosphère des non dits. Tout en délicatesse, Richard Wagamese nous fait entrer dans un univers douceâtre où le retour aux origines, les repères qui construisent une vie sont autant de jalons indispensables pour qu’un jeune homme devienne un homme, et qu’un homme perdu retrouve sa dignité en étant enterré comme un guerrier. Un très beau livre dont les personnages sont émouvants.