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Le dernier Syrien – Omar Youssef Souleimane (220 pages)

Joséphine, Youssef, Rachid, Khalil, Muhammad… Printemps arabe, 2011. Après la vague de liberté qui a déferlé sur l’Afrique du Nord, le peuple Syrien essaie à son tour de faire valoir ses droits. Ces jeunes n’aspirent qu’à avoir un parlement, des lois justes, une meilleure répartition des richesses. Malheureusement, Bachar El Assad va s’accrocher à son pouvoir dans une répression terrible, torturant et tuant tout contestataire, semant la terreur. Abandonnés du reste du monde, les Syriens vont être pris en étau entre une dictature fasciste et un islamisme intégriste montant. L’auteur, exilé politique lui-même, décrit la pression qui monta peu à peu pour cette jeunesse qui a cru à la justice et qui n’a trouvé que les impasses de la fuite ou de la mort. On aurait envie que ça finisse bien. On sait que ça n’a pas été le cas. J’avais ce livre dans ma PAL depuis un moment, la sortie du dernier ouvrage de l’auteur sur les accointances de LFI avec les islamistes m’a donné envie de le faire remonter dans ma pile.
Dans un roman, on peut dire n’importe quoi. Mais quand on voit les contre-vérités assénées dans notre beau pays, il est bon de s’appuyer sur des personnes qui savent de quoi elles parlent et non des pseudos spécialistes qui s’expriment à tort et à travers.

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Charrue tordue – Itamar Veira Junior, traduit du portugais par Jean-Marie Blas de Roblès (340 pages)

Après l’histoire de Mother Naked, je tombe de nouveau sur une histoire de servage qui ressemble à s’y méprendre à de l’esclavage. Comme au 14ème siècle en Angleterre, le Brésil a perpétué ce mode de fonctionnement jusqu’au 20ème siècle. Deux régions, deux époques où le parallèle saute aux yeux. On y rajoute la couche culturelle des croyances locales (le spectre anglais et les enchantés, les esprits brésiliens). J’ai bien aimé l’histoire du destin de ces deux sœurs qui vont se battre chacune avec leurs propres armes pour se libérer de leur joug et se réunir dans un final en apothéose. La scène d’introduction nous plonge dans la vie très âpre de ces deux petites filles à cause d’un évènement dramatique et violent qui sera le fondement de leur parcours futur. Je me suis laissé embarquer dans leur sillage et celui de leur famille au rythme des traditions afro-brésiliennes et de leur pratique religieuse, le Jarê. Une saga romanesque à découvrir dans le cadre du prix Cezam.

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L’entroubli – Thibault Daelman (286 pages)

Vous trouverez pléthore de retours enthousiastes sur ce roman de la rentrée littéraire. Force est de constater que les éditions du Tripode ont le chic pour dénicher des langues qui sortent de l’ordinaire. Et puis un livre, quoi qu’on en pense, c’est toujours un travail colossal d’écriture et la critique est facile. En ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à prendre le train des joyeux pour cette lecture, néanmoins fort sympathique avec mes amis Vleeleurs. J’ai tangué. Voilà l’impression que m’a donné cette écriture qui a été pour moi une épreuve indigeste. Les fans de Yoda y trouveront leur compte avec ces phrases alambiquées qui proposent le verbe à la fin. Sans compter les fautes de grammaire érigées en tolérance littéraire. Quant à l’histoire, je n’ai pas non plus vraiment accroché, dans la mesure où rien ne m’a semblé sonner juste. Ce qui est très étrange, puisque c’est absolument autobiographique. Comme si l’auteur voulait mettre une distance entre son enfance et lui-même. Comme s’il ne racontait pas vraiment son enfance, mais l’image d’une enfance, revue au prisme du roman. Pour autant, je suis allée au bout, et je me suis laissé glisser dans la rigole de ce ruisseau verbal. J’y ai même repéré quelques fulgurances, des phrases qui m’ont interpelée et dont j’ai pensé : ah ! celle-là, elle est bien trouvée ! Mais comme je suis la seule à n’avoir pas apprécié cette lecture, nul doute qu’il fera son chemin et je lui souhaite évidemment un beau succès dans son originalité.

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L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown, traduit de l’anglais par Claire Charrier (256 pages)

Quand Annie-Rose nous a proposé de réitérer une lecture commune de rentrée littéraire avec les éditions du Typhon , j’ai dit oui les yeux fermés, malgré une élocution approximative sur un message vocal d’anthologie et un titre étrange. Allions-nous entamer une lecture d’un livre olé-olé ? Étais-je la seule dans la bookstasphère à utiliser des expressions si désuètes qu’elles m’évinçaient d’office pour appréhender ce roman ?

Je vous rappelle que je fuis la rentrée littéraire et ses 500 bouquins publiés, car un livre bon aujourd’hui sera bon dans 5 ans, et souvent, le temps se charge de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Mais là, vous pouvez vous lancer les yeux fermés (non, pour lire, ce n’est pas idéal) dans ce roman médiéval, où l’on peut souligner le remarquable travail de la traductrice pour nous plonger dans l’époque sans que ce soit pesant.

En fouillant dans les archives de Durham, l’auteur est tombé sur la petite phrase qui l’a intrigué et lui a donné l’envie de broder l’histoire qu’il nous conte ici.

Le roman se situe en 1434 pour relater de faits qui se sont déroulés quarante ans plus tôt, un drame, un spectre et un ménestrel qui vient raviver des plaies qui ne se sont jamais refermées. L’air de ne pas y toucher, il va mettre en exergue l’incompétence, la cupidité, la jalousie et l’injustice qui se sont abattues sur ce village et l’ont plongées dans le chaos.

Merci pour cette découverte, je crois que malgré certaines réticences, ce roman a fait l’unanimité dans notre groupe.

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Indomptables – Bruno Doucey (236 pages)

La première partie de ce roman alterne les chapitres des biographies croisées de Vitali Klitschko et de Mira Rai, deux athlètes d’exception pourtant si différents. L’opposition de ce champion du monde de boxe qui a la carrure d’une montagne à cette souris championne de trail, nous éclaire sur différentes façons de s’évader par le sport. Puis arrive Mélina, Ukrainienne d’origine grecque, terrée dans les abris au début de la guerre. Cette dernière préparait un colloque où elle aurait interviewé simultanément les deux athlètes.

Bruno Doucey est l’un des plus grands poètes de notre époque et il nous livre un très beau roman sur le dépassement de soi, les résistances face au mal, et nous donne des exemples de quelques personnages, réels ou fictifs, qui, chacun à leur manière, ont su rester indomptables face à l’adversité.

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Mon nom est Rouge – Orhan Pamuk, traduit du turc par Gilles Autier (736 pages)

Prix Nobel de littérature, l’auteur se lance ici dans un roman dense et original où chaque chapitre donne la voix à un personnage. Souvent, les narrateurs sont humains, mais on trouve aussi parmi eux des esquisses et la couleur rouge qui donne son titre à l’ouvrage. Le thème principal du livre est l’histoire de l’enluminure en Turquie à la fin du 16ème siècle en miroir avec l’art occidental. À cette époque, l’Europe développe de nouvelles techniques picturales, notamment avec l’introduction de l’ombre et de la perspective. Chaque marchand aisé souhaite avoir son portrait, celui de sa femme et de sa famille. Ces aspects de la peinture occidentale s’opposent violemment à l’Islam qui considère comme blasphématoire de se faire peindre ainsi que la perspective permettant des représentations de Dieu plus petites qu’une mouche au premier plan. Ce dilemme enflamme l’esprit des peintres et celui des sultans qui cherchent à acquérir les plus beaux trésors au travers de livres richement décorés d’or. Les pages contenant des images sont parfois enlevées de leurs livres d’origine pour être réutilisées dans d’autres ouvrages à la gloire d’autres dirigeants.
Ce roman est aussi une enquête policière. L’assassin parle d’une voix différente de son double non maléfique et l’auteur vous invite à découvrir qui il est. Il est difficile de faire sentir toute la subtilité de ce roman tant il est foisonnant, mais on apprend beaucoup sur cette période et cette région qu’on connaît mal.

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La vagabonde – Colette (209 pages)

Mon premier Colette, celui qui semble être son roman le plus profond. Certainement très provocateur à l’époque où il est sorti, vaguement inspiré de sa vie, le roman de cette femme libre qui quitte son mari volage pour voler de ses propres ailes devait remuer dans les salons bourgeois. Aujourd’hui, ça sonne compassé, suranné, et mièvre, même si je dois reconnaître quelques fulgurances littéraires que j’ai trouvées très belles, notamment ses descriptions des paysages, d’une incroyable beauté. Enfin, j’ai lu un Colette.

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Vol de nuit – Antoine de Saint-Exupéry (178 pages)

Je me suis plongée dans ce classique de l’auteur du Petit Prince que je n’avais jamais lu. Un chef odieux mène ses équipes à la baguette, en pensant que c’est grâce à ça que le courrier arrive à l’heure et à bon port au point de centralisation avant d’être acheminé vers l’Europe. Il est vrai que ça manque de « bienveillance », de « mieux travailler ensemble », de « qualité de vie au travail ». Ici, pas de Happiness Manager, tout le monde est humilié de la même façon. Sauf que ce soir-là, on a beau tenter d’avoir des nouvelles de l’avion en provenance du Chili qui est dans l’œil d’une tempête sans précédent, le radio et le pilote finissent par ne plus donner signe de vie. Un roman sur les relations humaines, sur les forces et les faiblesses des uns et des autres. Parce que Rivière, le chef abominable, ne maîtrise pas tout, même pas les sentiments des pilotes qu’il croit manipuler.

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Opium – Géza Csáth, traduit du hongrois par Eva Brabant Gero et Emmanuel Danjoy (234 pages)


Ce psychiatre et écrivain a été longtemps proscrit. Dépendant à la morphine, avec des tendances paranoïaques, il a tué sa femme et s’est suicidé peu après. C’est un bon résumé de ce que vous trouverez dans ses nouvelles morbides. C’est pas très livre de plage, les tortures sur les animaux et les gens.

Un tantinet too much pour moi.

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Seul l’océan pour me sauver – Samantha Hunt, traduit de l’anglais par Alex Ratcharge (178 pages)

 

Paf, une baffe. Une écriture poétique dont la couleur dominante est le bleu. Une écriture également élégiaque, où le temps s’étire jusqu’à l’horizon. Une histoire d’amour magnifique, à la fois crue et platonique. Jude est plus âgé, Jude rentre d’Irak où il a été traumatisé par la guerre. Et la mère de l’héroïne attend le retour de son mari en scrutant l’océan. Une pure merveille d’écriture.