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Othello – William Shakespeare traduit de l’anglais par Daniel Loazya (180 pages)

Passion William, en ai-je déjà parlé ? Cette pièce, montée à Londres pour la première fois en 1604, est d’une modernité absolue. William connaissait la nature humaine mieux que personne et savait la transmettre sur scène où tout était possible, alors que dans la vie, tout était contraint. L’histoire est donc celle d’une vengeance. Le cœur noir de Iago va instiller le poison de la jalousie dans celui d’Othello à coups de manigances et de rumeurs. Il sera démasqué trop tard, le mal sera fait, Othello aura assassiné Desdémone et se suicidera de douleur, deux cadavres qui s’ajouteront aux autres victimes collatérales de Iago. Cette tragédie Shakespearienne par excellence démontre la capacité de l’auteur à exprimer l’amour, la trahison, la manipulation.

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Le roman de Jim – Pierric Bailly (238 pages)

Depuis le temps que ma libraire me disait que c’était vraiment bien ! Et puis le film est sorti et mon mari me tannait pour le voir, et je lui disais : «Non, pas avant de l’avoir lu». J’ai donc fini par l’acquérir, le prêter à ma mère d’abord et puis voilà ça y est je l’ai lu.

Comme tout ce qu’on attend avec trop d’impatience, on est toujours un peu déçu. Un peu, mais pas trop. Parce que cette histoire de père qui n’a pas mis la graine, c’est quand même une très belle histoire. Parce que la vie broie certains, et que de mauvais choix en engrenages, Aymeric se retrouve au bout de dix, quinze ans avec des regrets, des remords, une tristesse comme un moellon dans le cœur et l’impression de s’être vraiment fait avoir.

Parce que ça se passe en partie à Lyon et à Grenoble, qu’on y parle de lieux que je connais bien. Parce que l’amour des pères qui élèvent à la place des pères biologiques est un amour pudique qu’on n’a jamais raconté de cette façon. Alors après réflexion, oui, c’est un beau livre. J’aurais dû le lire plus tôt. Au passage, l’adaptation cinématographique est assez fidèle au roman.

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Les contemplées – Pauline Hillier (179 pages)

Pauline est une ancienne Femen qui a décidé avec deux camarades de manifester seins nus en Tunisie, pour montrer ce qu’est une femme libre, pour démontrer la sororité, la solidarité. On est en 2013, le printemps arabe a libéré certains pays du Maghreb. Mais elle est jetée dans la prison pour femmes de Tunis, La Manouba, dans laquelle elle va devoir apprendre un ordre nouveau, des codes qui lui sont étrangers, dans une langue qu’elle ne connaît pas. La saleté, l’insalubrité, le dénuement, les mauvais traitements la marqueront à jamais.

Mais elle va aussi découvrir ce qu’elle croyait connaître et ignorait en réalité : la sororité et la solidarité. J’ai bien aimé ces portraits de femmes, parfois opprimées, parfois criminelles, et le regard de l’autrice qui change, passant de la petite bourgeoise qui croit savoir et apprendre aux autres ce qu’elle sait, à une femme plus mûre qui comprend qu’elle ne savait rien et qu’elle a tout à apprendre des autres. Une expérience très dure mais riche d’humanité.

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Là où sont les oiseaux – Maren Uthaug traduit du danois par Françoise et Marina Heide (350 pages)

Un gardien de phare, sa femme, sa fille, les gens autour et là où sont les oiseaux. Encore une fois, Maren Uthaug nous parle de faux semblants, d’histoires vécues sous différents angles. Et ça change tout le point de vue ! Cette écrivaine a un don incroyable pour fignoler les détails qui vont bouleverser la façon de voir les choses. Style impeccable dans la traduction, histoire glaçante et bien menée de secrets de villages, un très bon opus de cette autrice qui change d’univers à chaque roman mais dont on reconnaît la patte que j’affectionne.

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Ton/Nom – Esther Yi traduit de l’anglais par Floriane Herrero (175 pages)

Une jeune femme américaine d’origine coréenne basée à Berlin tombe par hasard sous le charme d’un membre d’un groupe de K pop. Sa vie va en être fondamentalement transformée.
Un roman purement coréen, pour ceux qui apprécient cette littérature tout à fait à part dans l’univers des livres, barrée et singulière. Il y a ce je-ne-sais-quoi d’identifiable dans la structure narrative, dans les intrigues et les intrigues secondaires. Un moment hors du temps d’où l’on sort toujours un peu groggy et étonné.

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Flagrant Déni – Florence Machelon (212 pages)

Le déni de grossesse est un sujet qui me passionne. Comment un fœtus peut se couler le long de la colonne vertébrale pour disparaître jusqu’à un terme avancé ? Dans le cas de ce roman, une jeune fille sans histoires, en rébellion contre sa mère arrive à l’hôpital pour des maux de ventre importants, et pour cause, elle a des contractions d’accouchement. Incrédule, elle pèse 48 kilos et sort d’une compétition de natation, l’adolescente ne peut imaginer qu’un bébé s’est faufilé et s’est fait tout petit pour que sa mère n’ait aucune velléité d’avorter. Ce roman est raconté caméra au poing comme un documentaire, et décrit toutes les étapes que va traverser cette mère qui n’a pas eu le temps de se préparer.

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Villa Bergamote – Mona Messine (154 pages)

Mona messine s’est inspirée d’un couple politique véreux ultracélèbre pour l’écriture de ce roman au style recherché. Chaque mot semble avoir été choisi avec soin, comme dans un bouquet de fleurs japonais, un ikebana. Chaque mot est à sa place, comme chaque personne dans le roman est à la sienne, chorégraphie bien huilée. Ce roman se lit comme un thriller, alors que la violence est le plus souvent larvée, entre fêtes mondaines et vacances au bord de la piscine dans cette maison qui, à l’instar de Manderley, est un personnage à part entière. En 155 pages où l’on déteste et plaint la narratrice tour à tour, l’autrice décrit l’ascension et la déchéance d’une jeune et jolie jeune femme qui aimait l’argent jusqu’à la compromission. Un roman très original avec une écriture très ciselée, un petit bijou.

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Geronimo et moi – Lilian Bathelot (382 pages)

Comme le dit l’auteur en préambule avec la définition du mot « roman » : Œuvre
d’imagination en prose qui présente des personnages donnés comme réels. Si la vie de l’héroïne, Francine, est fort peu vraisemblable, servante prostituée passionnée de feuilletons romanesques qui deviendra tour à tour communarde, chamane apache et écrivaine, l’ensemble forme un roman passionnant où l’auteur compare avec audace les combats de
Louise Michel avec ceux de Geronimo. On se laisse porter par cette histoire où le vent des boulets se mêle adroitement avec le vent des plaines américaines. C’est aussi une histoire de vengeance. On aimerait se dire que de pauvres filles prostituées de force au 19ème siècle ont pu se rebeller, dénoncer leurs bourreaux, ou bien se venger. Ça fait du bien de le croire et on soutient toutes les Francine du monde encore aujourd’hui de tout notre cœur. Ce livre nous donne aussi envie de se replonger dans l’histoire de Louise Michel et de Geronimo, deux personnages réels aux vies incroyables.

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La végétarienne – Han Kang traduit du Coréen par Jeong eun-jin et Jacques Batillot (212 pages)

J’ai découvert cette autrice que je ne connaissais pas avant sa médiatisation liée à son Prix Nobel de littérature et un ami a judicieusement choisi de me l’offrir à Noël. On retrouve l’esprit si particulier de l’écriture coréenne. Je l’ai déjà décrit pour d’autres ouvrages, leur cinéma et leur littérature possèdent un style à part, mélange d’originalité, de folie douce, de poésie. Ce roman retrace la descente dans la folie d’une femme, vue par trois protagonistes. Si la fin m’a laissée un peu perplexe, l’ensemble nous tient habilement dans une position intermédiaire où l’on se place de son point de vue à elle. C’est là que c’est fort, car à aucun moment l’autrice nous fait part de ce que cette femme a dans la tête, puisque c’est écrit du point de vue tour à tour de son mari, son beau-frère et sa sœur. Pourtant, à chaque page, on a envie de leur crier : Laissez-la tranquille !

Roman court, on traverse cette histoire tragique dans un état paradoxal de légèreté, où le soleil et les arbres sont la planche de salut.

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La tanche – Inge Schiperoord traduit du Néerlandais par Isabelle Rosselin (217 pages)

J’ai acheté ce livre au festival America, parce que je trouvais le titre sympa et que mon père était pêcheur. J’ai bien vu que l’autrice tentait de me mettre en garde contre mes illusions, et qu’elle faisait une drôle de tête quand je lui ai expliqué les motivations de mon achat. En effet, cette histoire est celle d’un jeune homme un peu simplet, au QI bas, une sorte de Lenny du roman « Des souris et des hommes », quelqu’un qui voudrait bien faire mais qui est envahi de pensées nauséabondes. Sorti de prison en liberté conditionnelle, Johnathan sait qu’il doit faire très attention à son comportement. Mais la tension monte tout au long du livre où l’on tremble pour une petite fille innocente et dont on pressent une fin tragique. Pas très esprit de Noël, si vous voyez ce que je veux dire. On est mal à l’aise tout du long. Si c’est l’effet escompté, c’est réussi.