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Mon mari – Maud Ventura (350 pages)

J’ai bien sûr une pensée pour Sophie de Sivry qui nous avait présenté ce roman en avant-première, nous expliquant le côté drôle et décalé de l’ouvrage. Ensuite, j’ai vu beaucoup de chroniques très divergentes sur ce roman, feel good or not feel good ? Premier ou second degré ? Personnellement, je n’ai fait aucun effort pour le lire en mode second degré. Mais enfin ! TOUS les romans racontent 1 – soit des débuts d’histoires d’amour (ils se rencontrent, généralement, ils sont attirés mais ils se détestent, ou ils ne se remarquent pas, et il faut tout le roman ou presque pour qu’ils arrivent à la conclusion que leur vie ne vaut d’être vécue séparés) 2 – des chagrins d’amour (Adultère, décès, séparation…avec reconquête, ou nouvelle conquête. Surtout quand il y a mort du conjoint. Peu de romans nécrophiles, il faut bien le reconnaître, ce n’est pas tendance). Ici, Maud Ventura nous prend à contre-pied. Des nuages depuis quinze ans dans la vie de ce couple ? Aucun. Des trahisons ? Pas plus. Qu’est-ce qui cloche ? Rien. Sauf que cette femme, éprise comme au premier jour, angoisse et souffre d’une hypothétique altération de cet amour. Elle en devient insupportable, terrifiante même. J’ai beaucoup ri de ses manigances pour démasquer son mari fidèle, de ses interprétations tirées par les cheveux à cause de ses sentiments exacerbés. Si je dois mettre un bémol, c’est sur l’épilogue qui est pour ma part de trop, mais le reste est une véritable réussite.

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Les oiseaux des marais – Lisa Sandlin (368 pages)

Xavier Bell est le nouveau client étrange de l’agence Phelan. Phelan vient de sortir Delpha d’un mauvais pas, à peine cinq mois après sa sortie de prison conditionnelle. Au-delà de l’histoire policière, Lisa Sandlin nous dépeint très bien le contexte des années 70 à la frontière entre le Texas et la Louisiane, et elle s’interroge sur ce que cela signifie d’être libre. Le travail de fourmi de l’agence de détective, les autres enquêtes qui se superposent à l’enquête principale, tout semble très vraisemblable et réaliste. Même la petite touche d’imaginaire ne nuit pas à l’ensemble. J’ai vraiment bien aimé.

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Robert de Niro, le Mossad et moi – Paule Darmon (250 pages)

Eli Cohen a été un des espions les plus doués du monde. Il a réussi à s’introduire dans les plus hautes sphères des autorités syriennes et à transmettre un nombre d’informations colossales en Israël. Mais il s’est fait prendre et a été pendu après avoir été torturé. Cette histoire tragique est racontée par Dora / Paule qui veut en faire un film. Et pour le rôle, elle pense à Robert De Niro. Les passages où l’on voit Dora se démener pour l’écriture de son scénario et obtenir un rendez-vous avec la star du cinéma sont désopilants. Cela allège un peu l’histoire tragique de cet espion. L’autrice nous dévoile ce pan de l’histoire d’Israël de façon très originale et les deux époques (1967 contre 1987) sont habilement mise en opposition. Un livre qui sort de l’ordinaire à ne pas manquer.

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Le pain au ketchup – Marius Jauffret (190 pages)

Un jeune homme, double maléfique de l’auteur (?) bipolaire, alcoolique et drogué décide sur un coup de tête de partir en Ukraine en 2014 pour voir de ses propres yeux le résultat de la révolution. Il prétend faire une enquête journalistique mais espère que ce voyage le libèrera de ses démons. Il en attend une sorte de rédemption. Ecrit par l’auteur du récit « le fumoir » magnifique sous bien d’aspects (style, concision, documentation et humour) ; on retrouve dans ce roman quelques fulgurances du premier opus, sans toutefois retrouver la trame ciselée de son histoire. Ce jeune homme nous perd avec lui dans les brumes de son alcool et de ses addictions. Comme toujours Marius Jauffret a un vrai sens des chutes, et la fin rejoint habilement (mais sans surprise), l’actualité de ce pays. Je n’attendais rien du premier ouvrage, j’appréhendais même un peu ce que je pourrais y trouver, et ça a été une vraie claque. Je mettais peut-être trop d’attente dans ce deuxième ouvrage.

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Blackwater 2 la digue – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (250 pages)

On poursuit l’aventure complètement dingue de Monsieur Toussaint Louverture, avec ce second opus de la série Blackwater. Les relations entre Marie-Love et Elinor sont très froides et le clan Caskey est coupé en deux. La décision de construire une digue pour éviter une nouvelle crue envenime encore la situation alors qu’Elinor attend de nouveau un enfant.
Ce deuxième tome est aussi réussi que le premier et tandis que j’écris ces lignes, le troisième est déjà sorti. Nul doute qu’il faut impérativement se procurer l’ensemble de l’histoire qui se lit comme un feuilleton. Les couvertures sont toujours aussi magnifiques, l’objet en lui-même vaut la peine. Une réussite absolue.

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Commerce et e-commerce, l’audace d’entreprendre – Stéphane Alligne (332 pages)

Un manuel qui devrait être utilisé dans les formations pour les candidats à l’ouverture de commerces ! Construit d’après l’expérience de l’auteur, ces instructions exhaustives (budget, publicité, droit etc…) sont néanmoins sans complaisance. Ouvrir un commerce en 2021, c’est difficile, y compris en e-commerce. Mais on sent l’auteur passionnément animé par ce métier qui l’a en partie construit, lui. D’ailleurs, l’ouvrage démarre sur ses propres expériences, qui démontrent que tout n’est pas rose dans un monde qui s’accélère de plus en plus.

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L’appel – Fanny Wallendorf (352 pages)

Pour mon dernier retour de lecture de l’année, je finis en beauté avec le dernier livre de la sélection du prix Cezam de l’année dernière. Je me rappelle les cours de gym au lycée où l’idée seule de me jeter en arrière, la tête à l’envers, me procurait des frissons de dégoût. Tout ça pour dire que je ne suis pas férue de cette discipline a priori.

Fanny Wallendorf a ce don pour rendre passionnant un sujet qui pourrait paraître rebutant. En pleins jeux olympiques, cette lecture entre particulièrement en résonnance avec l’ambiance du moment. Inspiré de la vie de l’inventeur d’une technique de saut en hauteur qui porte désormais son nom, Richard Fossbury, ce roman est aussi la description d’une époque, du rêve américain des années soixante et de l’envers du décor qui envoyait des enfants conscrits à la guerre.

Ce superbe livre empli de joie tranquille, de constance, de détermination dénuée d’esprit de compétition, raconte l’histoire d’un jeune homme qui a seulement fait ce qu’il avait envie de faire.

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Les mains propres – Jean-Louis Bailly (115 pages)

Un héros entomologiste, je n’en ai croisé qu’un avant « Les mains propres », et c’était dans « Le premier siècle après Béatrice », d’Amin Maalouf, mon livre préféré, alors autant vous dire que celui-ci avait intérêt à être à la hauteur.

Librement inspiré de l’histoire vraie de Jean-Henri Fabre, le roman retrace l’histoire de ce naturaliste du 19ème siècle, autodidacte, grand observateur des insectes, provençal d’extraction modeste reconnu par les plus grands (Darwin se fendra d’une missive à son égard, excusez du peu !) on découvre un homme incroyable, amoureux des insectes, des femmes, de la vie.

Ecrit dans le style qui rappelle l’époque, ce court roman est à découvrir. Merci à l’arbre vengeur pour leur confiance sur cette belle découverte.

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L’ordre de la félicité – Jean-Michel Legaud (122 pages)

Lorsque l’on décide de s’intéresser de près aux bâtiments qui nous entourent dans nos villes au quotidien, on pourra rapidement déceler des éléments architecturaux qui en racontent l’histoire. Et si on fait des recherches sur les petites histoires de la grande Histoire qui y sont associées, on peut se plonger dans une quête quasi obsessionnelle.

Voilà la démarche de l’auteur qui est parti de simples balades dans Caen pour s’intéresser de près à une organisation secrète du 18ème siècle, à la structure proche de celle des Francs-Maçons, dont le but était de bien boire, bien manger et plus si affinités. Surveillées par des policiers infiltrés, ces organisations, soupçonnées du pire seront rapidement innocentées, et l’Ordre de la félicité tombera dans l’oubli à la mort de son fondateur. Au travers des rapports du policier infiltré, Jean-Michel Legaud fait revivre cette organisation disparue.

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Chère Ijeawele – Chimamanda Ngozi Adichie traduit de l’anglais par Marguerite Capelle (78 pages)

L’autrice au nom compliqué pour nous, européens est une très grande écrivaine. Dans ma tête, je dis toujours « Americanah », la Nigériane, car j’ai du mal à retenir les noms. Qu’elle me pardonne.

En revanche, ses livres sont inoubliables. Americanah est un chef d’œuvre absolu. Chère Ijeawele, en 78 pages dit tout ce qu’une fille doit savoir pour être prête à être féministe et féminine, mère de famille et working girl, libre d’aimer et aimer être libre. Il dit aussi tout ce qu’un homme devrait entendre et comprendre de la femme pour que l’humanité avance et aille mieux. Elle explique aussi le poids des traditions, de l’éducation et de la culture, comment vivre avec et comment s’en détacher. Encore une fois, Chimamanda Ngozi Adichie est parfaite en quelques mots, simplement justes.