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Camaraderie – Matthieu Rémy (165 pages)

Je le dis et le répète, la nouvelle est un genre très exigeant, sous-coté en France. Il existe deux sortes de bons textes à nouvelles : Ceux qui privilégient le style et ceux qui privilégient l’histoire et donc, la chute. Cruciale, la chute. Bon, ici, rien de tout ça, le style, sans être mauvais, n’est pas exceptionnel, et les chutes, il n’y en a pas. Pour tout dire, j’ai mis trois « chapitres » à me rendre compte que c’était des nouvelles. Pour couronner le tout, je ne devais pas d’humeur, mais j’ai trouvé les histoires malsaines, à la fois condescendantes (le caïd du lycée qui ne fait pas de fautes d’orthographe, youpi, j’applaudis) et machistes (le gars qui coince une fille pour l’obliger à rester avec lui en lui tordant le poignet). Je suis une féministe raisonnable, compte tenu de mon grand âge, je suis rarement choquée par des propos phallocrates. J’arrive même à me gondoler grâce à des blagues franchement limites. Alors pour que je me sente limite mal à l’aise, c’est qu’il y avait une atmosphère un peu moisie. Ce n’est pas mon coup de cœur de l’année, pour résumer.

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Le koala tueur et autres histoires du bush – Kenneth Cook (154 pages)

Kenneth Cook est l’un des plus grands écrivains australiens. Malheureusement décédé très tôt à l’âge de 57 ans seulement, ce baroudeur a sillonné son pays pour en ramener des anecdotes, terreau de ses récits. Dans le koala tueur et autres histoires du bush, il expliquait que ces anecdotes étaient tellement incroyables qu’on ne pouvait pas les mettre dans un roman, personne ne les croirait ! Alors, réalité ou fiction, on s’en moque, comme l’auteur le fait de lui-même dans une autodérision à pleurer de rire et on se délecte de ces nouvelles sur la faune aussi étrange que dangereuse de ce pays continent.

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La fin va vous plaire – François Kufs (115 pages)

La nouvelle, je ne le martèlerai jamais assez, est un genre exigeant qui ne permet pas d’approximation.  Dans ce petit recueil facétieux, qui oscille entre Raymond Queneau et Bobby Lapointe, vous trouverez de petites histoires rigolotes. Elles n’ont rien à voir entre elles, mais l’auteur a su glisser ici et là de petits rappels qui fonctionnent en comique de répétition. J’ai beaucoup aimé « Mais où est donc Ornicar », un hommage à l’orthographe qui devrait être utilisé par tous les profs de français pour expliquer certaines règles de notre belle langue avec laquelle François Kufs jongle et joue.

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Dernier avis avant démolition – Fabien Maréchal (122 pages)

Cette année sera celle des nouvelles. Ce tout petit opus est un bijou de concentré d’écriture.

Les nouvelles n’ont pas la côte en France, et je suis la première à dire que ce n’est pas mon format de prédilection. Pourtant, à chaque fois que je me plonge dans un recueil de nouvelles, je suis enchantée. Une nouvelle ne souffre aucune approximation, aucune erreur. Celles-ci sont drôles, touchantes, absurdes, tristes un peu aussi, complètement décalées, et pourtant, elles s’ancrent dans un réel bien pragmatique et chaque histoire, chaque tranche de vie pourrait se dérouler autour de nous. Entre le maçon communiste qui envisage sa place au cimetière grâce à de savants calculs, le syndicaliste qui revendique des augmentations de salaires auxquelles personne ne croit, le photographe misanthrope qui devient fou, cette colonie de vacances très spéciale et l’homme qui ne veut pas aller au mariage de sa belle-sœur dont il est secrètement amoureux, vous trouverez forcément votre bonheur.

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Western Spaghetti – Sandra- Ànanda Fleury (272 pages)

Encore une maison d’édition dont je voulais lire les ouvrages sans avoir eu l’occasion de le faire. Je les découvre enfin par le biais de ce recueil de nouvelles aux histoires très différentes les unes des autres.

Entre la famille indigente qui tâche de cacher ses problèmes d’argent et le vieux monsieur qui devient ami avec un agent immobilier bien décidé à lui faire vendre son appartement, on s’envole pour Montréal avec Mohammed, un jeune français qui veut aller à New York, mais reste coincé au Canada après les attentas du 11 septembre 2001, et cette danseuse qui revient dans cette ville et sur sa jeunesse. On passe aussi par les Etats-Unis avec cette fratrie pauvre mais soudée.

Remarquablement écrit, avec des trouvailles stylistiques très intéressantes, jolies et expressives qui mélangent les sens (les goûts sont en couleur et les couleurs sont sonores, tandis que les sensations ont du goût…) on s’attache aux personnages qui sont si vivants qu’ils constituent à mon sens la trame et le fil conducteur de cet ouvrage. Une très très belle découverte et un livre passé trop inaperçu au regard de sa qualité.

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Indice des feux – Antoine Desjardins (343 pages)

Habituellement, je n’aime pas trop les nouvelles. C’est ce que la plupart d’entre nous ont dit en ouvrant le roman d’Antoine Desjardins. Rapidement, les lignes conductrices de l’ouvrage nous font oublier ce genre mal-aimé pour nous embarquer dans l’émotion.

Il y avait longtemps que je n’avais pas été bouleversée par un livre à ce point.

L’amour sous toutes ses formes (filial, maternel, amoureux, fraternel, amical…) est l’une de ces lignes en filigrane, l’autre, le désastre écologique qui nous pend au nez et pour lequel au mieux, nous sommes impuissants, au pire, nous participons involontairement.

Ce livre est magnifique, jamais dans le jugement, et même si la planète va mal, même si, au fond, le livre est terriblement pessimiste, il nous donne envie de continuer, d’agir, de changer les choses.

Treize défaites silencieuses en Perche-Gouët – Cyrille Gove (129 pages)

Cyrille Gove nous fait découvrir sa région au travers de treize nouvelles qui se déroulent du moyen-âge à notre époque. Il y raconte des superstitions anciennes et des twingos au supermarché, des loups et des trains, des évadés et des résistants, des nobles et des pauvres, bref, une panoplie assez exhaustive sur un tout petit carré de terrain, le Perche-Gouët.

Avec un style poétique et délicat, il nous entraîne dans des histoires auxquelles on adhère, même quand une part de fantastique s’en mêle. Des légendes, des petits bouts d’histoire, de vieilles pierres, des grilles rouillées dans les cimetières. Un moment charmant.