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Le dernier Syrien – Omar Youssef Souleimane (220 pages)

Joséphine, Youssef, Rachid, Khalil, Muhammad… Printemps arabe, 2011. Après la vague de liberté qui a déferlé sur l’Afrique du Nord, le peuple Syrien essaie à son tour de faire valoir ses droits. Ces jeunes n’aspirent qu’à avoir un parlement, des lois justes, une meilleure répartition des richesses. Malheureusement, Bachar El Assad va s’accrocher à son pouvoir dans une répression terrible, torturant et tuant tout contestataire, semant la terreur. Abandonnés du reste du monde, les Syriens vont être pris en étau entre une dictature fasciste et un islamisme intégriste montant. L’auteur, exilé politique lui-même, décrit la pression qui monta peu à peu pour cette jeunesse qui a cru à la justice et qui n’a trouvé que les impasses de la fuite ou de la mort. On aurait envie que ça finisse bien. On sait que ça n’a pas été le cas. J’avais ce livre dans ma PAL depuis un moment, la sortie du dernier ouvrage de l’auteur sur les accointances de LFI avec les islamistes m’a donné envie de le faire remonter dans ma pile.
Dans un roman, on peut dire n’importe quoi. Mais quand on voit les contre-vérités assénées dans notre beau pays, il est bon de s’appuyer sur des personnes qui savent de quoi elles parlent et non des pseudos spécialistes qui s’expriment à tort et à travers.

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La lettre – Marc S. Masse (334 pages)

J‘ai une sorte de passion pour Henri IV, cet obsédé sexuel puant l’ail et la sueur. Je ne suis pas royaliste et non, je n’ai pas 320 ans, pas plus que des fantasmes bizarres et odorants. Mais depuis que je suis petite, j’associe ce personnage bon vivant à l’édit de Nantes et au début du droit de culte en France. À la paix. Il n’en fallait pas plus pour que je saute sur cet épisode de l’histoire rocambolesque de notre bon roi, fou d’amour et de désir qui écrivit une lettre malencontreuse dont les conséquences auraient pu mettre en péril le royaume. L’auteur navigue comme souvent entre un fait historique et une fiction entremêlés. L’enquête moderne complète le cheminement de cette lettre et ravive le contexte politique, militaire, économique de ce début du 17eme siècle. Je me suis régalée.

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Alice marche sur Fabrice – Rosalie Roy-Boucher (170 pages)

Alice a 26 ans. Elle est triste et en colère contre son chum qui l’a quittée pour cette Laure aux gros seins. Alors Alice décide d’aller évacuer sa peine sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Elle va sillonner la France du Puy à Saint-Jacques, et son parcours sera semé d’ampoules, de rencontres, plus ou moins agréables, de bonheurs et de désillusions. La marche permet de réfléchir, de s’oublier. Par petites touches, elle décortique sa relation avortée et remue le couteau dans sa plaie qui ne se referme pas. Dans un français québécois à l’accent charmant, même si, parfois, le vocabulaire est vraiment propre au Canada, l’autrice nous fait beaucoup rire avec sa jeune marcheuse. J’ai adoré me promener avec Alice, l’accompagner dans sa souffrance et l’entendre râler contre ce salaud de Fabrice Picard.

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Ma Promise – Emilson Daniel Andriamalala, traduit du Malgache par Johary Ravaloson (208 pages)

Cet auteur malgache, étudié comme un classique à Madagascar est traduit pour la première fois en français. Dans une langue d’une sublime poésie, l’auteur nous livre la guerre d’indépendance de l’île au travers d’une histoire d’amour impossible. Deux jeunes gens animés par une attirance réciproque mais freinés par leurs amours déçues se trouvent pris dans la tourmente de l’insurrection et de la résistance. Contre leur gré mais pour sauver leur peau, ils vont devoir cohabiter comme mari et femme dans la jungle au milieu des rebelles. Jusqu’à la vérité.

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Celui qui vient avec l’orage – Catherine Boissel (450 pages)

Avez-vous déjà entendu parler des code talkers ? ou des Comanche speakers ? Durant la deuxième guerre mondiale, à une époque où Google traduction n’était pas encore disponible, les Etats-Unis ont eu la riche idée d’utiliser des guerriers Comanches pour passer des messages codés. Hormis une toute petite communauté à laquelle accessoirement on avait passé l’enfance et la langue au savon pour en laver le parler « sale », personne ne pouvait comprendre ce que ces hommes se disaient. 17 hommes ont fait partie de cette compagnie très particulière de transmissions, 13 ont débarqué le 6 juin. Leur courage et leur langue unique a contribué au succès des alliés. En partant de ce fait historique, Catherine Boissel nous livre un roman qui mêle secrets de famille, histoires d’amour, trahisons et solidarité de l’amitié où la vérité éclate grâce à celui qui vient avec l’orage. Un page turner au happy end qui met en avant des hommes restés trop longtemps dans l’ombre.

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Charrue tordue – Itamar Veira Junior, traduit du portugais par Jean-Marie Blas de Roblès (340 pages)

Après l’histoire de Mother Naked, je tombe de nouveau sur une histoire de servage qui ressemble à s’y méprendre à de l’esclavage. Comme au 14ème siècle en Angleterre, le Brésil a perpétué ce mode de fonctionnement jusqu’au 20ème siècle. Deux régions, deux époques où le parallèle saute aux yeux. On y rajoute la couche culturelle des croyances locales (le spectre anglais et les enchantés, les esprits brésiliens). J’ai bien aimé l’histoire du destin de ces deux sœurs qui vont se battre chacune avec leurs propres armes pour se libérer de leur joug et se réunir dans un final en apothéose. La scène d’introduction nous plonge dans la vie très âpre de ces deux petites filles à cause d’un évènement dramatique et violent qui sera le fondement de leur parcours futur. Je me suis laissé embarquer dans leur sillage et celui de leur famille au rythme des traditions afro-brésiliennes et de leur pratique religieuse, le Jarê. Une saga romanesque à découvrir dans le cadre du prix Cezam.

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L’entroubli – Thibault Daelman (286 pages)

Vous trouverez pléthore de retours enthousiastes sur ce roman de la rentrée littéraire. Force est de constater que les éditions du Tripode ont le chic pour dénicher des langues qui sortent de l’ordinaire. Et puis un livre, quoi qu’on en pense, c’est toujours un travail colossal d’écriture et la critique est facile. En ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à prendre le train des joyeux pour cette lecture, néanmoins fort sympathique avec mes amis Vleeleurs. J’ai tangué. Voilà l’impression que m’a donné cette écriture qui a été pour moi une épreuve indigeste. Les fans de Yoda y trouveront leur compte avec ces phrases alambiquées qui proposent le verbe à la fin. Sans compter les fautes de grammaire érigées en tolérance littéraire. Quant à l’histoire, je n’ai pas non plus vraiment accroché, dans la mesure où rien ne m’a semblé sonner juste. Ce qui est très étrange, puisque c’est absolument autobiographique. Comme si l’auteur voulait mettre une distance entre son enfance et lui-même. Comme s’il ne racontait pas vraiment son enfance, mais l’image d’une enfance, revue au prisme du roman. Pour autant, je suis allée au bout, et je me suis laissé glisser dans la rigole de ce ruisseau verbal. J’y ai même repéré quelques fulgurances, des phrases qui m’ont interpelée et dont j’ai pensé : ah ! celle-là, elle est bien trouvée ! Mais comme je suis la seule à n’avoir pas apprécié cette lecture, nul doute qu’il fera son chemin et je lui souhaite évidemment un beau succès dans son originalité.

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Avant la forêt – Julia Colin (376 pages)

Je suis perplexe. Cela fait des mois, des années, qu’on m’explique que je ne serai jamais publiée si je n’éradique pas de mes textes toute trace d’adverbe en « ment ». J’en ai enlevé des kilos sans pour autant obtenir la moindre réponse. Tout le monde s’accorde sur ce point et pour ma part, je trouve que c’est dommage de se priver de mots qui existent dans notre langue. Mais je m’adapte. Dans ce roman, j’ai compté sur certaines pages pas moins de dix adverbes en « ment » et parfois le même à trois lignes d’intervalle. Je n’ai pas trouvé ça particulièrement gênant. Et je m’interroge : M’aurait-on menti sur ces mots à bannir ?

Vous allez objecter qu’on s’en moque, que je ferais mieux de vous parler de l’histoire. Alors, c’est un roman d’anticipation qui mêle un peu de surnaturel. Les personnages sont assez attachants et l’histoire est plutôt captivante. Malgré un style un peu répétitif, c’est un roman pour ados ou jeunes adultes honorable.

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L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown, traduit de l’anglais par Claire Charrier (256 pages)

Quand Annie-Rose nous a proposé de réitérer une lecture commune de rentrée littéraire avec les éditions du Typhon , j’ai dit oui les yeux fermés, malgré une élocution approximative sur un message vocal d’anthologie et un titre étrange. Allions-nous entamer une lecture d’un livre olé-olé ? Étais-je la seule dans la bookstasphère à utiliser des expressions si désuètes qu’elles m’évinçaient d’office pour appréhender ce roman ?

Je vous rappelle que je fuis la rentrée littéraire et ses 500 bouquins publiés, car un livre bon aujourd’hui sera bon dans 5 ans, et souvent, le temps se charge de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Mais là, vous pouvez vous lancer les yeux fermés (non, pour lire, ce n’est pas idéal) dans ce roman médiéval, où l’on peut souligner le remarquable travail de la traductrice pour nous plonger dans l’époque sans que ce soit pesant.

En fouillant dans les archives de Durham, l’auteur est tombé sur la petite phrase qui l’a intrigué et lui a donné l’envie de broder l’histoire qu’il nous conte ici.

Le roman se situe en 1434 pour relater de faits qui se sont déroulés quarante ans plus tôt, un drame, un spectre et un ménestrel qui vient raviver des plaies qui ne se sont jamais refermées. L’air de ne pas y toucher, il va mettre en exergue l’incompétence, la cupidité, la jalousie et l’injustice qui se sont abattues sur ce village et l’ont plongées dans le chaos.

Merci pour cette découverte, je crois que malgré certaines réticences, ce roman a fait l’unanimité dans notre groupe.

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L’homme-dé – Luke Rhinehart, traduit de l’anglais par Francis Guévremont (536 pages)

Ce livre culte en partie autobiographique a fait un carton dès sa sortie. Pour ma part, passées les 200 premières pages plutôt rigolotes sur ce psychiatre New-Yorkais qui prend les décisions de sa vie en tirant les dés, on tourne un peu en rond. Choisissant des alternatives de plus en plus extrêmes, on reste néanmoins sur un schéma très similaire sur les 336 pages qui suivent. Pur produit de la contre-culture, volontairement ultraprovocateur, certains passages sont très durs, faisant l’apologie du viol, de la consommation de drogue et du meurtre. D’autres, heureusement , sont extrêmement réjouissants et jubilatoires. C’est également amusant de voir comment Un homme blanc traitait le sujet du genre, et de l’homosexualité en 1971.
Je vais lancer un dé pour savoir si j’ai aimé un peu, beaucoup ou pas du tout ce roman.