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Les clés du couloir – Fanny Saintenoy (157 pages)

Dans un futur proche dictatorial, l’homosexualité, l’athéisme, l’amour hors mariage, les mariages mixtes et la littérature déviante sont interdits. On doit être fervent catholique, marié, les femmes doivent être au foyer pour faire des enfants. La femme qui croupit dans cette prison sait qu’elle a attendu trop longtemps avant de s’enfuir ou de rejoindre la résistance. Traductrice et écrivaine, athée, ayant eu des enfants avec un Indien, elle cochait toutes les cases de la décadence.

Elle n’a droit de parler à personne, même pas à elle-même, pourtant, elle arrive à trouver une faille dans ce système carcéral bien huilé. Elle va réussir à entamer une correspondance à sens unique avec un détenu masculin qu’elle a aperçu lors de la promenade. Un petit livre condensé qui dit tout en peu de pages, un bel hommage à nos grands chanteurs à textes Brel, Barbara, Higelin, Ferré. Joli petit livre plein d’espoir.

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Les silences – Luca Brunoni, traduit de l’italien par Joseph Incardona (249 pages)

Comme partout dans le monde, les enfants Suisses nés de filles mères ou orphelins ont été placés, au mieux dans des fermes pour servir de main d’œuvre corvéable à merci, au pire dans des instituts où ils étaient maltraités. Les silences raconte l’histoire de l’une d’entre elles, Ida, qui arrive de la ville dans une ferme où elle trime pour gagner sa pitance. Au milieu de mille secrets, elle va rencontrer les habitants du village. J’ai bien aimé la structure originale de ce roman qui raconte une histoire linéaire, puis qui raconte par bribes tous les éléments manquants à cette lecture linéaire, tous ces silences qui forment un brouillard opaque autour de protagonistes qui peinent à être heureux.

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Le premier renne – Olivier Truc (524 pages)

Les protagonistes de la police des rennes Kemlet et Nina vont devoir enquêter sur la mort d’un loup, tué par balle, alors que c’est une espèce protégée. Les règles qui régissaient ancestralement les troupeaux de rennes ont été compliquées par les lois suédoises qui rendent la pratique de l’élevage encore plus difficile. Les territoires de pâturages, de lieux de naissance des faons, impactés par l’industrie minière amènent les éleveurs à des conflits intestins difficiles à comprendre et parfois inextricables. Seuls les Sames ont droit d’élever des rennes, mais les places dans les Samebyars, ces villages qui n’ont pas de frontières sont chères.

Ce roman est dense, et il essaye vraiment de nous immerger le mieux possible dans cet environnement hostile et très beau à la fois, où les règles s’empilent de façon compliquée pour des gens qui s’accrochent à ce qui disparaît peu à peu. Finalement, la culture Same, qui a su résister aux formes de domination du passé s’étiole peu à peu dans notre monde dans lequel il est de plus en plus difficile d’adapter ce mode de vie. Comme toujours, Olivier Truc ajoute un Candide à son récit, et compare deux modes d’élevage, les brebis en France, les rennes en Laponie avec leurs différences et leurs similitudes. Plongez vous dans le froid du grand nord !

Et pour prolonger l’expérience, retrouvez une chronique plus complète et une interview de l’auteur
https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre14/

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L’enfant rivière – Isabelle Amonou (310 pages)

Dans un futur proche inquiétant et réaliste, un couple séparé depuis la disparition de leur fils, se retrouve suite aux funérailles du père de Tom. Exilé en France, c’est la première fois qu’il revient au Canada. Zoé est convaincue que leur enfant est toujours vivant. Elle pense même l’avoir retrouvé. Une belle écriture pour ce monde chaotique et une histoire bien menée. Un beau roman. Une description juste de la dérive de notre planète d’un point de vue écologique et politique. Un futur peu réjouissant mais possible. C’est très réussi.

 

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Une fin heureuse – Maren Uthaug, traduit du danois par Françoise et Marina Heide (410 pages)

Dans le cadre des Boréales, festival nordique en Normandie, j’ai l’occasion de découvrir des auteurs et des œuvres vers lesquelles je ne me serais naturellement pas orientée. Maren Uthaug vient à Caen cette année et c’était le moment de m’intéresser à son travail. Elle raconte une histoire originale et complètement barrée d’une famille de croque-morts au Danemark sur 7 générations. À chaque début de chapitre, vous aurez le récapitulatif de l’arbre généalogique qui s’étoffe Au fur et à mesure des générations. Malgré la fin heureuse promise par le titre, on doute que Nicolas, le seul garçon de sa lignée à avoir un prénom différent des autres, ait des intentions bienveillantes à l’égard de ses deux enfants qu’il emmène vers une destination inconnue pour mettre fin à cette lignée. Il les a drogués et leur a menti. Ce trajet en voiture va être le moyen de nous retracer l’histoire de cette famille depuis qu’on en a une trace et permet à Nicolas de nous en dépeindre toutes les tares qui le conduit à cette extrémité. Lui-même est un croque mort nécrophile, et s’il est tout à fait conscient de sa déviance, s’il a tout fait pour se prémunir contre ses penchants, il se rend compte qu’il est malade mentalement et qu’il n’a pu donner naissance qu’à des dégénérés. Un roman original par sa forme et son fond, sulfureux et subversif sans abus, drôle aussi. Un bon crû Gallmeister à n’en pas douter.

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Mapuche – Caryl Férey (548 pages)

Tant d’amour sauvage, telle est la mystérieuse dédicace que l’auteur m’a écrite. Je vous confirme, qu’il y a dans ce livre beaucoup d’amour, beaucoup de sauvagerie et beaucoup d’amour sauvage. Trente-cinq ans après le coup d’état en Argentine qui a jeté le pays dans les pages les plus sombres de son histoire, l’auteur vient remuer au côté des abuelas (les grands-mères) et les femmes de la place de Mai des histoires sordides de disparus dans les geôles tortionnaires de la dictature. Luz, un travesti protégé de Paula, travesti également, disparaît. Paula essaie de convaincre Jana que cette disparition est inquiétante. De son côté, Ruben, détective miraculé des prisons de la junte, est alerté par son ami journaliste Carlos sur la disparition de Maria Victoria, une fille de bonne famille qui était sur le point de lui faire des révélations. Caryl Férey reprend sa plume exceptionnelle pour nous entraîner dans son sillage à la recherche de ces deux personnes volatilisées et nous raconter ce pan tragique de l’histoire de l’Amérique du Sud.

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Demain les ombres – Noëlle Michel (310 pages)

L’autrice nous entraîne dans un roman d’anticipation néandertalien. Étonnant mélange qui reprend un peu les idées du Jurassic Park de Spielberg. C’est bien foutu, on se prend au jeu de cette histoire qui mêle les personnages d’aujourd’hui et d’hier, avec des caractères complexes qui sont bien travaillés. Je n’en dévoile pas trop mais vous pouvez vous laisser
tenter, ce livre plaira à toutes les générations.

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Le profil de Galatée – Amit Weisberger (110 pages)

Une sorte de Woody Allen éleveur de chèvres et sculpteur vit dans sa ferme perdue dans la montagne. Lorsque son ex-compagne avec laquelle il entretient toujours une relation intime sporadique lui conseille de s’inscrire sur un site de rencontres, il crée un profil masculin, et un profil féminin pour voir comment les hommes se présentent. Ce livre est un petit bijou d’humour qui se lit d’une traite.

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L’allègement des vernis – Paul Saint Bris (347 pages)

Les éditions Philippe Rey nous montrent une fois de plus la qualité de leurs publications avec cet excellent roman de Paul Saint Bris.
Aurélien est conservateur au musée du Louvre, aile Denon, sinon la plus prestigieuse, celle dans laquelle se trouve la salle des États. Dans la salle des États est accroché le tableau le plus connu au monde : La Joconde. Daphnée, la nouvelle directrice de ce colosse majestueux a comme objectif d’augmenter le nombre de visiteurs qui frôle les 10 000 000 par an. Pour y parvenir, elle se fait aider d’un cabinet de conseil qui suggère de restaurer Monna Lisa. Or une telle opération est extrêmement périlleuse. Peinte sur un support en bois qui est fragile, le risque de dégradation est important. Le restaurateur qui en aurait la charge, si le projet est validé, aurait sur les épaules une responsabilité considérable et une pression publique énorme. Aurélien, un peu lâche, espère secrètement que les différentes étapes d’approbation du projet échoueront et qu’on ne touchera à rien, malgré le jaunissement et l’assombrissement inexorable de l’oeuvre. En parallèle, Homero, un homme de ménage du Louvre, qui attend peu de la vie, va s’attacher aux œuvres entre lesquelles il évolue avec son autolaveuse. Deux visions diamétralement opposées de l’art : le cérébral et l’émotif.

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est l’opposition du conservatisme par rapport au modernisme, le mercantilisme opposé au beau, l’art moderne et l’art classique. On voit comment l’opinion publique évolue face à l’art, comment des œuvres qui ont été fustigées en leur temps sont ensuite admises comme étant des classiques. On apprend beaucoup de choses aussi, sur l’art de la restauration, le fonctionnement d’un musée comme le Louvre, sur l’histoire de l’art, de la peinture. Mais il est aussi bourré d’humour, avec des scènes mythiques. Un roman passionnant, drôle et charmant.

Et pour prolonger l’expérience, vous pouvez écouter ma chronique sur @radio-toucaen

https://radio-toucaen.fr/emission/isa-se-livre-13/

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Du givre sur les épaules – Lorenzo Mediano, traduit de l’espagnol par Hélène Michoux (186 pages)

Ce roman est une sorte de Gatsby le magnifique espagnol. Un jeune berger qui a été assidu à l’école de l’instituteur qui raconte l’histoire tombe amoureux d’une fille de bonne famille. Dans ces montagnes rugueuses, les hiérarchies sont bien ancrées et immuables. On appartient plus à une « maison » qu’à une famille. Mais empli de sa jeunesse et de son amour, il défie le père de la jeune fille en lui affirmant qu’il aura amassé assez d’argent en deux ans pour prétendre demander sa main. L’histoire est incroyablement romanesque et magnifiquement écrite. Tout est juste et beau. On tremble pour ce Roméo intrépide, on sourit aux petites mesquineries des habitants. Gros coup de cœur.