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Lettres à un jeune auteur – Colum McCann traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre (138 pages)

L’écriture d’un livre est une épreuve. Une aventure émotionnelle intense, pleine de joies sublimes et de gouffres épouvantables. C’est en parlant avec Mika Mundsen lors d’une séance de dédicaces, que cet auteur de plusieurs romans (lisez son « Souffle des pierres », entre autres) m’a conseillé ce petit ouvrage de table de chevet. Colum McCann nous accompagne avec une brutalité bienveillante, ou bien au contraire, une bienveillance brutale. Il nous pousse à lire, à écrire, à danser. Il nous prévient des écueils, des embûches, des troubles, des doutes qui vont accompagner ce parcours. Il sait par quelles étapes de joies sublimes et de gouffres épouvantables nous allons passer. Il nous bouscule, nous rassure et nous met des coups de pied aux fesses pour qu’on se mette à notre table d’écriture . Qu’on s’y remette. Qu’on bosse. Une merveille. Avec ce clin d’œil à Rilke et ses « lettres à un jeune poète ». Rien que pour ça : Merci.

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A la recherche de Milan Kundera – Ariane Chemin (133 pages)

Comme beaucoup, je suis une inconditionnelle de Milan Kundera. Comme beaucoup, dans sa littérature, j’aime les parallèles entre la grande Histoire et les petites histoires personnelles. Ariane Chemin a enquêté pour rencontrer cet auteur qui a disparu de la vie publique depuis 1984. Elle a notamment beaucoup rencontré sa femme, des élèves, des gens qui l’ont connu. Ce monsieur, qui est fort âgé aujourd’hui est un mystère qui nous donne encore plus envie de le rencontrer lorsqu’on lit cette enquête.

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Division avenue – Goldie Goldbloom (344 pages)

Je pensais me fendre la poire en lisant un roman sur des juifs New-Yorkais à la Woody Allen. En réalité on se retrouve dans une famille de juifs orthodoxes engoncée dans ses codes drastiques et ses traditions immuables. C’est tragique, c’est triste. La mort et la honte planent en permanence. Le convenable et l’inconvenant s’affrontent. Pour autant, il y a aussi beaucoup de joies, de vie (tout le monde a entre 8 et 10 enfants, ça bouge) et d’amour (entre surie et son mari, entre les 3 générations qui vivent dans le même immeuble). Surie tombe enceinte de jumeaux à 57 ans, alors qu’elle pensait être ménopausée. Mais son fils Lipa, disparu, lui manque. Pour supporter l’inconcevable pour une mère, la perte d’un enfant, elle va s’ouvrir à un monde qui lui est interdit par petites touches, en bravant les règles de sa communauté.

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Une vérité changeante – Gianrico Carofiglio traduit de l’italien par Elsa Damien (150 pages)

Un homme est trouvé chez lui la gorge tranchée et un témoin inespéré va permettre de conclure rapidement l’enquête. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Un petit polar italien qui se lit d’une traite. L’histoire est assez prévisible, mais les personnages sont vrais, et l’enquête ressemble à ce que l’auteur, ancien procureur italien, a dû connaître dans sa carrière, avec des détails pleins de vérité.

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Blackwater 2 la digue – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (250 pages)

On poursuit l’aventure complètement dingue de Monsieur Toussaint Louverture, avec ce second opus de la série Blackwater. Les relations entre Marie-Love et Elinor sont très froides et le clan Caskey est coupé en deux. La décision de construire une digue pour éviter une nouvelle crue envenime encore la situation alors qu’Elinor attend de nouveau un enfant.
Ce deuxième tome est aussi réussi que le premier et tandis que j’écris ces lignes, le troisième est déjà sorti. Nul doute qu’il faut impérativement se procurer l’ensemble de l’histoire qui se lit comme un feuilleton. Les couvertures sont toujours aussi magnifiques, l’objet en lui-même vaut la peine. Une réussite absolue.

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Les chevaliers du tintamarre – Raphael Bardas (263 pages)

Un polar dans un monde plein de gobelins, de sirènes et autres créatures. Un roman un peu
drôle, un peu barré, mais finalement plutôt bien construit. Je déplore pour ma part un peu
trop de fantasy dans l’histoire, et donc, une fin un peu ratée, mais c’est évidemment une
question de goûts. Trois amis, gais lurons, enquêtent sur la disparition d’une jeune fille. En
parallèle, la police enquête sur des sirènes venues s’échouer sur la plage. Rapidement, les
deux enquêtes vont converger et nos trois amis vont être fait chevaliers pour avancer dans
leurs recherches sans entraves.

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Mauvaise graine – Danielle Thiéry (344 pages)

Une femme terne et seule rencontre un « drôle de jeune » aux yeux terriblement bleus qui lui dit qu’elle est sa mère. Or elle n’a jamais eu d’enfant. Elle le repousse, mais de plus en plus mollement car elle n’a rien d’autre dans la vie, rien qui la fasse vibrer, rien qui la rattache à la vie. Et puis, il y a ces vieilles dames qu’on assassine, et dont la mise en scène de veillée funèbre fait tourner la police en bourrique. Qui est ce deuxième Thierry Paulin ?
L’autrice ne cache pas beaucoup la dualité de ce jeune homme en quête de reconnaissance et d’amour maternel, rejeté par sa mère. Ce qui est intéressant, c’est son cheminement intellectuel et celui de Madeleine. Très minutieusement écrit, vous serez subjugués par la séduction morbide que ce garçon opère sur vous, comme sur cette femme sans espoir.
C’est tragique, c’est triste, c’est très bien écrit.

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Le café suspendu – Amanda Sthers (228 pages)

Il y a des villes dont on tombe aussi sûrement amoureux que de personnes. C’est pareil pour les livres. Ce livre est arrivé chez moi par surprise et je l’ai immédiatement follement aimé. Il faut dire qu’il démarre sur une phrase de Victor Hugo, sublime : « Et puis, il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie ». Pourtant, je déteste Naples. Mais Amanda Sthers nous raconte ce café napolitain, « le café Nube », avec tellement de douceur (de dolce vita), tellement de poésie, tellement d’humour, qu’on aime cet endroit aussitôt. On voudrait faire partie des habitués. J’ai aimé le style, j’ai aimé l’histoire, les personnages qui se croisent dans ce café de quartier, la structure du livre, écrit comme une succession de nouvelles sur un thème récurrent. Ce thème, c’est le café suspendu, « lorsqu’on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l’ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu, offert à qui entrera sans avoir les moyens d’en payer une tasse ». Si vous en avez assez de la mièvrerie, de la fadeur, du glauque, ce livre original et délicieux vous apportera un moment joyeux, tendre et mélancolique tout à la fois.