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Maurice Bavaud a voulu tuer Hitler – Niklaus Meienberg traduit de l’allemand par Luc Weibel (283 pages)

En 1938, Maurice Bavaud, 22 ans, après une formation de missionnaire en Bretagne, vole de l’argent à sa mère et se rend en Allemagne pour tuer Hitler. Après une tentative infructueuse où il ne sort même pas son pistolet, il se fait prendre sans billet dans un train et se fait arrêter, torturer et décapiter avec la bénédiction des diplomates suisses en Allemagne, fervents admirateurs du nazisme. Nié par l’histoire, oublié par ses pairs, l’histoire ressort à charge dans les années 70 via un journal d’extrême-droite. Nicolas Meienberg, épris de justice et de véracité fera une enquête complète et minutieuse qui vient contredire les postulats de ses opposants. Après un film documentaire, le journaliste en écrira l’histoire absolument tragique qui n’aurait jamais dû se traduire par une condamnation à mort. Ce qui est très intéressant, c’est que l’enquête a été menée avec des sources de première main, puisque les protagonistes étaient tous vivants au moment où Nicolas Meienberg et son équipe sont allés les interroger. Avec des relents nauséabonds qui avaient moins de 30 ans à l’époque des interviews.

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Summit – Mo Malo (388 pages)

Quatrième volet de la série Qaanaq, Summit est la suite de la série policière dont le héros au nom éponyme se débat cette fois avec sa hiérarchie pour maintenir son poste au Groenland. Un séminaire est organisé pour rassembler les policiers travaillant sur des bandes rivales qui sèment la terreur dans tout le nord de l’Europe, une sorte d’Interpol traquant des bikers agressifs. Mais rapidement, la petite virée qui doit renforcer la cohésion des équipes tourne au cauchemar. Évidemment, cet opus est aussi efficace que les trois premiers et on le dévore avec la même facilité qu’un ours polaire devant un phoque.

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Kaputt – Curzio Malaparte traduit de l’italien par Juliette Bertrand (502 pages)

Ce classique italien, dont le manuscrit lui-même est chargé d’histoire puisque ce récit a été écrit pendant la deuxième guerre mondiale entre 1941 et 1943, sur l’horreur de la guerre, son absurdité et la folie des hommes pendant cette même période. Il a été divisé en trois parties, caché, et chaque partie a rejoint son propriétaire pour qu’il soit finalement publié en 1944.

La conséquence du parcours chaotique de ce manuscrit est peut-être la raison d’une écriture hachée dans le temps qui a amené l’auteur à réutiliser les mêmes images poétiques tout au long du récit en répétitions un peu lassantes. Chaque histoire terrible fait reposer le livre un moment tant il est lourd de l’horreur qu’il décrit. Massacres divers, pogroms, domination, c’est un roman ironique et cynique sur l’impuissance, comme le disait l’auteur :  un livre horriblement cruel et gai.

En effet, les six parties qui parlent d’animaux (Les chevaux, les rats, les chiens, les oiseaux, les rennes et les mouches) mettent en miroir le sacrifice des animaux pendant une guerre orchestrée par les hommes où les anecdotes sont racontées dans dîners mondains aussi absurdes que l’aberration de la guerre elle-même.

Il note l’ironie du mot « Kaputt » en allemand, une certaine fatalité de ce qui est brisé, alors que son étymologie vient d’un mot hébreu « Kopparoth » qui fait référence à la victime sacrifiée.

Je suis contente d’être allée au bout, mais il pèse comme un cheval mort. Dans ces périodes troublées, il est néanmoins essentiel de retourner aux sources des contemporains de cette période effroyable.

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Le jour où cette petite musique triste a cessé dans ma tête – Aurore-Augustine Bacon (179 pages)

Julia sort d’une relation amoureuse peu épanouissante et son corps commence à l’alerter en somatisant. Elle va voir une réflexologue qui devient sa coach et qui la guide pour aller mieux. Quand elle croit en avoir fini avec les relations toxiques et s’être débarrassée de blessures d’enfance, elle tombe dans le genre de piège qu’elle pensait pouvoir maintenant éviter. Ce roman est l’histoire d’une jeune femme moderne qui, à force de tout vouloir contrôler passe à côté de l’essentiel.

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Mal de père – Frédéric Roux (157 pages)

Frédéric Roux est cet auteur génial qui a aussi été boxeur. Avec son humour décapant et caustique, il nous raconte sa famille, son père en particulier, avec lequel il a eu des rapports complexes qui se partagent entre la frustration de ne jamais lui plaire assez, une admiration physique et un souhait de se détacher et de prendre du recul. Il nous raconte la France de son enfance et une famille dysfonctionnelle avec un brin de nostalgie et beaucoup de sarcasme, avec son trait lapidaire unique.

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Elle S’appelait Simonne. Elle S’appelle la DCL – Sylvie Grignon (156 pages)

C’est l’histoire d’une dame active, vive et intelligente qui sombre peu à peu dans une maladie dégénérative du cerveau. Elle est soulagée : Il ne s’agit pas d’Alzheimer. Malheureusement, c’est pire. Paranoïa, hallucinations au milieu de moments de lucidité qui rendent les patients très angoissés, tristes et agressifs, la DCL est une maladie très moche. Sylvie Grignon, plus connue pour ses polars rend hommage à sa mère et nous apprend l’existence de cette maladie terrible. Si toute ma vie j’ai cru que ma grand-mère avait Alzheimer, il se pourrait bien qu’elle ait plutôt souffert de ce syndrome. Est-ce que le nom qu’on met sur les maux de nos proches a vraiment de l’importance ? Non, je ne crois pas. C’est juste très lourd à gérer, et l’autrice aborde tous les aspects d’un tel fardeau, y compris financier, car on ne parle jamais de ce type de difficultés. Ni la culpabilité des aidants, ni leu charge mentale colossale, ni les coûts qui engloutissent les maigres économies.

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Si maintenant j’oublie mon île – Serge Airoldi (151 pages)

J’ai découvert l’existence de Mike Brant en 1994. Si si, j’étais complètement passée à côté, mes parents n’écoutant pas du tout ce genre de variétés quand j’étais petite, j’ignorais son nom, mais aussi ses chansons. J’espère ne pas décevoir les fans de cet homme si beau et si malheureux. Mosché est découvert par Sylvie Vartan et Carlos lors d’une tournée au Moyen-Orient et l’invitent à venir en France où on lui fera chanter un répertoire qu’il n’aime pas et auquel, on le sait aujourd’hui, il ne comprend rien. Comme beaucoup d’enfants juifs ayant porté la souffrance de leurs familles ayant vécu la seconde guerre mondiale et leurs camps de concentration effroyables, il gardera une névrose qu’il évacuera en sautant du 5 ème étage. Serge Airoldi analyse l’histoire au travers de cette star fabriquée de toutes pièces qui n’a jamais été bien dans sa peau. Une façon originale de traverser cette période et la vie de cet homme très seul.

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L’embellie – Auður Ava Ólafsdóttir traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson (343 pages)

On en reparlera bientôt, mais certains lecteurs ont leur auteur fétiche, leur auteur refuge, leur auteur doudou. Dans mon cas, c’est soit Amin Maalouf, soit Auður Ava Ólafsdóttir. De temps en temps, j’ai besoin de lire un de leurs livres, je ne suis jamais vraiment déçue, je ne suis jamais tout à fait objective, je me sens bien dans leurs histoires et leurs styles littéraires. Il y a les lectures qui bouleversent, bousculent, remettent tout ce que l’on sait en cause. Il y a les lectures qui servent de baume au cœur. Pour être la plus juste possible, je pense que l’Embellie, n’est pas le meilleur livre de l’autrice. Dans le genre d’histoire un peu similaire, j’ai préféré l’Exception. On s’attache néanmoins à ce couple un peu bancal, entre une jeune femme un peu décalée, et un petit garçon de quatre ans, sourd, appareillé, avec de grosses lunettes, mais probablement surdoué. On les suit dans leur road trip islandais avec délectation, au milieu des inondations et au fur et à mesure de leurs rencontres. Un moment doudou.

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Le chewing gum de Nina Simone – Warren Ellis traduit de l’anglais par Noël et Liliane Dutrait (209 pages)

J’ignorais qui était Warren Ellis avant de lire ce livre. Je connaissais à peine Nick Cave. C’est comme ça, parfois, on ne tombe pas forcément sur un musicien qu’on découvre sur le tard. En réalité, si on est cinéphile, on connait forcément ce duo inséparable, car ils ont composé de nombreuses musiques de films, certaines primées. Warren est violoniste, il a absorbé tout un tas de substances illicites, a beaucoup bourlingué, est tout à fait barré à souhait comme un vrai artiste digne de ce nom, et ça a l’air d’être un super bonhomme. Fidèle en amitié, profondément généreux avec ceux qu’il aime. Et fan de Nina Simone. Nina Simone, grande artiste bourrée de tout un tas de substances plus ou moins illicites, pianiste classique contrariée, empêchée par les lois ségrégationnistes américaines a joué pour la dernière fois à Londres en 1999. Elle pose son chewing-gum sur le piano et s’éponge avec une serviette pendant un concert aussi mythique qu’étrange. A la fin du concert, Warren Ellis se précipite sur l’instrument et récupère le chewing-gum dans la serviette éponge. Vingt ans plus tard, Nick Cave l’appelle pour une exposition, en lui demandant s’il a des objets à prêter pour le musée. Il propose le chewing-gum. Illustré par des photos, Warren Ellis raconte cette histoire et la sienne au passage. Un moment de grâce, complètement décalé. Fan ou pas, vous entrerez dans un monde artistique à part qui vaut le détour.

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Vestiaire de l’enfance – Patrick Modiano (144 pages)

Je vous ai parlé il y a quelques temps d’auteurs refuge. C’est le cas de Patrick Modiano pour ma compère de lecture Béatrice, qui nous a dit d’un ton gourmand : « Moi, de temps en temps, j’ai besoin de me faire un petit Modiano ! ». Je connais très mal Modiano, je n’ai même pas lu Rue des boutiques obscures,pour lequel il a obtenu le Goncourt en 1978. Mais j’ai été intriguée, et ça m’a donné envie de lire ce roman, un peu à part dans la bibliographie de cet auteur assez prolifique, car si Modiano est connu pour ses ambiance en noir et blanc, l’action de ce roman se déroule dans une ville écrasée sous la chaleur. C’est pour autant une ville probablement imaginaire, assez cosmopolite, méditerranéenne, en référence à ses origines espagnoles ?

Comme toujours Modiano, se met plus ou moins en scène dans une fausse autofiction, qui reprend peut-être quand même une part de sa jeunesse. Moi je trouve ce roman émaillé d’un humour élégiaque. Avec beaucoup de nuance, l’auteur saupoudre son récit de petites pointes d’autodérision, de moqueries sages, d’ironie, de cynisme (la description de son voisin, visage en teck et maillot de bain rouge). Dans un style irréprochable, lent et contemplatif, on se perd avec cet auteur français qui est venu s’oublier dans ce coin perdu du monde, pour ne surtout pas être reconnu, mais qui finit toujours par tomber sur quelqu’un qui le connaît. Alors, mon verdict, finalement, c’est oui, il faut lire Modiano, décrit par certains comme un Proust moderne, et qui, comme Proust, est finalement très drôle.