Galerie

Les derniers jours des fauves – Jérôme Leroy (430 pages)

Dernier opus de la saison Cezam, ce roman noir politique clôt une saison plutôt riche et de bonne qualité. L’auteur imagine ici que le président de la France élu en 2017 est une présidente, que c’est elle qui a dû subir les graves crises de ces dernières années, gilets jaunes, Covid. Une femme plutôt bien, qui a fait ce qu’elle a pu, mais qui a cristallisé toute la rancœur d’un peuple et qui est au plus bas dans les sondages, à un an de la prochaine élection. Suspendus à l’allocution qu’elle a prévu de faire, les prétendants au poste se préparent. Notamment cette « Association », groupe d’hommes de la droite dure qui voudrait profiter de ce tremplin pour prendre le pouvoir. Connaissant les opinions affichées de l’auteur, j’ai été gênée tout au long de l’histoire pour savoir où il cherchait à en venir, exactement. Sous couvert de dénoncer des pratiques dignes d’une République bananière, il semble approuver que la fin justifie les moyens. On tue sans vergogne, des innocents, des ministres, des policiers, et tout finit dans une communauté de doux rêveurs. Je m’interroge donc sur le propos sous-jacent. Je suis perplexe. Pour autant, j’ai bien aimé certaines allusions ou vérités, certaines piques bien senties : Lorsqu’il explique que Lucien a écrit un roman formidable, adulé par la critique, mais qu’il n’en a vendu en réalité que 667. Lorsqu’il fait dire à la Présidente de la République à propos de la pandémie du Covid : Nous ne sommes pas en guerre !

Galerie

Tu mérites un pays – Leila Bouherrafa (293 pages)

Un vrai coup de cœur pour cette histoire de jeune immigrée qui vient de recevoir sa lettre d’entretien pour sa naturalisation française. Dès lors, elle va chercher à devenir la meilleure française possible, pour mériter un tel honneur. Avec une fausse naïveté, l’autrice dénonce les incohérences de notre beau pays. Avec humour et poésie, elle décrit un Belleville du vingtième arrondissement aux immeubles lépreux et délabrés, à la population haute en couleur, aux procédures qui sont plus respectées que Dieu. On se délecte par ailleurs du style de Leila Bouherrafa. Moi qui ne suis pas fan des répétitions en littérature, elle le fait ici avec une habileté qui fait tout le charme de ce roman.

Galerie

Saturation – Thael Boost (180 pages)

Thael Boost sublime sa passion de Gustave Courbet dans ce roman où elle nous raconte la vie de ce peintre qui scandalisé son époque et a profondément transformé l’art. Pour autant, ce n’est pas une biographie, elle choisit le point de vue du peintre, avec le recul qu’il pourrait avoir s’il voyait notre monde aujourd’hui. Il suit, fantôme discret, une jeune fille tout au long de sa vie, sans interaction. Il n’est pas intrusif, mais pose son regard de sage avec les parallèles qu’il peut envisager sur deux mondes, deux époques. Un très beau roman.

Galerie

Le chien noir – Lucie Baratte (185 pages)

Il était une fois … une princesse intrépide et espiègle, mariée par son père à un homme
beaucoup plus âgé, viril et inquiétant. Ce conte gothique, version revisitée de Barbe-Bleue,
se déroule dans un univers où les couleurs noir, rouge et blanc dominent, créant une
atmosphère à la fois sinistre et envoûtante. Juste avant d’arriver au château, la princesse
trouve un chien noir blessé, qui deviendra son compagnon indispensable. Mais ce chien noir
si doux est-il vraiment ce qu’il semble être ? Lucie Baratte nous embarque dans son univers
saupoudré juste ce qu’il faut d’anachronismes qui l’ancre dans notre temps, où la tension
monte et l’horreur se dessine jusqu’à l’acmée. Un premier roman original, à l’écriture à la
fois surannée et totalement moderne.

Galerie

La maison de jeu – Charles Roux (168 pages)

La maison de jeu – Charles Roux (168 pages)

La littérature permet tout. Elle offre la possibilité d’imaginer des mondes parallèles, d’amplifier les excès, de se vautrer dans le stupre, la luxure, le vice. Ce roman est un OLNI : Un objet littéraire non identifié. Sous couvert de vous raconter l’histoire d’Antoine, joueur compulsif, l’auteur, avec son style impeccable, précis, où chaque mot a son importance, vous entraîne dans une série de scènes où tout se joue sur un coup de tête. Mais attention ! Antoine, c’est vous. Le personnage, dirigé par ses addictions, ses pulsions, change radicalement le cours du monde, et vous dénonce dans vos propres travers. Un roman surréaliste, bizarre, très original. Mais attendez-vous à tout, ou au contraire, laissez-vous porter et n’attendez rien, car vous serez très déstabilisé et si vous essayez de vous raccrocher au bastingage, vous risquez d’avoir mal au cœur. Vous voulez lire un livre que vous n’avez jamais vu ? Lisez la maison de Jeu, et n’ayez pas peur d’être mis à nu, en mettant tout sur le tapis : All in !

Galerie

Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis – Nétonon Noël Ndjékéry (349 pages)

Voilà un pays dont on ne parle jamais : Le Tchad. Et pourtant, il s’en passe depuis plusieurs siècles des choses, dans ce pays d’Afrique noire, ce pays limitrophe avec les pays de l’Islam qui l’oppressent depuis toujours. Sa population a été l’objet de souffrances continuelles, esclavagisme imposé par les pays musulmans, puis par les colons européens, et maintenant au cœur de la terreur imposée par Boko Haram. Dans ce pays qui n’a pas de littoral mais qui possède l’un des plus grands lacs du monde, grand comme une mer, objet de convoitise entre tous les pays limitrophes, qui se meurt, symbole catastrophique de notre Terre qui se porte si mal, l’auteur invente une communauté de paix, esclaves fuyards, prisonniers échappés, tous les opprimés qui accepteront les règles de l’île mouvante sur laquelle les héros ont trouvé refuge.

Un livre très complet pour rattraper son ignorance sur l’histoire d’un pays qu’on connaît mal, et une histoire pleine d’espoir sur l’importance de l’éducation, de l’ouverture d’esprit, du savoir. Un roman passé inaperçu qui mérite qu’on le remette sur le haut de la pile.

P.S. dans cette période trouble et troublée, n’oubliez jamais que l’ouverture aux autres par la culture et la lecture est un gage de paix.

Galerie

Le café sans nom – Robert Seethaler, traduit de l’Allemand par Elisabeth Landes et Herbert Wolf (246 pages)

Robert Seethaler, dont le premier roman « Le tabac Trezniek », sorti en 2014, est dans mon Panthéon littéraire absolu nous décrit dans ce nouvel opus la vie quotidienne comme personne. L’auteur a l’art de la narration de vies entières, simples, où il ne se passe à la fois pas grand-chose et en même temps, énormément. Dans celui-ci, Robert Simon ouvre un café, un café qui n’aura jamais de nom, jusqu’à sa fermeture. S’y croisent de nombreux clients, habitués ou de passage, s’y nouent des amours fugaces ou durables, s’y jouent des drames et des instants de bonheur. Seethaler est le roi de ce type de récit, même si celui-ci finit légèrement en queue de poisson, on se plonge dans l’univers viennois des années soixante avec délice.

Galerie

Tout est sous contrôle – Christopoher Bouix (388 pages)

Dans le Happy Monde, on se doit d’être heureux. Et on se doit de le montrer, en permanence. La publication de contenus heureux vous promet des lendemains qui chantent, car un indice de bonheur élevé vous permettra d’être dans les happy few.

Comme dans Alfie, Christopher Bouix ne fait que légèrement forcer le trait. Quand on regarde le compte des influenceurs, on a l’impression que leur vie est parfaite, un bonheur ensoleillé et sans taches. Mais au fond, c’est quoi, être heureux ? Dans son nouveau roman d’anticipation, l’auteur s’interroge sur notre société et ses dérives, en poussant le curseur jusqu’à l’absurde. En multipliant les références, il vous laissera découvrir les œufs de Pâques disséminés dans l’histoire. Avec son style léger caractéristique, il nous parle d’un futur et d’âmes pourtant bien sombres…

Galerie

A prendre ou à laisser – Lionel Shriver, traduit de l’anglais par Catherine Gibert (284 pages)

Lionel Shriver est cette autrice connue pour son roman, adapté au cinéma « We need to talk about Kevin ». Elle s’attaque cette fois à la vieillesse, la vision de notre société sur les personnes âgées, notre rapport à la mort. Au travers de douze versions différentes de la même histoire, à savoir la réflexion de Kay et Cyrus, à la cinquantaine, de peser ou non sur la société après 80 ans, Lionel Shriver nous sert un roman à l’humour anglais, caustique et profond à la fois.

Galerie

Fuir l’Eden – Olivier Dorchamps (266 pages)

Adam habite l’Eden, avec Lauren, sa sœur et l’autre, qu’il ne peut plus appeler son père. Depuis que leur mère est partie vivre une vie meilleure avec un type forcément formidable en Espagne, Adam rêve de la retrouver, un jour, et en attendant d’être majeur, protège Lauren comme il peut. Il revit pourtant en boucle les scènes terribles de son enfance, et survit grâce à l’amour qu’il porte à sa sœur, à ses meilleurs amis, Ben et Pawel et aussi Claire pour qui il travaille. Ce livre sur la misère sociale est néanmoins incroyablement lumineux et recèle beaucoup d’humour. Un vrai coup de cœur pour ce roman sur l’Angleterre des fins de mois difficiles.