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Au départ nous étions quatre – P.E. Cayral (291 pages)

Voilà un roman bien étrange et fort original. Merveilleusement écrit, je vous en déconseille néanmoins la lecture entre novembre et février, des mois où la tendance à la mélancolie est plus forte. Car ce livre est très très triste … A priori, c’est rigolo l’histoire de ces triplés dans cette ferme bretonne. C’est étonnant qu’ils racontent tour à tour la façon dont ils ont vécu leur naissance. Mais on sent une tension pesante s’abattre en permanence sur cette famille. S’il y a des moments de grâce, et même des moments de joie, la plupart du temps, ce sont les non-dits, les frustrations, le poids des secrets et les drames qui enveloppent l’ensemble du récit. L’écriture sollicite tous nos sens et en particulier le toucher. Un livre qui restera une expérience à part entière.

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L’arbre de colère – Guillaume Aubin (343 pages)

Oui tout à fait. Je suis en colère après la lecture de ce livre. Deux tribus indiennes inventées, une petite indienne née femme mais se sentant homme, mais pas complètement, ce qui permet à l’auteur de la prostituer pour qu’elle ramène des richesses à sa tribu et se venger de l’autre, moins tolérante vis-à-vis des gens différents comme elle, sa sexualité débridée (youpi, les 4 cousins qui lui passent dessus, elle ne sait pas qui est qui dans le noir), un vocabulaire cru et moderne : « T’es qu’une sale gamine qui pense qu’à sa gueule ! »

+ chatte, vulve, chier, pisse… Ok ok n’en jetez plus. Y avait-il des transgenres à cette époque dans les tribus indiennes ? Peut-être. Mais l’accumulation des clichés sur les minorités (femme + indienne + trans) a plutôt tendance à desservir le propos. L’auteur a-t-il eu conscience d’assouvir des fantasmes machistes ? On n’apprend rien sur la vie des Indiens à cette époque (pas très clair comme époque, mais après 1550 puisque les « Barbes », les blancs, ont découvert le Canada.) et je me suis perdue dans cette fiction encore une fois bourrée de clichés. Dommage car l’écriture est plutôt belle et le début du livre se lit plutôt avec aisance. Ce roman a néanmoins été plébiscité par de nombreux lecteurs, je vous invite à vous faire votre propre opinion. 

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Betterave – Kal Chitel (313 pages)

Malheureusement, égrener des blagues misogynes, scato et légèrement homophobes sur les bords qui font marrer les hommes blancs hétéros cinquantenaires prospères en soirée avec quelques grammes d’alcool dans le sang ou quelques grammes de coke dans le nez ne débouche pas sur un bon livre. A fortiori parce que ce n’est pas très bien écrit.

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Au premier jour de la confine – Marie Mazille, Capucine Mazille, Fabrice Vigne, Franck Argentier (70 pages)

Marie Mazille est une grande artiste. Alors ce n’est pas un long confinement, suivi d’un deuxième qui allait tarir cette source d’idées inépuisables. Après avoir rameuté tout son immeuble pour chanter aux balcons, elle a rassemblé ces créations dans un disque étonnant. Au deuxième confinement, elle a eu l’idée de ce livre destiné aux jeunes générations, pour qu’on puisse expliquer de façon ludique ces périodes étranges et figées. Figées ? Avec Marie, pas tellement, elle a cette fois trouvé d’autres complices dont sa tante, Capucine qui a divinement illustré cette chanson, la plus longue du monde. Avec deux autres complices, elle retrace toute l’absurdité de ce temps suspendu, des déclarations du président aux médecins aux cheveux longs, en passant par les problèmes de retrouvailles des amants, les femmes battues et la pénurie de PQ. C’est n’importe quoi, mais c’est ça qui est bien.

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Astérix et l’iris blanc – Fabcaro et Conrad (70 pages)

Ahhh le développement personnel, la cancel culture, la bienveillance baveuse… La causticité de Fabcaro s’empare de cette mode pour construire l’histoire du dernier Astérix.

On y retrouve son humour savoureux, malgré un scénario un peu léger, concentré en quelques planches. Mais bon, on pardonne à Astérix qu’on retrouve avec joie dans cette nouvelle aventure.

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L’archiviste – Alexandra Koszelyk (265 pages)

Lorsque la guerre entre la Russie et l’Ukraine a éclaté en février 2022, Alexandra Koszelyk, qui a des origines ukrainiennes, s’est précipitée pour faire ce qu’elle sait le mieux faire : écrire un roman pour dénoncer une situation intolérable. Elle a un style bien à elle, qui teinte ses histoires d’un soupçon de surnaturel. Cette fois, elle raconte l’Ukraine au travers de ses artistes et de trois moments phares dans son histoire. Elle décrit aussi comment les agresseurs cherchent toujours à éradiquer les traces de l’art du pays envahi. Un moment de lecture à la fois angoissant et doux, où l’héroïne est déchirée entre sa mère malade, sa sœur emprisonnée, et la sauvegarde de l’art et de l’histoire de son pays. Ce roman a obtenu le Prix Vleel 2022, et ce n’est pas usurpé.

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Les enfants endormis – Anthony Passeron (273 pages)

Wow wow wow. Gros gros coup de cœur pour ce récit qui n’avait rien de séduisant a priori. Une histoire personnelle d’un oncle héroïnomane décédé du Sida au début des années 80, mêlée à l’histoire de la recherche sur cette maladie qui a décimé des dizaines de millions de personnes. Au départ, cette maladie est une punition divine : drogués, homosexuels, prostitués. Dans les familles on la tait, on la cache, on y pose un voile de déni. Dans le monde scientifique, peu de médecins s’y intéressent. Très documenté, un chapitre sur deux raconte cette épopée qui aboutira sur un prix Nobel pour deux membres d’une équipe qui comptait en réalité une dizaine de personnes et dont les pionniers ont été oubliés.

En parallèle, l’auteur nous décrit l’histoire de cette famille de l’arrière-pays niçois, dont la grand-mère d’origine italienne tenait à sa réputation chèrement acquise. Une pure merveille.

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Service Action – Louve Alpha – Victor K. (290 pages)

Troisième volet de la série Service Action, Louve Alpha met cette fois dans les feux de ses projecteurs l’infâme Groupe Wagner et les exactions commises en Afrique. Dénoncer les exactions et mettre en lumière le travail de ces agents de l’ombre, telle est la mission de Victor K. dans ses ouvrages, rédigés au plus près de l’histoire actuelle, celle qui se joue en ce moment. Il y décrit aussi les faiblesses inhérentes à ce genre d’activités, car même si on a à faire à des surhommes (et des surfemmes), les protagonistes n’en restent pas moins des humains, faits de chair, de sang et d’une âme. Comment se maîtriser dans la peur de perdre les membres de son équipe, toujours exposés au maximum dans des missions incroyablement dangereuses ? Comment assurer la sécurité de l’état français, dont la souveraineté, et, par voie de conséquence, la liberté de ses citoyens est mise en péril ? Viktor K. avait produit un roman précédent très technique. Il renoue cette fois avec sa merveilleuse écriture romanesque. Un opus qui se dévore comme les précédents, avec un petit supplément d’âme qui ajoute un vrai plus.

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Le koala tueur et autres histoires du bush – Kenneth Cook (154 pages)

Kenneth Cook est l’un des plus grands écrivains australiens. Malheureusement décédé très tôt à l’âge de 57 ans seulement, ce baroudeur a sillonné son pays pour en ramener des anecdotes, terreau de ses récits. Dans le koala tueur et autres histoires du bush, il expliquait que ces anecdotes étaient tellement incroyables qu’on ne pouvait pas les mettre dans un roman, personne ne les croirait ! Alors, réalité ou fiction, on s’en moque, comme l’auteur le fait de lui-même dans une autodérision à pleurer de rire et on se délecte de ces nouvelles sur la faune aussi étrange que dangereuse de ce pays continent.