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La femme du deuxième étage – Jurica Pavičić traduit du croate par Olivier Lanmuzel (224 pages)

Ce roman a eu des prix de roman policier. Si on sait d’entrée que le roman se situe du point de vue d’une jeune femme emprisonnée pour avoir commis un meurtre, le sujet est pour moi très différent que l’enquête pour laquelle il n’y a pas vraiment de suspens. Pour moi, c’est dur, c’est noir si on veut, mais ce n’est pas non plus l’essentiel. En revanche, c’est un très beau roman sur les évènements qui bouleversent la vie, le libre-arbitre, les petits enchaînements qui nous poussent à commettre l’indicible sans qu’on l’excuse pour autant, tout ce qu’on porte en soi d’essentiel, comment supporter la vie carcérale et comment en sortir dans une petite ville où son procès a fait la une des journaux. Un petit roman très fort où on éprouve plus d’empathie pour la criminelle que pour la victime, même si on se dit qu’on ne tue pas impunément son prochain. Le style est par ailleurs très beau, c’est très bien écrit. Une belle découverte grâce aux éditions Agullo. Merci pour leur confiance.

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Au nom des miens – Nina Wähä traduit du suédois par Anna Postel (574 pages)

La famille Toimi est une famille finlandaise de 12 ou 14 enfants (si on tient compte des enfants décédés). Ce livre est la saga de cette famille dysfonctionnelle dont tous les membres ont l’air d’avoir un grain plus ou moins prononcé. Tout tourne autour d’un père particulièrement dur qu’on déteste tout au long du livre. On souhaite que tous ces gens soient libérés de l’emprise de cet homme qui n’aime personne et n’est aimé de personne. Mais la réalité est parfois plus complexe qu’elle n’y paraît. Les gentils sont-ils vraiment gentils ? Les méchants vraiment méchants ? Un joyeux fouillis qui évoque des périodes difficiles de l’histoire finlandaise et leurs rapports avec leurs voisins russes et suédois. Une saga dense et intense dans laquelle on se sent immergé comme si on faisait partie de la famille. Un chouette roman d’une artiste polyvalente, actrice, musicienne, qui réussit dans tous les domaines Son entrée dans l’écriture est également une réussite.

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On adorait les cowboys – Carol Bensimon traduit du portugais par Dominique Nédellec (187 pages)

Les cowboys, je ne sais pas, mais le livre de Carol Bensimon, j’ai adoré. C’est l’histoire d’un roadtrip entre deux copines au Brésil, un petit week end sympa entre deux potes qui ne se sont pas vues depuis plusieurs années, un peu fâchées, des vacances pour entériner une réconciliation. Deux copines ? un peu plus que ça, surtout pour Cora. Julia, elle, a mis fin à leur relation amoureuse, elle a maintenant un copain.

Tout est merveilleux dans ce livre, la construction, la structure, le style, l’histoire, les personnages, la difficulté à être homosexuelle, ou même bi, la perception de la société, des deux protagonistes, le tout raconté du point de vue de Cora. Un roman d’amour sincère sur la difficulté d’exprimer ses sentiments, sur les non-dits et le poids du regard des autres. Une merveille.

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Le grand monde – Pierre Lemaître (578 pages)

Il était temps que je lise ce premier tome de la nouvelle saga de Pierre Lemaître, offert par le maître en personne. De Beyrouth à Saïgon, en passant par Paris, vous suivrez les péripéties des aventures de la famille Pelletier, savonniers de père en fils… Jusqu’à Louis.

Jean, l’aîné, ne brillant pas dans l’entreprise familiale est parti vivre à Paris avec son odieuse femme. François y a fui aussi pour étudier à l’Ecole Normale, ou presque. Etienne vient d’annoncer à son tour qu’il part pour Saïgon afin de découvrir pourquoi Raymond, son grand amour ne donne plus de nouvelles depuis presque un mois. Quant à Hélène, la petite dernière, elle ne pense pas pouvoir vivre chez ses parents sans Etienne.

Comme toujours avec Pierre Lemaître, on boit les aventures de la famille comme du petit lait. On va de rebond en rebondissement jusqu’à la surprise finale. Régalez-vous.

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Les pêcheurs d’étoiles – Jean-Paul Delfino (233 pages)


Ce livre prometteur m’a beaucoup déçu. Une nuit en compagnie de Blaise Cendrars et Erik Satie, ça partait plutôt bien. Mais les personnages sont affreusement caricaturaux et pas du tout présentés à leur avantage. Deux de mes idoles bafouées, forcément, je m’insurge. Cendrars est présenté en titi gouailleur, rustre et vulgaire, Satie comme un type un peu bébête et timoré, obsédé par sa Biqui,(Suzanne Valardon, qui en effet, a été sa seule relation charnelle connue qu’il a demandée en mariage sans succès) après laquelle il court, amoureux transi et éconduit. Ont-ils été comme ça en vrai ? Peut-être mais quand même. Cendrars était Suisse de toute façon, donc pas titi parisien, quoi qu’il arrive. Et leur folle équipée dans le Paris d’après-guerre ressemble à un épisode de « Secret d’histoire », où l’on va tout vous raconter sur différents lieux de la Capitale, y compris les petites vicissitudes des uns et des autres. Je n’avais pas envie de voir ces deux-là comme des pouilleux, car ils ont su rester dignes dans la misère.

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Cet être exceptionnel – Coralie Bru (372 pages)


Des civils sont triés sur le volet pour partir comme pionniers sur une nouvelle planète viable découverte. Esmée se lance dans la compétition pour vivre ce rêve. Maxime, son copain, le vit mal, car si elle est retenue, elle le quittera physiquement. Coralie Bru explore toutes les facettes psychologiques et philosophiques de cette situation inédite. Malgré des personnages attachants et une histoire plutôt bien construite, j’ai eu du mal à entrer vraiment dans l’histoire. C’est bien écrit, mais peut-être trop écrit et cela m’a laissée un peu à distance.

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La pêche au petit brochet – Juhani Karila traduit du finnois par Claire Saint-Germain (440 pages)

Gros coup de Cœur de l’été, ce roman qui sort de l’ordinaire et de mes propres sentiers battus m’a conquise. Ce conte moderne où se côtoient différents mondes (le nord de la Finlande opposé au sud, le monde animal comparé au monde des animaux imaginaires, les habitants des villes confrontés aux habitants de campagnes isolées) regorge d’humour, de trouvailles poétiques, d’amour de la nature. Je ne verse pas trop dans le nature writing, ni dans l’imaginaire habituellement, mais l’ensemble est merveilleusement dosé, à l’instar de son auteur, très pince sans rire qui a beaucoup de recul sur son activité.

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Le chien de Madame Halberstadt – Stéphane Carlier (136 pages)

Ce court roman est un petit délice d’humour. Ecrivain sans grand succès, abandonné par sa copine, Mathieu se sent obligé d’accepter de garder le chien de sa voisine qui doit se faire opérer. A partir du jour où le chien entre dans sa vie, tout change. Croquette serait-il un chien magique ? Une novella très amusante et totalement déjantée malgré une retenue qui ajoute au comique. Bref, passez un bon moment avec ce roman.

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En attendant Boulez – Yann Ollivier (382 pages)

Cette enquête policière bien originale se déroule cette fois dans le milieu de la musique (voir retour de lecture précédent qui se passait dans le milieu de la grande gastronomie). Ce roman sorti au printemps 2019 colle à l’actualité 2023 où Chat GPT a été au centre de toutes les polémiques. L’auteur a imaginé la première à la Philharmonie de Paris d’un concerto entièrement écrit par une intelligence artificielle. La soliste, pianiste chinoise, aussi belle que talentueuse est très populaire et fait aussi bien la une des magazines féminins que des magazines de musique pointus. Seulement, elle disparaît à une demi-heure de la répétition générale. Entre les risques pris, tant philosophiques que financiers et les polémiques engendrées par une telle révolution, cette œuvre est une menace. Cynique et ironique, l’auteur connaît très bien le milieu qu’il décrit et utilise cette farce macabre pour nous en faire découvrir les arcanes. Jubilatoire.