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Hamlet ou l’exil – Marie Bellando-Mitjans (104 pages) Hamlet – William Shakspeare traduction de 1865 de l’anglais par François-Victor Hugo

Quand une jeune femme au passé traumatique rencontre un homme qui dit être Hamlet, le vrai, le prince du Danemark, des discussions philosophiques sur la vie, la mort, l’envie de vivre et l’avenir démarrent entre les deux protagonistes qui se cherchent, se trouvent, se séparent. Un jour, Hamlet emmène Irynia pour un voyage au bout d’elle-même.

Marie Bellando-Mitjans a un style, indéniablement, et elle a aussi un univers. Mais cette fois, les dialogues philosophiques m’ont un peu perdue. J’ai pensé que c’était lié en partie au fait que je n’avais jamais vraiment lu Hamlet, alors j’ai enchaîné sur ce classique absolu. Rien que pour m’avoir amené sur le chemin de Shakespeare, je remercie l’autrice car cette pièce somme toute très courte nous plonge dans des travers humains qui n’ont pas beaucoup évolué depuis le 16ème siècle. C’est cynique, c’est drôle, les personnages sont pédants, flagorneurs, imbus d’eux-mêmes, et Hamlet est complètement désabusé, tiraillé entre la raison et sa vision. Il était très fort, ce Shakespeare. On comprend que ça donne des idées inspirantes de roman.

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On ne meurt pas la bouche pleine – Thierry Marx et Odile Bouhier (335 pages)

Quand un grand cuisinier décide d’écrire un polar, on y parle de… restauration haut de gamme et de gastronomie bien sûr ! Nouvelles techniques de cuisine, propriétés chimiques des produits associées à l’élaboration des plats, on se régale à distance. Le scénario est assez improbable, mais ce n’est pas l’essentiel de ce roman qui utilise la nourriture comme arme. Original !

Quand un grand cuisinier décide d’écrire un polar, on y parle de… restauration haut de gamme et de gastronomie bien sûr ! Nouvelles techniques de cuisine, propriétés chimiques des produits associées à l’élaboration des plats, on se régale à distance. Le scénario est assez improbable, mais ce n’est pas l’essentiel de ce roman qui utilise la nourriture comme arme. Original !

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Fårö, une nuit avec Ingmar Bergman – Joelle Varennes (130 pages)

Une jeune femme de 22 ans, née de père inconnu se prend de passion pour le cinéma du grand maître suédois et en fait sa figure paternelle de substitution. Elle décide un jour d’économiser pour aller dénicher la maison du cinéaste sur l’île où il s’est retiré. Lorsqu’elle la trouve et sonne pour rencontrer son idole, ça ne se passe pas exactement comme prévu. Un récit autobiographique incroyable, une expérience folle et magique, un monstre sacré et son admiratrice ou comment aller au bout de ses rêves. Plus inspirant que tous les feel good du monde.

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La lame – Frédéric Mars (507 pages)

La lame, c’est celle d’un couteau, c’est celle de fond qui submerge un quartier très pauvre du Nigeria. De Lagos à Marseille, de New York à Paris, plusieurs histoires s’entremêlent dans ce thriller d’anticipation géopolitique. Basé sur des faits (dérèglement climatique, migration climatique), l’auteur nous livre un roman très dur sur le milieu de la prostitution dans les quartiers nord de Marseille et la plus terrible misère humaine. Lorsque les flics vont chercher le corps de cette pauvre prostituée massacrée, ils n’imaginent pas jusqu’où cette abomination les conduira. Malgré un récit très âpre, l’écriture de Frédéric Mars et la structure du roman vous feront tourner les pages sans vous arrêter.

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Un parfum de soufre – Sylvain Forge (393 pages)

Comment cette pauvre pensionnaire d’un Ehpad nantais a-t-elle pu s’auto consumer dans sa chambre fermée à clé ? Par ailleurs, cet établissement modèle a des investisseurs pressés et pointilleux. Il serait de bon ton que l’affaire soit au mieux étouffée, au pire, résolue rapidement. Deuxième volet de la trilogie Isabelle Mayet, Sylvain Forge nous emmène dans une enquête où les petits vieux ont parfois des apparences tranquilles trompeuses.

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Les gens de Bilbao naissent où ils veulent – Maria Larrea (218 pages)

Franchement, les autofictions me gonflent de plus en plus. « Et j’ai été malheureux parce que je suis né( e ) dans un milieu riche / pauvre, mes parents m’ont trop / pas assez aimée… Alors je me suis drogué/e, c’est normal… » Bref, ça me saoule. J’ai donc démarré ce livre sous les plus mauvais auspices, alors que l’autrice avec ses yeux verts et son titre très beaux m’avaient inspirée. Et puis, tout bascule, avec le verdict asséné pendant un tirage de tarots. Improbable, cette révélation va donner tout son sel à la suite du récit. Maria, comme des milliers d’autres personnes entre 1936 et 1982 sont nées sous des identités falsifiées. Instauré par l’administration de Franco pendant la guerre civile où des bébés ont été volés à des républicaines pour les placer dans des familles favorables au régime, dénoncé dans deux ouvrages que je vous recommande, « Mala Vida » de Marc Fernandez et « L’autre moitié du monde » de Laurine Roux, ce trafic s’est prolongé au-delà de la mort du dictateur. Pour des familles en mal d’enfant, des médecins peu scrupuleux ont rédigé de faux vrais actes de naissance, modifiant officiellement leur identité. Seulement voilà, un enfant, qui devient adulte a ce poids au fond de lui qui l’empêche de vivre normalement. Maria raconte son parcours du combattant pour découvrir la vérité et ses origines biologiques. Finalement, son parcours a un caractère romanesque qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.

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Dernier avis avant démolition – Fabien Maréchal (122 pages)

Cette année sera celle des nouvelles. Ce tout petit opus est un bijou de concentré d’écriture.

Les nouvelles n’ont pas la côte en France, et je suis la première à dire que ce n’est pas mon format de prédilection. Pourtant, à chaque fois que je me plonge dans un recueil de nouvelles, je suis enchantée. Une nouvelle ne souffre aucune approximation, aucune erreur. Celles-ci sont drôles, touchantes, absurdes, tristes un peu aussi, complètement décalées, et pourtant, elles s’ancrent dans un réel bien pragmatique et chaque histoire, chaque tranche de vie pourrait se dérouler autour de nous. Entre le maçon communiste qui envisage sa place au cimetière grâce à de savants calculs, le syndicaliste qui revendique des augmentations de salaires auxquelles personne ne croit, le photographe misanthrope qui devient fou, cette colonie de vacances très spéciale et l’homme qui ne veut pas aller au mariage de sa belle-sœur dont il est secrètement amoureux, vous trouverez forcément votre bonheur.

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Jack l’éventreur démasqué – Sophie Herrefort (278 pages)

Sophie Herrefort est LA spécialiste de cette série de crimes à la fin du 19ème siècle jamais élucidés. Un homme s’est attaqué à quatre femmes, en augmentant au fur et à mesure la sauvagerie avec laquelle il a massacré les malheureuses. L’autrice nous décrit tout d’abord le contexte historique, politique, économique et géographique de ce Londres de fin de siècle. Elle a travaillé pendant une quinzaine d’années sur le sujet, obtenant parfois l’accès à des documents qu’elle n’aurait normalement pas pu voir. Son étude est fouillée, précise, et elle démonte point par point chacun des suspects qui a été envisagé pour donner sa version des faits. Elle s’appuie aussi sur des témoignages qui montrent que vraisemblablement la vérité était au fond connue ou tout du moins fortement soupçonnée par des proches, et même par certains membres de la police elle-même. Aujourd’hui, ce type ne ferait pas dix pas dans la rue sans être confondu. A l’époque, beaucoup de paramètres n’étaient pas accessibles et trop d’enjeux auraient nui à la bonne société anglaise. Un cas très intéressant pour ceux qui sont en quête de vérité.

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Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable – Romain Gary (248 pages)

Ça y est ! Un de mes objectifs de l’année atteint : J’ai enfin lu Romain Gary. C’est ma chère Naomi qui m’a gentiment proposé ce titre. Expérience étrange, je ne m’attendais pas à ça. Ce roman, un des romans des dernières années met en lumière un personnage qui pourrait ressembler à l’auteur en plus vieux (le héros a presque soixante ans, quand le romancier a environ 45 ans en 1975). Il a, comme Romain Gary, une maîtresse beaucoup plus jeune que lui (Relation houleuse avec Jean Seberg), et il s’applique à la décrire à l’opposé de sa compagne. Laura est brune aux cheveux longs et brésilienne quand l’actrice qui partage sa vie est blonde aux cheveux courts. Tout le long du roman, il s’interroge sur sa capacité à satisfaire sexuellement sa compagne, tandis que l’âge et ses problèmes de prostate se font de plus en plus présents. Le type est tout à la fois pathétique et irritant. Et on ne peut se défaire de l’idée que Gary écrit là une sorte de supplique à l’égard de son amoureuse. C’est touchant, drôle, cynique et absurde, et en même temps un peu agaçant. Cet homme qui a traversé la deuxième guerre mondiale, qui a été résistant a comme principal souci d’être amoureux d’une femme beaucoup plus jeune que lui dont il craint l’abandon s’il ne peut pas lui faire l’amour tous les jours. Mais son angoisse ne viendrait-elle pas plutôt de son entreprise prise à la gorge à cause des hausses et de l’inflation ? Bref, on sent Gary se débattre avec ses propres démons qu’il expose sans pudeur dans ce roman qui ne fait pas écran avec sa propre vie, avec, déjà apparent en filigrane, sa tendance suicidaire. J’ai hâte de poursuivre ma quête Gary, avec ses autres écrits.