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Histoire du fils – Marie-Hélène Lafon (331 pages)

Lancée sur Marie-Hélène Lafon, on ne m’arrête plus. Les fans m’ont conseillé cet ouvrage, même si beaucoup d’autres semblent remporter les suffrages.

Ici, l’histoire est racontée à différentes époques, qui ne sont pas chronologiques. Chaque chapitre donne un éclairage de l’histoire, comme un tableau impressionniste, qui, par touches successives finit par donner un ensemble cohérent et homogène. On y retrouve le style âpre et ciselé de l’autrice où se détachent de vraies trouvailles de langage. J’ai particulièrement aimé : « Cela sentait l’encaustique, le miel et le beurre frais. » Elle nous raconte encore une fois des histoires entendues dans son coin reculé de la France, car, ainsi qu’elle le dit elle-même, si on laisse traîner ses oreilles, le matériau est inépuisable.

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Quatuor d’automne – Barbara Pym traduit de l’anglais par Martine Béquié et Anne-Marie Agustyniak

Quatre collègues de bureau célibataires à Londres sont racontés avec un humour anglais bien acéré. Petites manies, et vicissitudes, tristesse, désœuvrement, leurs vies ne sont pas très gaies et peu de choses pour les agrémenter. Lorsque les deux femmes partent à la retraite, ça n’arrange rien. Qu’y a-t-il entre eux ? Quels sont nos secrets espoirs ? Sommes-nous obligés de répondre aux injonctions de la société pour être heureux ? Barbara Pym nous délecte et nous fait réfléchir. Dans cette période où tout le monde veut arrêter de travailler le plus tôt possible, il serait judicieux de s’interroger sur toutes ces choses merveilleuses que l’on fera une fois qu’on sera à la retraite.

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Mon mari – Maud Ventura (350 pages)

J’ai bien sûr une pensée pour Sophie de Sivry qui nous avait présenté ce roman en avant-première, nous expliquant le côté drôle et décalé de l’ouvrage. Ensuite, j’ai vu beaucoup de chroniques très divergentes sur ce roman, feel good or not feel good ? Premier ou second degré ? Personnellement, je n’ai fait aucun effort pour le lire en mode second degré. Mais enfin ! TOUS les romans racontent 1 – soit des débuts d’histoires d’amour (ils se rencontrent, généralement, ils sont attirés mais ils se détestent, ou ils ne se remarquent pas, et il faut tout le roman ou presque pour qu’ils arrivent à la conclusion que leur vie ne vaut d’être vécue séparés) 2 – des chagrins d’amour (Adultère, décès, séparation…avec reconquête, ou nouvelle conquête. Surtout quand il y a mort du conjoint. Peu de romans nécrophiles, il faut bien le reconnaître, ce n’est pas tendance). Ici, Maud Ventura nous prend à contre-pied. Des nuages depuis quinze ans dans la vie de ce couple ? Aucun. Des trahisons ? Pas plus. Qu’est-ce qui cloche ? Rien. Sauf que cette femme, éprise comme au premier jour, angoisse et souffre d’une hypothétique altération de cet amour. Elle en devient insupportable, terrifiante même. J’ai beaucoup ri de ses manigances pour démasquer son mari fidèle, de ses interprétations tirées par les cheveux à cause de ses sentiments exacerbés. Si je dois mettre un bémol, c’est sur l’épilogue qui est pour ma part de trop, mais le reste est une véritable réussite.

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Les oiseaux des marais – Lisa Sandlin (368 pages)

Xavier Bell est le nouveau client étrange de l’agence Phelan. Phelan vient de sortir Delpha d’un mauvais pas, à peine cinq mois après sa sortie de prison conditionnelle. Au-delà de l’histoire policière, Lisa Sandlin nous dépeint très bien le contexte des années 70 à la frontière entre le Texas et la Louisiane, et elle s’interroge sur ce que cela signifie d’être libre. Le travail de fourmi de l’agence de détective, les autres enquêtes qui se superposent à l’enquête principale, tout semble très vraisemblable et réaliste. Même la petite touche d’imaginaire ne nuit pas à l’ensemble. J’ai vraiment bien aimé.

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Les enfants d’Ulysse – Carole Declerq (210 pages)

Deux mineurs syriens migrants en Grèce échappent à la surveillance des autorités, tandis qu’une vieille dame qui ne voit plus d’un œil confectionne des biscuits pour l’épicerie bar tabac du village. Une jolie histoire avec des personnages attachants pour lesquels rien n’est facile. Je me suis laissé embarquer malgré le sujet casse-gueule et un final improbable. Mais on a le droit de rêver un peu de temps en temps.

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Une conquête d’indépendance : Lettres sur l’éducation et un monde nouveau – Maria Montessori, Simone Lanza traduit de l’italien par Delphine Ménage (64 pages)

Maria Montessori est connue en France pour les écoles auxquelles elle a donné son nom. Des écoles où les enfants expérimentent l’autonomie, et où l’apprentissage n’a pas le même modèle pour chacun. On oublie que Maria Montessori a été une des premières femmes médecins en Italie à la fin du 19ème siècle, contemporaine de Ghandi avec lequel elle s’entretiendra longuement sur leur vision respective de l’être humain et qu’au-delà de son modèle d’éducation, elle avait un modèle de communauté utopique assez élaboré. En quelques lettres et discours minutieusement choisis, on découvre cette féministe engagée, catholique croyante et pratiquante qui a laissé sa trace dans l’histoire.

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Tu seras princesse de Tarragone – Brigite Piedfert (367 pages)

Sybille Capra a vraiment existé. Au douzième siècle, noble anglaise, elle épouse un nobliau normand qu’elle va suivre dans sa croisade pour reconquérir l’Espagne aux côtés d’Alphonse I.

Une saga historique où les femmes se battent en tenue de chevalier aux côtés des hommes, malgré l’interdiction de l’église qui leur est faite de porter habits d’hommes. Un roman féministe qui met en lumière une femme oubliée, et un pan de l’histoire qui mêle Normandie et reconquête de l’Espagne peu connu.

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Les sources – Marie-Hélène Lafon (117 pages)

Marie-Hélène Lafon nous livre un roman sur la violence conjugale dans les années 70 en milieu paysan, sans scène gore. Tout est dans son écriture ciselée, tout est dans l’atmosphère, les non-dits. Tout fait peur et tout est tranquille, lisse comme la surface de l’eau. En trois parties, de plus en plus courtes, en trois voix, en trois époques, l’autrice nous raconte avec son ton âpre son Cantal natal, au travers de cette histoire sans histoire. Quand je l’ai rencontrée, Marie-Hélène Lafon m’a dit : « Souvent, on me demande de raconter le pitch de mes livres. Comment faire le pitch de ce genre de livre ? » C’est en effet plutôt son style unique qui pose ses romans.

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A crier dans les ruines – Alexandra Koszelyk (219 pages)

Lena et Ivan se rencontrés petits et ne se sont plus quittés jusqu’à l’adolescence. Mais l’explosion du réacteur de Tchernobyl va les séparer. Ivan et sa famille sont évacués de leur ferme où tous les animaux sont exécutés. La famille de Léna en profite pour fuir l’URSS. Ses parents lui intiment d’oublier son pays d’origine. Tant bien que mal, elle se construit sur des non-dits, sur ce qu’elle a enfoui. Mais le passé finit toujours par ressurgir. Elle retourne à Pripiat, comme tous ces touristes qui viennent visiter la ville fantôme abandonnée. Alexandra Koszelyk raconte l’exil, la façon dont les exilés se construisent avec et sans, avec ce nouveau pays, cette nouvelle langue qu’ils doivent apprivoiser pour se fondre dans la masse et sans leur culture, leur langue qu’ils doivent abandonner. Elle aborde les deux aspects de ceux qui sont restés et ceux qui sont partis, et aussi ceux qui sont revenus, car beaucoup ont fini par retourner « chez eux », malgré les radiations. En effet, quitte à mourir, autant que ce soit chez soi. L’alcool et le désœuvrement tuent aussi sûrement que les légumes qui poussent irradiés. Une belle histoire d’amour dans la grande Histoire, un premier roman très réussi.

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Robert de Niro, le Mossad et moi – Paule Darmon (250 pages)

Eli Cohen a été un des espions les plus doués du monde. Il a réussi à s’introduire dans les plus hautes sphères des autorités syriennes et à transmettre un nombre d’informations colossales en Israël. Mais il s’est fait prendre et a été pendu après avoir été torturé. Cette histoire tragique est racontée par Dora / Paule qui veut en faire un film. Et pour le rôle, elle pense à Robert De Niro. Les passages où l’on voit Dora se démener pour l’écriture de son scénario et obtenir un rendez-vous avec la star du cinéma sont désopilants. Cela allège un peu l’histoire tragique de cet espion. L’autrice nous dévoile ce pan de l’histoire d’Israël de façon très originale et les deux époques (1967 contre 1987) sont habilement mise en opposition. Un livre qui sort de l’ordinaire à ne pas manquer.