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Les larmes du Reich – François Médéline (182 pages)

1951 : L’inspecteur Michel s’intéresse au meurtre non résolu d’un couple de paysans dont la fille a disparu. Rapidement, il va identifier un certain nombre d’anomalies dans l’histoire de ces gens a priori sans histoires. En même temps, on sent que cet homme cherche plutôt à retrouver la petite fille pour des raisons personnelles dont on ignore la teneur exacte. Mais cette enquête qui est l’enquête de sa vie va prendre une tournure de plus en plus bizarre, son comportement devient de plus en plus étrange. Sur fond historique à la fois héroïque (sauver des enfants) et tragique (la deuxième guerre mondiale), François Médeline nous entraîne à sillonner la France à vélo à grands coups de pédale dans ce roman qui porte un regard original et un angle peu abordé sur les camps de concentration.

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La grande descente – Roger Riffard (142 pages)

Roger Riffard, cet artiste oublié qui été tour à tour enseignant, cheminot, chansonnier, acteur (il aura tourné dans plus de cinquante films dans lesquels on ne l’aperçoit pas en tout plus de dix minutes), a écrit deux livres, « La grande descente », et « Les jardiniers du bitume ». Je vous avais déjà parlé des jardiniers du bitume, l’absurde du quotidien pour les gens moyens dans les années 50/60. Dans la grande descente, Roger Riffard reprend les mêmes thèmes dans un contexte différent. La grande descente, ce sont des temps de pause de plusieurs jours pour les cheminots qui ont travaillé durant le week-end. C’est aussi la descente aux enfers de cet homme simple aux bonheurs simples. Dans un style inimitable qui reflète à merveille son époque, il nous raconte une tragédie au travers de souvenirs très doux : aller aux champignons avec son ami, « le Vieux » qui est aussi un père spirituel, faire l’amour avec sa douce petite amie. Il écrit avec une gouaille et une poésie inimitables le drame qui chamboule cet équilibre bien rôdé dont on pressent pourtant la fragilité.

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Le soldat désaccordé – Gilles Marchand (204 pages)

J’avais déjà beaucoup aimé « Requiem pour une Apache » du même auteur. J’ai fondu pour cette belle histoire d’amour au temps de la première guerre mondiale. Un ancien poilu se spécialise dans la recherche de soldats disparus.

Des familles ont passé beaucoup de temps, d’argent et d’énergie pour retrouver des disparus. Beaucoup ont eu l’espoir de retrouver leurs proches, peut-être abîmés, peut-être amnésiques, mais vivants.

Avec son style plein de poésie, Gilles Marchand nous entraîne dans un jeu de piste tragique pour ce jeune homme blessé par la vie qui se dévouera corps et âme à sa quête.

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Le pain au ketchup – Marius Jauffret (190 pages)

Un jeune homme, double maléfique de l’auteur (?) bipolaire, alcoolique et drogué décide sur un coup de tête de partir en Ukraine en 2014 pour voir de ses propres yeux le résultat de la révolution. Il prétend faire une enquête journalistique mais espère que ce voyage le libèrera de ses démons. Il en attend une sorte de rédemption. Ecrit par l’auteur du récit « le fumoir » magnifique sous bien d’aspects (style, concision, documentation et humour) ; on retrouve dans ce roman quelques fulgurances du premier opus, sans toutefois retrouver la trame ciselée de son histoire. Ce jeune homme nous perd avec lui dans les brumes de son alcool et de ses addictions. Comme toujours Marius Jauffret a un vrai sens des chutes, et la fin rejoint habilement (mais sans surprise), l’actualité de ce pays. Je n’attendais rien du premier ouvrage, j’appréhendais même un peu ce que je pourrais y trouver, et ça a été une vraie claque. Je mettais peut-être trop d’attente dans ce deuxième ouvrage.

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Un voyage à Cognac – Laurence Benaïm (106 pages)

Voilà un livre magnifique, un superbe objet. Les aquarelles qui illustrent ce petit opus sont élégantes et l’ensemble dégage une forme de paix très apaisant. Le cognac, qui est pourtant l’alcool associé au feu par excellence dégage aussi cette tranquillité assise sur des siècles de savoir-faire. On se balade dans la ville autant qu’on en apprend sur cet alcool fort, l’un des plus exportés dans le monde, grâce au génie de Richard Hennessy, et de son fils James. Prenez le temps de ce voyage contemplatif.

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Les fruits tombent des arbres – Florent Oiseau (192 pages)

Mais quelle délectation ! Si je trouve honnêtement que le titre, bien qu’il ait du sens, ne soit pas très bien choisi, c’est bien là son seul défaut !

Un rentier moderne, totalement contemplatif, se prend de passion pour la ligne de bus 69 (comme par hasard) car un homme est mort à l’arrêt devant chez lui. Bouleversé par cet évènement, il va tenter de suivre le parcours du monsieur pour savoir où il allait. Florent Oiseau m’a fait beaucoup rire, j’aime le terme désuet de « se gondoler », je trouve que ça se marie bien avec les pages des livres qui produisent le même effet si on les mouille. Le décalage des registres est un humour qui me fait particulièrement rire, Fabcaro, Tom Robbins, on frôle le sublime avec ce type de style désopilant.

Mais le fond n’est pas si léger qu’il n’y paraît. Sa façon d’appréhender l’amour et la liberté, la solitude et la tristesse, la paternité et l’amitié nous glisse quelques messages en douce. Ce livre a gagné le prix du livre qui fait du bien. Il fait du bien. On a envie de le lire en entier à voix haute pour faire rire tout le monde dans le métro. On a envie de l’offrir à ceux qu’on aime. Une réussite.

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Farouches – Fanny Taillandier (286 pages)

Fanny Taillandier est agrégée de lettres. Et elle commet à mon sens la même erreur que beaucoup de gens érudits : elle veut trop bien écrire. Ses phrases sont léchées, les mots sont choisis avec soin. Et ça se sent. Toutes les deux lignes, on se demande si on va avoir droit à un placement produit (la description de la tenue de sport…).

J’ai croisé une lectrice enthousiaste qui a aimé l’univers bizarre du roman. Alors j’ai voulu me faire une opinion propre. La quatrième de couverture ne ment pas, l’autrice joue avec les codes (roman noir, roman d’amour, fantastique). Je ne devais pas être d’humeur joueuse.

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L’or au pied des narcisses – Patrick Agostini (264 pages)

Red est un bébé qui a été confié à une dame dans un bus, car ses parents étaient en train de se faire arrêter par la police syrienne. Placé dans une famille d’accueil qui n’est pas des plus recommandables, le petit garçon construit ses rêves dans la cabane qu’il a construite au fond du jardin et il s’amuse avec un détecteur de métaux. Mais il va faire une découverte qui va l’emmener, lui et ses proches, dans une aventure dangereuse.

Entre la Syrie, la Normandie, le sud de la France et l’Italie, plusieurs histoires mêlées vont expliquer des parcours étonnants et inattendus d’êtres humains, mais aussi d’objets qui ont une place prépondérante. Grâce à son style inimitable, qui se joue des mots, qui joue avec les mots, qui se délecte de leur musique, ce slameur invétéré va nous entraîner dans ce récit qu’on ne peut lâcher avant de l’avoir terminé. On s’en régale comme d’une gourmandise.

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Le petit roi – Mathieu Belezi (114 pages)

Il y a quelques années, je me suis demandé ce qui faisait que j’aimais un roman ou pas. J’ai mis du temps à comprendre que mon critère personnel est lié au personnage principal. Je l’aime ou pas. Oui mais qu’est ce qui m’amène à m’attacher à des personnages ou pas ? Pourquoi j’aime Anna Karenine et pas Emma Bovary ? Pourquoi je plains Duke du démon de la colline aux loups et pas Mathieu, le petit roi ? Pourquoi j’aime Joseph Joffo et son sac de billes et pas le grand-père d’Amigorena dans le ghetto intérieur ? J’ai mis encore plus de temps à comprendre mon fonctionnement. J’aime les lueurs d’espoir, l’amour et la vie qui habitent les personnages. C’est comme ça pour moi, ça n’engage que moi. Et là, j’avoue que Mathieu, avec ses pulsions destructrices et malsaines comme seule réponse à son enfance ballottée m’a gênée. Je n’ai pas trouvé sa réponse adaptée à son mal-être.

Je juge (le mot est fort mais il montre à quel point j’assume ma subjectivité) que ce qu’il a vécu ne le disculpe pas d’un tel basculement dans la violence. Et j’ai eu la désagréable impression que l’auteur utilisait ce passé pour justifier ses actes odieux. J’ai trouvé la plume très belle, épurée, poétique. Mais je n’éprouve aucune compassion pour cet enfant pervers. Juste une vague nausée. Et une tristesse infinie pour ses victimes.

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La république des faibles – Gwenaël Bluteau (363 pages)

Dans le Lyon de la fin du 19ème siècle, un corps d’enfant sans tête est retrouvé dans une décharge. Sur fond politique nauséabond (en pleine affaire Dreyfus), des policiers vont devoir naviguer dans les bas-fonds de la ville pour trouver le monstre. Mais d’autres morts brutales vont venir complexifier leur travail. Un polar assez glauque sur la pédophilie, mais aussi sur les fausses apparences font de ce livre un premier roman très honorable et réussi. Des personnages humains et bien campés, les aspects politiques s’insèrent bien dans l’histoire, les aspects historiques et contextuels se fondent également bien dans la trame romanesque.