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La fille de l’ethnographe – Timour Muhidine (265 pages)

C’est l’histoire des errances de cet ethnographe, ce Turc féru de Sade qui a passé des années et des années en France pour arriver à une analyse exhaustive de chaque provincial sans y arriver. Il se lasse de plus en plus face à cet exercice sisyphéen. Sa fille retrouve son travail à sa mort. J’ai lu, j’ai lu en me demandant où il voulait en venir. L’aspect un peu documentaire du récit, sans aspérités, sans rebondissement m’a laissée perplexe. Une lecture plutôt laborieuse en ce qui me concerne.

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On dira que c’était un accident – Véronique Presle (185 pages)

Freddie est bipolaire, alcoolique et mère célibataire. Un jour, on lui a enlevé Lior, son enfant pour le mettre dans un foyer. Elle en veut terriblement à la femme qui l’a dénoncée, à l’époque, qu’elle croyait être son amie. Alors, elle compte bien être irréprochable pour ne pas le perdre à nouveau. Pour l’anniversaire de son fils, elle a tout bien fait, ou presque. Une semaine du point de vue de Freddie, puis une du point de vue de Lior qui fait tout pour soutenir sa mère à bout de bras et ne pas sombrer à son tour, Véronique Presle nous livre un roman terrible sans pathos. Elle jongle avec ses personnages bien campés et attachants et on retient sa respiration jusqu’à la fin, car on sent que tout peut basculer à tout moment.

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1991 – Luc Brunshwig, Michel Montheillet, d’après Franck Thilliez (110 pages)

Je suis très fan des dessins magnifiques de Michel Montheillet, qui, en compagnie de Luc Brunshwig nous livre une adaptation du préquel des aventures de Sharko de Franck Thilliez. Une histoire moderne et complexe qui met en scène des crimes affreux menés par un tueur particulièrement minutieux. La traque commence, avec un élément nouveau et novateur qui va révolutionner la police scientifique : l’utilisation de l’ADN.

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Photo sur demande – Simon Chevrier (178 pages)

Un jeune homme étudiant navigue entre deux applications, Grindr et Giton, la première pour rencontrer l’homme de sa vie, la deuxième pour se prostituer, car il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Déprimé, il arrête ses études et se consacre beaucoup à ses rencontres, de plus en plus tristes ou sordides. En parallèle, il entame des recherches sur le modèle d’une photo étrange qui le fascine. Dans un style moderne et épuré, l’auteur nous parle de cette moderne solitude où tant de jeunes sombrent, entre mélancolie et désespoir. L’histoire de cette photo iconique de Peter Hutjar apporte un thème de fond très intéressant qui sert habilement de fil conducteur obsessionnel. Un début prometteur pour cette entrée en littérature sur un sujet difficile.

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Magma – Thora Hjörleifsdóttir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salün (144 pages)

Si vous suivez mes chroniques, un détail entre celle-ci et la précédente devrait vous interpeller. Deux ouvrages traduits de la même langue par le même traducteur. C’est ça, d’être bénévole dans des festivals, on rencontre des gens, ils parlent de lecture, et moi, pauvre papillon de nuit attiré par la lumière, je rajoute des titres à ma pile à lire, ou à ma liste d’envies. J’ai bien tenté de me boucher les oreilles, mais le destin m’a conduite dans une bibliothèque où ce livre était en évidence. J’étais en avance sur l’horaire de la rencontre à venir, d’autant plus que l’horaire indiqué sur le programme était erroné. Trois quarts d’heure parfaits pour avaler ce très court roman coup de poing. Il raconte une histoire d’emprise et de violence, comment cette jeune fille jolie et aimable se trouve sous le joug d’un homme manipulateur. Mais les coups portés ne sont jamais physiques, rien que des baffes à l’âme qui mènent notre héroïne au bord du gouffre. Un livre qui explique à merveille les mécanismes de la violence larvée.

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Echos – Kristin Eiriksdottir, traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salün (418 pages)

Villa présente un film documentaire sur Dimitri, dit Dimmi, un garçon qu’elle a connu a à l’adolescence, perdu de vue et qui est devenu pêcheur sur un baleinier. Mais Villa ne va pas très bien, on la sent sur un fil fragile, elle tangue, et semble prête à chavirer à chaque question. L’autrice nous présente ce drame de façon très déstructurée, ce qui est approprié par rapport au sujet de fond traité : l’addiction. Naviguant dans le temps, la romancière vous énonce des vérités (Villa a un enfant, Villa est sobre, Dimmi est mort) et lorsque vous commencez à vous interroger (Mais comment a-t-elle pu avoir un enfant ? Elle a donc été alcoolique ? Quand Dimmi est-il mort ?), elle vous distille au compte-goutte des informations qui, à l’instar de pièces de puzzle, vont finir par former un ensemble cohérent. Un roman sombre et lumineux à la fois, sur les motivations qui poussent les alcooliques et les drogués à vouloir s’en sortir.

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Maupassant, trois vies – Florence Lizé (320 pages)

Maupassant, cet écrivain fascinant, nous a laissé des œuvres inoubliables. A chaque fois que je dis que je viens de lire un bouquin sur Maupassant, on me répond souvent que c’est l’auteur qui a donné envie de lire, qui a marqué l’adolescence. Je n’échappe pas à la règle, et je me rappelle même avoir douté que la représentation du Horla que tous les élèves de Grenoble allaient voir, était le reflet d’un écrit d’un écrivain classique. Quelle claque !

Mais qui était l’homme, derrière l’auteur adulé ? Florence Lizé décortique, au travers de trois femmes qui ont compté dans sa vie – sa mère, la mère de ses enfants, une de ses innombrables maîtresses – son parcours, mais elle analyse aussi son œuvre au prisme des critiques de l’époque. Avec une écriture littéraire qui se prête admirablement au style de l’époque, elle nous embarque pour un week-end avec ces trois femmes qui finissent par se respecter, bien qu’elles se livrent à des joutes verbales acerbes.

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À la recherche du vivant – Iida turpeinen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli (292 pages)

Steller, scientifique du milieu du 18ème siècle part en expédition pour trouver d’autres chemins vers l’Amérique. Le commandant Bering mourra en laissant son nom au détroit, à la mer et à l’île où il est décédé. Le scientifique donnera son nom à plusieurs animaux, tous disparus, dont la rythine de Steller, cette vache de mer géante, sans prédateur depuis la préhistoire, qui va s’éteindre en moins de 30 ans. L’autrice raconte l’histoire de ce pauvre animal, mais aussi tous les méandres philosophiques qui ont accompagné ces exterminations. L’homme n’imaginait pas qu’il pouvait être à l’origine de l’ extinction d’une espèce. De même, il a fallu longtemps pour découvrir que les mammouths que l’on trouvait dans la tourbe n’étaient pas des animaux vivants sous terre qui mourraient en essayant d’en sortir, mais qu’il s’agissait de vestiges d’un lointain passé.

J’ai été intriguée par ce roman qui évoque des sujets originaux et pourtant d’une extrême actualité, puisque des espèces disparaissent chaque jour, à cause de l’homme. J’ai trouvé ça passionnant !