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Objets, trajets – Stéphanie Lamache (152 pages)

Un pas, une pierre, un chemin qui chemine… Stéphanie Lamache part à la recherche de ses origines pour comprendre qui elle est au travers d’objets de son enfance, puisque dans sa famille de taiseux, on n’expliquait rien aux enfants. La violence verbale, plus ou moins larvée était le mode de communication privilégié. Dans le bocage normand, elle retrouve les chemins de sa jeunesse pour éclairer les racines de l’effondrement de cette famille dysfonctionnelle.

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La villa Ruby – Mika Mundsen (637 pages)

En 1864, sous le second empire, une bande de notables achète pour une bouchée de pain des terrains marécageux en contrebas de Trouville. L’objectif : créer une ville luxueuse de toutes pièces qui concurrencera son illustre rivale perchée.

Deauville naît de cette idée un peu folle. Elle aura le succès qu’on lui connaît, et conserve encore aujourd’hui ce côté un peu snob et surfait. L’auteur raconte des moments marquants de l’histoire au travers d’une villa abandonnée jusqu’à nos jours où le descendant du premier propriétaire de la maison réapparaît mystérieusement comme un vestige du passé ressuscité. Les personnages sont attachants, laissez-vous entraîner dans le tourbillon de cette histoire foisonnante qui mêle habilement le suranné aux sujets d’une grande actualité. Mika Mundsen prouve encore une fois qu’il n’a aucun genre de prédilection et qu’on ne peut pas l’enfermer dans l’une des malles qu’il nous incite à ouvrir dans le grenier. Fouillez-les pour trouver des histoires parallèles à l’intrigue principale.

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DJ Bambi – Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’Islandais par Éric Boury (198 pages)

J’aime l’écriture douce-amère de Auður Ava Ólafsdóttir. J’ai lu la plupart de ses romans qui agissent sur moi comme un plaid en plein hiver, réconfortant. Elle s’attaque à des sujets de société, avec des histoires de gens ordinaires dont les vies sont banales. Elle a l’art subtil de ne pas raconter grand-chose, tout en nous tenant en haleine. Elle possède la faculté rare de faire sourire en taillant ses congénères en pièces, tout en ayant l’air de ne pas y toucher.
Bambi est une femme née dans un corps d’homme. Elle raconte son parcours triste, partagé entre le silence du camouflage, jusqu’au déni de ce que l’on est au plus profond de soi, et l’assomption de ce qu’elle est vraiment, au point d’être rejetée par tous ses proches. Elle raconte l’attente d’une opération qui tarde à venir. Elle raconte le Logn, cet état qui n’a pas de traduction pour dire l’absence totale de vent. Comme toujours, le traducteur parvient à nous transmettre ces mots intraduisibles, une connivence qui s’affirme au fil de leur collaboration. Une réussite.

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Le dernier Syrien – Omar Youssef Souleimane (220 pages)

Joséphine, Youssef, Rachid, Khalil, Muhammad… Printemps arabe, 2011. Après la vague de liberté qui a déferlé sur l’Afrique du Nord, le peuple Syrien essaie à son tour de faire valoir ses droits. Ces jeunes n’aspirent qu’à avoir un parlement, des lois justes, une meilleure répartition des richesses. Malheureusement, Bachar El Assad va s’accrocher à son pouvoir dans une répression terrible, torturant et tuant tout contestataire, semant la terreur. Abandonnés du reste du monde, les Syriens vont être pris en étau entre une dictature fasciste et un islamisme intégriste montant. L’auteur, exilé politique lui-même, décrit la pression qui monta peu à peu pour cette jeunesse qui a cru à la justice et qui n’a trouvé que les impasses de la fuite ou de la mort. On aurait envie que ça finisse bien. On sait que ça n’a pas été le cas. J’avais ce livre dans ma PAL depuis un moment, la sortie du dernier ouvrage de l’auteur sur les accointances de LFI avec les islamistes m’a donné envie de le faire remonter dans ma pile.
Dans un roman, on peut dire n’importe quoi. Mais quand on voit les contre-vérités assénées dans notre beau pays, il est bon de s’appuyer sur des personnes qui savent de quoi elles parlent et non des pseudos spécialistes qui s’expriment à tort et à travers.

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La lettre – Marc S. Masse (334 pages)

J‘ai une sorte de passion pour Henri IV, cet obsédé sexuel puant l’ail et la sueur. Je ne suis pas royaliste et non, je n’ai pas 320 ans, pas plus que des fantasmes bizarres et odorants. Mais depuis que je suis petite, j’associe ce personnage bon vivant à l’édit de Nantes et au début du droit de culte en France. À la paix. Il n’en fallait pas plus pour que je saute sur cet épisode de l’histoire rocambolesque de notre bon roi, fou d’amour et de désir qui écrivit une lettre malencontreuse dont les conséquences auraient pu mettre en péril le royaume. L’auteur navigue comme souvent entre un fait historique et une fiction entremêlés. L’enquête moderne complète le cheminement de cette lettre et ravive le contexte politique, militaire, économique de ce début du 17eme siècle. Je me suis régalée.

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Camille ou la vraie vie – Brigitte Piedfert (450 pages)

Le Havre, 1868 : C’est l’exposition universelle maritime, un événement qui met la ville en effervescence. Camille, une jeune et jolie orpheline travaille au stand de la bibliothèque que le directeur lui a confié. Elle l’a aménagé avec passion et sérieux, c’est un succès. Elle fait tourner la tête de Witold, un Polonais qui veut s’établir aux Etats-Unis mais aussi celle d’Esteban, un bouvier espagnol qui emporte le cœur de la jeune femme. Comme toujours, l’autrice mêle l’histoire de la Normandie à celle de l’Espagne. Elle signe là son roman le plus romantique, en rendant un bel hommage à Victor Hugo. Elle raconte aussi la condition des femmes au 19ème siècle et les combats qui ont dû être menés pour grappiller des bribes d’égalité. Vous vous laisserez entraîner par le vent romanesque de cette jeune bibliothécaire altruiste.

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Alice marche sur Fabrice – Rosalie Roy-Boucher (170 pages)

Alice a 26 ans. Elle est triste et en colère contre son chum qui l’a quittée pour cette Laure aux gros seins. Alors Alice décide d’aller évacuer sa peine sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Elle va sillonner la France du Puy à Saint-Jacques, et son parcours sera semé d’ampoules, de rencontres, plus ou moins agréables, de bonheurs et de désillusions. La marche permet de réfléchir, de s’oublier. Par petites touches, elle décortique sa relation avortée et remue le couteau dans sa plaie qui ne se referme pas. Dans un français québécois à l’accent charmant, même si, parfois, le vocabulaire est vraiment propre au Canada, l’autrice nous fait beaucoup rire avec sa jeune marcheuse. J’ai adoré me promener avec Alice, l’accompagner dans sa souffrance et l’entendre râler contre ce salaud de Fabrice Picard.

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Ma Promise – Emilson Daniel Andriamalala, traduit du Malgache par Johary Ravaloson (208 pages)

Cet auteur malgache, étudié comme un classique à Madagascar est traduit pour la première fois en français. Dans une langue d’une sublime poésie, l’auteur nous livre la guerre d’indépendance de l’île au travers d’une histoire d’amour impossible. Deux jeunes gens animés par une attirance réciproque mais freinés par leurs amours déçues se trouvent pris dans la tourmente de l’insurrection et de la résistance. Contre leur gré mais pour sauver leur peau, ils vont devoir cohabiter comme mari et femme dans la jungle au milieu des rebelles. Jusqu’à la vérité.

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Celui qui vient avec l’orage – Catherine Boissel (450 pages)

Avez-vous déjà entendu parler des code talkers ? ou des Comanche speakers ? Durant la deuxième guerre mondiale, à une époque où Google traduction n’était pas encore disponible, les Etats-Unis ont eu la riche idée d’utiliser des guerriers Comanches pour passer des messages codés. Hormis une toute petite communauté à laquelle accessoirement on avait passé l’enfance et la langue au savon pour en laver le parler « sale », personne ne pouvait comprendre ce que ces hommes se disaient. 17 hommes ont fait partie de cette compagnie très particulière de transmissions, 13 ont débarqué le 6 juin. Leur courage et leur langue unique a contribué au succès des alliés. En partant de ce fait historique, Catherine Boissel nous livre un roman qui mêle secrets de famille, histoires d’amour, trahisons et solidarité de l’amitié où la vérité éclate grâce à celui qui vient avec l’orage. Un page turner au happy end qui met en avant des hommes restés trop longtemps dans l’ombre.

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Charrue tordue – Itamar Veira Junior, traduit du portugais par Jean-Marie Blas de Roblès (340 pages)

Après l’histoire de Mother Naked, je tombe de nouveau sur une histoire de servage qui ressemble à s’y méprendre à de l’esclavage. Comme au 14ème siècle en Angleterre, le Brésil a perpétué ce mode de fonctionnement jusqu’au 20ème siècle. Deux régions, deux époques où le parallèle saute aux yeux. On y rajoute la couche culturelle des croyances locales (le spectre anglais et les enchantés, les esprits brésiliens). J’ai bien aimé l’histoire du destin de ces deux sœurs qui vont se battre chacune avec leurs propres armes pour se libérer de leur joug et se réunir dans un final en apothéose. La scène d’introduction nous plonge dans la vie très âpre de ces deux petites filles à cause d’un évènement dramatique et violent qui sera le fondement de leur parcours futur. Je me suis laissé embarquer dans leur sillage et celui de leur famille au rythme des traditions afro-brésiliennes et de leur pratique religieuse, le Jarê. Une saga romanesque à découvrir dans le cadre du prix Cezam.